‹ Traite des etudes. --Chapitre 91 sur 127 · Hospitalité · texte numérisé non relu

Hospitalité

Il n'y a rien de plus admirable que les maximes répandues dans l'Iliade, et surtout dans l'Odyssée , au sujet des hôtes , des étrangers, des pauvres; et elles doivent faire rougir les chrétiens, parmi lesquels il ne reste presque plus aucune trace de cette vertu pratiquée anciennement parmi les païens d'une manière si noble

jRom. I3,T-2. 3 Eccles. 3 , II.

^ II. 9, 453-457, et 561-568. Ibid. -» S. August. serm. 322: et lib. 22 de 21,412-414. CiTit. Dei,c. 8,n. 22.

et si généreuse , et également recommandée aux fidèles par les écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament. ,

Télémaque aperçoit un étranger qui se tenait près de la porte et n'osait entrer. 11 court aussitôt , le prend par la main , et l'introduit dans la maison , ne pouvant souffrir, ajoute Je poëte, et étant indigné qu'un étranger fût si longtemps à sa porte '.

Dans une autre occasion , le même Télémaque étant entré chez fiumée, l'un de ses pasteurs, Ulysse, qui y était, mais inconnu et déguisé sous l'extérieur d'un pauvre vêtu de vieux haillons, se leva aussitôt du siège qu'il occupait, pour te céder au maître de la maison. Télémaque, respectant en lui la qualité d'hôte, lui fit honneur , et prit un autre siège ».

Nausicaé, fille du roi des Phéaciens, en parlant d'Ulysse, qui , échappé du naufrage , s'était présenté à elle dans un état digne de compassion, dit qu'il en faut prendre grand soin. Car, ajoute-t-elle , tous les pauvres et tous les étrangers viennent de la part de Jupiter.

ITpèç yàp Atéç eldlv ànavreç Seîvoi Te TTTtùxoC te.

(Odyss. 6,207.)

Ailleurs il est dit que quiconque a un peu de sens et de prudence regarde un hôte et un suppliant comme son propre frère ^.

Ulysse , caché sous l'habit d'un pauvre mendiant , ayant été fort bien reçu par Eumée , qui avait soin d'une partie de ses troupeaux, et faisant paraître quelque surprise d'un si bon traitement : Comment pourrais-Je , lui répondit Euméc , ne pas bien traiter un étranger, quand même il serait encore dans un plus pitoyable état que n'est le vôtre? Tous les étrangers , tous les pauvres nous sont envoyés de la part de Jupiter. On leur donne peu y ajoute-t-il , et ce peu leur est précieux. Cest tout ce que peuvent faire des domestiques en P absence de leur maître 4.

Il suffit d'être pauvre pour être bien reçu par Eumée : cette seule qualité lui rend de telles personnes sacrées et respectables, «iravTe;, tous sans aucune distinction.

* 0dy«. I , 103- 12 L ' Odys. 8, 546.

* Ibid. 16, 41^5. < Ibid. 14 , 61-61,

840 TBAITE DES ETUDES.

Les anciens exerçaient l'iiospitalité non-seulement avec générosité et magnificence , mais avec prudence et sagesse. Télémaque témoignait beaucoup d'empressement pour retourner chez lui. Je n'ai garde , lui dit Ménélas , de vous retenir ici plus longtemps que vous ne le voudrez. Je ne prétends pas me rendre incommode et importun : l'hospitalité a ses lois et ses règles. Il faut traiter ses hôtes du mieux qu'on peut tant qu'on les possède, et les laisser partir quand ils le souhaitent.

Xç^ Çeïvov Ttapsovta çiXsTv , èôéXovta 5è TréfiTcsiv.

(Odys. 15,68-74.)

Un des principaux officiers de ce prince étant venu lui demander s'il recevrait des hôtes qui se présentaient , Ménélas , offensé de ce discours : « Qu'est devenue votre sagesse , lui dit-il , « de me venir faire une telle demande? J'ai eu grand besoin moi- « même de trouver de l'hospitalité dans tous les pays que j'ai « traversés pour revenir dans mes États. Veuille le grand Jupiter «t que je ne sois plus réduit à l'éprouver , et que mes peines soient « finies ! Allez donc promptement recevoir ces étrangers, et les « amenez à ma table ^ » Dieu emploie le même motif pour porter les Israélites à exercer l'hospitalité : Jimez les étrangers , leur dit-il , paîxe que vous l'avez été vous-mêmes dans l'Egypte *. On secourt plus volontiers les malheureux quand on Ta été soimême.

Non ignara mali miseris succurrere disco.

(iEn. 1,630.)

Les gens de plaisir et de bonne chère considèrent peu les pauvres ^ . Homère l'avait déjà marqué en parlant des Phéaciens , peuple plongé dans les délices, et qui ne connaissait point d'autre gloire et d'autre bonheur que de passer la vie dans les repas , les jeux , la danse, lamusique. Les Phéaciens, dit-il , nereçoiventpas volontiers les étrangers , et ne les voient pas de bon œil 4. La raison d'une telle conduite est toute naturelle : ces personnes étant plus vivement occupées de leur bonheur que les autres , regardent comme perdu tout ce qu'elles ne consument pas elles-mêmes.

' Odys. 4 , 26-36. 3 odys. Ï7 , 374 , etc.

'Deut. 10, 19. Ubid. 7, 32.

D'ailleurs tout ce qui a l'air d'indigence et de misère imprime des idées tristes ; et ces sortes de personnes les évitent comme le poison Je la vie, et comme n'étant capables que de troubler la pureté de la joie et la sérénité du bonheur dont elles veulent jouir. Il paraît qu'Homère n'a fait une si affreuse peinture des Cyclopes, .t surtout de Polyphême , qui maltraitait si inhumainement les étrangers qui abordaient dans son antre , qu'afin de faire regar- 1er comme des monstres et comme des ennemis du genre hunain ceux qui manquaient à l'hospitalité.

Antinous, l'un de ces jeunes seigneurs qui étaient toujours en estin dans la maison de Pénélope , fit des reproches à Eumée l'y avoir amené Ulysse. N'avons-nous pas ici assez de gueux et Je vagabonds , lui dit-il d'un air méprisant , pour affamer nos lables ? pourquoi nous as-tu encore amené celui-ci ? Il alla plus lOin , et lui jeta à la tête le marchepied qui lui servait lorsqu'il était assis à table. Un des assistants , indigné<i'une si brutale in^ .olence, lui dit : « Vous avez grand tort, Antinous, de maltraiter « ainsi ce pauvre homme. Qui sait si ce n'est point quelque dieu « caché sous l'habit d'un pauvre? Car souvent les immortels, « sous la figure de voyageurs , parcourent les villes pour être té- « moins des violences qu'on y commet et de la justice qu'on y « observe. »

Kat TE 6eoi Çetvoioriv êoixoxeç àXXoSaTtoïaiv , IlavTOÏoi TeXsOovTeç , âuiffTpwçûdi 7u6Xri<xc , 'Av6p(â7C(ov ûêpiv TS xai eOvojJiCyjv êçopwvteç.

(Odys. XVII, 485.)

On reconnaît ici visiblement ce qui est rapporté dans la Genèse, qu'Abraham , modèle parfait de ceux qui ont exercé Thospitalité, eut l'honneur de recevoir chez lui Dieu même, caché sous l'extérieur de trois voyageurs , ou plutôt de trois anges. C'est à quoi saint Paul fait allusion , en disant : Ne négligez pas d'exercer Vhospitalité '; car c'est en la pratiquant que quelques-uns ont reçu pour hôtes des anges sans le savoir. On voit bien qu'A-

I « Hospitalitatem noiite oblivisci : Taur/js IXaôov Tiveç Çetvioravte; ày>'é per hanc eniiu latuerunt quidam angeHs X0U5. bospitio receptU {Héb. 13, 12.; Alà

braham et Lot sont ici désignés clairement. Et ce qui est fort digne de remarque , c'est que Dieu venait pour lors , caché sous la figure de voyageurs , pour examiner et reconnaître par luimême jusqu'où allait l'insolence et le dérèglement des habitants de Sodome. Descendam, et videbo utrum clamorem, qui voiii ad me, opère compleverint , comme Homère le dit des dieux :

'AvOptoTTWv ûêpiv Te xal eùvojxiTjv èçopwvTeç.

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