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AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

Intelligenti pauca.

L'ouvrage dont je commence aujourd'hui la publication, et qui est destiné à servir d'introduction aux études historiques, est tiré des Conférences inaugurées par mon père sur ce sujet, il y a quarante ans.

Le môme motif qui l'avait engagé à ouvrir ces conférences alors, me décide à les publier aujourd'hui : il s'agit de venir en aide aux débutants, à ceux qui désirent s'initier aux procédés de la science par la pratique, en essayant de les appliquer à leur tour dans des recherches personnelles.

C'est pour ces jeunes gens, l'élite de nos Facultés, qu'était fondé, il y a quarante ans, à l'Université de Louvain, VTnstitui philologique.

L'idée première de cette fondation était empruntée aux séminaires philologiques^ qui fonctionnent dans un but analogue et avec tant de succès, au sein des universités d'Allemagne (i). Mais, pour accommoder à notre génie national, qui passe pour essentiellement pratique, une œuvre de pure science, on crut alors devoir lui donner une destination utilitaire, professionnelle, en associant à la philologie la pédagogie, confondant ainsi deux choses qui, dans l'organisation allemande, sont et demeurent nettement séparées. Il est juste d'ajouter qu'à une époque où l'enseignement normal des humanités n'était organisé nulle part en Belgique, il était urgent de pourvoir de cette façon à la formation de nos professeurs de langues anciennes et d'histoire.

Il en est résulté que l'Institut philologique de cette époque visait à former plutôt des professeurs que des savants. Néanmoins l'un ne va pas sans l'autre. Aucune métnode ne peut dispenser de la science. Comme le dit Montesquieu : « Il ne faut pas beaucoup d'esprit pour montrer ce qu'on sait; mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu'on

(1) UInstitat de Louvain portait aassi ce nom de Séminaire dans un avcmtprtffet de ses statuts, que j*ai retrouvé dans les papiers de mon pôie, rédigé de sa main. Mais ce terme avait ici une acception trop exclusivement cléricale pour être accueilli dans un sens si nouveau alors. C'est pourquoi le terme d'iTtstiitU lui fut préféré.

csufeîx^b;^

ignore. » Tel était aussi l'avis de mon père, qui entendait que le professeur, avant de monter en chaire, fût instruit à fond de tout ce qui concerne son état.

Originaire du Danemark, avant de se fixer en Belgique, sa seconde patrie, Tauteur avait longuement séjourné en Allemagne, et c'est là qu'il avait fait son apprentissage d'historien à l'école de maîtres illustres, de Niebuhr et Walter à Bonn, de Boeckh et Hegel à Berlin. La science et les procédés qu'il y avait recueillis, il se consacra à les propager à son tour dans nos écoles. C'est dans ce but qu'il institua ces Conférences, où il initiait quelques disciples aux parties fondamentales de son art, Règles de critique^ Géographie^ Ethnographie^ Chronologie^ Sources anciennes^ Travaiix modernes, etc., parcourant ainsi le cycle presque entier des sciences historiques, à l'exemple de ce qui se fait dans les Cours d'encyclopédie.

Ces leçons et ces exercices étaient tombés en désuétude par la disparition de l'Institut philologique, depuis qu'il a été pourvu autrement à la formation de nos professeurs. Pour les faire revivre, il a fallu une nouvelle impulsion, partie cette fois de la France.

La France, qui possédait déjà dans son Ecole des chartes une pépinière modèle d'historiens, a reconnu l'utilité d'étendre ce genre d'enseignement pratique à d'autres branches encore, et ainsi est née, en l868,YEcole pratique des hautes éludes, qui s'est inspirée des méthodes allemandes tout en leur imprimant le cachet du génie français. Car ce qui est demeuré en Allemagne un appendice de l'enseignement universitaire, est devenu en France une institution distincte et régulière, pourvue d'un programme officiel, d'un personnel d'élite et d'un outillage complet.

Depuis cette adhésion officielle de la France, les méthodes allemandes ont triomphé définitivement dans notre pays, où nous avons vu naitre et se multiplier, au sein de nos universités (i), de véritables séminaires scientifiques sous les noms

(1) Pour r Université de Loavain, voir les Rappoi^U annueis de la Confé* rence d* histoire dans les Annuaires de TUniversité depuis 1887.

nouveaux de cours pratiques, conférences, sociétés philologiques, etc. On ne saurait assez louer le zèle de cette élite de notre jeunesse, qui n'entend plus laisser à rAUemagne le monopole du culte austère de la science pure et désintéressée. Mais ce n'est pas assez de louer ce zèle. C'est notre devoir de le seconder. J'ai cru ne pouvoir mieux le faire qu'en communiquant à ces débutants les leçons où j'ai puisé moi-même les éléments de la science. Les refaire oralement^ c'était retomber dans Tabus de nos cours théoriques, qui condamnent l'étudiant au rôlepassif d'éternel auditeur devant le monologue éternel du professeur. C'est précisément pour remédier à cet abus que sont institués nos cours dits pratiques, parce qu'ils sont destinés à faire naître et à stimuler, dans l'étudiant, l'esprit d'initiative, la spontanéité, le travail indépendant et personnel.

J'en ai été amené ainsi à faire imprimer un résumé des conférences de mon père ou plutôt les Notes de cours sur lesquelles ces conférences ont été données, tout en reconnaissant que ces notes n'ont pas cet achèvement, ce fini que l'on exige d'une œuvre destinée à la publicité. De là une certaine inégalité dans les développements, qui souvent ne sont qu'indiqués et laissés à l'inspiration de la leçon orale ; de là des redites parfois ou aussi des omissions. J'ai essayé tant bien que mal de réparer celles-ci par des additions^ qui sont entre « guillemets. »» J'y ai fait d'autre part quelques suppressions commandées par les progrès de la science, tout en laissant subsister pourtant certaines thèses fort contestées aujourd'hui, mais que Ton n'a remplacées que par des hypothèses non moins contestables; telles, les questions du monothéisme primitif, de t interprétation des mythes grecs, des origines romaines,etc. En tout cas, ces questions où le pour et le contre se balancent, sont excellentes à titre d'exercice^ pour habituer les jeunes gens à la discussion. J'ai encore rafraîchi çà et là les citations et complété la littérature, conformément aux règles énoncées dans la Note qui suit. Dans l'indication des sources, mon père s*était arrêté au moyen âge, ce qui m'obligeait i ajouter une Intro-

duction à t étude de f histoire moderne, afin que cet ouvrage pût véritablement tenir lieu d'un Cours d'encyclopédie des sciences historiques. Tout cela a dû être fort condensé, de peur de tomber dans le défaut contraire du trop savant Daunou, dont le Cours d^ études historiques remplit vingt volumes et n'est pas arrivé au tiers du chemin. J'ai préféré m'en tenir à mon épigraphe : intelligenti pauèa.

Transmises oralement autrefois, ces leçons d'un maître ont formé la génération de professeurs à laquelle j'appartiens. Puisent-elles encore, sous la forme du livre, guider la génération nouvelle, qui se lève pleine de zèle et d'ardeur pour l'avancement des sciences historiques.

IVOXE SUR luA BIBIuIOGRAPHIE.

A mesure qu'une science se développe, il devient plus nécessaire, pour s'orienter, de posséder de bons répertoires, qui nous renseignent promptement sur les travaux terminés ou en cours de publication, et qui nous donnent au moins une idée générale de ce que ces travaux contiennent. Nul pays n'a mieux compris cette nécessité que TAllemagne où, sous les noms divers de Bibliotheca historicay Quellenkunde^ Jahresbeiicht, etc. paraissent chaque année de nouveaux Manuels destinés à faire connaître l'état actuel de la littérature historique. De pareils guides appartiennent à ce qu'on pourrait appeler Voulillage de la science : ils facilitent aux travailleurs l'accès des sources, leur évitent de dépenser leurs forces inutilement à des recherches déjà faites, et, en établissant entre eux une sorte de concert, impriment à la science une marche régulière et constamment progressive.

Nous n'entreprenons pas de dresser un répertoire de ce genre pour l'ensemble des sciences, historiques : ce serait un travail immense, fastidieux et, en somme, moins utile qu'encombrant.

Nous nous contenterons d'indiquer les ouvrages capitaux, ceux qui marquent une étape dans la science; pour tous les autres, nous renvoyons aux Répertoires bibliographiques qui existent déjà, et que nous aurons soin d'indiquer à leur place respective, soit en tête de chaque subdivision, soit dans des §§ distincts.

Dans nos indications bibliographiques, nous avons appliqué les règles suivantes :

En citant ces auteurs, qui se sont faits un nom dans la science, nous indiquons le plus souvent la date de Tédition première ou originale, parce qu'il peut être important de connaître la succession chronologique des historiens et de fixer leur place respective dans le développement progressif de la science. Les éditions subséquentes, les reproductions et traductions, se retrouveront aisément à l'aide des mêmes Bibliographies.

De plus, en note de chaque ouvrage, nous aurons soin de signaler ceux qui sont pourvus d'annotations ou de renvois détaillés et perpétuels aux sources, et ceux qui ne le sont pas. De cette façon, le chercheur qui veut aller jusqu'aux sources blêmes, ne sera pas exposé à s'égarer en s'adressaut à des auteurs qui ont ou bien travaillé de seconde main ou du moins omis de justifier leur narration.

C'est assez dire que nous avons complètement exclu et les Abrégés d'histoire et les Histoires universelles, sauf toutefois à signaler, dans un de nos Appendices^ les ouvrages les plus importants de cette dernière catégorie.

Nous avons encore éliminé, mais pour un motif tout différent, deux grands départements de la littérature historique, à savoir : la littérature de Vhistoire politique^ dans le sens spécial de ce mot, parce que nous nous réservons d'y revenir dans une autre publication, et la littérature de Vhistoire ecclésiastique, ce dernier travail étant fait, et de main de maître, par l'un de nos Bollandistes, le P. Ch. De Smedt, sous le titre : Introductio generalis ad historiam ecclesiaslicam critice tractandam. Gand 1876.

Toutefois l'historien ne doit pas s'en tenir à ces Bibliographies toutes faites. Les plus complètes d'entre celles-ci ont encore ce défaut, de s'arrêter à une date fatale, après laquelle la science a continué à produire, et les matériaux à s'accumuler.

Pour ne rien laisser échapper des nouveautés qui ont paru depuis, l'historien doit suivre attentivement la marche des publications périodiques^ qui accroissent chaque année de tant de volumes nos bibliothèques déjà encombrées. *

Dans ces recueils, qui sortent simultanément de tous les «entres scientifiques de l'Europe, académies, archives, universités etc., tout n*est pas sans doute de première qualité. Mais c'est le plus souvent là que paraissent ces monographies si précieuses, qui font surtout progresser la science en ne cessant d'en améliorer, d'en corriger ou d'en compléter le détail.

Ces publications sont aujourd'hui si nombreuses que nous devons ici encore nous borner à un choix. Il y a, en effet, des publications mixtes où les travaux historiques sont mêlés à des productions d'un autre genre; et il en est qui ne sont qu'historiques.

Parmi les publications exclusivement historiques, il en est de générales^ qui touchent à toutes les parties de la science ; il en est de particulières, qui n'embrassent qu'une contrée, une province ou seulement une ville déterminée; il en est de spéciales, qui n'envisagent qu'un département de l'histoire, archéologie, philologie, numismatique, etc.

Quant aux deux catégories de Revues qui ne sont pas d'un intérêt général, nous n'essayerons pas de les compter, moins encore de les énumérer ; un petit nombre seulement seront mentionnées dans le cours de l'ouvrage (1).

Par contre, nous citons ici les Revues générales d'histoire une fois pour toutes, afin de nous dispenser d'y renvoyer partout où il pourrait être utile de les consulter.

Ces Revues peuvent se classer sous trois chefs, selon qu'elles publient des monographies ou qu'elles se bornent à la bibliographie ou qu'elles font marcher les deux choses de front. Nous ajoutons à cette liste les meilleurs recueils de bibliographie générale, dans lesquels l'histoire est comprise.

Recaell»

de monographie» et de bibliographie réunie»*

En France :

Revue des Questions historiques. Paris (depuis 1867). Trimestriel. Publication conçue dans un esprit catholique.

Revue historique. Paris (depuis 1876). Bi-mensuel.

(1) Comme répertoire assez complet, on peut consulter le Catalogue des ouvrages périodiques que reçoivent les principales bibliothèques de Belgique (Bruxelles, Qand, Louvain, Liège). Bruxelles. Ministère de l'Intérieur. 1881. Le chiffre des Revues d histoire (sans compter les Recueils miootes) j monte À 160 environ.

En Allemagne :

BisUnische Zeitschtifl. Munich (depuis 1859). Mensuel.

Publié sous la direction du prof. H. y. Sybel, et dans Tesprit politique de son école.

Bistorisches Jahrbuch. Munich (depuis 1880). Trimestriel.

Publié par les savants catholiques de TAllemagne, associés sous le titre de GœrreS'GesseUchaft.

En Italie :

Rivista stûrka italiana. Turin (depuis 1884). Trinaestriel.

En Angleterre :

The english hxstorical Review. Londres (depuis 1886). Trimestriel.

Recueil» de monograplile» liIsCorIqaea*

Uistorisches Taschenbuch. Leipzig (depuis 1830). ÂnnueL Fondé par F. Ton Raumer, continué par Maurenbrecher.

Muenchner historisches Jahrbuch. Munich 186S-66. Deux Tolumes seulement ont paru.

Zéttschrift fuer aUgemeine Geschichte. Stuttgart (depuis 1884). Mensuel.

Tydschriftvor Geschiedenis. Amersforl (depuis 1886).Bi-mensuel.

Bibllos^aphlea liIsCorIqueii*

Koner, Repertorium der Geschichte (1 800-1850). Berlin 1886. in-8.

C'est un catalogue systématique de nombreux articles relatifs à Tbistoire qui sont disséminés dans les publications académiques ou périodiques de la première moitié de ce siècle. Un semblable travail pour la seconde moitié du siècle serait des plus utiles.

Ribliotheca historica von DrMueldener. Goetlingue (depuis 1882). Semestriel.

Simple catalogue, ne donnant pas lo contenu des périodiques, utile néanmoins, à cause du classement systématique des ouvrages parus.

Mittheilungfn aus der hislorischen Litteratur. Berlin (depuis 1872). Trimestriel.

Publication de la Société historique de Berlin, ne donnant qu'un cho ix d'ouvrages, mais avec des jugements sur ceux-ci.

Jahi^esberichte der Geschichtswissenschaft. Berlin (depuis 1878). Annuel.

Publication de la Société historique de Berlin. Cet ouvrage est indispensable comme bibliographie et critique non seulement des ouvrages , mais aussi des articles contenus dans les périodiques du monde entier. L'antiquité — le moyen âge — les temps modernes et actuels y sont compris. Dans chacune de ces sections, il y a une notice par pays, et chaque notice est l'œuvre d'un spécialiste.

Dlbllo^raplile» généredem^

En France :

Le Jowmal des Savants, Nouvelle série. Paris (depuis 1816). Mensuel.

La Revue critique d'histoire et de littérature. Paris (depuis 1866). Hebdomadaire.

Le Polybiblion. Revue bibliographique universelle. Paris (depuis 1864). Mensuel.

Elle comprend deux séries : une partie technique, simple catalogue, avec contenu des périodiques; — une partie littéraire, ou bibliographie critique. Même esprit que la Revue des questions historiques.

En Allemagne :

Goettingische gelehrte Anzeigen. Goettingue (depuis 1753). Trimestriel.

Literarisches Centralblatt fuer Deutschland. Leipzig (depuis 1850). Hebdomadaire.

LUerarische Rundschau fuer das katholische Deutschland. Fribourg (depuis 1874). Mensuel.

En Angleterre :

The Athenaeum. Journal of english and foreign Literature. Londres (depuis 1838). Hebdomadaire.

The Academy, Weekly Review of Literature, etc. Londres (depuis 1869). Hebdomadaire.

A la date récente de la plupart de ces publications, on reconnaît rextension considérable que la littérature historique a prise dans ces dernières années, et la nécessité d'un fil conducteur pour s'y retrouver. Avec nos indications, le débutant pourra s'orienter dans cette immensité, à condition de procéder avec ordre et méthode.

A-t-il une recherche à faire, des matériaux à rassembler*^ Notre ouvrage peut lui servir de premier réperloipe ; car il y trouvera indiqués, à leur place respective, non seulement les ouvrages capitaux, mais encore les Bibliographies spéciales les plus utiles et les plus récentes, dont nous signalons brièvement l'objet et l'emploi.

Une fois en possession de la bibliographie voulue, il s'en servira comme d'un second répertoire pour rassembler et les sources dont il a besoin et toutes ces monographies, que notre ouvrage ne renseigne pas, et qui sont plus importantes que les travaux d'ensemble^ quand on veut du moins approfondir une question.

Reste une dernière recherche à faire pour se mettre au courant des nouveautés postérieures à nos Bibliographies; on les rencontrera en dépouillant depuis cette date quelques-unes des Revues périodiques énumérées ci-dessus (1).

Tel est l'emploi à faire de notre ouvrage, comme bibliographie : destiné aux débutants, il n'est qu'un répertoire des répertoires.

(1) La plupart de ces Revues se trouvent dans chacune des quatre bibliothèques mentionnées & la note précédente, où Ton a toute facilité de les consulter, mais nulle part mieux qu'à la Bibl. R. de Bruxelles, depuis Tinstallation d'une scUle de travail dans la Section des périodiques.

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