‹ Traité des études historiquesChapitre 2 sur 55 · LE PLAN DE CES ÉTUDES · texte numérisé non relu

LE PLAN DE CES ÉTUDES

Il y a dans les études historiques deux méthodes à distinguer, selon le but que Ton se propose : ou bien il s'agit d'apprendre soi-même ou bien l'on veut communiquer à d'autres ce que l'on a appris ; il y a la méthode d'étudier l'histoire et la méthode de l'enseigner.

Ces deux méthodes sont absolument différentes. La première est analytique ; la seconde est synthétique.

La méthode analytique consiste à rechercher les faits, à les vérifier un à un ; il faut pour cela recourir aux sources ; il faut ensuite connaître et savoir appliquer les principes de la critique historique; il faut enfin par la mémoire s'assimiler les faits recueillis, et les retenir autant que possible dans leur ordre chronologique.

La méthode synthétique consiste à discerner, dans la masse dos faits historiques, l'idée-mère qui les domine, à distinguer avec soin les faits importants, majeurs, des faits accessoires qui en dépendent ; à les disposer dans une bonne division, qui soit fondée sur la nature des choses, et qui n'ait rien a arbitraire, ni de forcé, de façon à exposer l'histoire avec ordre et clarté.

A ces deux méthodes correspondent deux genres d'exercices : les exercices par écrit et les exercices de vive voix.

Les exercices par écrit ont pour but de nous initier à la méthode d'étudier l'histoire, de nous habituer à faire des recherches et à traiter un sujet historique.

Les exercices de vite voix ont pour but de nous initier à la méthode d'enseigner l'histoire ; de nous habituer à l'exposer de vive voix ; de nous former à l'art de mettre à la portée de nos élèves ce que nous avons appris.

Les exercices par écrit ont pour objet une question spéciale d'histoire, soit un point encore obscur ou controversé, soit la biographie d'un personnage illustre, soit l'étude d'une institution sociale ou politique.

Il s*agit ici de compulser les sources, de les comparer ; d'apprécier leur valeur historique ; il s'agit de comparer les résultats ainsi obtenus avec les opinions des auteurs modernes qui ont traité le même sujet, et «d'arriver à se former un jugement raisonné de nos historiens les plus célèbres.

Le^ exercices de vive voix consistent dans des leçons d'histoire à faire à des élèves de telle ou telle classe sur telle ou telle partie de la matière.

Dans ces leçons, il ne s'agit pas d'associer les élèves à des recherches, qu'ils ne sont guère en état de suivre; mais simplement d'exposer les résultats auxquels nous sommes arrivés par nos recherches personnelles. C'est là une différence principale à faire entre l'enseignement moyen et les études universitaires.

Quelques considérations préliminaires sur les qualités essentielles requises de l'historien, et qui sont communes à ces deux espèces d'exercices.

Pour le fond, la qualité essentielle, c'est l'impartialité. Cicéron en a défini les quatre conditions :

P ne jamais rien dire de faux, de contraire à la vérité ;

S'' no rien omettre de ce qui est vrai ;

3'' ne rieu écrire par complaisance ou bienveillance;

4'' ne rieu écrire par haine ou auimosité.

Il n'y a pas de plainte plus commune que celle qui est- relative à la partialité des historiens. On en accuse parfois des auteurs qui ne méritent pas ce reproche. Un historien est impartial quand il représente les faits dans leur vrai jour; quand il peint les caractères des personnages tels qu'ils se manifestent dans leurs actions; quand il s'efforce de retrouver le caractère distinctif de chaque peuple et de chaque époque. Cette impartialité n'exclut pas le droit d'émettre un jugement sur une période, sur un peuple, sur un individu. Au contraire, des réflexions de ce genre doivent accompagner le récit des faits. Sans cela, il serait impossible d'écrire l'histoire. Comme Frédéric Schlegel le fait remarquer, « dans l'histoire, de même que dans la vie, ce peut être un plus grand mérite d'avoir reconnu et adopté le parti juste que de ne prendre aucun parti en demeurant neutre et indifférent (i). »

C'est pousser la neutralité beaucoup trop loin que de représenter toute opinion , tout principe comme vrai à une époque donnée. La vérité est une; elle demeure toujours la marne, et ce qui était bon hier ne peut pas être devenu mauvais aujourd'hui.

Quant aux qualités de la forme, on se demande quel est le style historique qui convient le mieux tant aux écrits qu'à l'enseignement de l'histoire.

L'historien doit faire assister en quelque sorte ses lecteurs ou ses auditeurs aux événements qu*il expose. Il doit les présenter sous leurs vraies couleurs, eu leur rendant toute la vie qu'ils avaient pour les contemporains. Le style historique doit être, en ce sens, ce que l'on appelle pittoresque. La science n'exclut donc nullement l'imagination. Mais il y a deux imaginations bien distinctes, celle du poète qui invente, et celle de l'historien qui reproduit. C'est en les confondant que bon nombre d'historiens, surtout français, ont fait l'histoire au lieu de rendre la vérité historique.

(1) Fr. Schlegel, Yorlesungen ueber die neuere Geschkhie, Vienne, 1811. Pages.

L'imagination ici a ses bornes, que Thistorien ne peut jamais dépasser. Il ne doit pas empiéter sur le domaine de la fiction, soit dans les faits, soit dans les détails, soit en exposant la pensée intime d'un personnage, soit en lui prêtant des discours fictifs, ^histoire n'en est pas moins, quand elle est traitée dans toute son ampleur, une épopée en prose. Sous ce rapport, les anciens peuvent nous servir de modèle : tels Thucydide entre les Grecs et Tacite parmi les Romains.

MÉTHODE

Page 1