V^ PAIT
I^e Protestantisme*
Il est temps de réagir contre une erreur très répandue dans renseignement de l'histoire moderne, qui est de la traiter exclusivement au point de vue politique, en faisant abstraction de la question religieuse. Il n*y a rien de plus important que de donner aux jeunes gens une idée juste du protestantisme, que Ion a représenté trop souvent comme une revendication de la liberté de conscience. C'est là un gros mensonge historique, qui a été accepté par presque tous les historiens modernes, et que môme des auteurs catholiques ont répété de confiance. Pour s'en convaincre, rien de plus instructif que d'établir un parallèle entre le mode de propagation du christianisme parmi les nations payennes et la propagation du protestantisme dans les temps modernes. Le premier avait été proche par les apôtres et leurs disciples, qui versèrent leur sang pour la foi ; le second est propagé par des hommes violents, qui crient vengeance contre leurs adversaires religieux, et qui les persécutent aussitôt qu'ils ont le pouvoir. Tel fut le oaraotère du protestantisme.
Les sectaires protestants invoquent l'autorité des princes qu'ils sont parvenus à gagner, contre ceux qui ne veulent
pas embrasser leur foi. Ils comprennent, dans une môme proscription, la religion catholique et les autres sectes dissidentes. Luther, Zwingle,Calvin se déchirent et se combattent entre eux, et c'est alors qu'on proclame pour la première fois cette dépendance absolue de la religion du bon plaisir du souverain. Cujvls est regio, illius est religio, fut la maxime prônée par les sectaires et mise en pratique par les princes. Ainsi le protestantisme, loin d'assurer la liberté de conscience, Tétoufifa partout par la violence.
Cette vérité doit former la base même de l'enseignement de toute l'histoire du protestantisme ou de ce que Ion appelle improprement la Réforme. Elle est confirmée par l'histoire de l'introduction du protestantisme dans tous les pays.
Mais avant inculquer cette vérité aux élèves,il faut exposer avec soin les causes de la naissance et de la propagation du protestantisme, en distinguant les causes principales et les causes secondaires.
Parmi ces causes, il y en a deux qui dominent les autres : V La dépravation morale et intellectuelle du clergé : le relâchement des mœurs et l'ignorance sont les causes de Tapostasie d'un grand nombre de membres du clergé. Tous ses rangs en étaient infectés. Le haut clergé, tant séculier que régulier, se recrutait à peu près exclusivement dans la noblesse. Les fils cadets des grandes familles considéraient les hautes charges ecclésiastiques comme un apanage. Presque tous les chefs des sectes et leurs principaux adhérents avaient été moines ou prôtres ; Tafiranchissemeut de tout frein imposé aux passions flattait ces hommes, qui se firent les champions des nouvelles doctrines.
2^ La seconde grande cause, c'est (influence des littératures payennesy qui se faisait sentir dans le monde lettré» même sur les études théologiques. L'abbé Gaume n'est pas ie premier qui ait signalé cette cause ; elle a été reconnue par toute Técole historique allemande, tant protestante que catholique. Le paganisme avait pénétré le langage même :
on ne parlait plus de Dieu^ mais des dieux immortels^ etc. Les arts revêtirent les formes et môme la licence du paga* nisme.
Parmi les causes secondaires, on remarque surtout cette doctrine du libre examen, que l'on mettait en avant, sans la mettre en pratique ; — ensuite la convoitise des richesses de TEglise et du clergé; — enfin les mauvaises passions des masses, si faciles à égarer.
Dans l'histoire de l'origine du protestantisme dans les divers pays et de son développement, il faut commencer :
V avec Y Allemagne^ berceau du protestantisme;
ensuite 2® viennent la Suisse et France, où une secte différente prend naissance, celle des réformés ou Calvinistes, en opposition avec les Luthériens ;
puis 3** ï Angleterre y où règne d'abord le schisme, ensuite l'anglicanisme, qui conserve encore quelques unes des formes extérieures de l'Eglise catholique.
4^ les pays Scandinaves^ où triomphe le luthéranisme. Dans tous ces pays, excepté la France et le sud de l'Allemagne, le protestantisme prédomine entièrement.
5^ Dans d'autres pays, les provinces de la Baltique, la Pologne, la Hongrie^ la Transylvanie et les Pays-Bas^ il ne triomphe que partiellement.
6^ En opposition avec le protestantisme, il faut étudier les réformes que l'Eglise introduisit dans sa discipline, ainsi que les décisions dogmatiques prises au Concile de Trente. Ces deux points sont de la plus haute importance, parce qu'ils ont sern à combattre les hérésies nouvelles et par la réforme des mœurs du clergé et par l'exacte définition des dogmes.
Le Concile de Trente fut ainsi le plus fort boulevard opposé par l'Eglise au protestantisme. Une autre arme fut enyoyée à l'Eglise dans la Compagnie de Jésus, ordre nouveau, destiné surtout à combattre les hérésies et à se rattacher intimement au St-Siège : il établit ainsi un nouveau lien entre les pays restés fidèles à l'Eglise et le eiège
de Rome. C*est aiosi que Dieu fit servir le protestantisme même au profit de son Eglise.