CHAPITRE II
De la putréfaction des cadavres dans l'eau.
Ici , comme pour la terre, nous ferons connaître en détail un certain nombre d'ouvertures de cadavres qui étaient restés plus ou moins de temps dans l'eau ; la description de ces nécropsies sera précédée de quelques expériences qui nous ont paru propres à éclairer la question.
OBSERVATION IrC.
Le 12 mars i83o, on plongea dans un grand baquet à moitié plein d'eau de Seine le cadavre d'un enfant nouveau-né, âgé de sept jours, mort depuis cinquante
heures : la coloration générale était naturelle , excepté que les paupières, l'oreille droite, la partie postérieure et supérieure des cuisses, et le scrotum étaient rouges; le dos était légèrement violet ; le ventre commençait à verdir, et les ongles étaient bleuâtres;, du reste, le corps offrait le volume , le poids et la longueur ordinaires.
i3 mars. La peau est d'un blanc mat; les paupières sont décollées et de couleur rosée ; l'oreille droite et les autres parties que nous avons dit être rouges avant l'immersion, sont aussi beaucoup moins colorées. L'épiderme est d'un blanc mat aux membres , surtout aux mains et aux pieds, où il est déjà ridé, mais non détaché. Il existe à la partie antérieure du tronc des petites écailles épidermiques, comme on en voit chez les nouveau-nés chez lesquels la chute du premier épiderme n'a pas encore eu lieu.
20 mars. Le cadavre est toujours au fond de l'eau et beaucoup plus pâle ; toutefois, on voit à la région épigastrique une plaque violette d'environ deux pouces; l'abdomen est légèrement verdâtre; les taches des fesses et des testicules sont d'un violet plus clair qu'auparavant. L'épiderme de la paume des mains commence à se détacher. 24 mars. La partie supérieure de la face , les parues latérales du col, le haut du thorax et les épaules se colorent en gris très-légèrement verdâtre , quoique le cadavre soit toujours resté au fond de l'eau ; le scrotum n'est plus que d'un blanc rosé très-clair. 26 mars. La fesse gauche offre une coloration verdâtre. 27 mars. Cette couleur est plus intense et s'étend plus bas sur le côté externe de la cuisse. La joue droitr
est légèrement colorée en rose ; le front et les paupières sont d'un gris verdâtre ; les parties latérales et inférieures du col sont violacées; le cadavre est toujours dans l'eau. 28 mars. L'abdomen est d'un bleu ardoisé, excepté un peu au-dessus de l'ombilic, où il est livide. If n'y a b ors de l'eau qu'une partie de la fesse gauche, et elle est d'un vert clair; cette couleur s'étend même à la cuisse correspondante; la fesse droite qui est sous l'eau est rosée; l'épiderme se détache facilement partout. 3o mars. Le côté gauche de l'abdomen, la cuisse et la jambe correspondantes, sont hors de l'eau et colorés en vert; le côté droit et l'autre membre inférieur restent dans l'eau et ne sont point colorés; la couleur de la partie antérieure du ventre est plus foncée. L'épiderme se sépare partout au plus léger effort; celui des pieds ne tient pas moins que celui des autres parties. 3i mars. De larges lambeaux d'épiderme se sont détachés des parties latérales du ventre et du col ; l'abdomen paraît moins coloré. 3 avril. L'épiderme flotte dans l'eau sous forme de larges plaques translucides et incolores; toutefois, les parties qui recouvraient les portions que nous avons dit être colorées en bleu , en vert, etc. , offrent une teinte olivâtre. La peau, dépouillée de sa cuticule, est déjà décolorée, et d'un blanc mat dans plusieurs des parties qui étaient fortement colorées avant la chute de l'épiderme; toutefois, elle est d'un bleu ardoisé et noirâtre à la partie antérieure de l'abdomen, d'un rouge vineux sale à la tête, et d'un rouge vineux très-pâle au menton et entre les sourcils. 5 avril. Les parties qui avaient perdu leur épiderme le 3 avril,
et qui étaient encore colorées, sont d'un blanc d'ivoire. Le tissu cellulaire commence à être distendu par des gaz. 6 -avril. Le col qui avait été complètement décoloré , redevient bleu , violet clair , et même rouge ; mais le cadavre est beaucoup plus ballonné, et par conséquent plus près de la surface du liquide. Le bras gauche est hors de l'eau. 8 avril. Une plus grande partie du corps est en contact avec l'air; le tissu cellulaire sous-cutané est très emphysémateux ; la peau des membres est soulevée, comme si elle eût été soufflée; lorsqu'on la presse on ne sent pas la crépitation ordinaire du tissu cellulaire emphysémateux. On voit sur différentes parties du corps des plaques jaunes là où le derme n'est pas coloré , et verdâtres dans les parties qui offrent cette teinte ; ces plaques sont de grandeur et de forme variables ; les plus petites ressemblent à des lentilles; le plus grand diamètre des autres est à peu près d'un pouce; elles sont entourées d'un cercle depetits points blanchâtres , durs , comme si c'était un dépôt calcaire. La couleur générale du cadavre est blanchâtre; la portion de l'abdomen qui était assez fortement colorée , se décolore sensiblement, quoiqu'elle soit en contact avec l'air. 9 avril. Les plaques deviennent de plus en plus nombreuses; le cadavre est plus emphysémateux; les membres abdominaux présentent encore une certaine résistance , tandis que dans les membres supérieurs il ne reste plus que quelques traces de muscles , et les os semblent à nu dans le sac formé par la peau qui les enveloppe. Dans plusieurs endroits, cette peau est corrodée, et lorsqu'on presse clans les environs de
ces corrosions , il s'écoule une sanie d'un blanc rosé sale , qui est un reste de tissu cellulaire détruit par la putréfaction. 1 1 avril. De nouvelles corrosions se sont formées , et celles qui existaient sont beaucoup plus larges ; une d'elles située au niveau du bord supérieur de l'os coxal droit, est très-considérable, et donne issue à des gaz et même à des portions de viscères abdominaux ; la peau environnante est fortement plissée. En général, ces corrosions se remarquent là où il y avait des plaques, et là déchirure de la peau semble correspondre à l'auréole calcaire que nous y avons indiquée. i3 avril. Presque tous les viscères s'échappent , sous forme de bouillie , par les déchirures que nous signalons.
OBSERVATION 2e.
Le 12 mars i83o, on a mis dans un grand baquet presque plein d'eau de Seine le cadavre d'un enfant nouveau-né, âgé de huit jours, et mort depuis trentesix heures; sa couleur était naturelle, excepté la partie postérieure du tronc qui était légèrement violette, l'oreille droite qui était rouge , et les ongles qui étaient bleuâtres ; il y avait tout autour de l'ongle de l'indicateur gauche une ulcération; du reste , le poids , le volume et la longueur de cet enfant n'offraient rien d'extraordinaire.
i3 mars. Le corps est d'un blanc mat ; les paupières et les oreilles ne sont que légèrement rosées; le dos offre à peine des traces de la couleur violette dont nous avons fait mention ; 1 épidémie des membres, d'un
blanc mat , commence à se rider, surtout aux mains et aux pieds , mais il ne se détache pas. On remarque à la partie antérieure du tronc des petites lames blanchâtres, véritables écailles provenant du premier épiderme qui n'est pas encore tombé.
i4 mars. Le genou droit est la seule partie qui soit hors de l'eau; il offre une couleur rosée. 17 mars. Cette couleur est légèrement jaunâtre j le ventre est un peu ballonné ; lepiderme ne se détache qu'autour de l'ongle ulcéré. 20 mars. Le cadavre est près de la surface de l'eau; il est en général de couleur blanche tirant sur le violet très-clair ; les deux genoux font saillie hors de l'eau, et sont colorés en rose légèrement jaunâtre, moins intense que les jours précédens; lepiderme est soulevé aux mains. .24 mars. La majeure partie de l'abdomen est verdâtre et hors de l'eau d epuis deux jours; l'épiderme de la paume des mains et delà plante des pieds se déchire plus facilement. 25 mars. Les genoux, qui étaient devenus rouges par leur exposition à l'air , sont complètement décolorés ; la cuisse gauche est rosée; l'abdomen et même la partie inférieure du thorax sont verts. 26 ' mars. Le col et le haut du thorax offrent une teinte violette; les paupières, le nez et les lèvres sont d'un rose jaunâtre ; les membres inférieurs sont également rosés, exceptéà la partie antérieure des jambes. 27 mars. Le cadavre est toujours près de la surface de l'eau, excepté l'abdomen, une partie du thorax et les genoux, qui sont à l'air. 28 mars. Le ventre, généralement vert, présente une tache ardoisée d'environ six lignes dans son plus grand diamètre;
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le col et le thorax deviennent plus violets ; les membres supérieurs offrent déjà cette même teinte, mais claire. 3o mars. Le poignet gauche est hors de l'eau et verdâtre ; on observe la même couleur au-dessus du genou droit, immédiatement à côté de la portion qui est en contact avec l'air , et qui par conséquent est à peine couverte par le liquide; la face antérieure des jambes est déjà rosée. Ier avril. Les genoux sont jaunes, presque desséchés ; ils ne sont jamais devenus verts , quoiqu'ils aient été presque constamment à l'air. 3 avril. Le ventre et le thorax sont toujours hors de l'eau et colorés en vert. Le col est d'un rouge violet, la face d'un rouge cuivré ; on voit au côté gauche de la tête une tumeur sous-épidermique produite par des gaz - les membres abdominaux sont rouges, excepté les genoux; ces diverses colorations ne dépendent pas de l'épi derme., car on peut enlever celui-ci par larges lambeaux et s'assurer qu'il est incolore; il existe comme aux pieds et aux mains, mais il se détache par le moindre frottement. 4 avril. Toutes les portions dépouillées d'épidémie, qui étaient rouges hier et qui sont restées dans l'eau , sont presque incolores. 5 avril. Ces portions sont d'un blanc d'ivoire ; le tissu cellulaire sous-cutané est déjà notablement distendu par des gaz. 8 avril. Le ventre, qui est en contact avec l'air, est plus ballonné et beaucoup moins coloré, quoiqu'il soit encore couvert d épidémie ; la portion qui est hors de l'eau est entourée de petits mamelons jaunâtres , mous , comme mucilagineux , qu'on enlève facilement; les parties dépouillées d'épiderme, qui sont dans l'eau, contiuuent à être incolores;
le bras gauche et la partie postérieure des membres abdominaux sont le siège de petites plaques semblables à celles que l'on a remarquées le 8 avril chez l'enfant qui fait le sujet de l'observation précédente. 9 avril. Toute la portion thoraco-abdominale qui est en contact avec l'air , est desséchée ; l'épiderme adhère encore fortement; celui des pieds n'est pas détaché, mais il s'enlève par la moindre traction ; les petites plaques indiquées hier sont plus marquées ; le tissu cellulaire est moins emphysémateux que chez l'autre enfant ( V. page 4 ) ; les membres conservent toutes leurs parties, en sorte que lorsqu'on les touche à travers la peau, les chairs offrent encore une résistance sensible, ii avril. On remarque une corrosion au bras gauche, précisément à l'endroit où nous avons dit exister une plaque. i5 avril. Le cadavre est entier et un peu plus hors de l'eau; toutes les parties qui jusqu'à ce jour étaient restées dans le liquide ét qui étaient blanches, se sont colorées en jaune sale légèrement ocracé, depuis qu'elles sont en contact avec l'air. La tête et les bras sont le siège d'autres corrosions , par lesquelles s'écoule une sérosité sanguinolente ; ces pertes de substance s'observent dans les endroits où il y avait eu des plaques. L'abdomen est sec , recouvert d'épiderme, coloré comme auparavant et toujours hors de l'eau; la partie antérieure du col est hors de l'eau depuis deuxjours ; aussi est-elle emphysémateuse , et de blanche qu'elle était , est-elle devenue rouge sale tirant sur le rosé. Les pieds sont encore recouverts d'épiderme qui y tient à peine. 1 y avril. Les corrosions
sont beaucoup plus grandes; on en voit une très-large au côté droit du thorax, par laquelle s'échappent des débris des muscles, des côtes dénudées et une partie du poumon. Le lendemain , des portions des viscères du basventre sortent, sous forme d'une sanie, par d'autres corrosions qui existent à l'abdomen.
OBSERVATION 3e.
Le a3 mars i83o, on a mis dans de l'eau Contenue dans une grande baignoire, le cadavre d'un homme âgé de cinquante ans, mort trente heures auparavant. L'abdomen était légèrement verdâtre, le col, les parties latérales de la tête et le dos , offraient plusieurs plaques rougeâtres et d'un violet assez foncé. Le 25 mars , l'épidémie des mains commence à se 'rider, surtout aux doigts et à la face dorsale; il est d'un blanc bleuâtre mat à la paume des mains et à la plante des pieds, où il est couvert d'une couche d'une matière blanche , facile à 'enlever, et semblable à la mie de pain bouillie dans du lait. Le thorax et le bras, qui n'étaient pas colorés au moment de l'immersion du cadavre dans le liquide, commencent à prendre une teinte légèrement verdâtre. 26 mars. L'enduit détaché hier de la paume des mains et de la plante des pieds ne s'est pas reformé. 27 mars. Toutes les parties colorées en rouge avant de mettre le cadavre dans l'eau , sont actuellement d'un violet clair. 28 mars. L'abdomen est moins vert; 1'épiderme est très - légèrement soulevé aux mains et aux pieds, et ne s'enlève qu'avec
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peine. 3o mars. Celui de la paume des mains et de la plante des pieds, toujours d'un blanc mat, est beaucoup plus plissé et soulevé, surtout vers les extrémités plantaires des orteils et palmaires des doigts ; celui qui recouvre les autres parties du corps ne se soulève pas. Les ongles sont d'un gris verdâtre. On remarque à la face dorsale des mains quelques sillons verdâtres qui répondent aux veines. 3 1 mars. L'abdomen est à peine coloré. ier avril. Les diverses teintes vertes et violacées sont encore moins foncées. 3 avril. L'épi derme est plus soulevé , et s'enlève , à l'aide d'une légère pression dans les environs des articulations , à toute la partie supérieure de la face, au crâne, aux mains et aux pieds. 11 existe des taches verdâtres et violacées dans la région des sterno-cléido-mastoïdiens et au-devant du sternum. 4 am"/. Toutes les parties qui ont été dépouillées d'épiderme hier, et qui étaient colorées, sont d'un blanc mat. Les bras sont encore couverts d'épiderme et présentent une teinte rosée. 5 avril. L'épiderme s'enlève par lambeaux énormes aux fesses, et par plus petites portions à la partie postérieure du tronc : on voit , près de la fosse iliaque gauche , une vésicule alongée remplie d'eau , qui a pénétré entre l'épiderme et le derme , par un point où le premier de ces tissus était déchiré. L abdomen s'est coloré de nouveau, et il est aussi vert qu'au commencement de 1 expérience; cependant le cadavre est toujours resté au fond de l'eau. 6 avril. L'épiderme s'enlève plus facilement ; toutefois, il n'est pas encore détaché de la plante des pieds ni de la paume des mains, quoiqu'il soit ev
DES EXHUMATIONS JUKIDIQUES. I I
cessivement soulevé ; plusieurs lambeaux, au contraire, sont déjà séparés de la région dorsale des mains. La jambe gauche est légèrement verdâtre et couverte d'épiderme. On remarque à la partie interne des deux bras des taches d'un rouge vif, en général petites et de forme différente ; dans quelques-unes de ces taches, 1 epiderme est soulevé par un fluide rougeâtre qui les colore j et que l'on peut déplacer par la plus; légère pression ; vient-on à presser plus fort , l'épiderme se sépare et le liquide s'écoule ; dans quelques autres de ces taches, l'épiderme a déjà été détaché, et alors la couleur rouge sous-jacente a disparu ; le derme est blanc , mais il reste souvent tout autour de ce derme blanchi une ligne circulaire, si la tache avait cette forme rugueuse, adhérente, qui circonscrit en quelque sorte la tache qui existait auparavant, g avril. Le thorax et l'abdomen sont en. grande partie dépouillésd'épiderme, et on peut dire que partout où le derme est à nu, la couleur est d'un blanc mat ; tandis qu'auparavant , lorsque l'épiderme existait, ces parties étaient colorées en violet ou ên vert; toutes les portions du 9 corps couvertes encore d'épideEine conservent au contraire une coloration manifeste. Les ongles existent etsont solidement attachés. 10 avril.L epidermeest en partie séparé à la jambe gauche, qui s'est déjà décolorée dans toutes les partiesdépouillées de cuticule. On voit quelques petites taches d'un bleu indigo à la partie latérale gauche du thorax et près du téton du même £ôté , ainsi qu'à la partie droite du col. Le cadavre commence à avoir une tendance marquée à venir à la sur-
face. 1 1 avril. Le moignon de l'épaule gauche et une petite portion du même côté du thorax font saillie hors de l'eau , et déjà l'action de l'air se fait sentir, car ces parties sont colorées en vert-de-gris , si ce n'est le sommet de l'épaule qui est jaunâtre ; tout ce qui est sous l'eau est décoloré , excepté les taches rouges et bleues dont nous avons parlé. i5 avril. On renouvelle l'eau de la baignoire , et pendant cette opération, d'énormes lambeaux d'épiderme qui tenaient à peine au corps , sont détachés ; le derme mis à nu est d'un blanc mat , même à l'abdomen ; toutefois , la cuisse droite et la jambe gauche sont d'un bleu clair; on remarque en outre çà et là quelques petites plaques, couleur de café au lait clair, sans dureté ni élevure. Le cadavre est un peu plus hors de l'eau , et les parties qui ont le contact de l'air sont plus colorées et notablement emphysémateuses. 17 avril. Le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré de gaz dans plusieurs endroits; le ventre est ballonné, et le corps tend de plus en plus à surnager; déjà la presque totalité du côté gauche du thorax et de l'abdomen sont hors du liquide; les plaques jaunes sont plus rares. 19 avril. Le ballonnetnent est augmenté; la portion de la partie antérieure du thorax qui a surnagé la première , est devenue d'un gris verdàtre , et à peu près semblable, par sa consistance, à du parchemin mouillé. 21 avril. Les parties qui sont hors de l'eau sont jaunâtres, aurores ou d'un vert plus oiï moins foncé ; partout où des gaz ont soulevé la peau qui est en contact avec l'air, celleci est desséchée. 24 avril Le menton , le Col , le tho-
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rax , la plus grande partie de l'abdomen , et la partie antérieure de la cuisse gauche , sont hors de l'eau ; cette cuisse est d'un bleu très-clair; le genou est aurore , tandis que les autres parties qui sont à l'air et qui sont desséchées , sont colorées en rouge , en brun , en noir, en vert clair ou foncé et par plaques. Toutes les portions du cadavre qui sont sous l'eau sont d'un blanc mat , excepté là où nous avons dit exister des taches bleues ou roussâtres. En pressant la peau des bras , des pieds et des jambes , l'empreinte des doigts reste. On voit au pli de l'aine droite une coloration violette, comme pointillée, de forme triangulaire , et large d'environ deux pouces vers sa base; le derme qui la forme est très-aminci, comme soulevé, et semble prêt à se déchirer; dans cet endroit, la peau commence évidemment à se corroder. 25 avril. La coloration des parties qui sont hors de l'eau est plus intense; l'aine droite est le siège d'une grande quantité de petites corrosions qui répondent aux divers points violets indiqués hier; quand on presse dans les environs de ces points , on fait sortir un liquide sanguinolent , et l'ouverture de la peau paraît régulière , comme si elle eût été faite avec un emporte-pièce. Les petites plaques bordées d'un cercle rougeâtre qui existaient au bras et aux épaules , n'offrent plus de traces de rougeur ; elles sont d'un jaune sale. 26 avril. Les petites corrosions de l'aine sont réunies et forment une large ouverture , très-régulière , dont les bords ne sont nullement frangés, et au milieu de laquelle on aperçoit le tissu cellulaire qui est infiltré de sérosité sanguino-
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lente. La peau environnante est extrêmement amincie. On remarque également à la région sacrée , près de l'épaule gauche et au bras du même côté, plusieurs excoriations d'un autre aspect que les précédentes, qui ressemblent assez aux cicatrices des ulcérations varioleuses, et qui ne s'étendent pas à toute l'épaisseur du derme; celui-ci n'est ni soulevé ni coloré ; elles sont arrondies ou ovalaires, et les plus larges ont trois ou quatre lignes de diamètre. 27 avril. Les parties qui sont hors de l'eau brunissent de plus en plus; les autres sont comme les jours précédens, si ce n'est que la cuisse droite est le siège d'une multitude de petites taches pointillées de violet , et qui sous peu vont devenir dès corrosions semblables à celles du pli de l'aine droite. Il existe à la partie gauche du col une large corrosion intéressant déjà tout le corps de la peau, et qui a commencé comme celles de Vaine ; on voit aussi sept ou huit petites taches violettes de même nature , en avant de l'épaule droite , au milieu de la peau qui recouvre le grand pectoral. 28 avril. Les taches pointillées de la cuisse et de l'épaule droite forment aujourd'hui de larges corrosions , offrant les mêmes caractères que celles de l'aine. Les autres que nous avons dit exister au sacrum , etc. , sont plus larges et plus profondes ; aussi voit-on à leur centre le tissu cellulaire sous-cutané qui est jaunâtre , infiltré, et recouvert par les bords irréguliers et frangés;de l'ouverture.
DBS EXHUMATIONS JURIDIQUES.
Quatre cadavres de noyés qui n'étaient restés dans l'eau qu'une, deux ou trois heures , n'offraient aucune altération à l'extérieur, même dix heures après la mort; ïa couleur de la peau était naturelle ; l'épiderme n'était ni détaché ni soulevé,' les paupières étaient fermées , la bouche béante; la langue n'avançait pas jusqu'au bord des lèvres; les doigts des mains étaient assez fortement contractés; on ne voyait qu'une petite quantité de vase entre les ongles des mains et des pieds et la peau qu'ils recouvrent ; il n'y avait aucun indice de putréfaction ni de tuméfaction. ( La température était à iy° th. centigr. )
Trois cadavres de noyés qui étaient restés cinq à six jours dans l'eau furent examinés deux heures après avoir été retirés de la rivière; ils étaient à peine tuméfiés ; la peau était de couleur naturelle partout , excepté près des genoux , où l'on voyait deux ecchymoses livides; les paupières, la bouche, la langue, les doigts étaient comme dans les observations précédentes ; toutefois, les ongles des pieds contenaient une beaucoup plus grande quantité de vase ; l'odeur était peu désagréable et différente de celle qu'exhalent les cadavres qui se décomposent à l'air. Le lendemain à midi, la face était déjà tuméfiée d'une manière sensible; les paupières sur-
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tout étaient gonflées et d'un rouge-brun ; les lèvres offraient une couleur verdâtre; les joues étaient brunâtres ; la poitrine et l'abdomen étaient d'un vert sale ; les membres n'étaient pas colorés. Le jour suivant, la tête était énormément tuméfiée et verte ; le gonflement de la face surtout était remarquable ; les yeux sortaient presque entièrement des orbites ; le corps , extrêmement ballonné , était marbré de jaune et de vert , et le système veineux superficiel se dessinait à travers ces marbrures ; les genoux étaient d'un brun noirâtre ; la paume des mains et la plante des pieds conservaient leur couleur blanche, tandis que la face dorsale de ces parties était verdâtre; la couleur du dos , sur lequel le cadavre avait été couché , était à peine altérée ; l'épiderme se détachait facilement dans plusieurs endroits , et il était séparé dans beaucoup d'autres ; l'odeur était infecte. ( La température avait varié de i6° à i8° , th. centigr., depuis que le cadavre était exposé à l'air. )
OBSERVATION 6e.
N....,âgé de quarante-cinq ans, tomba dans la Seine le 19 décembre 1829 à midi; il fut retiré le lendemain à huit heures du matin , et soumis à notre examen le même jour à deux heures. Il était roide. La face était à peine gonflée , d'un rouge violet dans toute son étendue , mais surtout aux lèvres (1). Les paupières étaient
(i) Nous apprîmes par les personnes qui avaient retiré le cadavre de l'eau , que la face était pâle au moment où du le sortit de l'eau.
fermées avec force, l'œil plein et brillant. La bouche était entr ouverte , et laissait sortir une assez grande quantité d'eau. La langue de couleur naturelle ne sortait pas de la bouche. La peau des autres parties du corps était blanche et dans l'état naturel. Il est bon d'observer que le cadavre ne fut déshabillé qu'à deux heures, et par conséquent que l'air extérieur n'avait agi que sur la face depuis la sortie du corps de l'eau. Le 22 décembre, même état de coloration et de roideur.
Ouverture du cadavre le 23 à midi. La roideur est à peine sensible; le corps n'exhale point de mauvaise odeur (la température était depuis trois jours de o° à 4 4" o° )> la coloration de la peau n'a pas changé ; on ne trouve point de vase dans l'interstice des ongles ; à la vérité ceux-ci sont très-courts. Le cerveau est dans l'état naturel, sans injection notable; il en est de même du cervelet et des méninges. Les poumons offrent une teinte violacée , surtout à leur partie postérieure : ils sont très-crépitans , et contiennent peu de sang ; lorsqu'on les comprime, il en sort un liquide rougeâtre écuraeux; les ramifications bronchiques, jusqu'à une trèsgrande profondeur , renferment beaucoup d'écume aqueuse mêlée de vase, de débris de végétaux, de petits morceaux de bois et autres ordures; la trachéeartère contient aussi beaucoup d'écume semblable ; la membrane muqueuse présente çà et là quelques points rouges. Le cœur est très-volumineux; le ventricule droit est rempli de san » fluide , noir. Les veines caves et jugulaires contiennent aussi beaucoup de sang noir fluide. Le diaphragme est refoulé en haut. L'estomac 2. 2
renferme environ huit onces d'un liquide aqueux , jaunâtre, trouble; les intestins en contiennent à peine: du reste, ces organes paraissent dans letat naturel, si ce n'est que l'intérieur des intestins offre çà et là quelques points rougeàtres. Le foie et la rate sont un peu gorgés de sang. Les reins sont dans l'état naturel. La vessie, peu distendue, renferme à peu près deux cuillerées à bouche d'urine presque limpide.
OBSERVATION 7e.
Le ier janvier 1 827 , à dix heures du matin , on retira du canal Saint-Martin le cadavre d'un homme âgé de soixante-dix ans , qui s'était noyé la nuit précédente. Examen du corps le même jour à midi. La peau est de couleur naturelle; les paupières ainsi que la bouche sont entrouvertes ; la langue , de couleur naturelle , ne dépasse pas les dents. On voit dans l'interstice des ongles des mains une certaine quantité de vase. Ouverture du cadavre le 5 janvier à une heure. Le corps n'exhale point de mauvaise odeur; la face n'est point tuméfiée ; la peau n'est point colorée ; on remarque seulement au dos quelques lividités cadavériques. (La température avait varié dans les cinq jours précédens de o* à 5° — o°.) Les veines de la dure-mère sont injectées de sang noir. Le sinus longitudinal supérieur est gorgé de sang noir fluide. Les vaisseaux de la pie-mère sont presque dans l'état naturel. Le cerveau, de consistance et de couleur ordinaires, présente, lorsqu'on le coupe, plusieurs points rougeàtres dont on fait sortir
un peu de sang par une légère compression. Les ventricules sont vides , excepté le latéral droit , dans lequel existe une petite quantité de sérosité limpide. Le cervelet est dans l'état naturel.
Le larynx est rempli de glaçons incolores assez volumineux; on voit au commencement de la trachée-artère une petite quantité de mucus rougeâtre , mêlé de quelques grains sablonneux; du reste, il n'y a aucune trace d'écume. Les poumons sont d'un brun noirâtre dans toute leur étendue; ils sont crépitans et gorgés de sang, surtout à leur partie postérieure; on ne découvre dans leur substance ni vase , ni aucune matière terreuse. Le cœur contient, surtout dans le ventricule droit et dans l'oreillette du même côté , une certaine quantité de sang noir fluide. L'aorte et la veine cave descendante renferment aussi du sang noir fluide en assez grande proportion. Le diaphragme est refoulé en haut.
On trouve dans l'estomac une livre environ d'une bouillie claire, livide, évidemment composée d'eau, de vin et d'alimens à demi digérés; sa tunique péritonéale est marbrée de rouge; sa membrane muqueuse est rouge et ulcérée dans beaucoup de points. Les intestins , d'un rouge violacé à l'extérieur , contiennent des matières fécales molles. La rate est dans l'état naturel. Le foie et les reins, de couleur foncée, renferment plus de sang qu'à l'ordinaire. La vessie est distendue par environ huit onces d'urine aqueuse , d'un blanc légèrement jaunâtre.
OBSERVATION 8e.
Le 18 janvier 1827, à 4 heures de l'après-midi , on a retiré des eaux du canal Saint-Martin le cadavre d'un homme inconnu , âgé d'environ soixantecinq ans , d'une forte constitution ; tout semblait annoncer que la submersion avait eu lieu peu de temps avant. Le corps n'offrait aucune trace de lésion extérieure; la couleur de la peau était naturelle, les paupières étaient entrouvertes, la face n'était point tuméfiée, la bouche était légèrement béante; la langue, de couleur et de volume ordinaires , dépassait un peu les dents, et était un peu serrée par les incisives moyennes supérieures et inférieures ; on voyait un peu de vase dans l'interstice des ongles des mains et des pieds. Ouverture du cadavre le 22 janvier. Le cadavre n'exhale point de mauvaise odeur ; la peau n'est ni colorée ni tuméfiée ; on remarque seulement quelques lividités cadavériques au dos et aux fesses. (La température a varié .depuis le 18 janvier de o° à 3° — o°.) Les veines de la dure-mère et celles qui rampent à la surface externe du cerveau sont légèrement injectées de sang noir liquide. Le cerveau et le cervelet sont de couleur et de consistance naturelles; les ventricules ne sont le siège d aucun épanchement; on ne remarque point d'injection des vaisseaux qui se distribuent dans l'intérieur du cerveau. La trachée-artère et les bronches contiennent une quantité notable d'un liquide aqueux jaunâtre , mêlé de grumeaux blanchâtres , peu consis-
tans, semblables à des alimens gras mal digérés ; du reste , on ne voit aucune trace d'écume ; la membrane muqueuse de ces organes paraît dans l'état naturel. Les poumons, fortement adhérens à la plèvre costale , n'étaient point gorgés de sang ; ils étaient crépitans, de couleur naturelle , et n'offraient aucune trace de vase, ni de la matière grumeleuse qui existait dans la trachée-artère et dans les bronches. Le cœur, trèsvolumineux, contenait une quantité notable de sang noir, fluide, dans toutes ses cavités. Le diaphragme ri était pas refoulé en bas. L'estomac renfermait quelques morceaux de viande, une matière chymeuse et une assez grande quantité d'un liquide jaunâtre grumeleux , semblable à celui que l'on avait déjà trouvé dans la trachée-artère et dans les bronches. Les intestins grêles étaient distendus par de l'eau mêlée d'excrémens liquides jaunâtres; la membrane séreuse du canal intestinal était rougeâtre , comme injectée , tandis que la membrane muqueuse était saine. L'estomac, la rate, les reins et la vessie étaient sains ; ce dernier organe contenait une cuillerée à bouche d'urine jaunâtre et trouble. Il y avait du sang fluide et noir dans les gros troncs veineux et artériels, niais surtout dans les premiers.
OBSERVATION 9e.
N***, âgé de 24 ans , est tombé dans l'eau de la'Seine , le 23 janvier 1827, à une heure de l'après-midi , et en a été retiré vingt minutes après. Ouverture du cadavre
fuite le surlendemain à midi. ( La température de l'atmosphère avait varié pendant ces trois jours de o° à 4° — o°. ) La face est pâle, les paupières sont rapprochées, les yeux sont pleins, l'humeur aqueuse est légèrement opaque; les lèvres sont écartées l'une de l'autre; leur bord libre est d'un rouge assez vif; les arcades dentaires, rapprochées postérieurement, ne sont séparées à leur partie antérieure que par la langue qu'elles serrentassez fortement, et qui dépasse les dents de quelques lignes ; du reste, cet organe est dans l'état naturel. La peau et la partie postérieure du tronc et des membres, surtout celle des membres abdominaux, est d'un rouge violet ; on remarque sur les parties latérales du tronc des plaques larges comme la paume de la main, de couleur violacée; enfin la partie antérieure du thorax est le siège d'un assez grand nombre de taches de la largeur d'une pièce de vingt sous, d'un rouge violet ; les intervalles qui les séparent sont pâles et de couleur naturelle ; on trouve aussi quelques taches semblables à l'abdomen. Les vaisseaux de la dure-mère sont gorgés de sang noir fluide ; les sinus longitudinal et latéraux renferment une assez grande quantité du même liquide; les veines arachnoïdiennes en contiennent à peine. La couleur et la consistance du cerveau et du cervelet n'offrent rien d'extraordinaire; les ventricules sont vides; mais lorsqu'on coupe le cerveau par tranches horizontales , on voit un trèsgrand nombre de petits points rougeàtres dans la substance blanche, et par la compression, on en fait sortir du sang noir fluide.
Le cœur, peu volumineux, renferme du sang noir dans les deux ventricules. Le larynx n'offre rien de remarquable , si ce n'est que sa membrane muqueuse est d'un rouge violet ; cette couleur s'étend à toute là membrane interne de la trachée-artère ; on voit au commencement de ce conduit aérien deux morceaux de chou; près de la division des bronches on rencontre une assez grande quantité d'un liquide aqueux qui ne devient écumeux que lorsqu'on comprime le poumon. La bronche droite renferme un assez grand nombre de fragmens d'alimens (choux, pain), et de l'eau qui ne devient écumeuse aussi qu'en comprimant le poumon; la membrane muqueuse qui la revêt est d'un rouge violet; la bronche gauche contient aussi de l'eau et des matières alimentaires , mais en quantité moins notable. Les poumons sont un peu adhérens à la plèvre costale ; quand on veut détacher ces adhérences, il sort un peu d'écume par la bouche ; ils sont moins crépitans et d'une couleur plus foncée que dans t'état naturel : lorsqu'on les incise et qu'on les comprime, il s'en écoule un peu de sang noir fluide, et il se forme aussi une écume rosée. Le diaphragme est légèrement refoulé en haut.
L'estomac, très-dilaté, renferme une grande quantité de liquide mêlé à des alimens non digérés (choux et pain). Les intestins contiennent des matières molles. Le foie est gorgé de sang noir fluide, qui s'écoule en grande quantité lorsqu'on incise cet organe. La rate et les reins sont à peu près dans l'état naturel. La vessie , comme rétractée, renferme environ une cuillerée et
a4 TRAITÉ
demie à bouche d'urine opaline trouble. La veine cave contient une grande quantité de sang noir fluide: l'aorte abdominale et les iliaques en renferment également, mais en moindre quantité (i).
OBSERVATION IOe.
Le 20 juillet 1770, on trouva sur la route de Courcelles à Dijon le cadavre d'un homme inconnu; il était couché de son long, à plat, sur la face antérieure du corps , ayant la tête tournée du côté de la ville , les mains élevées vers les côtés de la tête, appuyées par les paumes sur le terrain, et le visage, jusque près les oreilles, plongé dans une large et profonde ornière remplie cl eau bourbeuse et blanchâtre. Tout portait à croire que la mort du sujet datait au plus de vingtquatre heures.
La face était légèrement tuméfiée et livide. Cette couleur était bornée à l'épaisseur de la peau. Les yeux étaient saillans , les pupilles resserrées; il sortait par les narines , surtout en comprimant la paroi antérieure de
(1) La présence des alimens dans la trachée-artère des individus qui font le sujet de celte observation et de celle qui précède , ne tiendrait-elle pas aux efforts de vomissement déterminés par l'impression de l'eau très-froide sur l'épigastre, au moment où la digestion stomacale était à peine commencée? Il serait impossible d'admettre ici l'explication de ce phénomène, donnée par l'un de nous à la page 240 du tome 2e de la Médecine légale (2e édition ), puisque les cadavres n'offraient aucun indice de putréfaction.
la poitrine, une mucosité écumeuse et sanguinolente. On voyait sur la portion saillante de la joue droite une légère excoriation ou éraillement circulaire de deux centimètres de large , entièrement borné à la peau. La partie externe de la peau de toute la face antérieure du corps qui appuyait sur le sol, était d'une couleur livide violacée. Les organes contenus dans le crâne étaient dans l'état naturel ; seulement les vaisseaux sanguins du cerveau étaient gorgés de sang. Les poumons étaient gonflés , de couleur brune plus foncés sur leur face antérieure que dans leurs autres parties ; la trachée-artère et les bronches contenaient un fluide muqueux , écumeux, dont on augmentait, la quantité en comprimant les poumons. Le cœur était gros et mou ; le sang contenu dans ses cavités droites, ainsi que dans les grandes veines , était noir et entièrement fluide. Les cavités nasales et l'arrière-bouche étaient remplies de mucosités écumeuses, sanguinolentes, mêlées à quelques molécules terreuses blanchâtres , de la même nature que l'eau bourbeuse de l'ornière dans laquelle la face était plongée. Tous les organes de l'abdomen affectaient la disposition qui leur est propre (i) ; seulement l'estomac était très-distendu par une grande quantité de fluide rougeâtre , d'une odeur acescente , fortement vineuse , et par diverses substances alimentaires encore reconnaissables ; la membrane muqueuse de ce viscère était dans l'état
(i) Ce qui tend à fàirc croire que le diaphragme n'était pas refoulé en bas.
â6 TUAITE
naturel. — 11 ne fut pas difficile de conclure que cet homme était tombé dans l'ornière, étant dans un état d'ivresse, et que n'ayant pu se relever, il avait péri suffoqué par défaut de respiration. ( Chaussier.)
OBSERVATION IIe.
Une femme âgée de trente ans, noyée le lundi 21 mai 182 1, fut retirée de l'eau le surlendemain, et ouverte le 26 du même mois.
Examen du cadavre. On remarque quelques blessures assez légères sur le front, et quelques ecchymoses au-dessus des sourcils; l'œil est parfaitement fermé; la pupille dans un état de dilatation ordinaire ; la face est encore incolore; la langue ne sort pas de la bouche; il n'y a pas d'écorchures aux mains ni aux doigts; on trouve du sable et de la vase dans le creux de la main et entre les ongles et la peau des doigts.
Ouverture du crâne. A l'ouverture du crâne, le sang qui s'est écoulé était assez fluide; le corps calleux a paru dans son état naturel. Les vaisseaux veineux de la dure-mère et de l'arachnoïde étaient injectés. Les ventricules latéraux renfermaient environ une petite cuillerée de sérosité sanguinolente; les plexus choroïdes étaient injectés ; les veines de Galien étaient gorgées de sang ; les substances corticale et médullaire étaient à peu près dans l'état naturel ; leurs petits vaisseaux étaient plus injectés.
Ouverture du thorax. Les poumons étaient volumineux et crépitans (plus livides à leur partie posté-
rieure); le sang des veines pulmonaires et des autres veines était noir et fluide. On a trouvé un mucus rougeâtre, et une petite quantité d'écume dans la trachée-artère ; la bronche droite contenait une plus grande quantité d'écume ; le mucus rougeâtre communiquait sa couleur à la membrane muqueuse de la trachée-artère ; aussi , en enlevant ce mucus , la membrane paraissait avec sa couleur naturelle : par la pression, on faisait sortir de l'air du poumon. La trachéeartère et les bronches ne renfermaient ni eau ni vase. Le cœur contenait du sang noir fluide; il y en avait beaucoup plus dans le ventricule droit que dans le gauche, qui en renfermait à peine. Le sang aortique était très-fluide et noir.
Ouverture de V abdomen. L'estomac contenait une quantité peu considérable de liquide ( cinq ou six onces environ ); les intestins renfermaient une grande quantité du même liquide.
OBSERVATION 12e.
Le mardi ij avril 1827, on a retiré de la Seine le cadavre d'un commissionnaire âgé de quarante-cinq ans , qui y était depuis la veille. Le 20 , à huit heures du matin , il présentait l'état suivant ( la température avait varié pendant ces trois jours de 1 1° à i4° -j- o° ) : il n'exhalait aucune odeur désagréable ; la peau était de couleur naturelle, excepté à la région frontale droite, au nez , à la commissure droite des lèvres, à la partiegauche et inférieure de la poitrine , près du genou
2° THAITB
gauche, etau niveaudubord an térieurdu tibia durnême côté , où l'on voyait des plaques colorées, d'une largeur variable, mais qui ne dépassaient pas celle d'un écu de six francs. Parmi ces plaques , les trois premières et la dernière étaient de véritables contusions , ou des plaies contuses avec épanchement de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané correspondant; la plus remarquable était celle qui occupait le bord antérieur du nez , où il y avait dénudation des os et delà partie supérieure du cartilage. Les deux autres plaques, de couleur jaune et brunâtre, étaient le résultat de la dessiccation de la peau qui avait été dépouillée d'épiderme. Quoique la peau du col et de la région massétérienne droite ne présentât aucune coloration insolite, si ce n'est une légère tache brune à droite , un peu au-dessus de l'angle de l'os maxillaire inférieur , tache qui était aussi le résultat de la dessiccation de la peau, on a trouvé des ecchymoses profondes et considérables derrière la clavicule droite, au niveau du corps thyroïde, mais surtout dans l'épaisseur du muscle masséter droit, qui était en quelque sorte le siège d une tumeur sanguine (i).
(i) Tous les renseignernens recueillis sur cel individu porlent à croire qu'il s'est suicidé, et que les contusions el les ecchymoses dont nous venons de parler, peuvent bien être le résultat d'une ou de plusieurs chutes qu'il aura faites avant de tomber dans la rivière; la quantité de vin trouvée dans l'estomac semble annoncer en effet que cet homme pouvait être dans un état d'ivresse lorsqu'il est entré dans l'eau ; mais il faut l'avouer, ces lésions sont assez graves, et de nature telle qu'il ne serait pas impossible qu'elles eussent été produites pa r des çoti ps reçus dans une rixe.
Les paupières et la bouche étaient fermées; la langue ne dépassait pas les lèvres , quoiqu'elle fût légèrement serrée par les dents. La face n'était pas tuméfiée. Le cadavre n'offrait plus de traces de roideur.
Ouverture. La peau du crâne, le périoste et la duremère étaient dans l'état naturel. Les veines de la piemère étaient presque vides. Le cerveau , de couleur et de consistance ordinaires, présentait à la partie qui correspondait à la contusion de la région frontale, une légère teinte rosée ; une coloration semblable se remarquait à la partie postérieure du même côté. Il y avait dans les ventricules latéraux et dans le canal rachidien une quantité assez notable de sérosité. Le cervelet était dans l'état naturel.
Le diaphragme et ait refoulé en haut jusqu'au niveau de la sixième côte sternale. Le larynx, la trachée-artère et les bronches, dans l'état normal, n'offraient point d'écume; la trachée-artère renfermait une matière pulpeuse, grisâtre, mêlée de points rouges, sans gravier, et une petite quantité de liquide aqueux. Les poumons , d'une couleur ardoisée naturelle, libres d'adhérence, étaient très-crépitans et ne s'affaissaient point par l'action de l'air; ils contenaient du sang fluide, sans en être gorgés; lorsqu'on les pressait il en sortait du sang écumeux. On voyait dans chacune des cavités des plèvres environ trois onces de sérosité sanguinolente. Le péricarde et le cœur étaient dans l'état naturel ; il n'y avait qu'une petite quantité de sang liquide dans l'oreillette et le ventricule droits. L'aorte était vide et de couleur naturelle. La veine cave inférieure con-
tenait un peu de sang fluide; ses parois netaient pas rouges.
Le foie, la rate, le pancréas, les reins, les uretères et la vessie étaient dans l'état normal; il y avait dans ce dernier organe environ trois onces d'urine. La vésicule du fiel renfermait de fa bile rougeâtre. L'estomac, de couleur naturelle à l'extérieur, non distendu, contenait une quantité ordinaire d'une matière grisâtre, pulpeuse, comme chymeuse, semblable à celle qui existait dans la trachée; cette matière nageait dans un liquide vineux rougeâtre ; la membrane muqueuse de ce viscère était rosée dans toute son étendue , ce qui paraissait tenir à ce que l'individu était mort pendant la digestion. Le pharynx renfermait aussi une grande quantité de matière pulpeuse /grisâtre, semblable à la précédente. Le duodénum et le jéj unum paraissaient sains ; le dernier de ces intestins contenait beaucoup de liquide blanchâtre épais. L'iléon et les gros intestins étaientle siège d'une inflammation évidente; leur membrane interne était d'un rouge vif; on voyait dans une partie de leur étendue un liquide gluant, rougeâtre, ayant l'aspect de gelée de groseilles ; la partie inférieure du rectum était distendue par une matière fluide bourbeuse.
OBSERVATION l3C.
Le 1 1 avril 1827, dans la matinée, on a retiré de la Seine le cadavre d'un homme athlétique, âgé de vingtcinq ans, qui s'y était jeté huit jours auparavant. Exa-
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3l
miné deux heures après, il était de couleur naturelle et nullement gonflé, excepté la face, qui était légèrement tuméfiée et d'un rouge foncé. Le i3,à onze heures du matin, la peau du crâne est d'un brun verdâtre; la face est très-tuméfiée , d'un vert foncé et d'un rouge ocracé foncé par parties; les lèvres déformées sont très-tuméfiées, et laissent entre elles un espace de quelques lignes ; la langue dépasse les dents de trois à quatre lignes; le nez est d'un vert foncé; les paupières sont fermées et très-tuméfiées; en les séparant, on voit les yeux pleins, humides et peu saillans. La peau du col est d'un vert bouteille , excepté à sa partie antérieure et moyenne, qui est d'un rouge assez intense , et qui est dépourvue d'épiderme. Le thorax est d'un vert un peu moins foncé que le col ; on y voit des lignes violacées qui suivent la direction des vaisseaux sous-cutanés; cette teinte verte est d'autant moins marquée, qu'on s'approche davantage de la région hypogastrique , dont la peau n'offre guère qu'une couleur blanche verdâtre; on remarque sur les flancs et sur les parties latérales du thorax des plaques d'un rouge brun peu intense. Tout le tronc est emphysémateux. Les membres thoraciques , d'un blanc verdâtre, sont également emphysémateux et sillonnés de lignes vertes qui suivent la direction des veines sous-cuta-" nées; quelques-unes de leurs parties sont dépouillées d'épiderme. Les cuisses ont à peu près la couleur naturelle; la droite, privée d'épiderme dans son tiers inférieur et antérieur, offre une couleur jaune d'ocre sale , résultat de la dessiccation de la peau ; 1 epiderme de la
cuisse gauche est enlevé dans toute sa face interne. Les jambes, de couleur à peu près naturelle, offrent cà et là des taches verdâtres et rougeâtres remarquables , surtout à la partie supérieure et antérieure et à la malléole interne. Les pieds sont pourvus d'épidémie. Le scrotum est excessivement distendu par des gaz. ( La température avait varié depuis le 1 1 , de 10 à 200 -f- o° th. centigr. )
Ouverture. Le tissu cellulaire du crâne est infiltré d'un liquide rouge assez clair, beaucoup plus abondant à la partie postérieure , où il est d'un rouge foncé et fétide ; lorsqu'on le sépare des parties voisines , il s'en dégage des gaz fétides. Le périoste ne se détache pas facilement. Les muscles temporaux sont assez résistans, d'un rouge violacé peu foncé et infiltrés de liquide , mais non macérés. En enlevant les os du crâne , on déchire le sinus longitudinal supérieur, et il s'en écoule une assez grande quantité de sang fluide noir. La duremère offre une teinte à peine violacée , si ce n'est le long du sinus longitudinal, où elle est plus prononcée; du reste, elle n'est pas soulevée par des gaz. L'arachnoïde et la pie-mère ne sont pas colorées; on remarque seulement des stries rouges qui correspondent aux vaisseaux ; plusieurs ramifications de ces vaisseaux contiennent du sang noir foncé. L'extérieur du cerveau est d'un gris légèrement verdâtre ; il en est de même de toute l'épaisseur de la substance corticale; la partie médullaire est blanche à peu près comme dans l'état naturel , et n'est le siège d'aucune injection vasculaire; il n'y a point de sérosité dans les ventricules cérébraux;
la consistance dé cet organe est à peu près comme dans letat nornlal. Le cervelet , beaucoup moins consistant que le cerveau , offre aussi moins de blancheur dans sa partie médullaire. En coupant les sinus latéraux, il s'écoule une assez grande quantité de sang noir fluide mêlé de quelques caillots peu consistons et de beaucoup de gaz.
La cavité des plèvres contient de l'un et l'autre côté, mais surtout à gauche , quelques onces d'un liquide rouge foncé. Les poumons sont adhérens sur plusieurs points à la plèvre costale droite ; ils sont libres à gauche; leur couleur eét rouge , marbrée de brun , comme dans l'état naturel; leur volume est ordinaire ; ils sont très-crépitans , et beaucoup moins mous que ceux des cadavres qui sont restés long-temps dans l'eau ; lorsqu'on les comprime , il s'en écoule des gaz et un liquide sanguinolent : on ne voit sur aucun point de leur surface que la plèvre soit soulevée par des gaz; leurs vaisseaux contiennent du sang noir assez épais. Le larynx^ la trachée- artère et les bronches ne renferment ni vase , ni écume , ni aucune autre matière ; leur membrane, interne est d'un rouge violacé. Le péricarde, distendu par des gaz , contient environ une once d'un liquide sanguinolent. Le cœur, dont la consistance est normale, n'offre point de sang dans ses cavités gauches , tandis qu'il y a. un caillot peu consistant dans le ventricule droit; la face interne de ce ventricule est de couleur lie de vin très-clair; la couleur de la surface interne du ventricule gauche est naturelle. Le diaphragme est refoulé en haut.
lie tissu cellulaire des parois de l'abdomen est d'un jaune verdâtre. Les muscles sont rouges. La cavité du péritoine renferme beaucoup de gaz et fort peu d'un liquide rouge peu foncé. L'estomac est distendu par des gaz; sa membrane séreuse, généralement peu colorée, offre cependant çà et là quelques plaques jaunâtres, rougeâ très et violettes : il est légèrement emphysémateux dans toute l'étendue de sa face antérieure ; il ne renferme qu'une petite quantité d'un liquide vineux mêlé de quelques portions d'alimens; sa membrane muqueuse, diversement colorée, est jaune, rosée, rouge et violette par plaques ; il y a un emphysème sous-muqueux considérable. Les intestins sont affaissés; les grêles, de couleur naturelle, offrent dans certains points des ramifications vasculaires injectées, et dans d'autres un emphysème sous-péritonéal assez marqué ; le colon est verdâtre , le rectum de couleur ordinaire. La tunique interne du canal intestinal est dans l'état normal; on trouve des matières fécales molles, verdàtres, dans le colon et dans Je rectum. L'épiploon ne présente rien de remarquable. Le joie contient une assez grande quantité de sang fluide mêlé de gaz; il offre la couleur et la consistance ordinaires; on distingue dans beaucoup d'endroits la substance jaune qui entre dans sa composition. La vésicule biliaire, d'un jaune orangé foncé, renferme de la bile de même couleur. Le pancréas est un peu plus rougeâtre que dans l'état naturel. La rate, d'un vert fonce à l'extérieur, lie de vin foncée à l'intérieur, est trèsemphysémateuse, se déchire assez facilement, et con-
tient une assez grande quantité de liquide d'un violet foncé. Les reins sont à peu près dans l'état naturel 5 toutefois, leur couleur tire un peu plus sur le violet, et lorsqu'on les presse il en sort un liquide semblabl e à l'huile. Les uretères sont d'un violet clair. La vessie, non contractée sur elle-même , est vide et dans l'état naturel. Les vaisseaux veineux contiennent en général une assez grande quantité de sang, moitié fluide, moitié coagulé; mais les caillots sont peu consistans : on voit à la surface de ce sang des gouttelettes d'huile. L'aorte abdominale et thoracique renferme aussi du sang, mais en quantité moindre; leurs parois sont rougeâtres.
OBSERVATION l/f.
Wolf , âgé de vingt-six ans , se jeta à l'eau le premier décembre 1826; il en fut retiré le 20 du même mois dans la matinée. Examen du corps ce même jour à midi. La face est légèrement gonflée, décolorée, excepté à la partie moyenne du front depuis la racine du nez jusqu'à l'implantation des cheveux, où elle présente, dans une étendue de deux pouces et demi environ, une teinte d'un rouge ocracé; la partie interne de chaque paupière supérieure et la partie postérieure du bord libre des lèvres offrent aussi une teinte analogue. Le menton et la lèvre supérieure sont les seules parties de la face recouvertes d'épiderme, et encore est-il très-ramolli et comme retenu par la barbe. Les paupières sont fermées et sans gonflement. La bouche est entrouverte; la langue est dans la bouche; elle
est de couleur naturelle et peu gonflée; les gencm \a sont livides; la peau du col, dépouillée d'épiderme, est de couleur naturelle, à l'exception de quelques légères marbrures rosées ; celle qui recouvre les deux grands pectoraux est livide, si ce n'est près du. sternum, où elle offre une couleur rouge cerise. La partie antérieure des bras, des épaules, des cuisses, est d'un blanc tirant légèrement sur le violacé ; cette teinte est encore moins sensible dans la peau de la partie postérieure du corps. Les mains et les pieds sont en partie dénudés d'épiderme, qui est blanchâtre, gonflé et ramolli; il y a de la vase entre les ongles et les doigts; le pénis et le scrotum sont dans l'état naturel; la peau est encore consistante dans \es endroits où elle est à nu , car elle résiste assez lorsqu'on cherche à l'arracher avec des pinces. Le cadavre est flasque. Le 21 décembre, à onze heures (1), la peau correspondante au pectoral et au bras droit est presque entièrement décolorée; on remarque près de la clavicule gauche une plaque verdâtre ; la face et les autres parties du corps sont à peu près dans le même état. Le 23 décembre , la face est un peu plus rouge; on n'observe aucun autre changement notable.
Ouverture du cadavre. Le cadavre exhale à peine une odeur fétide : on voit une infiltration séro-sanguinolente considérable au-dessous des tégumens du crâne, et notamment à la partie supérieure et latérale
(1) Depuis deux ou trois jours, la température variait «]p o° à 4° 4" °°*
gauche. La dure-mère est imbibée de sang , surtout dans le trajet des vaisseaux, qui sont vides et parfaitement dessinés en noir par la matière colorante du sang qui y est restée attachée. Les veines de la pie-mère cérébrale sont légèrement injectées par un sang trèsnoir, un peu poisseux; leurs parois sont affaissées. Le cerveau ne paraît pas putréfié; sa substance grise est pulpeuse; la substance médullaire est plus molle que dans l'état naturel , et d'un blanc tirant un peu sur le jaunâtre. Il n'y a point de sérosité dans les ventricules. On ne découvre point d'épanchement sanguin. L'arachnoïde et la pie-mère qui recouvrent la base du cervelet sont rouges, effet de l'imbibition sanguine. Les poumons sont crépitans, non livides, et sans aucune trace d'écume ni de liquide ècumeux ; celui du côté droit est adhérent à la plèvre costale ; l'autre est libre : aussi trouve-t-on dans le côté gauche de la poitrine environ une demi-livre de sérosité sanguinolente, tandis qu'il n'y en a pas à droite. 77 n'y a point d'écume dans la trachée-artère ni dans les bronches; les dernières ramificationsbronchiques contiennent un peu de liquide non spumeux , rougeâtre : la membrane muqueuse de la trachée -artère et des bronches est d'un rouge brun, couleur qui tient évidemment à une imbibition sanguine postérieure à la mort. Le cœur est mou; sa cavité droite, ainsi que les gros troncs vasculaires, sont remplis d'un sang noir peu liquide. Le diaphragme est refoulé en haut. L'abdomen contient environ dix onces de sérosité rougeâtre. L'estomac et les intestins sont d'un rouge de vin à l'extérieur, ce qui est encore l'effet d'une im-
.38 tha.it*
bibition cadavérique. Les membranes muqueuse ei musculeuse de ces organes sont de couleur blanchâtre. L'estomac renferme environ huit onces de liquide. Le foie , de couleur et de consistance ordinaires , est assez gorgé de sang. La rate et les reins sont dans l'état naturel. La vessie contient environ trois cuillerées à bouche d'urine teinte en rouge, offrant la même couleur que la sérosité abdominale dont nous avons parlé.
N**, âgé de trente ans , d'une forte constitution , a été retiré de la Seine le 9 avril 1827 au soir : tout porte à croire qu'il était dans l'eau depuis trois semaines environ. On l'a examiné le lendemain à deux heures de l'après-midi. La face est tuméfiée, et d'un rouge d'ocre assez foncé dans presque toute son étendue; la couleur du nez est encore plus foncée ; la peau qui recouvre la mâchoire inférieure est décolorée, si ce n'est qu'on y voit çà et là des vergetures verdâtres. La bouche est entrouverte ; la langue , de couleur naturelle, est serrée entre les dents; les lèvres sont d'un vert peu foncé ; les paupières , très-rapprochées l'une de l'autre, paraissent être pressées en avant par le globe de l'œil; les yeux sont pleins; la peau du crâne est d'un rouge d'ocre. Les membres sont à peu près dans l'état naturel; seulement ils présentent quelques lignes rougeàtres qui suivent le trajet des vaisseaux sous-cutanés. Le col, gonflé, verdâtre, offre çà et là en avant des taches d'un violet assez foncé, non circonscrites. Au
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milieu de la face antérieure du thorax il y a une plaque d'un rouge ocracé qui s'étend depuis la fourchette du sternum jusqu'à quatre pouces et demi au-dessous, large de quatre pouces en haut et de deux en bas, ce qui lui donne une forme d'un triangle tronqué ; à l'un des angles de ce triangle, la partie rouge est privée d'épiderme; sur d'autres parties du thorax, on remarque des taches verdàtres qui sont d'autant plus foncées et d'autant plus larges, qu'elles sont situées plus près du col : toutes ces parties sont couvertes d'épiderme. L'abdomen, quoique tendu, est peu volumineux; il est à peine coloré, si ce n'est vers les parties latérales, où l'on aperçoit quelques taches vertes peu considérables. Le scrotum est tuméfié ; la verge est dans un état d'érection molle. L'épiderme des pieds et des mains est adhérent; il avait été enlevé sur différentes parties du corps, lorsque celui-ci avait été nettoyé par les garçons de la morgue. Le 12 avril , à dix heures du matin , le cadavre était bien plus tuméfié; la face, d'un volume considérable, est d'un vert brun foncé dans presque toute son étendue; il en est de même de la peau du crâne et du col. L'œil droit est très-saillant entre les paupières; le gauche est toujours fermé. Le thorax est d'un vert plus foncé que le vert-pré ; il y a des portions de peau desséchée au niveau des muscles pectoraux. L'abdomen présente une teinte moins uniformément verte que le thorax ; les flancs sont d'une couleur plus foncée. Les membres thoraciques sont d'un vert clair dans les par tiesqui ne sont pas desséchées; celles-ci sont d'un jaune plus ou moins foncé; on observe aussi quelques lignes
4° THAITB
d'un bleu foncé qui suivent la direction des vaisseaux. Les membres inférieurs offrent çà et là des plaques vertes; il y a plus de parties jaunes desséchées qu'aux membres thoraciques; on remarque aussi à la partie supérieure des cuisses, et à la partie interne et inférieure du pied droit, des taches d'un rouge ocracé. La peau du creux des aisselles et de la portion du col sur laquelle la tête appuyait, n'est pas colorée.
Le tissu cellulaire de la partie antérieure de la tête ne présente rien de remarquable ; celui de la partie postérieure est gorgé de sang fluide très-noir et très-fétide. Le périoste se détache avec facilité; il est d'un rouge violet postérieurement, et dans cette partie il recouvre une certaine quantité de sang semblable au précédent. En ouvrant le crâne, il s'exhale une odeur infecte, due probablement à des gaz qui étaient situés entre la duremère et les os : en effet, on trouve cette membrane assez éloignée de la voûte crânienne. La dure-mère est d'un violet foncé; elle est soulevée en forme de vessie par des gaz qui se trouvent en assez grande quantité entre elle et le cerveau clans la région frontale. La surface externe du cerveau est d'un rouge brun, tandis que la couleur de la substance corticale est verte-grisâtre et celle du tissu médullaire blanche-verdàtre ; la consistance de ce viscère est assez diminuée , puisqu'il coule comme une bouillie épaisse et très-fétide lorsqu'on l'abandonne à lui-même après en avoir coupé quelques lambeaux. Le cervelet, d'un vert plus foncé que le cerveau, est encore plus mou.
Le tissu cellulaire des parties antérieure et latérale
DES EXHUMATIONS JUKIDIQUES. 4?
du thorax est infiltré de gaz ; il en est de même de celui qui sépare lesmuscles de cette région. Le diaphragme est refoulé en haut jusqu'à la cinquième vraie côte. On trouve dans la cavité des plèvres , plus à droite qu'à gauche, une certaine quantité d'un liquide rouge foncé, fétide. Le médiastin ne présente pas l'aspect humide qui lui est propre. Les poumons, libres de toute adhérence, sont d'un rouge peu foncé à la partie postérieure, et verdâtres en avant; leur surface externe , surtout à la base , offre une multitude de vésicules , véritables bulles formées par des gaz développés entre le tissu du poumon et la plèvre , qu'ils ont soulevée ; ils sont crépitans ; lorsqu'on les presse , il en sort à peine un liquide sanguinolent, mais il se dégage assez de gaz. Le larynx, la trachée - artère et les bronches, d'un rouge violet à l'intérieur , ne contiennent aucune trace, d'écume : on n'y trouve qu'une petite quantité d'un liquide rouge semblable à celui qui existe dans la cavité des plèvres, du péritoine et dans l'estomac. Le péricarde ne contient ni gaz ni liquide. Le cœur, flasque , n'est point desséché ; ses ventricules sont vides ; le droit est d'un rouge brun dans presque toute son épaisseur ; le gauche est d'un rouge moins foncé , et la rougeur s'étend à peine à un quart de ligne dans le tissu charnu.
La cavité du péritoine est distendue par une grande quantité de gaz fétides, ce qui augmente le volume de l'abdomen; elle contient aussi trois ou quatre onces d'un liquide rouge , sanguinolent, d'une odeur insupportable. La surface externe de l'estomac est d'un brun,
violet à sa partie antérieure , et d'un rouge moins fon< . en arrière; sa membrane muqueuse, d'un rouge violacé , offre çà et là des plaques assez larges d'un vert noirâtre , que l'on n'enlève pas en frottant avec le scalpel; on voit près du cardia un emphysème sous-muqueux de peu d'étendue : ce viscère ne contient guère que trois à quatre onces d'un liquide rouge foncé, semblable à celui qui existait dans la trachée-artère et dans la cavité des plèvres. Les intestins sont distendus par des gaz; ils sont d'une couleur rosée à l'extérieur, excepté le colon gauche, qui est verdâtre; leurs tuniques sont emphysémateuses; lorsqu'on les incise , il en sort des gaz très-fétides ; leur membrane interne est d'un rouge violet , résultat probable de l'imbibition cadavérique. L'épiploon est légèrement verdâtre. La rate est volumineuse, distendue par des gaz, d'un vert gris foncé à l'extérieur et noirâtre à l'intérieur, facile à déchirer ; par la pression , on en fait sortir un liquide qui a la couleur du bistre lorsqu'il est étendu en couches minces. Le foie offre une couleur verte plus foncée encore que celle de la rate, surtout à l'intérieur; il est assez consistant; on ne distingue plus lasubstance jaune. La vésicule biliaire est emphysémateuse, et renferme de la bile assez fluide, de couleur safran foncé. La couleur des reins est un peu plus foncée que dans l'état naturel ; les diverses substances qui les composent sont assez distinctes ; ils se déchirent assez facilement. Les uretères sont violets. La vessie n'est pas contractée sur ellemême et ne renferme point d'urine; sa membrane in ferne est incolore et soulevée çà et là par des gaz, <v
quilui donne une apparence vésiculeuse; ses vaisseaux sont pour la plupart injectés en rouge clair. Aucun des organes abdominaux n'est desséché. L'aorte est vide. La veine cave inférieure contient un peu de sang fluide} les parois de ses vaisseaux sont d'un rouge foncé. ( Du 9 au 1 2 avril; la température avait varié de 14 à 20Q-f- °° th. centigr. )
OBSERVATION l6B.
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X***, militaire, âgé de vingt-six ans , s'est jeté à l'eau le Ier mars 1827, et en a été retiré le 3o du même mois. Au sortir de la Seine , le cadavre , quoique légèrement tuméfié, était pâle; mais ayant été exposé à la morgue pendant trois jours , il n'a pas tardé à se colorer et à se gonfler. Le 2 avril, à trois heures, il offrait l'état suivant (1) :
Face tuméfiée et d'un rouge brun, beaucoup plus foncé et presque noir auprès des lèvres , au nez et aux paupières; celles-ci sont fermées du côté gauche, tandis qu'à droite elles sont écartées par la saillie que forme le globe oculaire qui est repoussé au dehors. La langue, fortement serrée entre les dents, sort delà bouche d'environ deux lignes; la portion qui n'est pas en contact avec l'air conserve sa couleur naturelle , tandis que la partie qui fait saillie est brune. La peau des parties antérieure et latérale du cou et de la poitrine est d'un
(1) Pendant ces trois jours la température de l'atmosphère a varié de 7" à 16° «o° th. centigr.
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vert foncé ; celle de l'abdomen et des membres est d'un vert plus clair ; mais il est à remarquer que les parties postérieures du corps qui reposent sur la pierre , les portions internes des cuisses qui sont appliquées l'une contre l'autre, et la partie interne des bras qui touche le ironc, sont presque incolores, ce qui tient évidemment à ce que l'air n'a pas agi immédiatement sur ces parties. Le scrotum est tuméfié, emphysémateux et incolore. Presque toute la surface du corps est dépouillée d'épiderme , non pas qu'il en fût ainsi quand le cadavre a été retiré de l'eau : alors l'épiderme couvrait une grande partie de la peau • mais il était tellement ramolli et soulevé , qu'il a été facilement détaché par les lotions qui ont été faites pour nettoyerle corps. Partout où l'épiderme manque , les veines sous-cutanées sont parfaitement dessinées parla transsudation du sang au travers de leurs parois. La consistance de la peau est à peu de chose près la même que dans l'état naturel. Le tissu cellulaire sous-cutané est généralement emphysémateux.
Le tissu cellulaire des tégumens du crâne est infiltré de sérosité sanguinolente. Le périoste se détache avec la plus grande facilité, et sa face inférieure est égaler ment soulevée et colorée par de la sérosité rouge. La dure-mère du côté gauche est d'un rouge brun dans toute son étendue , tandis que de l'autre côté on n'observe qu'une injection très-prononcée de l'artère méningée moyenne. Le sinus longitudinal supérieur et les veines qui s'y rendent sont distendus par des gaz. On voit au-dessous de la pie-mère cérébrale du côté gauclie
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. /jf)
une infiltration considérable de sang noir sanieux. Le cerveau estverdâtre, très-ramolli, et prêt à se déchirer lorsqu'on ne le soutient pas; les deux substances qui le constituent sont très-distinctes; la blanche offre plus particulièrement l'aspect verdâtre dont nous avons parlé. Le cervelet est encore plus mou que le cerveau, dont il partagé la couleur.
Les muscles des parois thoraciques sont mous et se déchirent facilement; il existe des gaz entre les poumons et ses parois. Les cavités des plèvres renferment chacune environ six ou huit oncës d'un liquide rougeâtre , sanguinolent et fétide. Les poumons sont d'un rouge bruri,peu crépitans et emphysémateux, au poirtt que la plèvre qui les recouvre est soulevée çà et là par dés gaz, et forme des vésicules de la grosseur de petites noisettes; ils contiennent peu de sang; toutefois , lorsqu'on les presse , on fait refluer un liquide rougeâtre , écumeux , et il sort d'une des bronches gros comme une petite lentille d'une matière blanche , jaunâtre , s 'écrasant facilement, et ressemblant à une portion de haricot cuit. La face interne du larynx , de la trachéeartère et du commencement des bronches , est violette, parfaitement lisse , sans la moindre trace d'écume. On voit à la partie supérieure du larynx quelques parcelles de cette matière molle d'un blanc jaunâtre, que nous avons déjà signalée en petite quantité dans une des bronches. Le cœur est très-volumineux et flasque; il ne renferme point de sang ; il est d'un violet foncé à l'intérieur : cette couleur teint les parois charnues de l'organe dans l'épaisseur d'une ligne environ. L'aorte
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contient un peu de sang fluide; il y en a encore moins dans la veine cave : la membrane interne de tous les vaisseaux sanguins est d'un rouge violet.
L'abdomen est distendu par des gaz. Le diaphragme est refoulé vers la poitrine , surtout à droite, où l'on remarque entre lui et le foie une quantité notable de gaz. La rate est volumineuse , molle, remplie d'une sanie brunâtre liquide. Les reins , de couleur ordinaire , ont perdu un peu de leur consistance. Le foie est à peu près dans l'état naturel , si ce n'est qu'il est verdâtre à sa surface. La vésicule du fiel est blanchâtre, emphysémateuse , et renferme de la bile rougeâtre. L'estomac, très-ample , est distendu par des gaz ; il contient environ douze onces d'une bouillie claire , au milieu de laquelle nagent des débris de haricots semblables à ceux que contenait le larynx et une des bronches ; sa membrane interne est injectée en violet. Le canal intestinal est rougeâtre à l'extérieur et peu injecté; il contient aussi des matières molles grisâtres. La vessie n'est pas affaissée sur elle-même; elle ne renferme guère qu'une cuillerée à café d'urine d'un jaune citrin : sa membrane muqueuse est dans l'état naturel.
OBSERVATION 17e.
N....,âgé de cinquante ans, a été retiré de Veau le 8 avril à huit heures du matin, trente-deux jours après s'être jeté à la rivière. On l'a examiné le lendemain à trois heures de l'après-midi (la température de l'atmosphère avait été de n à i8° o° th. centigr. pendant ces deux
jours), La surface du corps était presque entièrement dépouillée d'épidémie; là où il en restait ëncore , on pouvait le détacher très- facilement avec la pointe d'un scalpel ou avec l'ongle. Il y avait de la vase dans l'interstice des ongles des mains. La face était tuméfiée, i diversement colorée par plaques vertes -, rouges , brunes; la peau du crâne était d'un rouge brun ; les veines sous-cutanées de la tête étaient distendues par des gaz et par une sanie fétide. Les paupières de l'oeil droit étaient entrouvertes; celles de l'autre œil étaient rapprochées. La langue ne dépassait pas les dents et n'était pas serrée par elles. La peau du thorax et de la partie supérieure de l'abdomen était d'un vert jaunâtre; celle du bras gauche offrait çà et là des plaques d'un vert foncé et des lignes d'un brun foncé qui suivaient le trajet des veines sous-cutanées. Les membres inférieurs étaient moins colorés» Le scrotum était dans l'état naturel. Il est à remarquer que la portion de la peau du cou sur laquelle appuyait le menton , et qui n'avait pas eu le contact de l'air , n'était pas colorée ; il en était de même de la peau du creux de l'aisselle. Le derme n'offrait aucune trace de corrosion. Le tronc , mais surtout la poitrine et le cou , étaient le siège d'un emphysème considérable.
Les muscles temporo-maxillaires étaient ramollis et comme imbibés d'une sanie rougeâtre mêlée de gaz; le tissu cellulaire de la région mastoïdienne droite était également infiltré d'un liquide sanguinolent, ce qui lui donnait au premier abord un aspect gélatineux. La dure-mère de la région frontale était séparée de la por-