‹ Traité des exhumations juridiques [electronic resource]Chapitre 2 sur 17 · TU AIT F · texte numérisé non relu

TU AIT F

tion correspondante du cerveau par une quantité considérable de gaz, en sorte qu'il semblait y avoir là une vessie gonflée d'air , et divisée en deux parties par la faux du cerveau. Lorsqu'on incisait la méninge clans cet endroit, il en sortait une grande quantité de gaz d'une fétidité insupportable : du reste, cette membrane offrait une couleur rougeâtre. Le cerveau présentait la même nuance à l'extérieur , effet de l'imbibition cadavérique ; il était vert à l'intérieur , où l'on remarquait plusieurs petites cavités remplies de gaz; il était ramolli; cependant les deux substances médullaire et corticale étaient bien distinctes. Le cervelet était beaucoup plus mou et de la même couleur; toutes les parties de l'encéphale situées à la base du crâne étaient diffluentes.

Le diaphragme était refoulé en haut. Le cœur est flasque, d'un violet foncé à l'intérieur; cette couleur teint les parois charnues de l'organe dans l'épaisseur d'une demi-ligne environ , surtout dans les cavités droites; le ventricule pulmonaire renferme une petite quantité de sang noir liquide. On voit çà et là dans le larynx et dans la trachée-artère des corpuscules blanchâtres , ressemblant au premier abord à des grains de sable, mais qu'on écrase facilement, comme si c'étaient des haricots cuits ou du fromage ramolli. On n'aperçoit aucune trace d'écume ni de liquide. La membrane interne qui tapisse ces organes ainsi que celle des bronches , est d'un rouge violet uniforme. Les poumons sont très adhérens; aussi ne trouve-t-on pas de liquide épanché à leur surface; ils offrent une couleur brune

verdâtre foncée, et sont gorgés d'un liquide sanguinolent; lorsqu'on les presse, il en sort une assez grande quantité de sang liquide, d'un brun foncé mêlé de gaz. On ne remarque aucune vésicule gazeuse entre la plèvre et le poumon. L'aorte, l'artère pulmonaire , les veines caves et pulmonaires , sont d'un rouge violet : on y trouve à peine du sang fluide noir, mais il est mêlé de beaucoup de gaz.

La cavité du péritoine est considérablement distendue par des gaz. La face externe de l'estomac est d'un rouge cerise ,• les veines coronaires sont également distendues par des gaz; la membrane séreuse des intestins offre une couleur légèrement rosée ; le colon est notablement distendu par des gaz. L'estomac renferme environ six onces d'un chyme liquide, dans lequel on voit nager des flocons blanchâtres analogues à ceux que contenaient le larynx et la trachée; sa membrane muqueuse est légèrement violacée, tandis que la tunique interne des intestins est dans l'état naturel. Le foie est d'un rouge brun uniforme; on ne peut plus distinguer la substance jaune de la brune; sa consistance est ordinaire. La rate est verte à l'extérieur et brune à l'intérieur; elle ne se déchire pas plus facilement que dans les cas où la mort est récente. Les reins sont d'un violet foncé; du reste, leur consistance est ordinaire, et on y distingue bien encore les diverses substances qui les forment. La vessie est distendue, et renferme environ quatre onces d'urine citrine ; sa membrane muqueuse est de couleur naturelle. y ■

J KAITE

OBSERVATION l8*\

P***, âgé de soixante ans, s'est jeté à l'eau le icr janvier- 1827, et en a été retiré le 8 avril. Il a été examiné six heures après, lors de son arrivée à la morgue. La peau était entièrement dépouillée d'épiderme; elle offrait une teinte d'un blanc rosé au tronc, aux bras et aux cuisses, et était parsemée çà et là de plaques larges comme la main, d'un rouge assez vif; les jambes étaient colorées en bleu d'indigo dans toute leur étendue. La face, légèrement tuméfiée, était d'un blanc grisâtre, rugueuse, consistante, ayant l'aspect du gras des cadavres, surtout au bord libre des lèvres et au menton. On ne saurait mieux comparer la couleur grise de ht peau de la face et du crâne, qu'à celle de la face des cadavres qui sont restés pendant quelque temps dans une dissolution de sublimé corrosif. Les yeux étaient saillans, les paupières très-écartées et comme recroquevillées. Le scrotum est distendu par des gaz. Il n y a plus d'ongles. On remarque à la partie postérieure des fesses et des cuisses un assez grand nombre de corrosions de quatre à huit lignes de longueur, de deux à trois lignes de large; dans plusieurs de ces corrosions, semblables du reste à celles qui ont déjà été décrites en parlant de la putréfaction dans l'eau stagnante ( voy. page i3 ), le derme est entièrement détruit, tandis que dans d'autres la destruction est moins avancée; la partie antérieure des cuisses est également le siège de semblables corrosions; mais elles sont plus petites, circu-

laires et moins nombreuses. Lorsqu'on cherche à arracher la peau avec des pinces dans toute autre partie que là où elle est corrodée, on s'aperçoit qu'elle ne se déchire pas facilement Le 9 avril , la face est dans le

même état, si ce n'est qu'elle est un peu plus tuméfiée ; la couleur bleue des jambes a presque entièrement disparu, et est remplacée par une nuance d'un vert sale qui existe déjà d'une manière irrégulière sur toute la surface du corps, excepté à la face, et qui alterne avec des plaques rouges. Le cadavre exhale une odeur bien plus fétide que la veille. Le 10 avril, la couleur verte est beaucoup plus foncée ; toute la surface du corps est luisante et couverte d'une matière huileuse. Le ventre est ballonné. Une sanie rougeâtre sort de la bouche. La face, quoique tuméfiée, conserve à peu près l'aspect qu'elle avait le premier jour, si ce n'est qu'elle a légèrement bruni. Il est difficile d'imaginer une od'eur plus insupportable que celle qu'exhale le corps (1).

Ouverture du cadavre. Le périoste est déjà entièrement décollé; il existe entre lui et la peau un liquide sanguinolent qui infiltre le tissu cellulaire et lui donne l'aspect d'une gelée rouge. Il n'y a point de sang entre la dure - mère et le crâne. La méninge, d'une couleur violette claire dans toute son étendue , est notablement soulevée par des gaz à la région frontale; ceux-ci se dégagent en répandant une odeur excessivement fétide lorsqu'on incise la membrane. La surface du cer-

(1) Du 8 au 10 avril, la température a varié de 11 à i8°-j o° ti, centigrade.

veau offre une teinte rougeâtre, surtout en avant, !a ou les gaz étaient accumulés; la couleur, beaucoup moins foncée en arrière, laisse apercevoir la teinte grise verdâtre de la substance cérébrale. Quoi qu'il en soit, la surface de l'encéphale n'est pas desséchée, comme cela a lieu pour d'autres organes. En coupant le cerveau , on lé trouve très-ramolli , mais on peut distinguer les deux substances : la médullaire est d'un gris verdàtre , la corticale est un peu plus foncée. Le ramollissement des parties inférieures de cet organe est encore plus considérable. Le cervelet est diffluent, pultacé et feous forme d'une sanie d'un gris rougeâtre.

La poitrine, le col et l'abdomen sont le siège d'un emphysème considérable. Les deux cavités des plèvres renferment une quantité notable de gaz très-fétides et quelques cuillerées d'un liquide brunâtre sanguinolent, qui est un peu plus abondant à gauche. Les poumons , nullement adhérens, sont peu dilatés et comme revenus sur eux-mêmes, d'un vert foncé à la surface, bruns entre les lobes, crépitans; leur tissu ressemble à celui d'une rate ramollie; lorsqu'on les comprime, ils fournissent des gaz et un liquide d'un rouge brun fétide. Le larynx, la trachée-artère et les bronches contiennent une assez grande quantité de corpuscules d'un blanc grisâtre, faciles à écraser, et semblables à de la pulpe de haricots cuits. On n'y aperçoit aucune trace d'écume ni de liquide. La membrane interne qui les tapisse est d'un rouge violet uniforme. La portion du médiastin qui correspond au péricarde, le bord antérieur des poumons et une partie de la face supérieure du -dia-

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phragme, n'offrent pas l'aspect humide qu'ils présentent ordinairement; ils paraissent comme desséchés. On remarque un état de dessiccation semblable à la surface interne du péricarde et à la surface externe du cœur, qui semblent collées : du reste , ce dernier organe est mou, facile à déchirer, d'un brun très -foncé à l'intérieur du ventricule droit, un peu moins coloré dans le ventricule gauche. On remarque une petite quantité de sang noir collée aux parois internes de ces ventricules. Le diaphragme est refoulé en haut, surtout à droite, où il est séparé du foie par des gaz fétides.

Les parois abdominales sont très - épaisses , et contiennent beaucoup de graisse, dont les globules sont séparés psr des gaz. La face interne du péritoine est desséchée et collée au grand épiploon ; il existe aussi beaucoup de gaz dans la cavité péritonéale. L'estomac est d'un rouge violet à l'extérieur; ses parois sont emphysémateuses. La surface externe des in testins grêles est d'un rouge brun, tandis que cette couleur est moins foncée à l'extérieur des gros intestins. L'épiploon es,t desséché dans plusieurs points, qui offrent une couleur brune. On trouve dans l'intérieur de l'estomac trois ou quatre cuillerées seulement d'une matière pultacée grisâtre, dans laquelle nagent des flocons semblables à ceux que l'on a retirés du larynx, de la trachée-artère et des bronches; sa membrane muqueuse est moins rouge que la séreuse, tandis que la tunique interne des intestins offre à peu près la même couleur que l'externe. Le Une est (I un rouge brun uniforme; on ne peut plus 'listmguer la substance jaune de la brune ; U se déchire

facilement; sa face supérieure est desséchée dans une assez grande étendue. La rate, couleur de lie de vin, est aussi très-desséchée ; aussitôt qu'on cherche à la séparer, elle se déchire et se réduit en une sanie rougeâtre. Les reins sont d'un violet foncé , très-mous : on a de la peine à distinguer les diverses suhstances qui les composent. La vessie, non contractée sur elle-même, ne renferme qu'environ une demi-cuillerée à café d'urine rougeâtre; sa membrane interne, légèrement rosée, est soulevée sur plusieurs points par des gaz, ce qui constitue des vésicules de la grosseur d'une noisette. L'aorte contient à peine un atome d'un liquide rougeâtre peu foncé. La Veine cave inférieure est vide ; les parois de ces vaisseaux sont d'un brun foncé.

OBSERVATION 19e.

L...., noyé le i5 décembre 1826, fut retiré de la Seine le 20 avril 1827, dans la matinée, et examiné le même jour à deux heures. La peau du crâne et le périoste étaient détachés de manière à laisser voir à nu tout le coronal et la moitié des muscles temporaux qui étaient d'un blanc grisâtre; cette peau était assez résistante; la face interne qui recouvre le périoste était d'un rouge violacé. Les parties osseuses, dépouillées, étaient d'un rouge lie de vin peu foncé , excepté aux bosses frontales, dont la couleur était à peu près naturelle. On remarquait sur les portions de peau non détachée des plaques d'un rouge ocracé , et un assez grand nombre de corrosions. Les paupières existaient encore; elles

étaient écartées et comme mâchées. Les yeux étaient vides; presque toutes les parties molles du nez étaient détruites ; il en était de même de la lèvre supérieure , de sorte que l'on voyait tout le bord alvéolaire supérieur. La lèvre inférieure, renversée en dehors, était amincie, comme desséchée et mâchée. La peau du menton présentait plusieurs lambeaux; celle des joues était détruite dans l'étendue d'un pouce environ, à partir de la commissure des lèvres. L'oreille gauche était en lambeaux ; on ne voyait qu'une partie du cartilage de l'oreille droite : en général, la peau de la face était le siège de corrosions nombreuses, et offrait çà et là une nuance grise , noire et rougeâtre. Le thorax et l'abdomen étaient très-distendus par des gaz; leur couleur était d'un vert foncé , excepté çà et là , où l'on remarquait des taches d'un rouge brun ou d'un jaune verdâtre. Les membres thoraciques avaient une couleur moins foncée ; on y voyait quelques lignes vasculaires bleuâtres. La main droite, presque blanche , était le siège de corrosions , surtout aux environs du poignet. La main gauche , grisâtre dans certaines parties , d'un rouge brun peu foncé dans d'autres , offrait à sa face dorsale une corrosion large et profonde , qui mettait à nu les tendons des extenseurs. La couleur des cuisses était jaune verdâtre; leurs parties supérieures toutefois étaient d'un vert plus intense. On remarquait sur la cuisse droite un grand nombre de corrosions en général lort larges. Les faces antérieure et externe des genoux étaient aussi le siège de corrosions profondes; lu moitié externe de la rotule gauche était mise à nu. Ljgs

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jambes étaient d'un jaune vcrdâtre en dehors, et d'un vert peu foncé en dedans;la gauche présentait supérieurement une marque circulaire de trois lignes de large, d'un rouge d'ocre, où l'on voyait plusieurs corrosions; la droite offrait une corrosion de la grandeur d'un écu de trois livres, qui laissait voir le tibia à nu; plus en dedans et au même niveau, il y en avait une autre moins large, mais qui occupait toute l'épaisseur de la peau. Les pieds avaient la couleur ocracée dont nous avons déjà parlé; le gauche était entièrement dépouillé d epiderme, et la peau était comme desséchée : le droit conservait encore des ongles et une grande partie de son épiderme; ils n'étaient le siège d'aucune corrosion.

Le lendemain à deux heures , la face et le tronc étaient dans le même état ; la couleur verte des cuisses, ainsi que les diverses taches rouges, étaient plus foncées (i).

Ouverture du cadavre. A. l'ouverture de la tête , il s'échappa une grande quantité de gaz fétides, qui étaient logés entre la dure-mère entièrement décollée, et la face interne des os qui forment la voûte du crâne. La méninge représente une espèce de poche d'un vert foncé à sa partie antérieure, violette en arrière, retenant la substance cérébrale à demi-liquéfiee, dont elle reçoit un mouvement de fluctuation quand on agite la tête du cadavre. Le cerveau , malgré sa diffluence, laisse encore apercevoir une différence dans la colo-

(i) La température avait varié pendant ces deux jours de 10 à iS°-j-o° tli. cent.

ration de ses deux substances : la corticale est d'une couleur rouge violette à l'extérieur et ardoisée à l'intérieur; la médullaire est grisâtre. L'une et l'autre exhalent une odeur insupportable.

Toutes les parties molles de la région antérieure du thorax sont imbibées d'un liquide rougeâtre mélangé avec des gaz d'une fétidité repoussante. Les muscles de cette région sont encore rouges , mais très-ramollis. (Il en est de même de ceux des autres parties du corps.) Des gaz se dégagent au moment où l'on ouvre le thorax et le péricarde; toutes les parties qui étaient en contact avec ces gaz paraissent avoir perdu leur humidité. Le cœur est mou , flasque, d'une couleur violette ; ses parois offrent la même teinte violette dans toute leur épaisseur; ses cavités sont vides, ainsi que celles des gros vaisseaux de la poitrine , dans lesquelles la couleur violette est très-marquée.

Il n'y a pas de liquide dans les plèvres. Les poumons sont emphysémateux ; on voit à leur surface de grosses bulles de gaz retenues par la plèvre. Ces organes sont refoulés en haut ou en arrière ; ils ne sont pas gorgés de sang; leur couleur est brune. La trachée-artère est d une mollesse extrême, ce qui vient de ce que les cerceaux cartilagineux ont entièrement perdu leur élasticité. L'intérieur de ce conduit et celui du larynx offrent une couleur brune très-foncée ; ces parties ne ren- Jerment pas d'écume : deux petits graviers noirâtres ont été rencontrés dans la trachée.

L'incision des parois de l'abdomen donne lieu à la sortie de gaz qui occupaient la cavité du péritoine.

Celui-ci paraît , dans les points où il était en contact avec ces gaz , un peu moins humide que dans ceux où les organes sont contigus les uns avec les autres. Les épiploons sont noirâtres. La portion de péritoine qui revêt la face supérieure de l'estomac est soulevée par des gaz, au point de présenter une bulle de la grosseur d'un œuf. Les veines coronaires sont aussi distendues par des gaz. La cavité de l'estomac ne contient qu'une petite quantité de liquide de couleur lie de vin , épais et très-fétide ; la membrane muqueuse est généralement noire; sa portion splénique seule offre une couleur rouge violette ; raclée avec un scalpel , elle conserve sa couleur. Les intestins gros et grêles sont distendus par des gnz : les premiers sont verdâtres à l'intérieur; les seconds sont d'un rouge violacé peu foncé, surtout dans les parties qui n'étaient pas en contact avec les gaz du péritoine. La face supérieure du foie est desséchée, et présente une plaque blanchâtre semblable à de la moisissure ; ses deux faces sont recouvertes de granulations blanchâtres, opaques; on voit aussi de semblables granulations à la face interne des veines du foie. Le tissu de cet organe est mou, flasque et se déchire comme celui de la rate; il est d'une couleur olive sale, moins foncée à l'extérieur qu'à l'intérieur; on n'y distingue plus l'une de l'autre les deux substances qui le forment. La rate, verte à l'extérieur, de couleur lie de vin à l'intérieur, est réduite en bouillie.

Les reins sont bruns tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, où les deux substances ne sont plus distinctes l'une de l'autre. La vessie est entièrement vide; sa face interne

est violette clans quelques points, rosée dans d'autres; la membrane muqueuse est soulevée par des gaz.

La veine cave inférieure est vide et peu colorée ; il en est de même de la portion abdominale de l'aorte.

OBSERVATION 20e.

S***, femme âgée d'environ 3o ans , retirée de l'eau le il avril à huit heures, est examinée le même jour à deux heures; elle s'était jetée dans la Seine cinq mois huit jours auparavant. Le crâne est dépouillé dans les deux tiers antérieurs et latéraux ; la peau n'est plus adhérente dans le tiers postérieur ; cette peau est dure, d'un blanc jaunâtre , semblable au gras des cadavres ; on y remarque quelques plaques rougeâtres. La peau de la face présente la même couleur et des plaques semblables, mais d'un rouge plus clair. Les yeux sont largement ouverts; les paupières semblent ne plus exister ; mais en examinant avec attention , on voit que leur largeur seule a diminué : l'œil gauche est entièrement vide; le droit est plein et peu saillant. Les parties molles du nez sont détruites ; la lèvre supérieure l'est également; de sorte que l'on voit à découvert toute la partie antérieure du bord alvéolaire supérieur, et les ouvertures antérieures des fosses nasales qui sont séparées par leur cloison osseuse et par le cartilage qui est presque desséché. La peau de la mâchoire inférieure est en partie détruite ; celle qui reste, et qui est suffisante pour que l'on reconnaisse Ja forme du menton, est séparée de l'os, et présente dam toute son

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épaisseur l'aspect du gras des cadavres. Le bord libre de la lèvre inférieure est détruit. Les oreilles sont d'un blanc mat, minces, et comme mâchées.

Le col et la partie supérieure et moyenne du thorax jusqu'aux mamelles , d'un rouge ocracé, sont le siège de corrosions nombreuses, dont le fond a la même couleur. La partie supérieure des mamelles est d'un vert bleuâtre ; celles-ci sont distendues par des gaz. Le reste du tronc en avant est d'une couleur blanchâtre, et présente çà et là des plaques verdâtres de peu d'étendue ; le ventre , ballonné , offre à sa partie inférieure des éraillures semblables à celles qui existent chez les femmes qui ont eu des enfans. Entre l'ombilic et le pubis, on observe un grand nombre de corrosions, dont quelques-unes sont très-larges et laissent voir la graisse sous-cutanée à nu. La moitié supérieure du dos est d'un blanc rosé; au-dessous de cette portion, la peau est blanche dans l'étendue de 6 pouces environ. Les lombes et les fesses sont aussi le siège de corrosions nombreuses , qui occupent presque toute l'épaisseur de la peau, et dont le fond présente une matière roussâtre et fluide.

Les membres thoraciques sont d'un blanc verdâtre supérieurement; la partie antérieure des avant-brns jusque auprès du poignet offre une couleur bleue indigo clair; la peau du poignet est détruite , et l'on voit les tendons à nu : on trouve encore des corrosions nombreuses sur le dos et dans la paume de la main. Les cuisses, d'un blanc sale, présentent aussi beaucoup de corrosions ; il en est de même de la jambe

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gauche qui est d'un bleu d'indigo la jambe droite est en partie dépouillée; le tibia est dénudé dans presque toute son étendue; il en est de même de la face supérieure du pied jusque près des orteils, en sorte que l'on voit les tendons des extenseurs à nu. Les portions de peau qui restent sur ce membre sont également colorées en bleu , et cette couleur ne cesse des deux côtés qua 6 lignes de la première phalange des orteils. Les muscles des cuisses sont un peu moins rouges que dans l'état naturel , mais ils se déchirent facilement ; ceux des jambes sont verts à la surface et d'un rouge vermeil à l'intérieur, excepté dans les endroits où les càirosïons sont très-fortes , car là leurs parties profondes sont d'un rouge pâle : on les déchire avec facilité. Les parties génitales externes sont comme mâchées. : . -,\ •

Il n'y a depiderme nulle part ; la peau du ti'onc et des membres thoraciques est assez résistante; celle de la face, du crâne et du col, s'enlève par morceaux lorsqu on la tire avec des pinces ; on trouve à la "surface de la peau une matière jaune liquide semblable à l'huile d'o-lives.

Crâne. Le périoste se détache avec la plus grande facilité. La dure-mère , d'un violet tres-clair, est séparée antérieurement du cerveau par des gaz, qui forment une vessie de la grosseur d'un œuf de poule , et qui se dégagent en exhalant une odeur fétide lorsqu'on incise la méninge. L'arachnoïde , la pie-mère et la surface du cerveau offrent une couleur, lié de vin; claire. L'intérieur de l'encéphale est d'un gris verdâtre; on

peut encore distinguer les deux substances : la corticale est d'une couleur beaucoup plus foncée que la médullaire ; la Consistance du cerveau est singulièrement diminuée; il coule lorsqu'on l'abandonne à luimême ; sa fétidité surpasse tout ce que l'on peut imaginer. Le cervelet est encore plus ramolli que le cerveau.

Thorax. Le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire est emphysémateux; l'odeur qui se dégage lorsqu'on incise les parois de la poitrine est des plus insupportables. Les muscles pectoraux, dentelés, sterno-cléido-mastoïdiens, sterno -hyoïdiens , etc. , sont d'un beau rouge et assez consistans. La cavité des plèvres renferme une grande quantité de gaz fétides, qui s'échappent avec bruit (sorte de souffle) lorsqu'on ouvre la poitrine ; on y trouve aussi environ cinq onces de chaque côté d'un liquide rouge foncé, d'une odeur infecte ; . la plèvre pulmonaire est soulevée < a et là par des gaz ; en sorte qu'il y a plusieurs vésicules à la surface . des poumons ; ces organes adhèrent par places à la plèvre costale ; ils offrent une couleur rouge brune comme dans l'état naturel ; ils sont peu volumineux, crépitans, se déchirent facilement ; pressés fortement entre les mains, après avoir été coupés en morceaux, il n'en sort que des gaz et une petite quantité d'un liquide rougeâtre. Le larynx , la trachéeartère et les bronches sont vides ; on n aperçoit aucune trace d'écume ni de liquide ,-leur membrane muqueuse, d'un violet foncé dans toute son étendue, est cependant marbrée de taches d'un vert sale au larynx et à

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la partie supérieure de la trachée. Le péricarde n'offre dans sa cavité ni gaz ni liquides. Le cœur est flasque; le ventricule gauche, vide, est presque de couleur naturelle; le droit contient un peu de sang fluide, d'un brun foncé; sa. face interne présente la même couleur, qui ne s'étend qu'à une ligne environ dans l'épaisseur des parois de ce ventricule. Aucun des organes contenus dans le thorax ne paraît avoir été ttesséché. Le diaphragme est refoulé en haut.

La cavité de l'abdomen renferme des gaz excessivement fétides ; plusieurs portions de la face interne du péritoine sont desséchées; d'autres sont soulevées par des gaz, ce qui leur donne une apparence vésiculeuse. Les muscles sterno-pubiens (droits) sont d'un vert foncé, et se déchirent avec la plus grande facilité. L'estomac, distendu par des gaz^est d'un rouge violet assez foncé à l'extérieur et en avant ; la partie postérieure offre la même couleur vers le grand cul-de-sac, tandis qu'elle est de couleur naturelle à la région pylorique ; on remarque dans cet endroit plusieurs bulles gazeuses entre les tuniques péritonéale et muqueuse. On n'aperçoit aucune trace de dessiccation. La membrane muqueuse de ce viscère est comme granulée, jaune d'ocre dans plusieurs points, d'un rouge violet vers le cardia, et recouverte d'un enduit olivâtre assez épais. On ne trouve à l'intérieur de ce viscère que des gaz très-fétides. Les intestins sont également distendus par des gaz d'une odeur insupportable; le duodénum, le jéjunum et l'iléum sont d'un rouge clair à l'extérieur dans une certaine étendue, et de couleur naturelle sur

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d'autres joints ; les gros intestins sont verdàtres : on voit çà et là dans la longueur du canal intestinal des plaques œdémateuses; la membrane muqueuse est rouge dans les parties qui correspondent aux portions extérieures colorées, et pâle sur les autres points. Lepiploon gastro-colique, d un jaune verdâtre, est moins humide que dans l'état naturel ; il se déchire assez facilement. Le pancréas est violet, peu consistant, et ne présente plus de granulations distinctes. Le foie, couleur de chocolat à l'eau , est le siège d une altération remarquable : on voit à sa face supérieure, çà et là et sous forme de bandés, une matière granulée, comme desséchée , d'un blanc assez éclatant ou d'un blanc jaunâtre, ayant l'aspect du gras des cadavres : cette matière existe aussi , mais moins abondamment , dans le tissu de l'organe : du reste, la consistance de ce viscère est très-molle; on le déchire avec beaucoup de facilité, et il n'est plus permis de reconnaître la substance jaune ; la membrane péritonéale qui le recouvre est soulevée par des gaz et forme des ampoules trèsvolumineuses, surtout en haut. La vésicule du fiel, d'un blanc sale à l'extérieur, est vide et très-emphysémateuse ; sa surface interne est recouverte d'un enduit épais d'un vert d'oseille cuite. La rate, de couleur verte foncée à l'extérieur, est lie de vin à l'intérieur; elle Contient beaucoup de gaz, et se déchire très-facilement : lorsqu'on la comprime, on la transforme en une sanie épaisse et livide. "Lés reins sont d'un violet foncé; ils se déchirent facilement, ét ce n'est qu'avec peine que Von peut distinguer les diverses substances qui en-

trent dans leur composition. Les uretères sont d'un brun violet. La vessie n'est pas contractée, elle est vide; sa membrane interne, d'une couleur violette, est soulevée dans plusieurs points par des gaz qui forment des vésicules. La matrice est assez consistante , d'une couleur violette dans toute son épaisseur.

OBSERVATION 21e.

Madame X*** n'a été retirée de la rivière qu'environ un an après s'être noyée. Il n'existait plus de cuir chevelu; toute la calotte osseuse était dénudée ; les orbites étaient remplis par une masse dure, solide, preGque entièrement composée de gras des cadavres , figurant assez bien un cône dont la base, placée en avant, paraissait offrir les débris d'une cavité, et dont le sommet, dirigé en arrière, était formé par le nerf optique. Le centre de cette masse semblait formé par le paquet de tissu cellulaire qui remplit la partie postérieure de la cavité orbi taire. Sur le pourtour de la masse, on apercevait la trace des nerfs qui se distribuent aux parties accessoires de l'œil, ainsi que les débris des muscles qui l'environnent. La peau du nez, de la lèvre supérieure, et celle de la partie inférieure de la face, étaient détruites; les mâchoires étaient dépourvues de dents , en partie désarticulées; il n'y avait aucune trace de langue; la bouche était remplie par de la vase. Les parties molles qui unissent le col à la poitrine étaient entièrement désorganisées par l'eau; les cavités des plèvres communiquaient à l'extérieur par de larges ouvertures; le

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Sternum et une partie des cartilages des côtes étaient tOut-à-fait à nu. Le tronc était séparé en deux portions, à la hauteur de la ceinture, probablement par la pression exercée sur les parties molles par les liens des vêtemehs que cette femme avait portés. Les deux jambes et les pieds ne consistaient plus que dans les os qui en forment la partie solide; les mains et les avantbras ayant été entraînés par l'eau, les membres supérieurs formaient deux moignons, à la partie inférieure desquels l'humérus Venait faire saillie.

La peau présentait une disposition bien remarquable: dans toute la région antérieure du corps, elle avait acquis une dureté considérable , plus prononcée aux joues, aux mamelles, à l'abdomen et à la partie antérieure des cuisses. Elle donnait un son très-clair quand on la perciitait avec un corps dur, tel qu'une clef ou un scalpel. En arrière, elle était encore molle, lisse, ne présentant aucun tubercule , fortement comprimée, et donnant la preuve la plus évidente qué le cadavre était resté couché sur le dos. Toute la surface de la peau était hérissée de mamelons ou petits tubercules , dont les uns, placés sur l'abdomen, avaient le volume et la forme de petits tuyaux de plume couchés les uns sur les autres j et se superposant ert partie ; ceux des cuisses étaient arrondis, moins saillans; sur les épaules èt à la partie supérieure du dos, ils étaient beaucoup plus petits, pyramidaux, et très -pointus à leur sommet. Cette disposition tuberculeuse né se remarque jamais que sur les parties de la peau et du tissu cellulaire sapo-

nitiées, et paraît dépendre de la décomposition du gras des cadavres ammoniacal (stéarate, oléate et margarate d'ammoniaque), par le carbonate et le sulfate de chaux qui sont dissous dans l'eau; il se formerait alors, par suite de doubles décompositions, du sulfate ou du carbonate d'ammoniaque solubles, et du stéarate, de l'oléate et du margarate de chaux insolubles , et qui se déposeraient sous forme de mamelons ou de tubercules : c'est du moins ce que tendent à prouver les recherches de M. Barruel , qui , ayant analysé ces sortes d'incrustations , a trouvé qu'elles constituaient effectivement un savon calcaire. Néanmoins, pour former la couche calcaire qui recouvre la surface de ces mamelons, il est probable qu'une portion des sels de la rivière s'y dépose, ou au moins qu'une grande quantité de chaux fait partie de la couche superficielle du savon. Il résulterait de là que plus une rivière serait chargée de sels, plus l'incrustation calcaire serait facile.

Le tissu cellulaire graisseux était saponifié dans toute son étendue ; seulement il offrait quelques différences dans ses propriétés physiques. Celui de la région antérieure du corps était dur, solide, très -léger, ne paraissant contenir que très-peu de liquide , remplissant toutes les cellules du tissu cellulaire , et dessinant parfaitement ces cellules. Celui de la partie postérieure du tronc était au contraire mou, jaunâtre, pesant, imprégné de liquide , offrant l'aspect du lard , recouvert par la peau dont l'épaisseur était plus considérable que dans l'état habituel ; on n'y distinguait aucune

cellule; c'était un' tout homogène qui paraissait résulter d'une pression exercée pendant long- temps sur ces parties.

En général, tous les muscles superficiels qui ne sont pas recouverts par des aponévroses denses , et dont la trame celluleuse a beaucoup de communications avec le tissu cellulaire sous -cutané, étaient convertis en gras des cadavres, et confondus avec le tissu cellulaire graisseux. Tous ceux au contraire qui étaient enveloppés d'aponévroses denses, ou qui étaient séparés par des membranes séreuses, avaient conservé leur état musculeux.

Dans un très-grand nombre de points , les muscles avaient acquis une couleur rose vive, très-prononcée, en même temps qu'ils étaient imbibés de beaucoup de liquides, amincis, et leur tissu plus dense.

Parmi les vaisseaux, les artères offraient une tendance à la saponification , quand les veines étaient denses , d'un tissu serré , résistant , se laissant difficilement déchirer ; elles paraissaient avoir acquis plus de solidité. Le ventricule droit du cœur offrait à peine des traces de saponification , tandis qu e le ventricule gauche presque entier avait éprouvé ce genre d'altération.

Toutes les membranes séreuses avaient résisté à la putréfaction , et paraissaient encore avoir acquis plus de solidité par leur contact avec l'eau. Le cerveau, réduit à un volume bien inférieur à celui qu'il a ordinairement, était totalement converti en gras des cadavres; la forme de toutes ses parties était conservée; seulement, à sa surface, existait une matière pultacée d'une

"odeur infecte. Les os du crâne étaient extrêmement cassans.

Les poumons étaient réduits au dixième environ de leur volume , du reste parfaitement conservés. En les insufflant, on leur donnait un volume six ou sept fois plus grand. La trachée consistait dans une série de cerceaux encore en place, quoique totalement dépourvus en avant des membranes qui les unissent. L'estomac et toute la couche superficielle des intestins étaient détruits ; il ne restait que des cavités peu distinctes leç unes des autres. Les intestins profonds étaient conservés; ils contenaient encore des matières fécales.

Il est important de noter que les deux cavités de la poitrine communiquaient avec l'eau par deux ouvertures très-larges existant au sommet de la poitrine , et résultant de la destruction des. parties molles de la région inférieure du col ; la cavité, abdominale communiquait aussi avec le liquide , par une destruction analogue placée sur le tronc à la hauteur de la ceinture. ( Alph. Devergie. A /maies ; d'hygiène et de médecine légale, page 180. Octobre 1829.) (1)

(1) Il est à regretter que , dans cette observation, il n'ait point été fait mention de l'état des épiploons, du foie, de la rate , du pancréas , de la vessie , des organes génitaux , ni des tissus cartilagineux, tendineux et nerveux.

Résumé des changemens physiques qu'éprouvent les tissus qui se pourrissent dans l'eau.

Peau. Les changemens qu'éprouve la peau peuvent être rapportés à sa coloration , à sa consistance et à sa saponification.

A. Coloration. La couleur de la peau des cadavres qui sont restés plus ou moins long-temps dans l'eau, pouvant ne pas être la même au moment où l'on retire les corps , que lorsque déjà ils ont été exposés pendant un ou deux jours à l'air, il importe de distinguer ces deux cas.

Coloration de la peau des cadavres au moment oii ils sortent de teau. On conçoit combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, de décrire ces changemens de couleur, d'après des observations faites sur les cadavres des noyés que l'on retire de l'eau ; il faudrait pour cela s'être trouvé plusieurs fois, et aux heures convenables , sur les points des fleuves où l'on pêche ces corps : aussi cette description ,que nous sachions, n'a encore été donnée par personne. Nous avons pensé pouvoir résoudre le problème, en plaçant dans de grandes baignoires des cadavres nus d'enfans nouveaunés et d'adultes. ( Voyez les Observations ire, 2e et 3e, page ire de ce vol. etsuiv.) Il résulte évidemment de ces observations, i° que les parties colorées en verdâtre ou en violet âu moment de l'immersion dans l'eau, se décolorent graduellement par leur séjour dans ce

DES EXHUIUATiONS JURIDIQUES. yi

liquide ; 1° que peu de temps après que cette décoloration a eu lieu, il se manifeste sur certaines parties une teinte rosée , rougeâtre, bleue et même verte, dont l'intensité va en augmentant de plus en plus, quoique ces parties restent constamment sous l'eau ; 39 qu'aussitôt que 1'épiderme des parties ainsi colorées se détache, le derme mis à nu présente la même couleur, mais qu'il suffit ordinairement de vingt-quatre heures pour qu'il soit complètement décoloré; 4° l116? dans cet état, il ne se colore plus facilement tant qu'il reste sous l'eau , si l'on en excepte toutefois certaines petites tacites bleues et d'autres blanches, bordées d'un cercle rougeâtre, dont il est souvent le siège ; 5° qu'au contraire , il se colore constamment, avec promptitude et avec des teintes différentes, si, après avoir été dépouillé d'épiderme, il est en contact avec l'air (i).

Coloration de la peau des cadavres des noyés quelque temps après leur exposition à ïair. Il faudrait encore distinguer ici les cadavres garantis par leurs Vètemens, de ceux qui étaient tout nus; on conçoit facilement en effet que l'air atmosphérique doit exercer une action différente, surtout si le cadavre n'est déshabillé que long-temps après avoir été retiré de l'eau. Quui qu'il en soit, nous nous bornerons à parler des corps

(i) D'après le docteur Gùntz (ouvrage cité), les gaz qui se dégagent pendant la putréfaction des cadavres dans l'eau , sont de l'acide carbonique ( en moindre proportion qu'avec le contact de l'air) , de l'hydrogène carboné (en grande quantité), de l'hydrogène sulfuré cl de ^hydrogène phosphore.

7 2 TllAITÉ

des noyés garantis par leurs vêteinens , et que l'on déshabille une, deux ou trois heures après leur extraction de l'eau : c'est le cas le plus ordinaire des noyés qui sont apportés à la morgue , où nous avons fait nos observations (i).

On n'observe aucun changement de couleur à la peau , si les cadavres ne sont restés que quelques heures dans l'eau, et qu'on les examine au bout de dix ou quinze heures d'exposition à l'air, la température de l'atmosphère variant de 4° à io°-j-o°. Il pourrait en être autrement si le thermomètre marquait de 18° à i6° -f- o° ; alors la peau du cadavre pourrait se colorer promptement en rouge , en vert , etc. , par places.

Après quelques jours d'immersion, chez les adultes, la peau , examinée peu d'heures après la sortie de l'eau, peut n'offrir aucune coloration insolite , comme elle peut être colorée; toutefois , même dans le cas où nous admettons qu'elle ne sera pas colorée, il faudra en excepter la face, où elle est d'un blanc plus mat, et l'épidémie des mains et des pieds qui commence à blanchir; cette coloration s'observe d'abord à la partie interne des doigts et à la paume des mains, puis à la face dorsale de celles-ci, et, à peu près à la même époque , à la face plantaire des pieds, et plus tard à leur partie dor-

(i) La mcrgue est un établissement où l'on expose les corps des noyés , et de tour les individus inconnus qui ont succombé à quelque genre de mort -violente que ce soit : l'exposition dure trois jours, à moins que les cadavres ne soient reconnus plus lot.

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. y 5

sale. Les cadavres sont-ils exposés à l'air pendant quinze ou vingt heures, la température de l'atmosphère ne dépassant pas 6° ou 8°+û°, il n'y a aucun changement notable, tandis que si la température de l'air a varié de i6° à 25° + o°, la face, la poitrine , l'abdomen sont plaqués de rouge, de vert, de brun, etc. ( Voyez Observations 5e et i3e ).

L'action de l'air sur la peau des submergés, comme on le voit, est des plus remarquables; les effets en sont d'autant plus sensibles que la température de l'atmosphère est plus élevée, et que le séjour des cadavres dans l'eau a été plus prolongé, comme nous nous en sommes assurés par des expériences directes. On peut établir que jusqu'au moment où la peau se saponifie, ces effets de coloration sont d'autant plus marqués que l'extraction des corps s'est faite plus tard. La peau prend une teinte brune , qui ne tarde pas à passer en partie au vert foncé, et il est à noter, comme l'avait' déjà signalé l'un de nous (-voj. Médecine légale, tome II, page 335 , édition de 1828 ) , que cela se manifeste plus rapidement à la poitrine qu'au bas-ventre; ce qui est le contraire de ce qu'on observe sur les cadavres qui n'ont point été submergés: chez ces derniers, la putréfaction commence par l'abdomen, pour gagner la poitrine, le col. la face et les membres, tandis que chez les noyés la face , le sternum -, et la partie inférieure du col , sont les premières parties pourries. Plusieurs portions depiderme, tant à la face qu'à la poitrine, sont soulevées par un liquide d'un bleu rougeâtre, et forment des taches qui contrastent avec d'autres nuances.

74 TKAITÉ

En été, la coloration dont nous parlons est déjà trèssensible quelques heures après la sortie des cadavres de l'eau , tandis qu'en hiver elle ne se manifeste pas au bout de plusieurs jours , même lorsque les corps sont restés pendant vingt ou vingt-cinq jours dans la rivière. Du reste, on peut prouver que cette coloration est due à l'action de l'air, parce que les parties de la peau qui sont préservées du contact de cet agent conservent leur pâleur : telles sont les aisselles , la partie interne des bras, lorsque ceux-ci sont appliqués contre la poitrine , la partie du thorax qui est en rapport avec le bras , le dos , la partie interne des cuisses , si celles-ci sont appliquées l'une contre l'autre.

Plus tard , les cadavres que l'on retire de l'eau présentent, au sortir du liquide, des phénomènes de coloration de la peau analogues à ceux que nous avons dit être le résultat de l'action de l'air; cela tient, dans quelques cas, à ce que les corps, devenus plus légers, sont venus, du moins en partie, à la surface du liquide, où ils ont été frappés par l'air; mais dans un beaucoup plus grand nombre de cas, la coloration tient à une autre cause , puisque les cadavres ne sont pas venus à la surface du liquide. Déjà, à cette époque, les membres, qui jusqu'alors avaient été incolores, offrent des plaques verdàtres, jaunâtres. Après trois ou quatre mois de séjour dans l'eau, nous avons souvent vu la peau des jambes revêtir une couleur d'indigo trèsfoncée , nuance qui disparaissait peu à peu quand le corps du noyé était exposé à l'air, et alors la couleur devenait brunâtre.

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. j5

Lorsque la peau se saponifie , ce qui a lieu à une époque très-variable , suivant lage , le sexe , etc. , elle prend une couleur d'abord jaunâtre , puis d'un blanc mat, et les parties ainsi saponifiées ne se colorent plus sensiblement par T'influence de l'air atmosphérique. Alors, c'est-à-dire entre deux mois et demi et quatre mois pour les adultes, la peau présente des nuances très-variées , les parties savonneuses ayant l'aspect du gras des cadavres, tandis que les autres portions sont colorées en jaune, en rouge, en vert, en brun, et même en bleu.

Il arrive enfin , comme dernier phénomène de coloration de la peau , qu'elle se recouvre d'une croûte blanche calcaire, dont nous avons déjà parlé. ( Voyez Observation 21e.)

B. Consistance. Les changemens que la peau éprouve dans sa consistance ne sont pas moins remarquables que ceux qui tiennent à sa coloration.

La peau , déjà dépouillée de son épiderme , se ramollit de plus en plus , et tend évidemment à se détacher par lambeaux; elle résiste d'abord beaucoup à la pointe des pinces; cette résistance va en diminuant: bientôt on remarque à sa surface une multitude de points très-rapprochés, comme ulcérés, qui ne tardent pas à constituer de véritables corrosions. Ces pertes de substance , indiquées pour la première fois par l'un de nous, sont évidemment de deux sortes : i° celles qui se forment dans les parties où il y a des plexus vasculaires très-considérables , et où le tissu cellulaire souscuiané est très-lâche, comme aux aines , dans la région

sous-clavière, à la partie supérieure et interne des cuisses. Ces corrosions commencent par des taches pointillées , violettes ou d'un rouge brun ; il semble qu'un liquide de même couleur soulève la peau ; bientôt après, celle-ci se perfore dans toute son épaisseur, le liquide s'écouie , et alors l'ouverture est régulière , comme si elle avait été faite avec un emporte-pièce, sans que les bords soient frangés. Un ou deux jours après, plusieurs de ces ouvertures qui se touchaient presque, sont réunies et forment une corrosion plus ou moins large, aussi régulière que les points qui lui ont donné naissance; ce n'est que quelque temps après, et par suite de l'action de l'eau sur les bords trèsamincis , que ceux-ci sont en partie détruits et d'une manière inégale , ce qui leur donne un aspect à la fois frangé et filamenteux : dans cet état, le tissu cellulaire sous-cutané, mis à nu, est infiltré, comme gélatineux, d'une couleur violacée ou grisâtre; 2°: celles qui se développent dans les parties où la peau recouvre un tissu cellulaire dense et serré, et où il n'y a pas de plexus vasculaires considérables , comme au dos, vers l'omoplate, etc. Ces corrosions commencent par une destruction du derme, qui n'a pas été préalablement coloré ni soulevé, et ressemblent à des ulcérations cicatrisées de petite - vérole ; leur fond est blanc, leurs bords réguliers ou irréguliers ; leur partie centrale est plus corrodée que leur circonférence, ce qui leur donne un aspect légèrement creux : plus tard, la destruction ayant augmenté, la perforation du derme arrive et commence par le centre ; alors on voit le tissu cellu-

laire sous-cutané qui est jaunâtre , infiltré, humide, et recouvert par les bords irréguliers de l'ouverture; dans cet endroit , les franges de la peau ont une couleur bleuâtre due aux parties sous-jacentes que l'on aperçoit à travers les portions amincies et transparentes du derme qui n'ont pas été détruites.

La, peau des diverses régions du corps peut être le siège de semblables corrosions; nous les avons vues indistinctement partout, et nous ne saurions partager l'opinion de M. Devergie , qui les place plus particulièrement aux yeux, au nez, à la bouche, aux aines, à la partie antérieure de la poitrine , et à la partie interne des jambes. L'époque à laquelle paraissent ces corrosions est extrêmement variable; nous les avons observées chez des enfans nouveau-nés, après un séjour de seize jours dans l'eau , par une température qui avait varié de n° à 170 R. , et chez des adultes qui avaient été retirés de l'eau au bout de trois mois (en hiver); tandis que nous n'en avons trouvé aucune trace chez des hommes de trente à cinquante ans , qui étaient restés dans l'eau pendant six ou sept semaines, par une température atmosphérique de 8° à 160 B.. Quelquefois on voit à la surface de la peau une matière jaune liquide semblable à l'huile d'olives. Lorsque les cadavres sont restés long-temps dans l'eau , la peau , au lieu de présenter dans toute son étendue ce ramollissement qui est le prélude des corrosions dont nous venons déparier, est saponifiée par parties, et ressemble au gras des cadavres, ou bien est dure et extrêmement dense par places. (Voyez Observation 20e.)

Saponification. Indépendamment des changemens de coloration et de consistance, la peau en éprouve d'autres qui se rapportent à la saponification ; elle change de nature et se transforme en gras des cadavres, véritable savon composé d'acides gras qui sont fournis par la décomposition de la graisse , et d'ammoniaque qui provient de l'union de l'azote et de l'hydrogène de la peau. Cette saponification commence dans les parties de la peau placées sur le tissu cellulaire le plus chargé de graisse ; c'est ce qui fait qu'on l'observe plutôt chez la femme que chez 1 homme , le tissu cellulaire de ce dernier contenant, en général, beaucoup moins de graisse. Nous ne l'avons jamais remarquée chez F homme adulte avant la fin du troisième mois en hiver, et elle avait commencé par la face. ( Voyez Observation 18e.) Du reste, on ne peut rien préciser sur l'époque de son apparition , tant il y a de variétés.

Nous ne terminerons pas tout ce qui se rapporte aux altérations de la peau, sans parler des expériences déjà anciennes de Bichat. Mise en macération dans l'eau, à un degré moyen de température, dit ce célèbre anatomiste , la peau humaine se ramollit , ne se gonfle presque point, blanchit sensiblement, reste long-temps sans éprouver aucune autre altération qu'une putréfaction infiniment moindre que celle des tissus musculaire, muqueux, glanduleux, etc., soumis à la même expérience. Cette putréfaction enlève l'épi derme et paraît beaucoup plus marquée du côté de cette membrane. Au bout de deux mois, la peau n'a encore p^du que très-peu de consistance; elle n'est point pulpeuse,

comme le sont à cette époque les tendons et les muscles macérés; elle ne commence à se réduire en pulpe fétide qu'au bout de trois ou quatre mois. Un échantillon , conservé depuis huit mois , offre encore sa forme primitive ; mais il flue sous les doigts dès qu'on le presse un peu. {Anat. générale, tome II, page 682.)

Épidémie. Si l'on étudie l'action de l'eau sur l'épiderme isolé de la peau , on le verra blanchir, devenir mou, plus opaque, et ne point se rider ni se putréfier; il s'élèvera seulement à la surface du liquide une foule de molécules qui, en se réunissant, formeront une pellicule blanchâtre. Après un séjour de deux ou trois mois dans l'eau , l'épidémie se ramollit , ne se gonfle point, et se déchire avec une extrême facilité; il ne se réduit point en une pulpe analogue à celle des autres organes que l'on a également fait macérer. Après les cheveux et les ongles, l'épiderme est la substance animale la plus incorruptible. (Anat. générale, tome II, page 768. )

Quant à l'épiderme qui fait encore partie du cadavre, après avoir blanchi, il se plisse de plus en plus; l'épiderme des mains et des pieds s'imbibe plus aisément que celui des autres régions du corps ; aussi remarquet-on les changemens dont nous parlons d'abord dans ces parties où il devient d'un blanc mat, et ressemble à celui qui aurait été pendant long-temps en contact avec des cataplasmes émolliens; plus tard il se soulève et finit par se détacher au plus léger effort; dans les eaux qui ne sont pas stagnantes, le courant suffit pomk l'enlever par lambeaux plus ou moins larges : ce sont

0° TIIAITÉ

les portions qui avoisinent les articulations qui nous ont paru se séparer les premières; toujours est-il que, dans nos expériences, il était déjà détaché dans plusieurs parties , quand celui de la paume des mains et de la plante des pieds tenait encore assez fortement. En général , il ne se colore pas lors même qu'il recouvre des parties de derme fortement colorées; quelquefois cependant nous l'avons vu offrant une teinte olivâtre.

Ongles. Les ongles des mains se détachent les premiers, puis ceux des orteils, sans qu'on puisse dire, même d'une manière approximative, l'époque de leur chute. Chez le sujet d,e l'observation 18e, qui était resté dans l'eau pendant quatre-vingt-dix-huit jours (en hiver), il n'y avait plus d'ongles, tandis qu'on en voyait encore au pied droit d'un individu qui avait été retiré de l'eau cent vingt- cinq jours après y être tombé. ( V oyez Observation 19e. )

Cheveux et poils. Ils deviennent de moins en moins adhérens , mais ils ne se pourrissent pas. « La macération, dit Bichat, qui rend l'épiderme extrêmement facile à se rompre, quoiqu'elle le ramollisse peu, laisse les cheveux avec leur résistance ordinaire, à moins qu'elle ne soit poussée à un degré que je n'ai point éprouvé. »

Imiterons-nous le docteur Alphonse Devergie, qui, dans nn mémoire intitulé Recherches sur les noyés (1),

(1) Annales d hygiène et de médecine légale, n° d'oclobre

a cru pouvoir reconnaître, au moins d'une manière approximative , et principalement d'après les carac- I ères que présente la peau , l'époque de la submersion. | < Quelques médecins légistes pensent, dit-il, qu'il sera toujours impossible de rien préciser à ce sujet. J'avoue qu'il serait difficile de tracer des descriptions rigoureuses ; mais de ce que l'on prévoit un but difficile à atteindre , est-ce une raison pour ne pas faire quelques efforts pour y parvenir ? J'ai la conviction que si les médecins veulent tenir compte des altérations que j'ai notées pour tel ou tel séjour dans l'eau, ils ne commettront plus des erreurs aussi choquantes que celles que je viens de signaler. Je dois prévenir que tout ce qui suit se rattache à la putréfaction que subissent les cadavres des noyés en hiver. Plus tard, je chercherai à établir la marche de la putréfaction en été. » (P. i63.)

Convaincu qu'il est de la possibilité de résoudre jusqu'à un certain point un pareil problème, M. Devergie reconnaît neuf époques : la première indique si la submersion date de trois à cinq jours ; la deuxième, de quatre à huit jours; la troisième, de huit à douze jours; la quatrième, de quinze jours environ ; la cinquième, d'un mois environ; la sixième, de deux mois environ; la septième, de deux mois et demi ; la huitième de trois mois et demi; enfin la neuvième, de quatre mois et demi.

Loin de partager l'opinion de ce médecin , nous nous attacherons à la combattre , et par des faits, et par des raisonnemens que nous croyons très-fondés ; il ressortira évidemment des uns et des autres que l'entre- 2. 6

prise est au-dessus des forces humaines, et que le lecteur aurait tort de prendre pour guide des tableaux où l'on semble vouloir resserrer la nature dans des cadres plus ou moins étroits. Et d'abord remarquons d'une manière générale que le travail dont il s'agit présente une lacune capitale; on n'indique nulle part l'époque à laquelle il faut examiner les corps après leur sortie de l'eau, pour constater les phénomènes de coloration sur lesquels on base souvent la solution du problème : est-ce immédiatement après l'extraction des cadavres de la rivière , ou plusieurs heures et même plusieurs jours après? Les noyés n'étant apportés à la morgue quelquefois que plusieurs heures et même un ou plusieurs jours après avoir été retirés de l'eau, et le médecin qui veut les observer n'arrivant souvent que lorsque déjà' les corps sont exposés à l'air depuis plusieurs heures, il en résulte évidemment que les observations de M. Devergie portent à la fois sur des sujets dont les uns peuvent n'avoir été en contact avec l'air que pendant quatre, cinq ou six heures, tandis que les autres ont dû y rester dix-huit, vingt-quatre, trente ou un plus grand nombre d'heures. Ce fait, nous l'attestons, pour avoir nous-mêmes suivi avec assiduité et pendant long-temps tout ce qui se rapporte aux travaux et aux usages de la morgue. Or, parmi les quarante-sept observations qui ont servi de base au travail de M. Devergie, dix-huit ont été recueillies en mars , et vingt-neuf en avril, et nous voyons que pendant ces deux mois la température de l'atmosphère est quelquefois montée jusqu'à 170 et 190; certes, pour

peu qu'on ait vu quelques cadavres de noyés , on comprendra facilement qu'une exposition à l'air déjà chaud , dont la durée a été si variable, a dû amener des changemens notables dans la coloration de la peau. C'est, du reste, ce que mettront en évidence les faits suivans :

A huit jours, dit M. Devergie , la peau de la face est d'un blanc plus mat que celle du reste du corps. Or, nous avons vu la face d'un rouge foncé et \» reste de la peau de couleur naturelle chez un individu qui était resté huit jours dans l'eau (pendant le mois d'avril), et dont nous fîmes l'examen deux heures après l'extraction du cadavre. (Observation 10e, page 3oo de la Médecine légale, 2 e édition, et i3e de cet ouvrage.) (i)

Au quinzième jour, « la partie moyenne du sternum présente une teinte verdâtre. » (Page 167 du Mémoire cité.) Or, chez un individu qui resta dans l'eau depuis le ier décembre jusqu'au 20, et qui fut examiné quatre ou cinq heures après l'extraction du cadavre , la peau qui recouvre les deux grands pectoraux était livide , si ce n'est près du sternum où elle offrait une couleur rouge cerise. (Observation 11e de la Médecine légale, et 14e de cet ouvrage.)

A un mois. On voit une plaque d'un rouge brun de

(1) Les diverses citations que nous allons faire pour combattre le travail de M. Devergie, sont toutes tirées ries observations publiées par l'un de nous en 1828, dans les leçons de Médecine légale, par conséquent un an ayant l'impression de son mémoire. Il est assez remarquable que M. Devergie n'ait pas cru devoir en prendre connaissance.

six à huit pouce» de diamètre au centre et à la partie supérieure du sternum; cette plaque est bordée d'une aréole verte; les bourses sont énormément distendues par des gaz; les paupières et les lèvres sont vertes. (Mém. cité, page 168.) Or, chez un individu âgé de vingt-six ans , noyé le Ier mars, retiré de l'eau le 3o du même mois, et examiné le a avril, la peau des parties antérieure et latérale du cou et du thorax était d'un vert foncé; les paupières étaient presque noires. (Voyez Méd. légale y observation i3e et 16e de cet ouvrage.) Chez un autre noyé, qui était resté trente-deux jours dans l'eau , d'où il fut retiré le 8 avril, et que nous examinâmes le lendemain , la peau du thorax était d'un vert jaunâtre , et le scrotum dans Y état naturel. ( Voyez Méd. légale , observation i4e et 17e de cet ouvrage. )

A trois mois et demi. Le tissu cellulaire n'offre plus cette teinte rouge des époques précédentes; le foie, ramolli , est d'un brun verdâtre ; la peau des membres présente le même aspect que celle du centre de l'abdomen, c'est-à-dire qu'elle est opaline; les ongles sont tombés. (Mémoire cité, page 176.) Or, chez un individu que l'on retira de la Seine le 8 avril, et qui s'y était jeté le ietjanvier ) on remarqua , six heures après sa sortie de l'eau, que le tissu cellulaire du crâne offrait l'aspect d'une gelée rouge; le foie était d'un rouge brun uniforme; la peau des jambes était colorée en bleu d'indigo dans toute son étendue , tandis que celle du tronc était blanche rosée, parsemée çà et là de plaques larges comme la main , d'un rouge assez vif ; les ongles , il est vrai, étaient tombés. (Voyez Méd. légale, observation

i5e et i8u de cet ouvrage,) Mais chez le sujet de l'observation suivante, le pied droit conservait encore des ongles, et pourtant le cadavre était resté dans l'eau quatre mois cinq Jours. ( V oyez observation 19e. )

A quatre mois et demi. Il n'existe plus que quelques débris des paupières ; les lèvres sont désorganisées par la putréfaction ; la peau du tronc est d'un vert grisâtre, parsemée de taches noires; la couleur des cuisses est jaunâtre ; les jambes présentent des taches d'un bleu foncé; la trachée-artère est d'une teinte verdâtre; les cavités splanchniques paraissent contenir encore plus de, liquide d'un rouge brunâtre j on remarque un commencement d'incrustation calcaire sur les cuisses. (Mém. cité, page 177.) Or, chez un individu noyé le i5 décembre 1826, et retiré de l'eau le 20 avril 1827, on voyait, quelques heures après, que les paupières et la lèvre inférieure existaient encore , que la peau du thorax et de l'abdomen était d'un vert foncé, excepté çà et là où il y avait des taches d'un rouge brun ou d'un jaune verdâtre; que la couleur des cuisses était verdâtre et d'un vert plus foncé en haut ; que les jambes ne présentaient aucune trace de bleu; que la trachée-artère était d'un brun très-foncé; qu'il n'y avait aucun liquide dans les cavités des plèvres ni de l'abdomen ; enfin qu'il n'existait aucune trace d'incrustation calcaire. ( Méd. légale, observation 16e et 19e de cet ouvrage. )

A cinq mois et demi. Le cadavre d'une femme ouvert à cette époque a fait voir à M. Devergie que les paupières étaient détruites, que la peau était dans X état naturel, ou présentait des incrustations calcaires ou des v

86 TKAITÉ

plaqués rosées. (Mém. cité, page 179.) Tandis que dans l'observation 170 de la Médecine légale , et 20e de cet ouvrage , qui a pour sujet aussi une femme qui était restée cinq mois huit jours dans la Seine, les paupières existaient, leur largeur seule avait diminué, et la peau du corps était colorée en bleu, en vert, en blanc rosé et en blanc sale. On ne voyait aucune incrustation.

Maintenant que nous venons de prouver par des faits combien les caractères sur lesquels M. Devergie a voulu baser la solution de son problème sont sujets à varier aux époques qu'il a indiquées , et combien par conséquent on doit y attacher peu de valeur, il ne sera pas inutile de présenter en abrégé l'énumération des principales causes qui influent sur la marche de la putréfaction dans l'eau; l'impossibilité de calculer, même d'une manière approximative, la part de chacune de ces influences, nous fit bientôt renoncer à l'idée que nous avions eue de dresser un tableau semblable à celui que

nous venons de combattre.

jége. Dès qu'il est prouvé que les enfans nouveaunés sont arrivés , au bout d'un mois de séjour dans l'eau , au terme de désorganisation que les cadavres des adultes n'ont même pas atteint au bout de six ou huit mois, on ne saurait contester l'influence de Y âge sur la marche de la putréfaction des noyés.

Constitution de Vindividu. On comprendra facilement l'influence que doit exercer la constitution des individus sur la putréfaction des cadavres des noyés, en consultant ce que nous avons dit à la page 3aj du

tome Ie*, en examinant l'influence de cette même constitution sur les cadavres déposas dans la terre.

Sexe. Les mêmes causes qui nous ont fait établir ailleurs que les cadavres des femmes se pourrissent en général plus vite dans la terre que ceux des hommes , bous portent à émettre la même assertion à l'occasion des noyés : nous ajouterons en outre que la différence est surtout marquée, dans l'eau, par rapport à l'époque où la saponification commence.

État de ynaigreur ou d'obésité. La putréfaction dans l'eau, comme dans tout autre milieu, marche plus rapidement quand les corps sont gras que lorsqu'ils sont maigres; l'influence de l'obésité doit même être plus marquée sur la putréfaction des noyés; en effet, plus ceux-ci seront gras, plus ils tendront à quitter le fond du liquide pour se rapprocher de la surface et même pour surnager : or, en été, la température du liquide devant être souvent plus élevée vers les couches supérieures, surtout lorsque l'eau est peu agitée et assez abondante, la putréfaction de ces cadavres sera hâtée; elle le sera surtout s'ils surnagent, et qu'ils soient à la fois sous l'influence de l'air et de la chaleur atmosphérique. Par des raisons contraires , la tendance à la supernatation, par suite de l'obésité, fera que les cadavres se pourriront moins vite, surtout s'ils n'arrivent pas toutà-fait à la surface de l'eau , dans les cas où les couches les plus inférieures du liquide pourrontêtre plus chaudes que les supérieures. Ajoutons que , la saponification arrivant plus promptement chez les sujets gras que chez ceux qui sont maigres, la peau et le tissu cellulaire pré-

senteront cette transformation à des époques fort différentes, chez des individus qui n'offrent par, le même degré d'obésité, et sur lesquels nous supposerons, pour un instant, les autres influences agir de la même manière.

État de santé ou de maladie. S'il ne nous est pas permis de démontrer qu'un individu malade depuis quelques jours seulement, et atteint d'une affection aiguë , se pourrit dans un espace de temps différent de celui qu'il emploierait s'il était tombé dans l'eau dans un état de santé parfaite, nous pouvons néanmoins assurer qu'il en est ainsi dans les cas où la maladie durant depuis long-temps , les individus sont parvenus à un état de marasme, et pour ainsi dire de dessèchement, qui doit les placer dans des conditions moins propres à parcourir rapidement les diverses phases de la putréfaction. Nous ne prétendons pas que ce soit là le seul genre d'influence que puissent exercer les maladies ; nous le signalons parce qu'il est le plus facile à constater.

Etat vivant ou mort de l'individu qui se jette ou que Von jette à F eau. L'époque à laquelle la rigidité cadavérique se manifeste, et la durée de cette rigidité n'étant pas les mêmes , suivant la température du milieu dans lequel sont plongés les cadavres , et la putréfaction ne se développant que lorsque la rigidité a cessé, il est évident que le moment où les cadavres commenceront à se pourrir variera beaucoup chez les individus qui sont tombés dans l'eau vivans, et chez d'autres qui y ont été jetés après la mort, pendant qu'ils étaient en-

core roides, et même lorsque déjà ils subissaient un commencement de putréfaction.

Température du liquide dans ses différentes couches. Dès qu'il est prouvé qu'en été les couches supérieures pourront être plus chaudes que les inférieures, surtout dans les eaux stagnantes et dans celles dont le courant est à peine sensible , il est évident que la température des couches moyennes différera aussi des précédentes. Dès-lors les cadavres qui, par une cause quelconque, séjourneront plutôt dans telle région du liquide que dans telle autre, se pourriront plus ou moins vite, tout étant égal d'ailleurs. L'influence de la différence de température se fera surtout sentir en été, parce qu'alors, à raison du peu de conductibilité des liquides , l'équilibre tardera beaucoup à s'établir entre l'eau de la surface et du fond , notamment lorsque la température de l'atmosphère prendra tout à coup un accroissement subit, et que la rivière ou les lacs seront profonds; en hiver, au contraire, les couches inférieures plus chaudes, en se déplaçant, communiqueront plus facilement de la chaleur à celles qui sont situées au-dessus.

Température atmosphérique. L'influence de la température de l'atmosphère est incontestable, quoique beaucoup moins prompte que sur les cadavres qui se pourrissent à l'air; en effet, la température de l'air n'exerce d'influence que par l'intermède de l'eau , qui se trouve échauffée ou refroidie suivant que la saison est chaude ou froide : or, comme les effets de la chaleur atmosphérique sur de grandes masses d'eau ne

9° TRMlé

sont pas instantanés, il en résulte que ce n'est qu'au bout d'un certain temps que l'influence des chan^emens de température atmosphérique peut se faire sentir sur les noyés.

Profondeur de la Wi^Tout étantégal d'ailleurs, descadavres, placés au fond de rivières qui offrent des profondeurs différentes, ne se pourrissent pas avec la même vitesse : plus la rivière est profonde, plus les corps sont pressés, et moins ils sont disposés à se pourrir, plus aussi la couche du liquide qui les entoure est-elle à l'abri des variations de température atmosphérique, c'est-àdire plus elle tardera à s'échauffer en été : or, nous savons que la chaleur est un des élémens qui favorisent le plus la putréfaction.

État renouvelé ou tranquille du liquide. Il résulte des expériences faites par l'un de nous, en i8a3, que les cadavres se décomposent beaucoup plus rapidement dans l'eau renouvelée que dans l'eau stagnante. (Mé<l. lég., p. an, tom. 2, deuxième édition.) Il est donc évident que de deux noyés, chez lesquels toutes les autres conditions seraient les mêmes, et qui resteraient pendant un mois dans l'eau, celui-là se pourrirait plus vite qui aurait été mis dans une eau incessamment agitée par des vents; cet effet serait surtout sensible, si la masse du liquide qui recouvre le corps n'était pas trèsconsidérable.

Etat contus ou sain du corps. Il paraîtra sans doute inutile de dire que les individus vivans, qui ont été contus en tombant dans l'eau, parce qu'ils ont rencontre

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des pilotis, de grosses pierres, etc., ou parce qu'ils sont tombés de très -haut, ou enfin parce qu'ils ont été meurtris par des coups, se décomposeront plus vite que ceux qui seront arrivés dans l'eau dans des conditions opposées, le sang épanché dans le tissu cellulaire souscutané s'altérant beaucoup plus vite que lorsqu'il est enfermé dans les vaisseaux.

Nature du terrain sur lequel reposera le corps. Si le terrain est vaseux, mou , nullement anguleux, le corps s'y enfoncera en quelque sorte, et n'en recevra aucune atteinte,- tandis que s'il est anguleux, raboteux, il pourra déchirer la peau , et déterminer des solutions de continuité , qui hâteront la décomposition putride.

Poissons , animaux voraces, etc. On conçoit que ceux des cadavres dont la peau sera attaquée, déchirée ou érodée par ces sortes d'animaux , seront pourris beaucoup plus vite, tout étant égal d'ailleurs, que les autres.

Epoque a laquelle le cadavre parait à la surface du liquide ou près de cette surface. Cette influence , qui est incontestable , rentre dans ce qui a été dit à l'occasion de Y obésité des corps, et de la température des différentes couches du liquide et de l'air.

Etat nu ou habillé du cadavre. Si les vêtemens ne sont pas serrés, et que l'eau puisse être en contact avec la peau , cette influence est nulle ou presque nulle ; mais elle est très-puissante dans le cas contraire , lorsque des corsets ou des bottes , appliqués d'une manière serrée sur le corps, empêchent, du moins pendant fort long-temps, le contact du liquide; toutes les parties

couvertes et en quelque sorte à l'abri de l'eau, se conservent presque intactes.

Nature du liquide. Il suffit de jeter un coup-d'œilsur les nombreuses expériences rapportées dans l'ouvrage de madame d'Arconville (i), pour être convaincu de la différence que présentent les mêmes matières animales qui se pourrissent dans l'eau distillée ou dans celle qui contient telle ou telle autre espèce de sel, les unes se pourrissant beaucoup plus vite que les autres (2).

(1) Essai pour servir à l'histoire de la putréfaction , par madame d'Arconville. Paris, 1766.

(2) Le lecteur sera peut-être tenté de nous accuser de plagiat, lorsqu'il trouvera les plus grandes ressemblances entre les faits qui constituent l'article que nous avens intitulé : Résumé des changemens physiques qu éprouvent les tissus qui se pourrissent dans Veau, et ceux qui font la base du mémoire déjà cité du docteur Devergie. Nous devons à cet égard une explication. Notre résumé est basé sur les vingt-six observations qui le précèdent : or, vingt-trois de ces observations étaient publiées en entier dans la Médecine légale dès l'année 1828, c'est-à-dire, vingt mois avant la publication du travail de M. Devergie. A l'exception des incrustations calcaires signalées par ce médecin, et dont nous n'avions pas parlé, parce que nous n'avions jamais ouvert de cadavres qui fussent restés plus de centsoixante jours dans l'eau, il n'est point unseul fait essentiel du mémoire de ce médecin qui ne se trouve dans nos observations. A la vérité, nous n'avons pas, comme lui, résumé ces faits dans le but de déterminer l'époque de la submersion , parce que nous avons préféré ne rien dire que d'induire les experts en erreur ; nous n'avons pas non plus déduit de nos observations les altérations successives qu'éprouvent

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Tissu cellulaire. Les changemens qu'éprouve le tissu cellulaire peuvent, comme ceux de la peau , être rapportés à sa coloration, à sa distension par des gaz ou par des liquides , à sa consistance et à sa saponification. Dans les premiers temps , la couleur du tissu cellulaire ne change guère ; plus tard, lorsque, par suite de la putréfaction et du développement des gaz, la sérosité rou -

les divers tissus dans Veau, parce qu'alors nous ne voulions éclairer que la question médico-légale , relative à la submersion pendant la vie ou après la mort. Mais qu'importe? les faits devant servir à tracer ce résumé n'étaient pas moins publiés par nous. Nous nous serions bien gardé de réclamer là priorité pour un objet aussi minime , si M. Devergie, en citant notre travail , n'en eût pas donné au public une idée inexacte : « M. Orfila , est-il dit, a tenté quelques essais dans le but de parvenir à une détermination approximative. » Tel n'a pas été notre but , et nous avons eu soin de le dire à là page 198 de la Médecine légale, deuxième édition ; nous nous proposions seulement de faire connaître les différences produites dans la putréfaction par des milieux différent. Plus loin : « Les expériences faites avec des portions de fœtus ou d'adultes , dans de petites quantités d'un liquide toujours le même ou renouvelé bien rarement , ne nous ont pas, je crois, assez rapproché de la vérité. » Or, nous avons dit, page 211 du même ouvrage, avoir agi sur des fœtus entiers, et avoir renouvelé Venu jour et nuit pendant vingt-deux jours... Plus loin : «M. Orfila a relaté vingt-deux ouvertures de noyés, d'où on peut déduire quelques données propres à éclairer le sujet qui nous occupe. » Il eût été plus exact de dire : «A un trèspetit nombre d'exceptions près , les faits contenus dans notre mémoire ont été connus de M. Orfila , qui lés a décrits dans les vingt-deux ouvertures de noyés qu'il a publiées; mais il ne

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geâtre du sang transsude à travers les parois des vaisseaux, il se colore, par son mélange avec ce liquide, d'abord en rose, puis en rouge groseille, et même quelquefois en rouge brun. Nous avons vu aussi le tissu cellulaire de l'abdomen d'un jaune verdâtre , tandis que déjà celui de quelques autres parties du corps était

les a pas fait servir à la détermination des époques auxquelles la submersion a eu lieu. »

Ces inexactitudes ne sont pas les seules qu'ait commises M. Devergie, à l'occasion de notre travai'/ sur les noyés. Il dit, en effet, à la page 571 du tome 3e du Diclionnaire de médecine et de chirurgie : « M. Marc est un de ceux qui ont le mieux précisé ce que l'on pouvait attendre des signes de la submersiou pendant la vie : depuis cette époque, M. Orfila a fait de nouvelles recherches ; elles ont confirmées que M. Marc avait annoncé. On doit cependant de plus à M. Orfila d'avoir éclairé, par des expériences sur les animaux , des faits importans. »

Or, nous voyons, en comparant quelques-unes des assertions de notre savant confrère aux nôtres , qu'il existe entre elles des différences capitales.

i°. «La certitude que nous avons acquise, dit le docteur Marc, qu'il ne peut entrer de liquide dans la trachée-artère que du vivant du submergé, qu'il ne peut s'en introduire après la mort , le cadavre eût-il même passé plusieurs jours sous l'eau, doit nous faire considérer, etc.... {Manuel d'autopsie cadavérique , de Rose, traduit par Marc , page 175.) Or, nous établissons que les liquides peuvent s'introduire après la mort, non-seulement dans la trachée-artère, mais jusqu'aux dernières ramifications bronchiques. ( Médecine légale, t. 12. page 345. ) M. Devergie répétera-t-il ce qu'il a dit à la page 574. du dictionnaire déjà cité , « que la conclusion dont il s'agit

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rouge et rouge brun. A une époque plus éloignée, à peu près lorsque les corrosions paraissent à la peau, ou quand la saponification commence, le tissu cellulaire, surtout celui qui est sous -cutané, tend à se décolorer et à devenir d'un blanc grisâtre : apparemment que le sang qui l'avait infiltré jusqu'alors se décompose pour

n'est pas tout-a-fait rigoureuse , attendu que nous concluons de ce qui arrive chez les chiens , ce qui doit survenir chez l'homme ? » Nous répoudrons que plusieurs mois avant la publication de l'article où M. Devcrgie fait cette remarque , nous avions inséré dans les Archives générales de médecine une note dans laquelle nous prouvions le même fait par des expériences sur des cadavres humains. ( Voyez tome 17e. )

20. « Le diaphragme est refoulé dans l'abdomen : ce caractère est essentiel , dit le docteur Marc , et manque chez tous ceux qui ont été submergés après leur mort. » (Ouv. cité, page 177.. ) Nous avons annoncé que le diaphragme n'était jamais refoulé dans 1 abdomen lors de la submersion pendant la vie. (Voyez Médecine légale, page 35o , tome 2.)

3°. «Les cavités droites du cœur sont gorgées de sang, elles cavités gauches vides, ainsi que les vaisseaux coirespondans.» (Marc , page 175. ) Nous avons dit avoir toujours vu les cavités du cœur et celles des gros vaisseaux entièrement ou presque entièrement vides à l'autopsie des cadavres d'individus submergés vivans, et qui avaient long-temps séjourné dans l'eau. (Médecine légale, tome 2 , page 34g. )

Il aurait fallu reconnaître ces différences, tout en rendant justice au mémoire important de notre honorable et savant confrère, le docteur Marc, dont nous avons souvent cité ailleurs les travaux avec éloge. ( "Voyez Leçons de médecine légale. ) Orfila..

fournir l'ammoniaque nécessaire à la formation du gras j nous dirons toutefois que déjà, dans plusieurs parties, ce tissu est arrivé au point de blancheur dont nous parlons, que dans d'autres il est encore très-rouge; c'est particulièrement au crâne que l'on remarque la teinte rouge du tissu cellulaire.

La distension de ce tissu par les gaz qui se développent pendant la putréfaction dans l'eau, ne présenterait rien d'extraordinaire, si elle n'était pas poussée à un degré extrême, surtout lorsque les cadavres ont été exposés à l'air après avoir été retirés de l'eau (i). Plus tard , lorsque la saponification est prête à s'opérer, au lieu de continuer à se distendre , le tissu cellulaire s'affaisse. La distension de ce tissu par le liquide rougeâtre qui transsude des vaisseaux, est ordinairement beaucoup moins sensible que la précédente, et n'offre rien de remarquable.

La consistance du tissu cellulaire varie aux différentes époques de la submersion ; à l'état normal dans les premiers temps, il est plus mou lorsque déjà les sucs rouges l'abreuvent^ quelquefois même, surtout à la tête,

(i) Outre les fluides aériformes qui remplissent les interstices et le tissu même des muscles , outre ceux qu'on rencontre dans le canal intestinal, dans les vaisseaux, et principalement dans les veines , nous en avons vu distendre la duremère comme un ballon , enfler le scrotum , et causer l'érection du pénis, occuper la cavité des membranes séreuses , former au-dessous de ces membranes des bulles arrondies et multipliées, donner lieu aussi à un emphysème soiis-muqueux, soil dans le canal intestinal, soit dans la vessie.

• il présente la mollesse et l'aspect d'une gelée à moitié lluide. Plus tard, il devient plus dense, sec et filandreux ; alors il commence à se saponifier. La saponification change complètement sa nature; il se transforme en gras des cadavres, et n'offre plus l'aspect celluleux ; il devient quelquefois solide et même dur, tandis que dans d'autres circonstances, il est mou Jaunâtre, et semblable à du lard. Ce n'est guère qu'au bout de trois ou quatre mois, pour les adultes, que ce changement a lieu. /

S'il est vrai qu'en général les changemens que nous venons de signaler se manifestent d'abord à la face et au scrotum, puis au cou et au thorax, et en dernier lieu aux membres, il est également certain que nous avons quelquefois vu la face et d'autres parties du corps distendues et colorées outre mesure , tandis que le scrotum était dans l'état naturel.

Bichat, après avoir établi que le tissu cellulaire se pourrit moins vite à l'air que les organes glanduleux et musculaires, parle de l'action de l'eau sur ce même tissu. Au bout de trois mois de séjour dans l'eau à la température des caves , le tissu cellulaire extérieur aux artères ne paraissait avoir subi aucune altération. Le sous-cutané, le sous -séreux et l'intermusculaire se pourrissent plus vite, mais moins à proportion que celui de beaucoup d'autres organes. La résistance opposée par ce tissu à l'action de l'eau est moindre quand on le fait macérer avec des organes qui se résolvent facilement en putrilage, que lorsqu'on l'y expose seul ou avec des tissus qui ne s'altèrent presque pas par l'eau •

comme les nerfs, par exemple; et en effet, après six mois de macération, Bichat a vu le tissu cellulaire qui sépare les faisceaux nerveux aussi ferme et aussi distinct qu'auparavant. (Anat. gén., tom. i, p. 69. )

Muscles. Nous trouvons encore dans les muscles des changemens de coloration , de consistance et de nature. La couleur rouge se conserve en général pendant plusieurs mois, et devient même plus foncée, puis elle passe au rose , et tend de plus en plus à pâlir, jusqu'à ce qu'elle soit devenue d'un blanc grisâtre, jaunâtre ou rosée, comme le gras des cadavres ; à cette époque, les muscles sont effectivement transformés en savon ; quelquefois cependant la couleur rose persiste fort longtemps ; certains muscles résistent en quelque sorte à la saponification , tandis que d'autres sont déjà saponifiés et confondus avec le tissu cellulaire sous-cutané ; il est des cas où les muscles sont d'un vert foncé; les sternopubiens offraient cette couleur chez une femme qui fut retirée de l'eau cinq mois huit jours après s'être noyée , tandis que les pectoraux étaient rouges, et ceux de la face saponifiés. ( Voy. pag. 328 de la Méd. lég.) Les différences de consistance ne sont pas moins remarquables que celles de coloration et de nature; en effet, les muscles se ramollissent d'abord par leur mélange avec la sérosité rougeâtre qui transsude des vaisseaux, et peuvent être déchirés avec assez de facilité : toutefois, nous avons vu à cet égard des variations extraordinaires : chez le sujet qui vient d'être cité, les muscles pectoraux étaient assez consistans , tandis que les sterno- pubiens se déchiraient à la plus légère traction ; et

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. gg

chez un noyé qui n'était resté qu'un mois dans l'eau , c'est-à-dire quatre mois huit jours moins que le précédent, les muscles pectoraux se déchiraient avec grande facilité : à la vérité , ce sujet ne put être ouvert qu'après trois jours d'exposition à l'air. Plus tard, lorsque les muscles sont sur le point de se saponifier, ils deviennent plus minces et beaucoup plus denses.

Bicha t, après avoir établi queles muscles se pourrissent beaucoup plus vite que les tissus fibreux, cartilagineux et fibro-cartilagineux , ajoute qu'ils se ramollissent dans l'eau au bout d'un temps assez long, et qu'ils se changent en une espèce de putrilage différent de celui qui se forme à l'air libre. D'autres fois, dit-il, ils se transforment en une matière analogue au blanc de baleine; alors leurs fibres sont dures et solides; mais il s'en faut de beaucoup que tous les muscles conservés dans l'eau présentent ce phénomène. Quand il se manifeste, trèssouvent une espèce de produit rougeâtre, disséminé d'espace en espace sur la surface du muscle, et qui est un effet évident de la décomposition, annonce et ensuite accompagne cet état, sans lequel il a aussi souvent lieu. [Anat. gén., torn. 2 , p. 237.)

Tissu fibreux. Il résulte de toutes nos observations, que le tissu fibreux résiste long-temps à la putréfaction. Voici ce que Bichat avait déjà établi à cet égard. Quand on fait macérer ce tissu , il se ramollit , sa densité diminue , mais il ne se boursouffle point comme on l'a dit; ses fibres alors peuvent s'écarter les unes des autres; on voit distinctement entre elles le tissu cellulaire qui les unit. Enfin , au bout d'un temps

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très-long, elles finissent par se changer en une pulpe mollasse , blanchâtre , qui paraît homogène. Les tendons sont les premiers à céder à la macération ; viennent ensuite les aponévroses : parmi celles-ci, celles qui sont formées par l'épanouissement d'un tendon , se ramollissent plus vite que celles qui sont destinées à envelopper les membres , que le fascia lata par exemple. Les membranes fibreuses , les capsules et les gaines de même nature sont plus résistantes. Enfin , ce sont les ligamens qui cèdent le plus tard à l'action de l'eau, qui tend à les ramollir; cependant , lorsqu'ils viennent primitivement d'un tendon , comme le ligament inférieur de la rotule , ils sont plus prompts à être macérés. (Jnal. gén., t. a, pag. 1 55.)

Os. Presque toujours les os ont une tendance marquée à passer au rose : nous les avons vus d'un rouge lie devin peu foncé dans certaines parties, après quatre mois cinq jours {voy. observation i5e); quelquefois cependant ils deviennent verdàtres et même noirâtres. Ces changemens de couleur, qui sont en général plus manifestes dans les os longs que dans les autres, ne s'observent guère que long-temps après la submersion . lorsque déjà les os ont été en contact immédiat avec l'eau. Un séjour prolongé dans ce liquide rend aussi les os beaucoup plus friables.

Cartilages. Après le tissu osseux, aucun ne résiste autant à la putréfaction et à la macération ; les cartilages peuvent se conserver fort long- temps dans l'eau sans éprouver d'autre altération qu'une légère coloration en jaune. Bichat dit, avec raison, qu'il faudrait plus d'un

an pour les réduire à cette pulpe mollasse , muqueuse , fluente, où la macération amène la plupart des organes.

Membranes séreuses. Les membranes séreuses résistent long-temps à la putréfaction; du moins pouvonsnous assurer qu'elles n'étaient pourries dans aucune des observations que nous avons rapportées : on peut même dire qu'elles préservent, Jusqu'à "Uti certain point, de la putréfaction, plusieurs des organes qu'elles enveloppent d'une manière serrée. Dans certaines circonstances , elles se dessèchent. Nous n'avons pas vu sans étonnement, sur des cadavres qui avaient séjourné de trois à cinq mois dans l'eau, la plèvre, le péricarde et le péritoine, desséchés et endurcis comme du parchemin, sans que nous ayons pu nous rendre raison du phénomène; quelquefois les cavités formées par ,ces membranes séreuses endurcies contenaient un liquide sanguinolent; d'autres fois il n'y en avait pas; il n'est donc pas exact de dire que toujours les cavités dont il s'agit offrent une collection de sérosité sanguinolente ; cela a lieu , il est vrai , surtout dans la plupart des cas où , les noyés étant restés long-temps dans l'eau , le sang a pu transsuder abondamment des vaisseaux , à moins cependant que la durée de l'immersion n'ait été assez prolongée pour que la peau du cou, de la poitrine ou d'une partie de l'abdomen, ayant été détruite, les liquides, épanchés clans les cavités séreuses aient pu s'écouler. Bichat avait déjà vu , en soumettant le tissu séreux à la macération , combien il était difficile de le réduire en pulpe : la plus mince, la plus fine de ces membranes,

dit-il, 1 epiploon y a résisté pendant un temps très-long. Les tendons, qui sont si résistans et qui supportent de si grands efforts pendant la vie, étaient déjà pulpeux dans l'eau, que l'épiploon était intact.

Epiploons. Après s'être long-temps conservés, ils finissent probablement par se saponifier. L'épiploon gastro-colique, après un séjour de trois semaines dans l'eau, était verdâtre; après trois mois et huit jours, il était dessèche, et brun dans plusieurs points , tandis qu'il était noirâtre après quatre mois cinq jours. L'épiploon gastro-colique était jaune verdâtre et facile à déchirer chez un sujet qui était resté cinq mois huit jours dans l'eau.

. Membranes muqueuses. Le tissu muqueux est, après le cerveau , celui qui s'altère le plus vite par l'action de l'eau, d'après Bichat. Il se réduit alors en une pulpe rougeâtre très-différente de celle qui se forme pendant la putréfaction du même tissu à l'air. Lorsqu'on fait macérer tout l'estomac, déjà cette pulpe s'est détachée, que le tissu musculeux et la membrane séreuse n'ont subi que peu d'altération.

Encéphale. La substance corticale du cerveau est la première partie qui se pourrit; elle devient d'un gris \'erdâtre : nous l'avons vue de cette couleur chez un individu qui n'était resté que huit jours dans l'eau ( voyez observation 10e ) ; la substance médullaire était encore blanche. Quelque temps après, celle-ci acquiert la même couleur; elle était verte chez trois individus, dont l'un n'était resté dans l'eau que trois semaines, et les autres un mois (en hiver), ce qui

CES EXHUMATIONS JU1UDIQTJES. ÏOO

prouve l'inexactitude de l'assertion émise par le docteur Devergie, savoir, que cet effet n'a guère lieu qu'à trois mois. ( Voyez les obs. 12 , i3 et 14.) Assez souvent la partie la plus extérieure de cet organe est d'un rouge plus ou moins foncé , effet de la transsudation du sang des vaisseaux et de l'imbibition cadavérique. Après cinq mois huit jours de séjour dans l'eau, nous avons encore pu distinguer deux nuances manifestes dans les deux substances de l'encéphale. La consistance de cet organe diminue de plus en plus, au point que nous l'avons vu une fois, au bout de trois semaines, couler comme une bouillie épaisse, lorsqu'on l'abandonnait à lui-même après en avoir coupé quelques lambeaux ; sa fétidité surpassait tout ce qu'on peut imaginer. Plus tard , il se saponifie : dans l'observation 21e, il était réduit à un volume bien inférieur à celui qu'il a ordinairement, et totalement réduit en gras des cadavres; la forme de toutes ses parties était conservée ; seulement à sa surface existait une matière pultacée d'une odeur infecte ; chez la femme, qui n'était restée que cinq mois huit jours dans l'eau, il n'était pas encore saponifié. Le cervelet subit les mêmes altérations que le cerveau , et en général d'une manière plus prompte. Les méninges se colorent promptement en rouge, en rouge violet, et même en brun, du moins dans une partie de leur étendue ; assez souvent la dure-mère est séparée du cerveau par des gaz qui forment une ou plusieurs vessies quelquefois plus grosses qu'un œuf de poule; du reste, le tissu fibreux de cette membrane n'est détruit qu'au bout d'un temps fort long. Nerfs. Ils ne subissent au-

cune altération sensible, même au bout d'un temps fort long. Voici ce que disait Bichat à l'égard du système nerveux : « La substance cérébrale et celle de la moelle se putréfient avec une extrême facilité quand on les soumet à l'action réunie de l'air et de Yeau; elles prennent alors une couleur verdàtre , et cependant acquièrent de l'acidité et rougissent le papier bleu. Ce sont même, je crois, parmi les substances animales, celles qui présentent le plus vite ce phénomène. La substance médullaire nerveuse paraît au contraire résister beaucoup plus à la pourriture; les nerfs sont même une des parties del'économie animale les moins putréfiables. Pendant la vie, on les trouve souvent intacts dans un membre gangréné, au milieu d'un dépôt, etc. : sur le cadavre qui se pourrit , ils gardent leur blancheur et leur consistance au milieu de la noirceur et du ramollissement général. J'ai observé que l'eau de la macération du système, nerveux donne très -peu d'odeur, tandis que celle du cerveau est fétide. Ces phénomènes n'auraient pas lieu évidemment, si la substance médullaire du nerf était aussi putréfiable que celle du cerveau. Cependant il est manifeste que c'est spécialement au névrilème que les nerfs doivent cette espèce d'incorruptibilité; car j'ai observé que l'optique ou la substance médullaire prédomine, que l'olfactif et l'auditif, qui paraissent dépourvus de ce névrilème, se pourrissent plus facilement que les autres. J'ai remarqué aussi constamment que tandis que la substance blanche de la moelle épinière se pourrit, son enveloppe estintacte. » (Jnat. gén., 1. 1, p. i45.)

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Io5

Organes de la respiration. Quelque temps après que les cadavres sont dans l'eau, il s'opère un dégagement de gaz dans les poumons, et ceux-ci ne tardent pas à se distendre et à remplir la totalité de la cavité de la poitrine : nous avons vu quelquefois, au bout d'un mois de séjour dans l'eau en hiver, les poumons emphysémateux, au point que la'plèvre qui les recouvrait était soulevée çà et là par des vésicules grosses comme de petites noisettes. Après avoir été ainsi distendus , les poumons s'affaissent, leur volume se trouve considérablement diminué et leur densité augmentée; du reste, leur couleur, leur aspect ne diffèrent pas de l'état normal. Dans l'observation où le cadavue était resté à peu près un an dans l'eau , ils étaient réduits au dixième environ de leur volume, et bien conservés; on pouvait les insuffler et les dilater six ou sept fois autant. Quelquefois les poumons contiennent dans leurs dernières ramifications bronchiques une plus ou moins grande quantité d'un liquide semblable à celui dans lequel la submersion a eu lieu : c'est particulièrement lorsque les cadavres ne sont restés que quelques jours dans l'eau; mais encore faut-il presque toujours, pour la découvrir, examiner les poumons peu de temps après la sortie des corps de l'eau ; autrement elle disparaît promptement. Le larynx, la trachée- artère , les bronches et leurs divisions, conservent leur aspect lisse, mais se colorent très-promptement. Leur membrane interne était d'un rouge violacé chez un individu qui n'était resté dans l'eau que huit jours pendant le mois d'avril; d'autres fois elle est d'un rouge-brun et même

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brune; dans certains cas, nous avons trouvé dans ces conduits des parcelles de matières molles, comme graisseuses, véritables débris de matières alimentaires. Jamais nous n'avons vu d'écume ni de liquide écumeux dans les conduits respiratoires, si les cadavres étaient restés dix ou douze jours dans l'eau; nous n'en avons aperçu que lorsque la submersion était fort récente, et que les cadavres étaient examinés peu de temps après leur sortie de l'eau. Du reste, nous croyons avoir suffisamment expliqué ces phénomènes ailleurs. ( Voyez Médecine légale, tome II, page 34o.) Plus tard, les cerceaux cartilagineux perdent leur élasticité, se déforment, et finissent par se réduire aux fibro-cartilages, les tissus membraneux intermédiaires ayant été détruits les premiers par la putréfaction.

Organes de la circulation. Le cœur tend de plus en plus à se ramollir; il finit par être tout-à-fait flasque; sa couleur se fonce et passe successivement au rougeviolet et au rouge-brun presque noir, surtout dans l'intérieur des cavités droites et pendant les temps chauds ; quelquefois sa surface, au lieu de rester humide, se dessèche d'une manière remarquable; enfin il se saponifie, notamment dans sa partie gauche. Chez la femme qui fait le sujet de l'observation 2ie, et qui était restée environ un an dans l'eau , le ventricule gauche du cœur presque entier était saponifié, tandis que le droit offrait à peine des traces de saponification ; on n'en apercevait pas non plus chez le sujet de l'observation aoe, qui était resté cinq mois huit jours dans la rivière.

Les artères et les veines , mais surtout ces dernières,

contiennent du sang; elles sont le siège d'un développement considérable de gaz (voyez observation 17e) qui ne tardent pas à déterminer la transsudation, du sang «à travers leurs parois, et à les colorer en rouge, en violet ou en rouge-brun 5 d'où il suit que cette coloration sera plus intense dans les portions des vaisseaux où il y avait plus de sang et où il s'est dégagé plus de gaz. Nous avons vu, chez un individu qui était resté plus de quatre mois dans la rivière, la veine cave et l'aorte abdominale peu colorées, tandis que chez d'autres sujets qui n'étaient restés dans l'eau que deux ou trois semaines, ces vaisseaux étaient fortement colorés. Indépendamment de cette coloration, les artères et les veines se ramollissent, deviennent flasques, et leurs parois s'affaissent à la longue; alors elles ne contiennent plus de gaz; plus tard les artères finissent même par se saponifier, tandis que les veines acquièrent plus de densité. Chez la femme qui était restée dans l'eau pendant un an environ ( voyez observ. 21e), les artères offraient une tendance à la saponification, tandis que les veines présentaient un tissu serré, résistant, et paraissaient avoir acquis plus de solidité. Bichat, après avoir établi que les artères exposées à l'air se pourrissent presque aussi difficilement que les cartilages et les fibro-cartilages , dit que l'eau dans laquelle ont macéré des artères exactement isolées de tout tissu voisin, n'est pas fétide; en comparant cette eau à celle qui a servi à la macération des muscles, la diffiérence est tranchante. Une preuve manifeste de la résistance des artères à la putréfaction et à la macération, c'est

ce' qu'on observe dans les viscères qui ont long-temps macéré ou qui sont pourris, comme dans le foie, la rate, les reins. Dans l'un et l'autre cas, dans le premier surtout, ces viscères se trouvent réduits à une espèce de putrilage. Eh bien ! leurs artères ont conservé leurs tissus encore très-durs , dans le ramollissement gênerai. Sur le vivant, ces vaisseaux sont aussi infiniment moins susceptibles de putréfaction que la peau, le tissu cellulaire , etc. Le tissu veineux se pourrit plus facilement que l'artériel , mais bien moins que d'autres, par exemple, que le musculaire. L'eau où il a macéré isolément est beaucoup moins fétide que celle où une portion égale de tissu nnisculaire aurait séjourné. ( Anat. gêner. , tome Ier, pag. 286 et 409. )

Sang. La quantité de sang contenue dans le cœur et dans les gros vaisseaux varie beaucoup; toutefois, elle n'est pas très-considérable, et nous n'avons jamais pu vérifier cette distension des ventricules du cœur et des vaisseaux par le sang, dont parlent les auteurs : à l'ouverture des cadavres qui avaient long-temps séjourné dans l'eau , nous avons toujours vu les cavités du cœur et celles des gros vaisseaux entièrement ou presque entièrement vides; du reste, le sang est d'un rouge-brun noirâtre , et presque toujours fluide. Cette fluidité en effet manque rarement chez l'homme ; une fois seulement, dans nos nombreuses ouvertures de noyés, nous avons trouvé quelques caillots fibrineux dans le sang.

Organes de la digestion. Le canal digestif est décoloré chez les noyés qui ne sont pas restés long-temps

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■ dans l'eau; mais il ne tarde pas à rougir, au point qu'il

■ suf fit quelquefois d'un séjour de deux ou trois semaines dans la rivière pour que l'estomac soit d'un rouge vio-

llaeé ou même d'un brun violet ( voyez observ. i5e); i cette rougeur, qui s'étend bientôt à toutes les tuniques (du viscère, pourrait en imposer d autant plus pour une iphlegmasie , que dans plusieurs de ses points il existe iun emphysème sous-muqueux, emphysème que l'on a jpar conséquent trop exclusivement considéré comme 'le résultat d'un travail inflammatoire. Nous avons vu, tdans un cas, la portion de péritoine qui revêt la face : supérieure de l'estomac soulevée par des gaz, au point (de présenter une bulle de la grosseur d'un œuf. Les i intestins subissent les mêmes altérations que l'estomac; imais en général elles se manifestent plus promptement i dans les intestins grêles que dans les autres. Tous ces •viscères finissent par se ramollir, deviennent grisâtres i et se détruisent. Chez la femme qui était restée un an i dans l'eau ( voyez obs. 21e), l'estomac et toute la couche : superficielle des intestins étaient détruits; il ne restait 1 que des cavités peu distinctes les unes des autres. Les : intestins profonds étaient conservés et contenaient encore des matières fécales.

Organes glanduleux. Avant de parler des organes glanduleux en particulier, il ne sera pas inutile de mentionner les principaux résultats obtenus parBichat. Les glandes, dit-il, cèdent diversement à l'action de l'eau : le foie y résiste plus que le rein, qui, au bout de deux mois d'expériences faites dans des vaisseaux placés dans des caves, a été réduit <>n une bouillie rougeâtre na-

géant dans l'eau, tandis que le premier conservait, à la même époque et un peu plus tard, sa forme, sa densité, et avait seulement changé sa couleur rouge en un brun bleuâtre, caractère opposé à celui du rein, qui reste dans la macération tel qu'il est. Les glandes salivaires contiennent beaucoup de cette substance blanchâtre, onctueuse et assez dure, que présentent toutes les parties celluleuses long-temps macérées ( gras des cadavres ) ; ce n'est pas le tissu glanduleux qui a changé, mais uniquement la graisse contenue dans la cellulosité ici très-abondante. ( Anat. génér., tome II, page 58o. )

Foie. Le foie se ramollit de plus en plus, ce qui empêche de bien distinguer les diverses substances qui le composent; sa couleur se fonce aussi et présente diverses nuances, suivant que le foie était primitivement de telle ou telle autre couleur. Nous avons souvent vu, après trois mois de séjour dans l'eau en hiver , sa face supérieure desséchée dans une assez grande étendue , offrant çà et là des plaques blanchâtres semblables à de la moisissure; d'autres fois et plus tard, c'était une matière granulée , comme desséchée , d'un blanc assez éclatant ou d'un blanc jaunâtre, ayant l'aspect du gras des cadavres ; ces matières existaient aussi , mais moins abondamment, à l'intérieur de l'organe, dont la consistance était diminuée au point de se laisser déchirer très-facilement : la membrane péritonéale qui le recouvre était soulevée par des gaz, et formait quelquefois des ampoules très-volumineuses. La vésicule du fiel se conserve long-temps , blanchit quelquefois , et devient souvent emphysémateuse. La rate tend aussi à

se ramollir, à se foncer en couleur et à devenir emphysémateuse : clans un cas, nous l'avons vue très-desséchée à l'extérieur, et aussitôt qu'on cherchait à la séparer elle se déchirait et se réduisait en une sanie rougeâtre ( voyez observation 17e ),; chez l'individu qui était resté pendant quatre mois cinq jours clans l'eau, elle était lie de vin à l'intérieur et rédàite en bouillie. Le pan créa s aussi se fonce en couleur, devient violet, perd de sa consistance, et n'offre plus de granulations distinctes.

Organes urinaires. Après trois mois de séjour dans l'eau en hiver, nous avons toujours vu les reins d'une Gouleur plus foncée, quelquefois même bruns; leur consistance était tellement diminuée qu'on les déchirait avec la plus grande facilité, et l'on ne pouvait plus distinguer les deux substances qui les composent. Les uretères deviennent rouges d'abord, puis d'un brunviolacé. La vessie se conserve long-temps sans altération , puis sa membrane muqueuse devient rosée, rouge, violette, et se soulève par des gaz qui se dégagent dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Nous n'avons jamais remarqué ces altérations pendant le premier mois du séjour des cadavres dans l'eau.

Organes génitaux. La matrice tarde beaucoup à perdre sa consistance; sa couleur devient également rouge violette.

Après avoir fait connaître les altérations successives que présentent les divers tissus qui ce pourrissent dans l'eau à une température moyenne, nous croyons devoir indiquer, d'une manière succincte, les faits les plus remar-

quables observes par le docteur Gùntz, en plongeant des enfans nouveau-nés dans de l'eau très-froide et dans le même liquide chaud.

Action de Veau froide. Si l'on place dans l'eau qui est sur le point de se geler, ou qui est déjà en partie glacée, le cadavre d'un enfant qui vient de mourir, l'eau pénètre promptement dans les oreilles, dans la bouche et dans les narines; il se dégage des bulles d'air, et, quelques instans après , la roideur cadavérique se manifeste et ne tarde pas à s'emparer de toutes les parties; le corps paraît gelé et immobile au fond du liquide et au milieu de la glace. Une heure après la submersion, le doigt, appliqué sur la peau, n'y laisse aucune impression; le thorax cède légèrement, le ventre a encore moins d'élasticité; les cartilages des oreilles, du nez, et le cordon ombilical , ainsi que le pénis , sont si fragiles, qu'ils se brisent par un choc un peu brusque et restent dans la glace ; les membres s'arrachent en entier, si on essaie de fléchir violemment leurs articulations.

Le corps a perdu beaucoup de son volume; le globe oculaire et le scrotum paraissent surtout bien diminués ; la diminution est moins sensible dans les autres parties. Le poids du cadavre, débarrassé de la glace qui adhère à sa surface, est aussi moindre qu'avant la submersion. La peau est blanche, luisante, et marquée çà et là de taches brillantes ; on voit rarement des parcelles colorées en rouge pâle. La cornée, qui n'est pas encore tout-à-fait terne , permet de voir l'iris à travers; le cercle de la pupille, d'une grandeur ordinaire, est gris noir; les lèvres sont d'un rouge pâle, les bords

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des gencives d'un rouge clair, lemail des dents blanchâtre , et le dos de la langue rouge pâle , tandis que sa face inférieure est d'un gris bleu; les mamelons sont bleuâtres, le cordon ombilical nacré, et tacheté de points d'un bleu foncé; sa surface incisée offre une couleur rouge clair ; le pénis , le scrotum et la peau des grandes lèvres sont d'un blanc rougeâtre; les ongles des doigts sont d'un violet pâle ; ceux des orteils ont une teinte plus claire; les bouts des dernières phalanges offrent souvent une nuance de sang clair.

Le cadavre ne répand point d'odeur; la température est à zéro ou au-dessous. Le scalpel ne peut diviser qu'avec beaucoup de peine, et, si l'on emploie un instrument plus fort, on voit que toutes les parties intérieures sont roides et luisantes ; des fragmens de glaçons, quelquefois colorés en rouge, se déposent sur les bords des parties incisées et les rendent brillantes. La circonférence de tous les organes est diminuée. Le cerveau se rompt facilement par petits fragmens , et offre des (fissures irrégulières qui paraissent partir des ventricules. Le thymus, un peu plus dur que les autres viscères , n'a presque pas diminué de volume. Le péricarde adhère au <;œur et se déchire quand on veut l'en séparer; le cœur contient souvent beaucoup de sang congelé. Les poumons qui n'ont pas encore respiré sont très-petits, durs, unis, et se précipitent rapidement au fond de l'eau ; quand au contraire ils ont respiré, ils remplissent la cavité pectorale, sont granuleux à la surface, tendus, élastiques, et surnagent, quoique difficilement. Le diaphragme est ridé et pré- 2. 8

sente dés enfoncemens du côté du ventre ; celui-ci n'est gonflé que lorsqu'on a introduit des alimens dans l'estomac après la naissance ou lorsqu'il s'est dégagé des gaz; dans le cas contraire, les intestins sont affaissés, et forment aux endroits qui contiennent du méconium des cylindres durs et élargis. Le foie est volumineux, plus convexe qu'à l'ordinaire; les bords des lobes, droit et gauche, sont un peu plus courbés; sa face concave est luisante à raison des gouttelettes de sang qui se sont congelées. La cavité de la vésicule biliaire est fortement ridée. La rate est arrondie , tendue, dure; le pancréas facile à déchirer; les reins sont consistans et roides; les parties génitales internes sont un peu dures et moins volumineuses.

La couleur des viscères est en général plus claire que si le cadavre eiit été exposé à l'air. Le derme est d'un rouge blanc. La graisse est d'un blanc jaunâtre, les muscles d'un brun clair, les os d'un rouge clair, excepté les pariétaux qui sont d'un rouge tirant sur le bleu; les cartilages sont blancs, légèrement rosés en plusieurs endroits. La substance corticale du cerveau est blanche; la substance médullaire est d'un jaune brunâtre, et couverte de points rouges; la moelle épinière et les nerfs sont d'un blanc rougeâtre. Le cœur, couleur de chair, tire cependant un peu sur le rouge; les poumons qui n'ont pas encore respiré sont d'un rouge bleu, et d'un jaune clair si la respiration a eu lieu. L'estomac et le canal intestinal sont d'un rouge pâle , marqués çà et là de taches jaunes provenant de la bile; le foie est brun foncé, bleu noir, et marqué en

jaune ; la vésicule biliaire est d'un jaune foncé et d'un blanc rougeâtre. La rate est noire ou bleue; le pancréas est d'un rouge blanc, la surface des reins d'un blanc brunâtre. Toutes ces parties renferment du sang^elé, d'un rouge foncé , qui passe au rouge clair par lè dégel.

La durée de cette période est indéterminée ; tant que le corps, est dans les mêmes conditions, il ne change point d'état; on n'observe donc pas les périodes ultérieures de Ja décomposition. Mais si le cadavre est en outre sous l'influence de quelques agens mécaniques, tels que des glaçons mobiles , des a nimaux voraces , etc. , il éprouve des changemens notables ; les glaçons détachent quelques fragmens des parties molles, quelques doigts, quelques orteils et même des membres entiers; ils compriment les parois des trois cavités, les percent, et finissent par broyer les os. Les animaux aquatiques et voraces enlèvent les parties charnues. Le courant contribue également à détruire la connexion des diverses parties et à les disséminer; il élève le cadavre du fond de l'eau , et il l'entraîne plus ou moins haut avec les glaçons.

Action de Veau très-chaude. Quand on verse de l'eau très-chaude sur le corps d'un enfant nouveau-né , que l'on laisse dans ce liquide jusqu'à ce que la température ne soit plus que de 30* R. , on remarque que l'épiderme se soulève et se détache facilement, qu'il est ridé, rétiforme, surtout là où la chaleur a exercé sa principale influence ; les poils peuvent être facilement arrachés ; >les cheveux ne sont plus solidement implantés ; les os du crâne peuvent être déplacés; la fontanelle frontale est

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molle; les cartilages des oreilles et du nez sont souples et les paupières toujours ouvertes ; les yeux sont lâchement maintenus dans les orbites; le cordon ombilical est très-ramolli, l'anus relâché, et les articulations trèsmobiles. Les ongles des doigts et des orteils tiennent encore solidement par leurs racines.

Le cadavre exhale une légère odeur de gibier trempé dans l'eau bouillante, et ne .présente point de taches Cadavériques; il est d'un blanc jaunâtre, rouge dans quelques endroits; les points du réseau cutané soulevés tirent sur le blanc de lait; les yeux ont perdu leur éclat; les bords des lèvres sont d'un rouge brun clair; la langue et les parois de la bouche sont brunâtres ; le cordon ombilical est d'un blanc sale , sans aucune tache bleue; les ongles des doigts sont d'un gris pâle, et blancs aux extrémités ; ceux des orteils sont blancs. En ouvrant le corps, on voit que toutes les parties sont dans un état de flaccidité remarquable; c'est même à ce seul caractère qu'on peut les distinguer de celui d'un enfant houveau-né, mort depuis peu de temps.

L'eau dans laquelle le corps a été plongé est d'un rouge pâle , trouble et mêlée de cheveux.

Quand, au lieu d'agir ainsi, on fait bouillir \e cadavre pendant uné demi-heure dans l'eau , l'épiderme se détache par grands lambeaux d'un blanc de lait; le corps, dont les parties paraissent avoir moins de cohésion, a conservé ses formes, quoique cependant la tête soit plus anguleuse, le menton et le nez aplati; mais ceci dépend de la pression exercée par les parois du vase; les cheveux s'arrachent avec facilité; les poils sont

en partie suspendus dans l'épjderme détaché , en. partie légèrement implantés dans le derme ; les os de la tête se déplacent avec peine. Les deux oreilles et même les cartilages du nez adhèrent faiblement à leurs points d'insertion. Le ventre est flasque , le cordon ombilical et l'anus relâchés, les articulations trèsmobiles : le derme reçoit facilement et conserve les impressions du doigt 5 aucune partie du corps, n'est élastique. Les parties , dépouillées d'épiderme , sont d'un jaune gris clair, entremêlé de rose et même de rougeâtre j les parties colorées sont d'un blanc grisâtre, les lèvres d'un brun clair , les parois de la cavité buccale et la langue d'un brun encore plus clair , les mamelons d'un rouge brun clair. Le cadavre ne répand aucune odeur désagréable.

L'eau dans laquelle le corps avait bouilli était trouble et tirait sur le rouge ; en en mettant un peu dans un verre , on voyait de Ja graisse et de l'écume surnager, des grumeaux de méconium se précipiter, des cheveux et des poils rester mêlés avec le liquide.

Quand, après avoir examiné rapidement les corps que l'on a fait bouillir pendant une demi-heure avec l'eau , on les plonge de nouveau dans ce liquide bouillant, et qu'on prolonge l'ébullition pendant une heure et demie , en ayant soin de renouveler l'eau à mesure qu'elle s'évapore, on remarque .que la surface de l'eau est épaisse, écumeuse, mêlée de graisse, de cheveux, de fragmens d'épiderme, de sang, de mucus, et même de quelques parcelles de tissu cellulaire. En essayant de retirer le corps , on voit que ses formes sont consi-

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durablement changées et en partie détruites; la tête se détache; le cuir chevelu se déchire en plusieurs endroits; les commissures membraneuses sont déchirées, et livrent passage à des lambeaux delà dure-mère et du cerveau, qui est ramolli et d'un blanc grisâtre, excepté vers les parties internes qui sont rougeâtres. L'oreille droite et le nez n'existent plus. Les ouvertures des paupières et de la bouche ressemblent à de longues fentes étroites; la langue est petite et épaisse. Les tégumens et les muscles sont déchirés obliquement sans être frangés ; les artères proéminentes sur les parties déchirées, comme des pointes tuberculeuses, longues d'un pouce ; les vertèbres sont séparées dans un ou plusieurs endroits, et l'on voit sortir une portion de l'enveloppe delà moelle épinière.La cavité pectorale est ouverte; l'on aperçoit des déchirures profondes et transversales qui pénètrent jusqu'aux muscles intercostaux. L'abdomen , tiraillé et affaissé, était fendu depuis le nombril jusqu'à la région pubienne; cette fente donnait issue à une partie des int-sstins en bouillie et à du méconium;il n'y a plus ni cordon ombilical ni scrotum ; le pénis est réduit à un petit bouton , et l'ouverture de l'anus remplit l'espace limité par les ligamens sous-sciatiques. lies extrémités supérieures sont presque dépouillées de parties molles; la main droite et les doigts de la main gauche n'existent plus, et l'on ne trouve dans l'eau que les noyaux ossifiés des os qui les formaient. Les extrémités inférieures, presque entièrement dépourvues de parties molles , ont éprouvé des altérations encore plus considérables. La jambe droite est séparée de la

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cuisse; l'extrémité gauche, dont le pied n'existe plus, s'est détachée de la cavité cotyloïde au moment où l'on a retiré le corps de l'eau. La plus légère traction suffit pour désunir les articulations. Les épiphyses cartilagineuses sont détachées de quelques os, notamment de ceux qui ne tiennent plus à l'ensemble. Les muscles, presque complètement dissous , ne présentent que çà et là un peu de solidité1 et une structure fibreuse : le derme et le tissu adipeux sont séparés des muscles , et comme renversés dans plusieurs endroits. Le cerveau , les nerfs et les gros vaisseaux sont assez consistans, surtout si on les compare aux autres parties.

Les couleurs sont en général plus pâles que lorsque l'ébullition n'avait duré qu'une demi-heure ; l'épiderme est gris jaune, les muscles brun clair, et les os gris jaune. A l'intérieur, on voit que les poumons , le foie et la rate ont été dissous et comme fondus; que le thymus et les reins sont durcis et tenaces ; que le diaphragme est réduit à son aponévrose centrale , et que tout le sang a été enlevé par l'eau.

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