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CHAPITRE VI

Des changemens amenés dans nos tissus , et notamment dans le canal digestif, par la putréfaction , et que l'on serait tenté de confondre avec des lésions pathologiques.

Avant tle comparer clans les principaux organes les altérations qui se sont produites sous l'influence de la vie, à celles qui succèdent aux réactions chimiques , il nous paraît convenable de traiter la question d'une manière générale. Les altérations éprouvées par nos organes du vivant de l'individu , peuvent être de deux ordres : ou la partie a été le siège d'une modification morbide dans le travail nutritif , ou elle a été soumise brusquement à une violence venant du dehors, ou à l'action de quelque substance désorganisatrice. Examinons séparément chacun de ces points.

A. Modifications morbides dans le travail nutritif.

Sous ce titre, nous croyons pouvoir ranger les six altérations suivantes :

i° Formation d'une nouvelle substance dans l'économie animale. Quelquefois cette substance n'a point d'analogue; telles sont la matière tuberculeuse , le tissu.

squirrheux , le tissu encéphaloïde , etc. ; dans d'autres cas, elle a son analogue, mais elle occupe une place où on ne devrait pas la trouver , comme lorsqu'une lame cartilagineuse ou osseuse existe dans une adhe'- ' rence des plèvres , quand il se forme des kystes fibreux, séreux, etc. Il n'est pas besoin detre très-versé dans l'étude de la putréfaction, pour affirmer qu'en aucun cas de semblables modifications de structure et d'aspect ne peuvent être le résultat de réactions chimiques , sans l'intermédiaire de la vie;

Sécrétion rie pus. Ce pus est tantôt épanché dans une cavité , tantôt réuni dans une poche du tissu cellulaire, quelquefois infiltré, mais presque toujours reconnais^ sable , lorsqu'il n'est pas trituré avec la substance de l'organe , à sa couleur blanche jaunâtre , à ses globules, à la manière dont il se comporte avec l'eau, etc. La putréfaction ne donne jamais lieu à la formation d'une substance semblable : dans un degré avancé de la dé^ composition putride , il est vrai , on voit couler des parties devenues diffluentes , un liquide diversement • coloré; mais alors l'altération est générale, et jamais ce liquide ne présente tous les caractères du pus.

Matière concrescible organisable. Cette matière est tantôt suspendue dans une sçrosité lactescente , tantôt collée à la membrane qui l'a sécrétée 5 elle peut être pénétrée ou non. de vaisseaux de nouvelle formation , et sa présence dans les membranes séreuses ou ailleurs * ne peut jamais être attribuée à la putréfaction.

20 Changement survenu dans la cohésion des parties?. Tantôt ces, parties deviennent plus dures , change^

ment que n'opère presque jamais la décomposition putride, qui tend sans cesse à dissocier et à séparer les élémens des êtres organisés et à fournir des produits nouveaux, ordinairement liquides ou gazeux. Plus souvent la partie malade est ramollie, et, il faut l'avouer, c'est ici le point le plus difficile de la question que nous examinons. Il est à la vérité des organes, l'axe cérébro-spinal, par exemple, où l'on peut souvent distinguer le produit d'une action vitale de celui de la putréfaction ; mais le problême offre ailleurs tant de difficultés , qu'après avoir rassemblé et rapproché les documens fournis par les auteurs qui se sont le plus occupés d'anatomie pathologique , on hésite encore à se prononcer : on voit bien que nous voulons surtout parler du ramollissement des membranes muqueuses , quoique ce ne soit pas le seul tissu dans lequel il soit difficile d'établir la distinction dont il s'agit: combien de fois , par exemple , n'a-t-on pas trouvé sur les cadavres d'individus récemment morts, la rate presque diffluente, ou le foie plus mou que de coutume, et comment distinguer souvent ce défaut de cohésion de celui que les mêmes organes éprouvent à mesure qu'ils se pourrissent?.... On pourrait établir plus facilement cette distinction , si les parties malades , en se ramollissant, acquéraient une pesanteur spécifique plus grande et devenaient moins souples, comme cela arrive aux poumons hépatisés , à la rate , etc., qui ont été enflammés; car jamais la putréfaction ne produit cet ensemble de changemens.

3° Altération de couleurs. Lorsque le sanga été retenu

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mécaniquement dans une partie du vivant de l'individu, ou qu'il y a été appelé par une action vitale , il colore encore cette partie après la mort. Il est souvent difficile de décider si la coloration est le résultat d'une stase ou d'un mouvement fluxionnaire ; mais fort heureusement cette question ne nous touche presque pas, puisque nous avons pour but unique de rechercher si la coloration a eu lieu ou non pendant la vie. Nous ne devons pas négliger cependant de signaler les traces de l'inflammation ; car toutes les fois que nous pourrons en reconnaître les caractères , nous éprouverons moins d'incertitude sur la cause de la coloration. Un excellent moyen de distinguer souvent les colorations rouges qui ont lieu avant la mort de celles qui sont le produit de la décomposition putride , consiste à examiner si le sang qui colore la partie est ou non contenu dans les vaisseaux de l'organe. Dans le premier cas , la couleur se montrera disposée en arborisations, qui suivront les divisions et les subdivisions du système vasculaire , et on ne pourra guère refuser d'admettre , en général , que tel était l'état de la partie lorsqu'elle a été surprise par la mort ; dans Je second cas , ce sera une espèce de teinture plus ou moins foncée, sans apparence de ramifications. Si à ces caractères se joignent les inductions que l'on peut tirer du voisinage de parties très-abreuvées de sang ,3 comme celui de la rate pour la grosse extrémité de l'estomac , celui du foie pour la face supérieure dè l'estomac , etc., il y aura de fortes présomptions en faveur de l'opinion que la couleur est cadavérique. (V. plus loin à la page 245 des

expériences à l'appui de cette assertion ). Nous disons de Jortes présomptions , parce qu'il est impossible de considérer la distinction que nous venons d'établir comme infaillible : en effet, d'une part, les rougeurs inflammatoires n'ont pas toujours l'aspect arborisé , puisqu'on les voit piquetées, ou sous forme de plaques dans lesquelles il y a souvent une sorte de combinaison du sang avec le parenchyme, combinaison que les expériences de Kalten-Brunner ont mise hors de doute; d'une autre part, il peut arriver qu'à une certaine époque de la putréfaction , le sang liquéfié soit chassé dans les divisions vasculaires, par suite du ballonnement du ventre et du refoulement du diaphragme : à la vérité, ce phénomène est assez rare.

Outre la coloration rouge dont il s'agit ici, il existe beaucoup d'autres teintes que nous examinerons en parlant du cerveau et du canal digestif.

4° Emphysème. Lorsque l'emphysème est général et qu'il n'existe aucune solution de continuité du poumon, de la plèvre ou de la trachée-artère, il ne peut guère dépendre que de la putréfaction. S'il est partiel, il peut devoir son origine à une maladie : ainsi on a vu sur le vivant l'air sortir avec un léger sifflement d'un phlegmon qu'on venait d'ouvrir à la paroi antérieure de l'abdomen , et cependant l'intestin n'était pas dans la tumeur qui n'occupait que la paroi «abdominale. Dans une fracture de la jambe avec plaie, il survint un emphysème considérable; dans les abcès stercoraux urineux, il y a souvent des gaz. Les lésions concomitantes pourront suffire dans ces cas pour faire

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distinguer ce dégagement de gaz de ceux qui sont le résultat de la putréfaction. Le problême est plus difficile à résoudre lorsque l'emphysème est sous-muqueux ( V. canal digestif, page 2^7 ).

5° Gangrène. Quelque similitude qu'il puisse y avoir, dans certains cas, entre la gangrène et les produits de la putréfaction , il est difficile de se méprendre quand la gangrène est sèche, et même toutes les fois qu'il y a escarre ; dans les autres cas , la circonscription plus ou moins marquée du mal, l'aspect particulier de la partie gangrenée , l'état des vaisseaux qui s'y rendent, et qui sont obturés par des caillots un peu desséchés , aideront à établir la distinction.

6° Ulcération. La peau , par le seul fait de la putréfaction des cadavres dans l'eau , dans la matière des fosses d'aisance, etc., peut être le siège de corrosions qu'il serait souvent difficile de distinguer des ulcères ; de pareilles ulcérations et même des perforations se remarquent quelquefois dans le canal digestif ( V. peau et canal digestif).

B. Violences brusques venant du dehors. Ces violences peuvent occasionner des plaies , des déchirures , des fractures , des ecchymoses et des épanchemens de sang ; la putréfaction ne produit rien qui ressemble aux fractures , aux déchirures ni aux plaies : ces dernières , en effet, ne sauraient être confondues avec les corrosions de la peau que détermine à la longue la putréfaction dans l'eau et dans la fosse d'aisance. Quant aux ecchymoses et aux épanchemens de sang ,

on jugera qu'ils sont cadavériques, en ayant égard à leur situation , à l'uniformité de la couleur de la partie ecchymosée, à l'odeur qu'exhalera le corps, et à l'état de dissolution de toutes les parties ; à la vérité , ce dernier caractère , pris isolément , serait insuffisant pour établir la distinction dont il s'agit, parce qu'il pourrait arriver que les ecchymoses eussent été faites pendant la vie , et que le cadavre ne fût examiné que lorsqu'il serait déjà pourri. Les parties contuses peuvent également, à la suite de ces violences, être converties en une espèce de bouillie, ce qui a lieu aussi par la putréfaction ; mais en général ce phénomène est plus circonscrit dans le cas de violence extérieure.

Examinons maintenant dans chacun des principaux organes ou appareils quelles sont les lésions faites pendant la vie, que l'on pourrait confondre avec les résultats de la décomposition putride.

Altérations de la peau. Parmi les nombreuses affections dont la peau peut être le siège, il n'y a que les ecchymoses , la gangrène et certaines ulcérations que l'on puisse être quelquefois tenté de considérer comme un effet de la putréfaction. Ce que nous avons dit ailleurs sur les ecchymoses et sur la gangrène , nous paraît suffisant pour établir la distinction, et nous dispense par conséquent d'y revenir ( V. pag. 277 du tome Ier et 221 de ce volume ). Quant aux ulcérations, on ne pourrait guère se méprendre que pour les cadavres qui se sont pourris dans l'eau et dans les fosses d'aisance; en effet, on remarque alors, mais à une

époque déjà avancée, des corrosions, des pertes de substance quelquefois assez considérables, simulant jusqu'à un certain point certains ulcères. Il suffira cependant, pour éviter toute erreur, de se rappeler la description que nous avons donnée de ces corrosions en parlant de la putréfaction dans l'eau , ainsi que l'état dans lequel se trouvent déjà , par suite des progrès de la putréfaction , les divers tissus et organes de l'économie.

Lésions des muscles. Nous ne connaissons aucune lésion vitale des muscles , excepté le ramollissement , qui puisse être confondue avec les cbangemens occasionnés par la décomposition putride dans ces organes. Le ramollissement pathologique dont il s'agit n'est pas aussi commun qu'ont bien voulu le dire plusieurs observateurs • cependant il existe dans certaines affections aiguës et chroniques , et il est impossible de le distinguer de celui que détermine la putréfaction ; la coloration du tissu musculaire ne fournit aucun caractère à cet égard, parce qu'elle varie beaucoup dans l'un et dans l'autre de ces ramollissemens.

Altérations de V axe cérébro-spinal et de ses annexes. Le décollement du péricrâne peut aussi bien reconnaître pour cause la putréfaction , qu'une forte contusion; mais dans ce dernier cas il est ordinairement borné à la partie frappée. Si le décollement est consécutif à l'inflammation, on trouve déjà une matière puriforme entre l'os et les parties molles : l'os est altéré. Nous ferons à peu près les mêmes remarques pour la

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dure-mère, en ajoutant que, clans le cas où elle est brusquement décollée, il y a du sang épanché entre elle et les os.

Les épanchemens de sang dans la ca\ité de l'arachnoïde, dans la substance cérébrale ou dans les ventricules, ne sont jamais le résultat de la putréfaction. Quant aux épanchemens séreux, rien ne prouve qu'ils ne puissent, dans certains cas, reconnaître pour cause la décomposition putride aussi bien qu'une lésion vitale; mais on se rappellera, avant de les attribuer à la putréfaction , que les ventricules cérébraux , le canal rachidien et les aréoles de la pie-mère cérébrale, renferment habituellement, dans l'état de santé, un liquide séreux indiqué par Cotugno , et étudié depuis par M. Magendie {V. page 287 du tome Ier). Du reste, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, d'assigner au juste l'origine d'un liquide séreux qui se trouverait dans les organes dont nous parlons, s'il n'y avait d'ailleurs aucune autre trace de lésion vitale, et si ce liquide était peu abondant : l'observation prouve en effet que l'épanchement dépendant d'une cause pathologique est en général beaucoup plus considérable que les autres.

Encéphale. Ce/veau et cervelet. \J endurcissement de la substance cérébrale , que l'on observe surtout chez les aliénés, et dans lequel le cerveau offre quelquefois une teinte rouge (induration rouge de M. Lallemand), n'est jamais produit par la putréfaction. Il en est de même de toutes les productions accidentelles avec ou

sans analogue, dont nous ne nous occuperons par conséquent pas.

Ramollissejnent du cerveau et du cervelet. Ce ramollissement peut succéder à une maladie ou à la décomposition putride , et il importe d'autant plus que nous cherchions à reconnaître quelle est son origine, que plusieurs de ses caractères sont souvent les mêmes, comme on pourra en juger, en examinant successivement le degré , le lieu , la couleur , l'odeur et l'étendue de l'altération. Degré. Dans la maladie comme dans la putréfaction, on a observé tous les degrés intermédiaires , depuis la diminution légère de cohésion jusqu'à l'état diffluent. L/eu. Sur quarante-six observations citées par M. Lallemand, le ramollissement a occupé trente-trois fois la substance grise, ou des parties dans lesquelles elle prédomine : or, c'est aussi la substance grise qui se ramollit le plus promptement après la mort. Couleur. Dans l'observation 3e de M. Lallemand, la couleur de la partie ramollie était rosée ; dans la 2e et la 9e, amaranthe; dans la 5e, d'un rouge foncé} et dans la 6e, d'un violet lie devin. Ces remarques ont été faites principalement sur la substance grise ramollie ; car la substance blanche moins vasculaire devient pâle, jaune citron , verdâtre, etc., et se colore rarement en rouge. Des nuances exactement semblables se remarquent dans les cerveaux ramollis par suite de la putréfaction. Le ramollissement vital offre cependant quelquefois deux aspects qui lui sont propres : celui qui résulte de la formation de petits épanchemens sanguins au milieu de la partie ramollie , et 2. i5

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celui qui provient de la trituration du pus avec la substance cérébrale , et dans lequel , plus tard , le pus se réunit en un foyer. Odeur. On remarque quelquefois dans des parties diffluentes, par suite de leur altération morbide, une odeur excessivement fétide ; mais on sait que de tous les organes, celui qui répand l'odeur la plus infecte en se pourrissant , est le cerveau ; à la vérité, les personnes habituées à ces sortes de recherches peuvent, dans certains cas, distinguer l'odeur cadavérique de celle qui se développe pendant la vie , pourvu que la partie ramollie par la maladie n'ait déjà subi un commencement de décomposition putride , ce qui arrive promptement après la mort; car alors il y a confusion , mélange des deux odeurs, et impossibilité de rien distinguer,* on voit donc combien le caractère dont nous parlons est peu propre à nous éclairer dans la recherche qui nous occupe. Étendue du ramollissement. Le ramollissement cadavérique étant éprouvé par toutes les parties du cerveau et du cervelet à la fois, ce qui n'a presque jamais lieu dans le ramollissement vital, il est évident que de tous les caractères, celui-ci est le plus important, et que la circonscription de l'altération sera toujours le meilleur moyen d'établir la différence entre les deux espèces.

Pour faire des applications justes du principe dont nous parlons, il est nécessaire de se rappeler que toutes les parties de l'axe cérébro-spinal n'ont pas la même consistance. Chez l'adulte, la moelle est plus molle que l'encéphale, le cervelet plus mou que le cerveau, la protubérance annulaire plus ferme que toutes les au-

très parties ; le trigône cérébral et la cloison des ventricules paraissent offrir un peu moins de consistance que les lobes. Chez, l'enfant , la moelle est plus dure que le cerveau , et beaucoup plus résistante que chez, l'adulte ; on peut la dépouiller de la pie-mère avec un peu de soin , ce qu'on ne peut faire chez l'adulte sans que la moelle s'échappe. Le cerveau est plus ferme chez les vieillards que chez les jeunes sujets.

Mais , dira-t-on , le caractère tiré de Y étendue du ramollissement, quoique infiniment supérieur aux autres, n'est-il pas lui-même susceptible d'induire quelquefois en erreur ? Nous ne sommes pas éloignés de le croire d'après les considérations suivantes :

i°. Quoique excessivement rare, le ramollissement vital général a été observé quelquefois chez l'adulte ; il est plus commun chez l'enfant naissant : on sait que sur trente cas de ramollissement pultacé de la pulpe cérébrale, dix fois M. Billard a vu ce ramollissement envahir la totalité du cerveau et de la moelle épinière.

2°. Le ramollissement cadavérique ne commence pas au même instant dans toutes les parties ; le trigône cérébral , la cloison et les parois des ventricules cérébraux paraissent être les premières parties qui l'éprouvent : à la rigùeur, il serait donc possible que l'on prît cette altération circonscrite pour le résultat d'une lésion vitale. '

3°. Quand le cerveau est généralement ramolli, mais à un degré peu considérable , on ne peut pas toujours attribuer cela à la putréfaction, car nous n'avons

point de mesure ou de terme pour exprimer la consistance naturelle de l'encéphale. Chez deux femmes mortes à la même heure et ouvertes en même temps à la Maternité, il y avait une différence si considérable dans la consistance des deux cerveaux , qu'il fallait admettre que le cerveau d une de ces femmes était trop mou, ou que celui de l'autre était trop dur • à la vérité, on pourrait encore expliquer cela en disant que la putréfaction avait commencé plus tôt chez l'une que chez l'autre. M. Louis croit qu'un certain degré de mollesse de tout V encéphale peut être un état maladif; l'observation des deux femmes de la Maternité s'accorderait avec cette idée ; il cite même les troubles des fonctions du système nerveux qui ont accompagné le ramollissement général. ,

Ces remarques sont de nature à rendre circonspects les experts qui auraient à juger une semblable question , surtout dans les cas où le ramollissement général ou partiel serait peu prononcé.

Ramollissement de la moelle épinière. Cette partie de l'appareil cérébro-spinal est celle qui se ramollit le plus promptertient après la mort, ainsi que l'avait déjà reconnu depuis long-temps Pourfour-Petit. Pour bien connaître la structure de cette partie, dit cet auteur, il faut la disséquer le même jour ou tout au plus tard le lendemain de la mort des sujets ; si l'on attend davantage , elle devient si molle qu'il n'est plus possible d'y travailler : la même chose arrive si on ne l'étudié pas immédiatement après qu'on l'a tirée du canal des vertèbres. La substance blanche se ramollit beaucoup

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plus lentement que la grise; il n'est pas rare de rencontrer celle-ci humide et presque diffluente, lorsque l'autre conserve encore sa consistance normale. {V. les recherches du docteur Calmeil dans le Journal des , progrès , année 1828 , vol. xi et xn. )

Il n'est guère possible de confondre le ramollissement putride de la moelle , avec celui qui est le résultat d'une phlegmasie^sixce que dans ce dernier cas il pourra y avoir injection des vaisseaux environnans , et que la portion ramollie offrira une teinte rosée plus ou moins ponctuée de rouge ; quelquefois aussi la moelle sera réduite à la consistance du pus liquide; ajoutons enfin que le ramollissement vital sera circonscrit , tandis que l'autre occupera toute l'étendue de l'organe. Ce dernier caractère est à peu près le seul qui puisse servir à distinguer le ramollissement cadavérique de celui que MM. Rostan et Réeamier considèrent comme étant indépendant de l'inflammation, et produit par une altération particulière de la substance nerveuse de la moelle épinière.

Lésions des. organes de la circulation et de la respiration. Péricardite. Il est évident, pour quiconque a observé quelques cas de péricardite, qu'il est impossible de confondre les phénomènes cadavériques dontle péricarde est le siège, avec les lésions que l'on y remarque, lorsqu'il est enflammé; en effet, dans ce dernier cas, le plus ordinairement le cœur et le péricarde , ou seulement l'un d'eux , sont tapissés par une fausse membrane tantôt molle et offrant un aspect comme aréole,

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tantôt hérissée d'aspérités, tantôt épaisse, de consistance et de couleur de chair; quelquefois il existe des adhérences au moyen de concrétions albumineuses qui s'étendent comme des brides; quelquefois il y a des ossifications; enfin le plus souvent il y a, en outre, épanchement d'une plus ou moins grande quantité d'un liquide séreux , sanguinolent, séro-sanguinolent, purulent ou séro-purulent, transparent ou troublé par des flocons albumineux. Rien de pareil ne s'observe lorsque le péricarde se pourrit, comme oh peut s'en convaincre en lisant ce qui a été dit à la page 29b du tome Ier. Il peut toutefois exister dans la cavité du péricarde un épanchement séreux ou séro-sanguinolent , reconnaissant tvniquement pour cause la putréfaction; mais outre que cet épanchement est ordinairement peu considérable, il n'est accompagné d'aucune des altérations que l'on remarque dans l'inflammation du péricarde.

Cardile. Parmi les affections nombreuses dont le cœur peut être le siège , la cardite , ou l'inflammation de sa membrane interne, est surtout celle dont les traces pourraient en imposer jusqu'à un certain point à un observateur peu attentif, et les faire regarder comme des phénomènes cadavériques ; en effet , dans l'un et l'autre cas, la surface interne du cœur est plus ou moins rouge , et quelquefois la substance charnue de l'organe est aussi ramollie et aussi rouge que dans la putréfaction avancée; mais alors, s'il y a eu phlegmasie, le tissu du cœur est gorgé de sang, et les portions de

la membrane interne qui constituent les valvules des orifices auriculo-ventriculaires et artériels, sont boursoufflées et notablement tuméfiées, sans qu'il y ait emphysème, ce que l'on ne remarque pas dans les cas de simple putréfaction; souvent aussi la cardite s'accompagne de production de matière couenneuse qui se dépose à la face interne du cœur.

Dans certains cas aussi, il existe des ecchymoses dans le tissu du cœur des cadavres que l'on exhume quelque temps après la mort; nous en avons trouvé une fois dans la valvule tricuspide qui étaient semblables à celles que l'on remarque dans l'intérieur de cet organe, à la suite de certains empoisonnemens ; si ces ecchymoses sont véritablement le produit d'une imbibition cadavérique, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de les distinguer de celles qui se manifestent pendant la vie; mais par cela seul que nous ne les avons observées qu'une fois, et qu'il est bien avéré aujourd'hui que des maladies autres que l'empoisonnement peuvent les occasionner, nous sommes portés à croire qu'elles ne constituent pas un phénomène cadavérique, et qu'elles dépendent d'une de ces maladies.

Enfin le cœur peut être affecté d'un ramollissement pathologique, quelquefois très-considérable ,.qu'il s'agira de distinguer de celui que détermine la putréfaction. Tout en admettant que souvent les pathologistes ontregardé comme produits par une lésion vitale desramolh'ssemens du cœur qui n'étaient que l'effet d'une putréfaction commençante, nous conviendrons que cet or-

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gane peut être ramolli , indépendamment de cette décomposition putride,surtout après les agonies lentes,les attaques d'étouffement chez les sujets qui ont des dilatations du cœur, etc. Si , en même temps qu'il y a ramollissement, la substance du cœur est pâle, blanchâtre, ou d'une teinte jaunâtre analogue à celle des feuilles mortes les plus pâles , ces phénomènes ne sont point cadavériques, soit que cette teinte soit générale, soit, oomme cela arrive plus souvent, qu'elle soit bornée au ventricule gauche et à la cloison interventriculaire, ou qu'on trouve çà et là des points rouges, assez consistans , au milieu d'une substance d'ailleurs très -fortement ramollie et de couleur jaunâtre. Mais si le ramollissement coïncide avec une couleur violette foncée, surtout à l'intérieur des ventricules et des oreillettes, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de décider s'il est cadavérique ou non , à moins qu'il n'y ait en même temps amincissement des parois des ventricules, comme cela a été presque toujours observé par les pathologistes, qui ont considéré le défaut de consistance du cœur comme une lésion vitale -alors évidemment cet état n'est pas cadavérique : toutefois, nous le répéterons encore, il est probable que cette dernière variété de ramollissement qui, dans les saisons chaudes, se manifeste peu de temps après la mort, a été souvent regardée comme le résultat d'une lésion vitale, tandis qu'elle était déjà un produit de la putréfaction.

Vaisseaux sanguins. Déjà nous avons dit à la page 293 du tome 1er, que l'intérieur des vaisseaux sanguins était

quelquefois coloré en rouge, peu d'heures, après la mort, et que cette rougeur était un phénomène cadavérique, résultat évident d'une imbibition. D'une autre part, on a pu voir que presque toujours, dans les ouvertures de cadavres que nous avons faites long-temps après l'inhumation , nous avons aussi trouvé ces vaisseaux d'un rouge plus ou moins vif. Comment distinguer la rougeur cadavérique des artères et des veines de celle qui reconnaît pour cause une phlegmasie de ces vaisseaux ? Si , comme cela a déjà été observé, l'inflammation ne laisse d'autres traces qu'une rougeur , il nous paraît difficile , pour ne pas dire impossible, d'établir une distinction, à moins que le cadavre qui fait le sujet de l'observation n'ait été ouvert très-peu de temps après la mortj car alors, tout porterait à croire que la coloration est vitale et non cadavérique, cette dernière ne se manifestant qu'au bout d'un certain temps, lorsque le sang a imbibé les tissus ; la rougeur dans les points où des caillots fibrineux reposaient sur les parois, déposerait en faveur d'une phlegmasie, parce que, comme l'ont remarqué MM. Rigot et Trousseau, ces caillots ne colorent jamais les tissus sous-jacens , par imbibition. Si, au lieu d'une simple rougeur, le vaisseau ainsi coloré était en outre le siège d'ulcérations, de fausses membranes , depanchemens de lymphe ou de pus, s'il était épaissi, etc., on ne pourrait plus élever de doute sur l'existence d'une phlegmasie, car la putréfaction ne produit jamais rien de pareil.

Bronchite. On s'attend bien qu'il ne doit être aucunement question ici de ces bronchites dans lesquelles

la membrane muqueuse trachéo-bronchique conserve sa couleur pâle, s'ulcère ou s'épaissit notablement, et encore moins de celles qui sont suivies de perforation de la trachée-artère; aucun de ces états en effet ne saurait être simulé par la putréfaction. Il n'en est pas de même de l'inflammation, surtout chronique, des bronches, dans laquelle la membrane muqueuse, plus ou moins ramollie , offre une couleur rouge , livide, violacée ou brunâtre, sans apparence d'ulcérations; car ces teintes et ce ramollissement peuvent aussi bien reconnaître pour cause la décomposition putride; à la vérité, le ramollissement inflammatoire de la membrane muqueuse des bronches est un phénomène assez rare. Il faudra alors se rappeler , pour établir la distinction , que, dans la bronchite, la coloration rouge est quelquefois sous forme d'injection fine ou de petits points rouges; qu'on l'observe surtout à la fin de la trachéeartère, dans les premières divisions des bronches et dans les plus petites ramifications , et qu'il n'est pas rare de la voir bornée aux bronches d'un seul lobe , notamment du supérieur; que souvent la rougeur, loin d'être générale , n'existe que sous forme de bandes ou de plaques isolées, dans les intervalles desquelles la membrane muqueuse conserve sa couleur blanche et son aspect naturel; qu'il est beaucoup de cas enfin où l'on trouve , en même temps qu'une bronchite , des tubercules pulmonaires. La présence dans un des tuyaux bronchiques d'un mucus plus ou moins tenace fermant comme un bouchon le conduit aérien, ne laisserait aucun doute sur l'existence d'une phlegmasie.

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Nous ajouterons encore que, dans les colorations cadavériques des bronches, la couleur de celles-ci est beaucoup plus intense dans les portions les plus déclives du poumon où le sang s'est accumulé.

Lary ngite. Jamais la putréfaction ne détermine l'épaississement ni le boursoufflement de la membrane muqueuse du larynx, pas plus que des végétations, des fongosités, etc., des fausses membranes, des pustules ou des boutons rouges, des abcès, des tubercules, des ulcérations et des conduits fistuleux : or, la laryngite amène souvent ces désordres. Ce ne sera donc, comme pour la bronchite, que lorsque la phlegmasie n'aura donné lieu qu'à une rougeur et à un ramollissement de la membrane muqueuse, que l'on pourra supposer que l'état de cette tunique est plutôt un effet de la décomposition putride que d'une laryngite. Or, ces cas sont rares , et lorsqu'ils se présenteront , on établira la distinction à l'aide de quelques-unes des données indiquées, en parlant de la bronchite et de l'angine couenne use.

Angine couenneuse. Il est impossible d'attribuer à la putréfaction ces fausses membranes que l'on remarque dansYangine couenneuse , et qui occupent, dans la plupart des cas, les fosses nasales, le pharynx, le voile du palais, la luette, les amygdales, le larynx, la trachéeartère et quelquefois les bronches,- mais il peut arriver qu'à l'ouverture des cadavres d'individus qui ont succombé à cette affection, on n'aperçoive aucune trace de pseudo-membrane dans ces parties, tandis que la tunique muqueuse du pharynx, de la luette , du voile

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du palais, sont d'un rouge livide : dans ce cas, on pourrait être induit en erreur, en faisant dépendre de la putréfaction ce qui est le résultat d'une angine couenneuse, dont les fausses membranes ont été probablement rejetées par l'expectoration. On se rappellera alors qu'en général, dans l'angine couenneuse, la rougeur de la membrane muqueuse décroît du pharynx à la trachée-artère , que les follicules muqueux du pharynx sont quelquefois très-développés et les ganglions cervicaux souvent rouges et volumineux : on n'observe rien de pareil quand la rougeur est cadavérique.

Pneumonie. Parmi les lésions pathologiques, dont les poumons peuvent être le siège, il n'y a que l'engouement, oude premier degré de leur inflammation, et la gangrène, que l'on puisse confondre avec l'état que la putréfaction détermine dans ces organes; en effet, les ramollissemens rouge et gris, l'induration rouge, grise et noire ( mélanose) , les tubercules, les granulations, les abcès, la matière encéphaloïde, l'apoplexie pulmonaire, etc. , sont tellement caractérisés, et tellement distincts des altérations cadavériques, qu'il est impossible de commettre à cet égard la moindre méprise.

Relativement à Y engouement , déjà nous avons vu à la page 289 du tome Ier, que peu de temps après la mort, aussitôt que le cadavre est refroidi, la portion des poumons qui estlaplus déclive est le siège d'une congestion sanguine, simulant assez bien l'engouement qui constitue le premier degré de la pneumonie. Plus tard, le cadavre se putréfiant, et le sang contenu dans les pour

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nions devenant plus liquide et spumeux , la ressemblance entre l'état de ces organes et de ceux qui ont subi un premier degré d'inflammation, est encore plus grande, en sorte qu'il est difficile de dire si l'engouement est cadavérique ou non. L'expert chargé de juger cette question se rappellera, i° qu'il est assez commun, à la suite d'un engouement pathologique , de trouver réunis dans un même poumon les trois degrés de la pneumonie aiguë : ainsi, tandis que telle partie du poumon est simplement engouée, telle autre a déjà éprouvé le ramollissement (hépatisation) rouge et même gris; ce qui dépend, ou de ce que l'inflammation n'a pas marché avec la même rapidité dans tous les points, ou bien de ce qu'elle ne les a envahis que successivement : or, il suffit de constater qu'il y a hépatisation, pour être autorisé à regarder la congestion comme dépendant d'une lésion vitale; 2° que dans le plus grand nombre de cas de pneumonie, il y a en même temps pleurésie, et alors on trouve une injection plus ou moins vive, des concrétions albumineuses, ou un léger épanchement séreux, purulent ou sanguin dans la plèvre qui correspond au poumon enflammé, ce qui n'a jamais lieu par suite de la simple décomposition putride; 3° que c'est ordinairement dans les parties les plus déclives au moment du refroidissement du corps, si l'agonie n'a pas été longue, que l'on remarque l'engouement produit par la putréfaction. La rougeur plus ou moins intense de la membrane interne des bronches, qui accompagne constamment l'inflammation des poumons, ne pourrait pas servir ici de caractère distinc-

tif , parce que les bronches des cadavres qui se pourrissent se colorent également en rouge dans les portions du poumon où le sang s'est accumulé.

La gangrène non circonscrite des poumons, celle qui se montre sous la forme de taches ou de points bruns ou livides, offre quelque ressemblance au premier abord avec certaines congestions cadavériques; mais en détachant une partie de l'organe et en l'agitant dans l'eau, on lui enlèvera le sang et la couleur brune, et on lui fera reprendre son état naturel, si l'altération n'est pas vitale • d'ailleurs, il se dégage une odeur toute particulière dans le cas de gangrène. Quant à la gangrène circonscrite , il n'est guère possible de la confondre avec l'engouement cadavérique , parce qu'il existe alors une escarre autour de laquelle s'établit un travail de suppuration.

Pleurésie. Cette inflammation laisse ordinairement après la mort des traces qui ne permettent pas de la confondre avec les altérations que la putréfaction développe dans la plèvre ; la présence des fausses membranes, l'aspect du tissu malade qui peut être rouge, la nature du liquide épanché qui est souvent limpide et troublé par des flocons albumineux, et quelquefois opaque, bourbeux et différemment coloré, sont des caractères suffisans de la pleurésie. Mais il arrive dans certains cas que le liquide épanché dans les cavités des plèvres est séreux , incolore et transparent , séro-sanguinolent ou sanguin, sans contenir la moindre apparence de flocons albumineux; alors il serait difficile de décider si 1 epanchement a eu lieu pendant la vie, ou s'il est

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le résultat d'une transsudation opérée après la mort, à moins qu'il n'y eût sur la plèvre des traoes évidentes de phlegmasie.

Lésions du canal digestif. Estomac et intestins. Parmi les altérations nombreuses dont ces organes peuvent être le siège pendant la vie, il en est un certain nombre qu'il est impossible de regarder comme étant le résultat de la putréfaction ; nous citerons le squirre, le cancer, l'hyper tbropbie de la tunique musculaire de l'estomac, l'état mamelonné de la membrane muqueuse de ce viscère, si bien décrit par M. Louis, enfin l'état exanthémateux des intestins, sous forme de plaques ovalaires ou de boutons isolés rouges, gris, etc., qui constitue une véritable tuméfaction inflammatoire des follicules intestinaux. Il en est au contraire d'autres dont les caractères anatomiques sont tels, qu'on serait souvent tenté de les prendre pour des produits de la décomposition putride; c'est de celles-ci que nous devons spécialement nous occuper. Pour procéder avec ordre, nous distinguerons les altérations gastro-intestinales sans solution de continuité , de celles qui ont lieu avec perte de substance.

§. Ier. Altérations gastro-intestinales sans solution de continuité. Ces altérations peuvent se rapporter aux colorations et à la consistance des membranes, notamment de la muqueuse, aux matières contenues dans le canal digestif, et à Y emphysème sous-muqueux.

A. Colorations. Les nuances rosées qui s'observent à l'estomac et au duodénum après la mort qui surprend au moment des digestions, dépendent d'un état

24o TRAITÉ

vital , et témoignent de l'afflux du sang appelé par une excitation physiologique.

Les plaques jaunâtres qu'offrent quelquefois les intestins grêles semblent au contraire devoir être considérées comme un effet de l'imbibition cadavérique; ce qui prouve en faveur de cette opinion , c'est que la teinte jaunâtre, quand elle affecte les valvules conniv entes, ne se voit le plus souvent qu'à leurs bords libres, seules parties, vu l'imbrication, qui plongent dans les mucosités jaunâtres qui occupent cette portion du tube digestif.

Il en est de même de la teinte verte communiquée par le méconium au gros intestin des enfans nouveau-nés; la totalité des parois en est pénétrée.

Il est moins facile de déterminer quelle est la nature de plusieurs autres colorations. Pour parvenir à distinguer celles qui appartiennent à une modification opérée pendant la vie de celles qui ne sont qu'un effet cadavérique, examinons-les successivement, en adoptant les divers états établis par le docteur Billard d'Angers ( De la membrane muqueuse gastro-intestinale. Paris, 1825). Les colorations qui dépendent d'une lésion vitale peuvent être inflammatoires ou le résultat de simples congestions mécaniques, par stase du sang arrêté dans les vaisseaux lors d'obstacles à la circulation, soit dans les poumons, soit dans le cœur, etc. Les unes et les autres de ces colorations affectent des dispositions variées : ainsi on reconnaît la teinte rouge ramiforme , capilliforme, pointillée , striée, par plaques, et diffuse ; la teinte brune et violacée , uniforme eupar

plaques; la teinte ardoisée, uniforme, striée et pointillée; la teinte noire ou mêlanique; la teinte grise.

Teinte rouge, a. Ramiforme inflammatoire. Elle consiste dans l'injection de petits rameaux vasculaires qui ne tiennent à aucun tronc principal, et présentent, par l'élégance de leur disposition, un aspect agréable à la vue. Cette espèce de rougeur peut également être passwe} et se trouver dans Y état sain du canal digestif; mais alors toujours les ramifications procéderont d'un tronc veineux, et seront ordinairement bleuâtres : le canal intestinal des vieillards, comme nous l'avons déjà dit , présente fréquemment cette injection à l'état normal.

b. Capilliforme. Cette teinte diffère de la précédente en ce que le réseau vasculaire est infiniment plus serré; il consiste dans l'entrelacement inextricable de vaisseaux si déliés, que leur assemblage constitue une surface qu'on pourrait au premier coup d'oeil prendre pour une plaqùe uniforme. Cette rougeur peut être inflammatoire ou passive; cette dernière se rencontre dans les mêmes circonstances que l'injection ramiforme passive.

c. Pointillèe. Le sang est épanché dans le tissu muqueux sous forme de petits points rouges disséminés de la même manière que le piqueté du cerveau qu'on dit sablé; la membrane muqueuse présente alors , pour nous servir d'une comparaison de M. Lallemand, un aspect analogue à celui d'une feuille de papier blanc, sur laquelle on aurait disséminé une poudre rouge ; cette rougeur est le résultat de l'inflammation, mais

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elle n'est jamais passive dans le sens attaché à ce mot. Elle peut être déterminée sur le cadavre par le grattage de la membrane muqueuse; les petits vaisseaux alors sont déchirés , et là pression de l'instrument exprime le sang par les orifices artificiellement produits.

d. Striée inflammatoire. Cette rougeur consiste en bandes plus ou moins larges, étendues le plus souvent sur les parties saillantes de la surface muqueuse , telles que les plis de l'estomac et les valvules conniventes de l'intestin grêle.

e. Par plaques. Les matières les plus irritantes , les poisons les plus violens déterminent quelquefois des plaques inflammatoires d'un rouge plus ou moins vif et uniforme. D'autres causes peuvent aussi développer une pareille lésion; dans certains cas, outre ces plaques, on remarque une arborisation vasculaire.

f. Diffuse. Cette rougeur occupe des espaces variables en étendue; résultat ordinaire d'une inflammation interne, elle est souvent accompagnée d'érosions et d'ulcérations. Il existe une autre rougeur, non inflammatoire, dont le tube intestinal est le siège chez les individus atteints depuis long-temps d'une lésion organique du coeur ou des gros vaisseaux. Quelquefois aussi la membrane se colore en rouge dans toute on étendue par son contact avec du sang épanché dans l'intérieur du canal digestif ou avec des médicamens colorés.

Teinte brune et violacée a. Uniforme. D'après le docteur Billard, elle a pour cause l'inflammation dans

les neuf dixièmes des cas au moins; les poisons irritans la déterminent souvent, b. Striée. Ce sont les marbrures de la membrane muqueuse de l'estomac qui ont été signalées dans les livres d'anatomie ; elles sont considérées par le même auteur comme pouvant être les traces d'une inflammation ancienne, et même d'une inflammation actuelle peu intense, entretenue par une causeirritante quelconque : elles sont ordinairement brunâtres et semées sur un fond de couleur naturelle.

Teinte ardoisée. Cette coloration, regardée par le docteur Billard comme appartenant à l'inflammation chronique, et comme étant produite par du sang altéré et épanché dans le tissu muqueux, se présente sous l'apparence pointillée , et uniformément répandue sur une surface plus ou moins grande.

Teinte noire ou mélanique. La mélanose se montre le plus ordinairement sous forme de plaques plus ou moins étendues sur le canal digestif, soit du côté de sa tunique péritonéale, soit à sa face interne; quelquefois elle est sous forme de taches semblables à des pétéchies, ou de points ou de stries. Il est probable qu'en général elle provient d'une altération morbide du sang; et s'il n'est pas démontré qu'elle reconnaisse pour cause une phlegmasie du tube digestif, toujours est-il qu'elle ne se rencontre presque jamais à la l'ace interne des intestins , sans que la membrane muqueuse ne soit en même temps dans un état d'inflammation chronique évident. Ici c'est la corrosion des glandes intestinales avec toutes les traces d'une dysenterie ancienne, ou des ulcérations grises qui environnent les points noirs;

'-*4-f TRAITÉ

plus loin c'est une rougeur foncée, avec épaississement de la membrane muqueuse. Certains poisons, et notamment l'acide sulfurique concentré, occasionent dans le canal digestif une altération ayant des rapports avec la mélanose.

Teinte grise. Indépendamment des colorations déjà citées, M. Louis indique dans ses recherches sur les affections typhoïdes, une teinte grise de la membrane muqueuse qu'il n'a rencontrée que dans l'intestin grêle, et dans le gros intestin d'un certain ordre de sujets, de ceux qui ont succombé à une époque plus ou moins éloignée du début (i).

Les diverses teintes dont nous venons de parler peuvent-elles être confondues avec les rougeurs qui se développent après la mort? Les considérations et les expériences suivantes nous paraissent propres à résoudre cette question.

i°. MM. Rigot et Trousseau ont fait voir que l'injection du canal digestif est un phénomène invariable de la stase du sang dans les anses déclives de ce canal, et que clans certains cas le sang distend à la fois les troncs, les rameaux, les ramuscules veineux, colore

(i) On remarque encore dans certaines fièvres graves, notamment dans celles que l'on désigne sous le nom d'ataxoadynamiques , des colorations plu s ou moins aualogues à celles que nous avons notées; mais elles sont ordinairement accompagnées d'un élat exanthémateux , d'ulcérations , de perforations etc. , lésions qui ne permettent pas de les considérer comme étant le résultat delà putréfaction.

les villosités, et transsude à la surface de la membrane muqueuse , sans qu'il y ait eu inflammation de l'intestin , et par le fait seul de la stase du sang dans les parties déclives. [Archives générales de médecine , tome 12e.). Cette injection peut amener une coloration diffuse à aspect arborisé , ou des rougeurs circonscrites sous forme de points, de stries, de taches, etc.

2°. Différentes matières putrides qui se développent dans l'intestin , donnent lieu à des stries rouges, qui correspondent presque toujours aux valvules conniventes , et qui ont leur siège au-dessous de la membrane séreuse.

3°. Tous les médecins qui ont ouvert des cadavres pendant des étés très-chauds, savent que trente ou quarante heures après la mort, chez certains sujets, les membranes de l'estomac sont déjà imbibées de sang et uniformément rouges, surtout dans l'extrémité splénique; quelquefois cependant la rougeur, au lieu d'être diffuse , est sous forme de taches , de stries ou de bandes le long du trajet des vaisseaux.

Expérience ire. Une chienne de moyenne taille fut empoisonnée le 3o janvier i83o avec une once d'acide sulfuri que étendu de quatre onces d'eau; elle mourut le lendemain à neuf heures du matin. On la mit dans une bière en sapin mince que l'on entoura de paille. Le i3 février suivant, la terre étant dégelée, la boîte fut inhumée dans un des coins du jardin de la Faculté de Médecine de Paris ; la fosse était creusée à trois pieds de profondeur.

Examen du cadavre, le 6 mai i83o, trois mois six

'2 /\6 TUAITÉ

jours après le commencement de l'expérience. L'estomac contient une quantité notable d'un liquide noir, épais, dans lequel on peut démontrer aisément la présence de l'acide sulfurique. L'intérieur de ce viscère étant lavé, présente à l'intérieur un grand nombre de vaisseaux volumineux gorgés de sang noir coagulé; on remarque en outre, entre ces gros vaisseaux, une injection capillaire imitant une arborisation très-fine. La membrane muqueuse est d'un rouge brun, ni ulcérée ni épaissie, mais assez résistante; les tuniques musculeuse et séreuse sont également rouges.

Expérience 2e. La même expérience ayant été répétée sur un antre chien avec la même dose d'acide sulfurique étendu de huit onces d'eau, et l'ouverture du cadavre ayant également été faite le 6 mai, on a vu que l'estomac renfermait une petite quantité d'un liquide rosé, et que la membrane muqueuse, d'un gris rosé, parsemée çà et là de plaques rouges, détruite dans quelques points, et très-ramollie dans tous les autres, était le siège d'une arborisation vasculaire très-fine, interrompue dans plusieurs endroits, et manquant là où la membrane muqueuse n'existait plus ; les petits vaisseaux qui constituaient cette injection étaient noirs; la teinte générale de l'intérieur de cet estomac ressemblait assez à celle du même viscère d'un des chiens pendus et enterrés le même jour [voyez expérience 4e ) ; mais chez ce dernier il n'y avait aucune apparence d'arborisation.

Expérience 3e. Un chien empoisonné, le 3o janvier i83o, par l'acide hydrochlorique étendu de quatre

fois son poids d'eau , et mort le surlendemain, fut inhumé et exhumé comme les précédens. L'estomac renfermait une petite quantité d'une matière trèsépaisse et noire; la membrane muqueuse, notablement épaissie et facile à déchirer, était d'Un vert foncé parsemé de taches noires qui étaient autant d'ulcères intéressant cette membrane , et même la tunique musculeuse : il n'y avait aucune trace d'arborisation.

Expérience 4e. Un chien de moyenne taille , à jeun, ayant été pendu îe 3o janvier i83o, fut inhumé et exhumé comme les précédens. Quelques minutes avant

la mort, on avait fait une fracture à la cuisse gauche. La membrane muqueuse de l'estomac, très-lisse, était diversement colorée en violet sale, en rougeâtre, en rouge pâle et en gris; on y remarquait quelques ramifications rougeâtres qui, au premier abord, semblaient être de gros vaisseaux injectés, mais qui, examinés avec soin, furent reconnus pour être le résultat d'une imbibition des parois vasculaires et de la membrane muqueuse , sans aucune trace d' arborisation. Cette tunique était amincie , ramollie et facile à séparer. La membrane musculeuse était grisâtre.

La cuisse fracturée était plus ramollie que l'autre ; mais il n'y avait aucune trace d'ecchymose ni d'autre caractère pouvant servir à faire reconnaître si la blessure aurait été faite pendant la vie. La putréfaction de ce cadavre avait marché beaucoup plus vite que celle des autres, en raison de la solution de continuité dont nous parlons.

Expérience 5e. Un autre chien ayant été soumis à la

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même expérience, excepté que la cuisse n'avait pas été fracturée , l'estomac était à peu près dans le même état; toutefois, il n'était point le siège des ramifications rougeâtres mentionnées plus haut, et sa membrane interne offrait, outre les colorations déjà notées, quelques plaques assez larges d'un vert olive.

Les faits qui précèdent nous permettent de répondre à la question que nous avons posée plus haut, que les diverses teintes îvuges, brune, violacée , ardoisée et noire, peuvent être confondues avec les colorations qui se développent après la mort. A la vérité , nous croyons que les teintes rouges, rami forme, capilliforme , pointillèe et striée, ne sont pas souvent le résultat de l'hypostase ni de la transsudation du sang : d'abord, parce que nous ne les avons jamais rencontrées dans nos recherches sur les exhumations, et ensuite parce que, dans les expériences tentées sur les chiens, pour résoudre le problème, nous n'avons jamais observé d'injection vasculaire , de véritable arborisation dans l'estomac de ceux qui n'avaient pas été empoisonnés; tandis que ceux dont ce viscère avait été enflammé par une substance vénéneuse, en offraient constamment; et, à cet égard, la différence était très-remarquable , même au bout de trois mois. Quoi qu'il en soit , on pourra presque toujours reconnaître si les teintes rouges dont nous parlons sont un phénomène cadavérique, parce qu'elles occuperont les parties les plus déclives de l'estomac et des intestins.

Quant à la rougeur par plaques , celle qui est le résultat de la putréfaction des cadavres qui sont dans la

DES EXHUMATIONS JUUIDIQUES. ^9

terre est souvent jaunâtre et même aurore ; loin detre bornée à la membrane muqueuse , elle s'étend à toutes les tuniques qui forment les parois de l'estomac , et elle est même plus marquée à l'extérieur de l'organe qu'à l'intérieur , ce qui n'a pas ordinairement lieu dans le cas d'inflammation gastro-intestinale; quelquefois aussi les plaques dont il s'agit sont produites par l'imbibition cadavérique au voisinage du foie et de la rate ; mais alors la coloration occupe la membrane péritonéale, et elle est si nettement circonscrite dans les points où se faisait le contact, qu'il n'y a pas possibilité de commettre d'erreurs à ce sujet : d'ailleurs, la membrane muqueuse de l'estomac ne pourra être colorée par les liquides du foie ou de la rate, qu'autant que toute l'épaisseur des parois aura été colorée préalablement.

Si , à l'exemple de M. Billard , nous rattachons aux rougeurs inflammatoires par plaques les ecchymoses de la membrane muqueuse, c'est-à-dire les épanchemens sanguins, circonscrits, provenant d'une cause mécanique, nous verrons qu'elles occupent la portion la plus déclive du tube digestif, qu'elles co-existent avec une injection générale des vaisseaux abdominaux , et souvent avec une exsudation sanguine dans la partie ecchymosée. Si la putréfaction développe quelque chose d'analogue, ce ne doit êtce que fort rarement, puisque nous ne l'avons jamais observé. Nous en dirons autant des pétéchies de la membrane muqueuse gastro -intestinale, véritables exhalations sanguines, bien décrites par Stoll, par MM. Mérat, Billard , etc. ;

la décomposition putride ne produit jamais rien qui ressemble à cette lésion.

La rougeur diffuse et la teinte brune et violacée sont celles que l'on serait le plus tenté de regarder comme étant le résultat de la putréfaction, d'autant mieux qu'elles envahissent souvent les. tuniques musculaire et séreuse. Les caractères indiqués à l'occasion de la rougeur par plaques pourront servir quelquefois à établir la distinction.

Quant à la teinte ardoisée, MM. Rigot et Trousseau pensent qu'elle pourrait aussi reconnaître une autre cause que l'inflammation , et provenir de phénomènes purement cadavériques, du développement, par exemple , du gaz acide hydrosulfurique , et de l'action de ce gaz sur le sang des vaisseaux sous-muqueux. S'il en est ainsi , comment distinguer si cette teinte ardoisée générale est ou non le résultat d'une lésion vitale? C'est ce qu'il nous est impossible de dire. Nous ne mettrons pas la même réserve pour assigner une origine à ces plaques ardoisées , quelquefois verdâtres , plus ou moins étendues , que nous avons souvent trouvées aux environs du pylore, et qui nous paraissent être le résultat de la putréfaction ; en effet, la membrane muqueuse de ces parties n'est pas devenue plus épaisse ; elle ne s'enlève pas plus facilement en larges lambeaux, et la plaque colorée est circonscrite ; tandis que la teinte ardoisée, que l'on remarque chez les individus qui ont succombé avec une gastrite chronique, si affecte pas spécialement les environs du pylore, et n'est pas aussi bornée. D'ailleurs, si cette plaque était

le résultat d'une phlegmasie chronique ou d'une congestion passive , pourquoi ne l'apercevrait-on pas peu de temps après la mort? Nous sommes portés à croire qu'elle est due au voisinage du foie, car elle intéresse toutes les membranes de cette partie de l'estomac,- et d'ailleurs, le foie prend une teinte analogue à mesure qu'il se pourrit dans la terre ; il renferme dans sa substance des matières d'un bleu foncé qui finissent par devenir liquides , et' qui doivent nécessairement s'épancher à l'extérieur de l'estomac.

Pour ce qui concerne la teinte noire ou mêlanique , il pourrait arriver , par suite de la putréfaction , que les parties de l'estomac qui sont en contact avec la rate , et surtout avec le foie, offrissent une coloration noire qui en imposât au premier abord , et fît croire à l'existence d'une mélanose; cette teinte noire ne se manifesterait que lorsque les liquides, dont le foie et , la rate sont imprégnés , auraient acquis eux-mêmes cette couleur; et alors on pourrait juger si la coloration est cadavérique , parce qu'elle serait bornée aux parties touchées par ces organes, ou seulement par l'un d'eux. Les traces d'inflammation chronique, jointes à une coloration noire qui ne serait pas circonscrite aux portions qui ont été en contact avec ces mêmes organes, serait au contraire un indice certain delà présence de la mélanose.

B. Consistance. Les considérations relatives aux diverses altérations de cet ordre ont un rapport immédiat avec le sujet qui nous occupe. Les ramollissemens que f on observe dans les tissus du canal digestif des ca-

davres que Von ouvre avant ou après l'inhumation , sontils le résultat d'une lésion vitale ou le produit de la putréfaction? Telle est la question importante que nous devons nous efforcer de résoudre.

Signalons d'abord une première difficulté, qu'il faudrait surmonter avant de chercher à donner une solution du problème. Parmi les médecins qui se sont le plus occupés de cette matière , M. Louis regarde le ramollissement pultacé de l'estomac, qui a fait l'objet de son mémoire, comme étant souvent le résultat d'une maladie éprouvée par ce viscère pendant la vie. M. Cruveilher , au contraire , considère ce même ramollissement comme étant toujours un effet de la putréfaction. D'après M. Carswell , le plus grand nombre des ramollissemens de l'estomac sont dus à une action chimique qu'ont exercée sur les viscères , après la mort , les sucs digestifs. Il est évident que tant qu'on ne sera pas d'accord sur ce premier point, il sera impossible d'établir les caractères propres à distinguer le ramollissement cadavérique de l'autre , puisque pour tel auteur un ramollissement sera le produit de la putréfaction , tandis que pour tel autre il sera le résultat d'une affection morbide.

En attendant que de nouvelles recherches aient fixé sur ce point les opinions des savans, voici les différences établies par MM. Cruveilher et Carswell entre ces deux sortes de ramollissement.

i°. Le ramollissement gélatiniforme ou vital, dit M. Cruveilher, a lieu presque toujours chez les enfans, à la suite d'une maladie dont les signes varient suivant

IiES EXHUMATIONS JURIDIQUES. a53

son siège, mais sont bien déterminés : on l'observe l'hiver comme l'été. L'estomac ou l'intestin ramolli n'ont pas besoin de contenir de liquide; il a été trouvé chez un sujet ouvert douze heures après la mort. — Le t amollissement pultacé se remarque chez les adultes, à la suite de toutes les maladies aiguës ou chroniques; aucun symptôme ne l'indique pendant la vie ; il survient presque toujours pendant l'été ; en hiver, on le voit aussi sur des cadavres ouverts quarante - huit heures après la mort , et il est nécessaire qu'il y ait une certaine quantité de liquide.

a°. Le ramollissement gélatiniforme n'occupe pas toujours l'extrémité splénique de l'estomac; on le trouve aussi à sa paroi antérieure , près du cardia , à l'œsophage , dans l'intestin grêle et dans les divers points du gros intestin. Le ramollissement pultacé occupe toujours la grosse extrémité de l'estomac. Le bord libre des plis que forme la membrane muqueuse , est détruit, et l'estomac est quelquefois bariolé de bandes blanches qui toutes correspondent à ces plis.

3°. Dans le ramollissement gélatiniforme , non-seulement la membrane muqueuse est envahie , mais la tunique albuginée , la membrane musculaire : il y a épaississement des parois qui ont acquis, dans certains cas, jusqu'à quatre fois l'épaisseur naturelle. M. Gruveilher dit avoir, vu une fois l'estomac perforé ; il y avait en outre un épanchement et des traces non équivoques d'un travail morbide tout autour. Dans le ramollissement pultacé, la membrane albuginée résiste d'ordinaire; la tunique muqueuse seule est convertie en une

pulpe brunâtre ; les parois du viscère ne sont pas épaissies : on n'a jamais observé de perforation bien prononcée.

Le ramollissement gélatiniforme, ajoute M. Cruveilber , offre le même aspect que celui que donne aux tissus l'action d'un acide peu étendu, ou d'un alcali; lorsque ces tissus ont été saisis, racornis par un acide, plongez-les clans l'eau, vous aurez une altération toutà-fait semblable à celle qui constitue le ramollissement gélatiniforme ; et il y a si peu putréfaction, que les tissus ramollis n'exbalent aucune odeur et peuvent être facilement conservés (Note inédite).

Le docteur Garswell différencie ainsi les ramolli ssemens pathologiques et cadavériques : i° Dans le ramollissement pathologique , la membrane muqueuse est souvent rouge, et qu'elle soit rouge ou blanche, toujours elle est plus ou moins opaque et ressemble à de la crème épaisse, mêlée de farine; ce ramollissement peut exister dans toutes les parties de l'organe, et là où les sucs gastriques n'ont pu évidemment séjourner; les bords de la partie altérée ne sont pas libres, adhèrent aux organes voisins, et offrent des vestiges d'actions morbides. 2° Dans le ramollissement cadavérique ou par dissolution chimique , la membrane muqueuse est pâle, transparente, et a une consistance gélatiniforme ; le siège de cette altération est au point le plus déclive de l'organe, là où les sucs gastriques naturellement s'accumulent dans le grand cul-de-sac; les bords des parties ramollies sont libres, sans adhérence aux organes voisins ; on n'observe dans leur voisinage aucuns

vestiges d'actions morbides ; 11 n'y a pas eu dépanchement ; enfin le sang contenu dans les vaisseaux de la partie altérée est noir ou brun (Archives générales de Médecine , tome xxnie ).

Terminons tout ce qui se rapporte au ramollissement du canal digestif par l'exposition de ce que nous avons remarqué dans les diverses exhumations que nous avons faites : on croira peut-être qu'en examinant des cadavres enterrés depuis plusieurs mois > nous avons dû trouver le ramollissement dont nous parions porté au dernier degré, puisque souvent il est trèsconsidérable dès le lendemain de la mort. Loin de là, nous n'avons jamais vu les parois de l'estomac assez ramollies pour être près de se détruire; jamais nous n'avons observé le ramollissement sous forme de bandes qui se produit lorsque la membrane muqueuse est plissée; presque toujours il occupait la grosse extrémité de l'estomac, et les parties ramollies présentaient cette variété de colorations que l'on remarquait sur la membrane muqueuse ; en un mot, ce ramollissement nous paraissait offrir, à très-peu de chose près, les caractères assignés par M. Cruveilher à celui qu'il nomme pultacé ; seulement il existait à un degré peu marqué.

C. Matières contenues dans le canal digestif. Les matières qui doivent faire le sujet de cet article sont les gaz, les mucosités, la bile, le sang et un liquide brunâtre.

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer si les gaz que l'on trouve dans le tube digestif se sont dégagés après la mort ou pendant la vie ; les

a 5 G TRAITÉ

maladies aiguës clans lesquelles ce phénomène a lieu sont à la vérité très-peu nombreuses, ce qui pourrait mettre jusqu'à un certain point sur la voie; on ne l a guère observé que dans la péritonite , l'affection typhoïde et l'occlusion des voies digestives.

Mucosités et bile. Les mucosités abondantes qu'on rencontre quelquefois dans le tube digestif sont évidemment le résultat d'une sécrétion pendant la vie. Quand elles sont très-épaisses, très-consistantes, elles annoncent une phlegmasie de la membrane muqueuse, puisque dans toutes les affections catarrhales, le coryza , la bronchite , etc. , leur opacité et leur consistance sont toujours en raison de l'irritation inflammatoire. Il est des cas où ces mucosités sont purulentes et sous forme d'un pus épais presque louable. Rien , dans ce que nous avons vu , ne nous porte à croire que la putréfaction puisse développer quelque chose de semblable ; cependant il ne serait pas impossible qu'à une certaine époque , quand le ramollissement de la membrane muqueuse est à son comble , les mucosités naturellement existantes dans le canal digestif des cadavres, en se mêlant aux produits de ce ramollissement, offrissent l'aspect- purulent dont nous venons de parler. On doit sentir combien il serait difficile alors d'établir la distinction.

La bile , mêlée aux mucosités, 1 est le plus souvent pendant la vie ; cependant on sait que l'imbibition cadavérique peut donner lieu à sa pénétration de dehors en dedans. Si sa consistance est augmentée , si elle est poisseuse, on devra la regarder comme altérée par un

travail phlegmasique , surtout si elle adhère fortement à la membrane muqueuse , qui offre elle-même une couleur rouge.

Sang. C'est ici que les phénomènes vitaux et cadavériques peuvent être aisément confondus. Il est incontestable que dans certaines dysenteries, dansles dernières périodes de la fièvre typhoïde, dans la fièvre jaune, du sang plus ou moins pur peut se trouver dans le canal intestinal. Il n'est pas rare de voir dans des portions enflammées de l'intestin un liquide rougeâtre qui paraît dû à un mélange de sang et de mucus : le cœur et l'intestin grêle en contiennent le plus souvent. M. Andral a vu, au milieu des ascarides, cette espèce de mucosité sanguine qui n'existait qu'autour d'eux. En injectant du sublimé corrosif dans le tissu cellulaire d'un chien , M. Smith a trouvé la membrane muqueuse gastrique recouverte par une abondante exhalation sanguine.

D'une autre part , les observations sur les phénomènes cadavériques prouvent que l'exhalation sanguine , ou plutôt l'écoulement du sang hors des vaisseaux , peut avoir lieu par simple compression de gaz développés par la putréfaction ; à la vérité ; ce phénomène doit être excessivement rare , puisque nous ne l'avons jamais observé.

D. Emphysème sous-muqueux. Non-seulement il est des observateurs qui admettent que l'emphysème sousmuqueux peut arriver pendant la vie ( F. les diverses observations publiées par MM. .T. Cloquet, Aristide Bosc, etc., dans les Bulletins de la Faculté de Méde-,

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