‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 209 sur 318 · Ihid., même traduction, t Vlll, p · texte numérisé non relu

Ihid., même traduction, t Vlll, p

LIS C0NCIPTI0N3 OU LA SiœKDI PARTI! DES CONNAISSANCES. 347

En résumé, le propre de la vertu est de faire du bien à ceux qui le méritent, d'aimer les honnêtes gens, de s'abstenir du ressentiment et de la vengeance, et d'ouvrir son cœur à la pitié, à rindulgence et au pardon K »

Nous avons déjà cité les maximes d'humanité proclamées par Cicéron *. Les anciens ont conçu même l'humilité. « Souffre, dit Platon, qu'on te méprise comme un insensé, qu'on f insulte si l'on veut; et même, par Jupiter, laisse-toi firapper volontiers de cette manière qui te parait si outrageante, car il ne t'en arrivera aucun mal, si tu es solidement honune de bien et dévoué au culte de la vertu'. » Bias et Platon, anticipant la doctrine de la grâce, disent, le premier, que nous devons remercier les dieux même de nos bonnes ac tions ^, le second» que la vertu ne nous arrive que par un don du ciel '.

Les anciens n'ont pas oublié non plus, quoi qu'on en ait dit, le précepte de la pudeur et de la chasteté. Elle est recom-^ oiandée par Selon et par Cléobule ^ Platon ordonne que les jeunes gens et les jeunes filles ne soient découverts que jus« qu'à la limite permise par une sage pudeur \ Il veut qu'à l'âge de treize ans les jeunes filles ne paraissent dans la lice^ que vêtues d'un habit décent % et il dît que la pudeur est une crainte divine ®. Cicéron prescrit la décence dans les gestes et les paroles ; il recommande de lai^er caché ce que la nature elle-même a soustrait aux regards, de ne pas écouter les cyniques, selon lesquels il n'y aurait point de honte à dire ce qu'il n'est pas honteux de faire. U observe que le

1. Des vices et des vertus, OEuvres complètes d*Aristote, édit. Tauch., l. XV, p. 275 et 278.

9é Yoy. plus haut, p. 826-7.

S. Gorgias, à la fin.

4. Abrégé de la vie des pltts illustres philosophes, par Féoeloo.

5. 6c{q^ [&o(p«p i7|{JlTv f «ivetm irapaYtr^o(i<w) fj àptrjj oT$ icapayiYvtTat. Jfé^nofl, édU. H. E,, t. II, p. 100-106 ; édiU Taucb.,L 111, p. 274.

6. Abrégé de la vie des plus illustres philosophes, par Fénelon.

7. Méxpmtp al6ouc (TMçpovoc. Les lois, édiU H. E., U U, p. 772 j édU. Tauch., t. VI, p. 201.

8. Les Lois, édit. H. E., t. II, p. 883 e; édlL Taueh., t. VI, p. 285.

9. Al8â> Te xal al(7xuvT)v Otiov t^Bo^,'^ Les Lois, édit. H. E., t. II, p. 671 e édit. Tauch., t. VI, p. 67.

348 LIVRE S1XISMB, SECflON D1UX1ÈMB.

vol et Tadultèrc sont des choses déshonnêtes dont le nom est honnête, tandis qu'il y a des choses honnêtes que la nature destine au secret et dont le nom est déshonnête ; et il exige que nos discours ne décèlent, dans nos mœurs, ni relâchement, ni effronterie ^ Aussi Bossuet, en écrivant un livre sur la politique tirée de l'Écriture sainte^ ne dédaigne-t-il pas de citer les philosophes de Tantiquité à côté de Moïse, des prophètes, des évangélistes et des apôtres. Pascal lui-même, qui voulait détruire la raison au profit de la foi, établit cependant la morale sut les mêmes fondements que les philosophes anciens. Il pose le devoir de Tempire de soi, en des termes qui rappellent ceux de Platon. Ce philosophe avait dit que la partie de Tâme qui éprouve les passions est placée dans les intestins ; qu'elle y est enchaînée conune une bête sauvage, afin qu'occupée à se repaître dans sa crèche, elle soit reléguée le plus loin possible de la partie raisonnable, et ne la trouble point de son tumulte '. Pascal dit à son tour : « n faut se servir des passions comme d'esclaves, et, leur laissant leur aliment, empêcher que Tâme n'y en prenne, car, quand les passions sont les maîtresses, elles sont vices, et alors elles donnent à Tâme de leur aliment, et Tâme s'en nourrit et s'en empoisonne '. » Ailleurs il donne un guerrier païen cx»mme le modèle de la vertu. « Je n'admire point, dit-il, l'excès d'une vertu, comme de la valeur, si je ne vois, en même temps, l'excès de la vertu opposée; comme en Épaminondas, qui avait l'extrême valeur et l'extrême bénignité ; car autrement ce n'est pas monter, c'est tomber. On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois et remplissant tout l'entre-deux *. »

Dans la morale religieuse , Pascal reproduit les sentiments de Platon et d'Épiclète. « C'est , dit-il , la mort seule qui peut délivrer Tâme de la concupiscence des membres, sans laquelle les saints ne vivent point dans ce monde'. » Et il rappelle par

Page 1