Voy. la Morale sociale, par Ad. Garnier, p
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un grand intervalle entre la manière dont ils ont conçu la vertu, et celle dont ils l'ont pratiquée. La devise , je vois k bien ^ je l'approuve^ et c^est le mal que je fais^ est la devise de tous les âges ' . Nous n'avons pas à défendre les mœurs des temps qui ont précédé les nôtres , mais à prouver que la doctrine morale a été au fond la même dans tous les âges. On peut essayer cependant de remplir Tune et Tautre tâche : on peut, d'une part , expliquer les différences apparentes du jugement jmioral, aux différentes époques de Thistoire, et de Tautre, montrer que, si les mœurs de l'antiquité sont plus éloignées qu'il ne le faudrait de l'idée de la vertu , les nôtres n'y sont pas aussi conformes que la raison le demanderait.
Parmi les vertus les plusimportantes sont la justice et labienfaisance,qui ordonnent de ne pas nuire à notre prochain, et de servir ses intérêts. Mais quel est notre prochain? et en quoi consistent ses intérêts? Le prochain change pour nous suivant les temps ; et ses intérêts sont modifiés par les circonstances. Ce sont là deux grandes causes de la variation des mœurs.
Le sauvage ne peut pas prendre pour son prochain ou pour son semblable l'homme de la tribu ennemie, qui conjure sa ruine. Le devoir envers le prochain doit se concilier avec Iç droit de la défense personnelle. On reproche aux Romains d'avoir écrit cette maxime dans les douze tables; adversus hostem œterna auctoritas * : mais c'est à peine si aujourd'hui nous conunençons à entrevoir que tous les hommes sont frères, et que les intérêts des peuples peuvent se concilier, conune ceux des individus. Il y a encore beaucoup d'oreilles auxquelles le nom d'étranger sonne comme le nom û* ennemi.
Représentons-nous deux sauvages de tribus différentes se rencontrant pour la première fois : ils ont des costumes dissemblables ; la couleur de la peau est quelquefois différente i et ils ne parlent pas la même langue : ils éprouvent un sentiment naturel à l'enfant et aux barbares , la peur de l'inconnu'.
1. Ovide, Métamorphoses, liv. VU, v. 21. Saint Paul, Épitre aux Romains, chap. vil, vers. 15.