Etr/aTov alffôioTYipCov, sensorium commune
3. Aristote, De VÀme, livre 111, chap. ii, § 2. Descaries, OEuvres philosophiques, édit. Âd. G*, introd., p. en.
présente avec Fautretel ou tel rapport; elle n'a pas besoin d'un organe central. Pour prouver l'existence de cet organe, il faudrait qu'en nous privant de telle partie du corps, on nous privât du pouvoir de comparer deux objets, sans nous enlever la faculté de les percevoir séparément. Or cette preuve n'a pas été donnée.
Une opinion qui a quelque rapport avec la précédente suppose que l'Ame au moyen des sens connaît des qualités éparses et sans lien les unes avec les autres, et que, pour lier ensemble ces qualités, leur imposer l'unité qui leur manque, en un mot les rapporter à un seul objet , l'âme a besoin d'une faculté différente des sens. C'est l'entendement, dit-on, qui donne de l'unité aux produits divers et dispersés de la sensation ^ Hais si nos sens ne nous montrent pas l'unité de l'objet qu'ils nous manifestent, comment pouvons-nous être certains que cette unité appartienne véritablement à cet objet, et qu'elle ne soit pas une fiction de notre esprit 1 D'un autre côté , comment croire que la nature agisse par des voies si compliquées ? qu'elle ait créé une faculté pour nous faire connaître les parties de l'édifice , et une autre pour nous en montrer l'unité, quand elle pouvait faire que la même faculté nous montrât à la fois les parties et le tout, la diversité et l'unité? Pour supposer deux facultés , il faut que leurs produits se séparent ; mais ici nous connaissons l'unité en même temps que la diversité. Lorsque, par le concours du toucher et de la Taculté motrice, nous percevons une étendue tangible et résistante , par la vue nous découvrons qu'il y a dans le même lieu une certaine étendue de couleur; et nous voyons se mouvoir l'étendue de couleur, lorsque le toucher nous apprend que l'étendue tangible est en mouvement. Les autres sens nous découvrent d'autres objets de perception au môme lieu que l'étendue tangible dont nous parlons. Mais, dit-on, comment savez-vous que tous ces objets de perception qui sont au même lieu et qui se meuvent ensemble ne font qu'un objet, et constituent ce qu'on appelle l'unité d'un corps? Nous répondons
1. Kant, Critique de la raison pure. Voy. plus loin, livre IX, chap. v. Il 4
que oe qu'on appelle Ynr\\\é d'un corpç n'est pa» indifipiMe; que cette unité est composée de pai'tie» et de qualités div^mf»; o'est une unité de situation, et mes sens me ta montrent, Quant au lien secret qui unit la propriété de résistance à œlle d^ 1^ tangibilité, eellesrci h celte de la (Valeur» de la couleur» etc.»
je ne le connais pas, et en conséquence Tentendemrat n'a pas à me le fournir, Leibnix se représente les oorps comme un agrégat d'un nombre indéfini de facultés ou de forces limpleq qu'il appelle des mon^Mles; ces forces ne forment pas une iFérï^ table unité, et elles n'ont entre elles qu'un rapport de situa* tion , de proximité et de mouvement simultané; c'est 1^ ce qui constitue l'unité du corps, et nos sens suffisent pour nous faire connaître cette unité. Nous n'admettons donc pas qu'il faille» d'une part, les sens pour connaître les éléments dispersés, et de Tautre, Tentendement , pour connaître Tunité des corps.
Quant à cette opinion yéritable que les sens extérieuni noua font connaître les qualités, et l'entendement, la subatancci dea corps , nous l'exposerons , plus loin , en nous occupant de ce qu'on appelle la notion nécessaire de la substance K
6"* Nos organes, même lorsqu'ils sont dans Tétat le plus parfait , laissent toujours échapper certains objets eu trop petits ou trop éloignés. Le toucher ne nous fait pas per* cevoirles pores que traversent l'humidité et la lumière, ni les aspérités qui existent sur les surfaces mémo les plus lisses. La vue n'aperçoit point les milliers d'animalcules que le mi*» croscope nous montre dans l'air, dans les liquides et sur la surlbce des corps solides, ni les corps célestes dont le télescope nous découvre la lumière. Malebranche en fait un reproche à nos sens et tire de là sa conclusion ordinaire que nous ne de*' vons pas nous fier à leur témoignage \ Nous ne saurions trop répéter que , si nos sens ne nous montrent pas tout ce qui existe, ce n'est pas une raison pour ne pas accepter ce qu'ils nous montrent. Les limites de nos sens, que Bfalebranohe prenait pour une imperfection , étaient aux yeux de Fénelon