‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 26 sur 318 · De la Recherche de la vérité, livre !•% chap. ii, § i · texte numérisé non relu

De la Recherche de la vérité, livre !•% chap. ii, § i

LES PBRCBPTI0N9 eU LA PRBMIÉRB PART1B DBS CONNAISSANCES. 51

une perfSsotloB de plus. La Providence a disposé nos organes pour la oonnalflsanoe des objets qui sont en rapport avec BOUS et qu'il nous importe de connaître. Nous avons besoin de percevoir les corps d'un certain volume et non les animalcules en nombre presque infini qui couvrent leurs surfaces. Nos opellles nous apportent les sons qui peuvent avoir pour BOUS quelque importance ou quelque charme ; si elles étaient faites de manière à nous transmettre les sons qui se produisent en m moment , non-seulement dans la maison que j'habite, mais dans la ville tout entière, et dans toutes les autres villes de TEurope et de la terre, Touïe serait pour nous un fléau. Si nos organes pouvaient choisir les objets pour les livrer à notre perception , ils ne sauraient se renfermer dans de plus justes bernes que celles qui ont été marquées par la Providence. Nous devons donc songer à ces limites et ne pas les dépasser par nos inductions. Souvenons-nous qu'à une certaine distance, nos yeux ne discernent plus les nuances, et nous ne les accuserons pas, comme le faisait Descaries , de nous montrer comme ronde une tour qui est carrée. Nos yeux ne jugent pas de la forme tangible, mais seulement de la couleur qui la revêt. Une tour carrée présaaitanl des arêtes, la lumière ne s'y distribue pas d*une manière uniforme; elle offre des tons tranchés qui se terminent par des lignes verticales; à une grande distance ces toBS se eenfondent et la lumière parait se dégrader peu à peu oerame sur une surface cylindrique ; de là , nous jugeons que la tour qui s'élève au loin est ronde et non carrée. Hais n'oublions pas que nos yeux ne sont pas faits pour percevoir dé très loin la distribution des ombres et des lumières; ne jugeons pas au delà de notre perception , et nous ne commet*troBS pas d^erreur. Car, encore une fois, nos yeux ne sont pas coupables de mensonge , si à la place d'une perception qu'ils BO BOUS donnent pas, nous mettons une conjecture. Ils ne peuvent être taxés que dinsuflfisance, et nous venons de voir que leurs limites nous sont moins nuisibles que salutaires.

6'' Nous ne connaissons les qualités des objets extérieurs que d'une manière relative aux qualités de nos organe»;

52 LIVRB SIXIÈMB, SECTION PRIMIBRE.

Pour jager de leurs qualités absolues, on observe comment ils agissent les uns sur les autres. Dans Tappréciation de la dureté , de la ténacité et du poids absolu des corps , on ne se fie pas à SCS organes, mais on met les forces de la nature mutuellement aux prises. Nous mesurons la ténacité, la dureté et le poids des corps par les poids qu'ils peuvent soutenir ou contre-peser. Ces poids sont des volumes fixes d'une matière que nous rendons aussi homogène que possible. La géométrie ramène le calcul des volumes et des surfaces à des mesures de lignes : la ligne ou retendue en longueur , soit visible , soit tangible , est la seule chose que nous mesurions directement et par elle nous mesurons toutes les autres choses. Ainsi la mesure de la ténacité, de la dureté et du poids se ramène à la mesure de la longueur visible ou tangible. Il en est de même de la température : nous mesurons la chaleur absolue d'un corps, non par le toucher, mais par Faugmentation d'une colonne de mercure ou d'alcool , ou le volume d'eau provenant de la glace qui a été fondue pendant un certain temps. Ce temps nous le mesurons lui-même par le mouvement d'une aiguille sur le cadran et , en conséquence, par une longueur tangible. Toutes les qualités des corps dont la mesure ne peut pas se réduire à une longueur visible ou tangible, sont considérées comme n'étant pas susceptibles d'être mesurées. Quoique la longueur visible ou tangible soit l'objet dont nous apprécions le mieux les degrés , cependant nous ne nous fions pas à notre vue ou à notre toucher pour comparer la longueur des différents corps : nous choisissons une longueur tangible déterminée et fixe , comme autrefois la toise, l'aune, et aujourd'hui le mètre, et par le nombre de fois que cette mesure peut se poser sur les différents corps, nous apprécions la grandeur de ceux-ci. L'astronomie et la physique nous enseignent les moyens de nous pro-. curer une mesure tangible qui soit invariable , et les leçons qu'elles nous donnent sur ce sujet sont de la plus haute importance , puisque la mesure de la longueur devient celle de toutes les autres qualités physiques.

7« Pour remédier à l'insuffisance de nos organes , nous

avons recours à deux moyens, Tun psychologique, l'autre physique. Le moyen psychologique est Texercice de Torgane et Tattention que nous déployons pendant cet exercice. En traitant de la volonté, nous avons fait connaître les effets merveilleux de Tattention dans Faction des sens extérieurs ^ Le moyen physique est remploi d'instruments artificiels qui , conformés à peu près comme nos organes ou nos instruments naturels, les amplifient pour ainsi dire, ou en augmentent la puissance. Tel est l'emploi du levier, de la pince, du microscope, du télescope et du cornet acoustique. Quand on voudra étudier d'une manière scientifique Fodcur et la saveur , il est probable qu'on inventera des instruments qui en augmenteront et en faciliteront la perception. Les instruments artificiels nous font mieux comprendre ce que sont nos organes naturels : les uns comme les autres transmettent à l'âme l'objet de la perception sans le connaître eux-mêmes; les uns et les autres mêlent probablement leurs propres qualités aux qualités des objets; et sans récourir à la fable de l'animal dans la lunette, peut-être faut-il attribuer aux mouvements que le microscope donnerait à la lumière, ces prétendus mouvements spontanés que certains naturalistes croient voir dans les molécules des corps en putréfaction , et qui leur font imaginer que ces molécules sont des êtres animés.

Avec le secours de la mémoire et de cette faculté qui nous foit croire que l'avenir ressemblera au passé, les sens peuvent se suppléer les uns les autres. Nous avons remarqué l'asso* dation des couleurs et de leurs nuances avec la forme et la position des objets tangibles, le rapport des sons et même des odeurs et des saveurs avec les corps solides. Ainsi l'odorat, le goût, l'ouïe et surtout la vue peuvent tenir la place du toucher *. Il est possible de pousser ces remarques beaucoup plus loin qu'on ne le fait d'ordinaire, et d'arriver à deviner les qualités secrètes d'un corps à l'inspection de ses qualités visibles. Linnée disait que les plantes vénéneuses ont un aspect

Page 1