‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 95 sur 318 · Voy. plus loin, Uvre vm · texte numérisé non relu

Voy. plus loin, Uvre vm

2. Voy. Descartes, Œuvres philosophiques, édïU Âd. G.» 1. 111, p. 63 , 64, 96,160; t IV, p. 260.

LIS PERCEPTIONS OU LA PrIIHÊM PARTII DE0 CSOMNàISSâNCES. 166

perçoit. Quelques philosophes supposent quil n'y a point de tide 9 que l'espace est toujours rempli d'une matière imper^ ceptible à nos sens; ils n'entendent pas dire que sans cette ma*> tière subtile l'espace n'existerait pas : ils distinguent donc > comme nous, l'espace d'avec la matière. « Il n'est pas néces* saire, dit Locke , de prouver Texistence du vide pour prouver l'existence de l'espace , il suffit de montrer qu'on distingue entre l'idée du vide et l'idée des corps K

Les corps ne sont que dans un repos relatif : une personne immobile sur un vaisseau est en repos relativement au navire, et en mouvement par rapport au rivage ; le rivage lui-même est en repos relativement à la terre dont il fait partie , mais le rivage et la terre sont en mouvement par rapport au soleil , et le soleil lui-même se meut peut-être relativement à quelque point fixe de l'espace absolu qui seul est absolument immobile. « De même , a dit Newton , que l'ordre des parties du temps est immuable, de même l'ordre des parties de l'espace. Si lès parties de l'espace quittaient leurs places , elles se quit« teraient , pour ainsi dire , elles-mêmes *. »

Les corps peuvent augmenter ou diminuer d'étendue , l'espace n'est susceptible ni de dilatation, ni de contraction.

L'espace est pénétrable à tous les corps. Là où existent les corps , il n'existe pas moins ; il est donc pénétré par tous les corps ; mais les parties de l'espace sont impénétrables les unes aux autres; c'est cette vérité que nous exprimons en disant qu'on ne peut aller d'un lieu à un autre sans traverser les Ueux intermédiaires , que deux parties de l'espace ne peuvent se réduire en une seule , que deux corps ne peuvent être dans le même lieu , ni un corps en deux lieux à la fois. Ce que nous appelons l'impénétrabilité des corps est emprunté à Timpéné-' trabiUté réciproque des parties de l'espace. Lorsque nous supposons que la molécule d'un corps remplit tout un certain espace, sans y laisser de vide , nous ne pouvons, sans nous Contredire nous-mêmes, supposer qu'une autre molécule

1. Essai sur ^entendement humain, liv. 11, chap. xui, § 21. ï. Principes mathénw,tiques, liv. I«% Schol. lut la défio. VUI.

Tienne occuper le même espace. Â ne consulter que les sens extérieurs, nous croirions que les corps se pénètrent; car nous les voyons entrer les uns dans les autres, comme lorsque, par exemple, le clou entre dans la muraille et que le mélange de certains liquides occupe moins de place que les deux liquides séparés. Mais nous supposons dans ce cas que chaque corps a des interstices vides ; que les parties d'un corps peu* vent, en conséquence, se refouler les unes vers les autres, ou recevoir entre elles les parties d'un autre corps. Nous n'avons point de certitude sur l'existence des molécules; rien n'empêcherait de concevoir les corps comme des forces qui agiraient dans un espace plus ou moins grand , suivant les circonstances, à peu près comme la faculté motrice agit dans notre corps. L'impénétrabilité des corps est donc supposée à l'image de l'impénétrabiUté réciproque des parties de l'espace; mais cette dernière impénétrabilité n'est pas une hypothèse; elle est l'objet d'une perception de la raison. Les parties de l'espace sont hors les unes des autres et réciproquement impénétrables.

Les corps peuvent avoir des pores ou interstices, les parties de l'espace sont continues sans intervalles ; il est impossible de comprendre dans l'espace une lacune sans espace.

Les corps se laissent rompre et diviser, les parties de l'espace sont retenues par un lien indissoluble.

Les corps ont des limites, ils sont finis; l'espace ne s'arrête pas où s'arrêtent les corps. Il nous paraît d'abord indéfini; bientôt nous nous apercevons qu'on ne peut lui assigner de limites et nous le déclarons infini. L'indéfini, disent les géomètres, est ce dont je n'aperçois pas les limites; Tinfini est ce que j'affirme n'avoir point de limites. Si , par une fiction d'un moment, nous supposons des bornes à l'espace, nous nous apercevons bientôt que l'espace existe au delà de ces bornes et qu'il contient les bornes elles-mêmes.

L'espace est donc absolu, ou indépendant des corps qui l'occupent et de l'esprit qui le perçoit ; il est infini ; il est de plus éternel, c'est-à-dire que nous ne pouvons concevoir un temps où l'espace n'ait pas été, et un antre où il ait commencé

d'être, pas plus que nous ne concevons un temps à venir où il ne soit plus. L'absence de Tespace est pour nous incompréhensible. Ce qui est de tout temps existe nécessairement, ou, en d'autres termes, n'a pas pu, ne peut pas, et ne pourra pas ne pas être. L'espace est donc nécessaire. Voilà pourquoi l'on dit qu'il est l'objetd'une connaissance nécessaire. Le corps, au contraire, aurait pu ne pas être, il est arrivé, contigit ; il est contingent ^ il est l'objet de ce qu'on appelle , par une hypallage, une connaissance contingente. Dans une connaissance nécessaire, ce n'est pas l'acte de connaître, c'est l'objet de la connaissance qui est nécessaire. « Ce n'est pas, dit Descartes, que ma pensée impose aux choses aucune nécessité, mais au contraire la nécessité qui est en la chose même me détermine à avoir cette pensée *. >» Cette observation ne doit pas être oubliée si l'on veut éviter toute méprise. On n'entend pas par une connaissance nécessaire celle qui vient nécessairement à tous les hommes ; car, d'un côté, celui qui est doué du toucher connaîtra nécessairement les corps tangibles, et il n'acquerra pas par là ce qu'on appelle en philosophie une connaissance nécessaire ; de l'autre , plusieurs personnes , comme nous l'avons dit , peuvent mourir sans avoir eu l'occasion de faire attention à l'infinité et à l'éternité de l'espace, et par conséquent sans avoir obtenu cette connaissance dite nécessaire. L'espace n'en sera pas moins pour cela marqué du caractère de la nécessité.

$ 2. L'espace réel n'est pas Pobjel d'une conception. — - Distinction des conceptions géométriques et de l'espace réel.

Une chose doit nous surprendre , c'est que les objets nécessaires sont justement ceux dont la réalité extérieure a été le plus contestée. Les distinctions que nous avons établies entre le corps et l'espace sont empruntées à Locke, à Reid,

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