‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 96 sur 318 · OEuxtrei ^hiloîOfihiqueSf édit. Ad, G., t. i'', p · texte numérisé non relu

OEuxtrei ^hiloîOfihiqueSf édit. Ad, G., t. i'', p

160 LIVRI ftlXlÈlft, 9SCT10N ^RBMltMS.

Itoee : olifi lont données 1 une avec lautre en mdme temple L'existence et le mode d'existence sont inséparables dans la perception^ quoique la conception parvienne à les sépa^ rer^ et eUe n'y parvient que parce que le mode change; s'il restait toujours le même « peut^tre ne distinguerait-elle pas entre l'existence et le mode. L'opposition entre rexistenoe et le mode est la même que l'opposilion entre la substance et rattribut. Dans ces phrases : je pense , je veux , je souflfre, le premier mot exprime la substance et le second l'attribut. Si l'existence et le mode sont connus par la même faculté « on doit en dire autant de la substance et de l'attribut \

La conscience et la mémoire nous font donc connaître nonseulement les modes et les attributs du moi, mais encore son existence ou sa substance^ En effeti que prétend-on exprimer par le mot de substance^ si ce n'est ce je invariable qui reparait constamment et toujours le même dans la diversité des phénomènes :^'« pensci^'^ jouis, ^'a meus^ /« veux. Voudraiton dire qu'il y a sot^ les attributs une substance que la con» science ne peut atteindre ? Mais on se laisserait tromper par les figures du langage ; on se représenterait grossièrement l'âme comme un corps ayant un dessus et un dessous. Dans le corps lui-même la substance et la qualité sont connues ensemble, et elles ne peuvent être représentées comme un dessous et un dessus ; elles sont seulement l'existence et le mode d'existence^ deux choses inséparables dans la réalité et dans la perception» et qui ne se séparent que dans les abstractions naturelles de la conception. La conception» en effet, comme nous l'avons dit» n'implique pas la réalité des objets auxquels elle s'applique» et c'est pour cela qu'elle peut offrir à notre pensée l'idée d'une existence sans mode et d'un mode sans existence» ou, comme nous le disons plus grossièrement par une figure plus matérielle, l'idée d'une substance sans attribut ou d'un attribut sans substance. L'opposition de la substam» et de rattribut, de l'existence et du mode est, si l'on veut parler un langage plus exact, l'opposition de quelque chose qui ne

1. Leibuit, NWivtl eKat, liv. l*', chsp. m, $ 18, et liv. tl,châp. Vit.

change pas et de quelque chose qui change. Or, la conscience et la mémoire, qui nous font connaître ce qui change dans l'âme, sont aussi les facultés qui nous font connaître ce qui n'y change pas.

Nous ne dirons pas avec Condillac que le moi n'est qu'une collection de sensations * ; car la sensation est dans un sujet qiii sent, et il n'y a pas de collection sans un sujet qui recueille et réunisse les sensations ; mais nous dirons que la conscience nous fait connaître en même temps la sensation et le sujet qui sent, les sensations réunies et le sujet dans le* quel elles se réunissent. Condillac dit plus loin que les qualités de rftme ne sont que le moi modifié différemment * . Cela est plus raisonnable et explique probablement ce qu il entendait par cette expression inexacte que le moi est une collection de sensations. Il réfute même dans cet endroit quelques lignes de Pascal qui semblent confondre la qualité avec le moi. Si Condillac, au lieu de dire que le moi est une collection de sensations, avait dit que le moi nous est connu en même temps que ses qualités, et par une seule et même faculté il au* rait, selon nous, mieux exprimé sa pensée et il aurait exposé une vérité incontestable.

En résumé, la mémoire nous donne la connaissance de notre existence passée et même de notre existence en tant que présente ; car, à la première perception de moi-même, je n'ai pu me connaître ni comme passé, ni comme présent ; ce sont deux termes corrélatifs : le présent ne paraît que par son opposition avec le passé. Par la notion de notre passé et de notre présent, nous connaissons le passé et le présent des êtres extérieurs avec lesquels nous sommes en rapport , toujours sous cette condition que la ressemblance des êtres extérieurs nous assure de leur identité, car il n'y a que les choses qui durent qui aient un passé.

L'acte de reconnaissance contient la notion de la durée et celle du nombre concret qui dépasse la portée de nos sens ou

Page 1