Parménide, édit. H. E., t. III, p
dre à celui qui prétendrait que ce genre ne pourrait être connu? En effet, aucune de ces essences n'est en nous, car comment existeraient-elles alors en elles-mêmes? Tout ce que sont ces essences , elles le sont à l'égard d'elles-mêmes et non à l'égard des copies ou des objets individuels qui sont notre partage, et ces derniers sont ce qu'ils sont les uns à l'égard des autres et non relativement à ces essences dont ils portent le nom. Si quelqu'un de nous est esclave, il ne l'est pas du maître en soi, et s'il est maître, ce n'est pas de l'esclave en soi. Ce n'est qu'un homme en rapport avec un autre. La domination en soi peut bien commander à l'esclavage en soi, mais tout cela n'a aucun rapport avec nous. Ainsi encore, la science en soi s'appliquera à la vérilé en soi ; mais la science humaine ne s'appliquera-t-elle pas à la vérité humaine? Les genres n'étant pas au milieu de nous, resteront inconnus. Nous ignorerons ce qu'est le beau en soi et le bon en soi '. Mais voici quelque chose de plus terrible : cette science et cette domination en soi étant supérieures à nos sciences et à nos dominations, devront se trouver en Dieu ; or, comme la science et la domination en soi ne peuvent avoir aucun rapport avec nous, il s'ensuivra que Dieu ne sera pas notre maître, qu'il ne nous connaîtra même pas, et qu'il demeurera inconnu à notre science humaine 2. »
Qui ne croirait qu'après de si graves objections, Platon aurait abandonné la théorie des idées ? Il n'en est rien pourtant, et voici la conclusion qu'il met dans la bouche de Parménide lui-même, l'auteur supposé des objections : < Cependant Socrate, si l'on ne permet pas que les genres soient des réalités, si l'on ne consent pas à dire que le genre de chaque chose soit toujours le