Nouveaux essais, liv. IV, chap. viii
homme est un homme, et de ces autres : A est A, B est B, j'ai écrit ce que j'ai écrit, etc., que Leibniz regarde comme des vérités nécessaires, parce que ce sont des propositions identiques. Dans cet autre exemple : Vous n'avez 'pas de plomb, mais vous avez de l'argent, Leibniz avoue lui-même qu'on ne révèle pas une qualité de l'argent, mais qu'on ne fait que la rappeler. Il n'y a dans tout cela que des vérités d'expérience et non des vérités nécessaires, car s'il plaisait à Dieu, l'argent cesserait d'être fusible, ou les métaux fondus ne redeviendraient plus solides. « Oui, dira-t-on; cependant il est nécessaire que l'argent soit fusible tant qu'il le sera; » mais c'est l'expérience qui nous apprend ce genre de nécessité; car il suffit de l'observation pour savoir qu'une chose est, si elle est, qu'une chose est ce qu'elle est, etc., ainsi pour toutes les autres tautologies.
L'axiome : Ce qui peut arriver à quelqu'un peut arriver a tous, est une proposition fondée sur l'induction, et Leibniz a dit lui-même que ce genre de propositions ne contient aucune nécessité K Quant à la maxime : Celui qui use de son droit ne fait tort a personne, il s'en faut de très-peu que ce ne soit un véritable axiome identique, car le mot tort étant le contraire de droit, il est clair que celui qui a pour lui le droit ne peut être accusé de tort. L'axiome revient donc à celui-ci : Le droit n'est pas le tort; la justice n'est pas l'injustice, ou la justice est la justice. Cette proposition tautologique ne nous apprend rien sur la nature de la justice, ni sur ce que celle-ci nous impose, ni sur l'origine de l'idée de justice dans l'esprit humain. Elle n'exprime pas du tout que l'intelligence humaine ne peut pas ne pas concevoir la justice, que cette conception est également nécessaire dans l'esprit de Dieu, que la justice est de ne pas faire de mal et