Pensées, édit. Faug. , t. II, p
ÏOO LIVRE IX
grandeur, de même l'intuilion de l'esprit a ses limites. Mais, répétons-le sans nous lasser, de ce que nous ne connaissons pas toutes c];ioses, il ne s'ensuit pas que nous devions abandonner les choses que nous connaissons. Il y a pour notre intelligence des mystères natu- , rels;'ils nous seront révélés quelque jour, et le besoin I ^ de les comprendre est une des raisons qui fondent l'espérance d'une vie à venir. Respectons ici-bas ces secrets, et ne nous rendons pas indignes de la vérité en rejetant I ce qu'il nous est donné d'en connaître/[Mais à quoi bon
^ ces exhortations? Le pyrrhonisme n'a été que sur les
lèvres des pyrrhoniens. Il n'est jamais entré pour eux dans la pratique, qui est la pierre de touche de la théorie. Les paroles de tous les sceptiques ont été contredites l/f par leurs actes, et souvent par d'autres paroles qui leur sont échappées et qui ont trahi le véritable état de leur esprit.
Ceux qui nous refusent les moyens de connaître par nous-mêmes la vérité et nous renvoient à une révélation transmise soit par la parole et la tradition, soit par le consentement général, soit par l'autorité d'un arbitre unique et suprême, méconnaissent les faits et se contredisent eux-mêmes. Ils méconnaissent les faits, en ce qu'ils nient l'existence de nos perceptions et la sécurité qu elles nous inspirent, et ils se contredisent, parce qu'ils sont obligés de reconnaître ces perceptions pour nous proposer leur doctrine.
On a dit encore de nos jours que nous ne pourrons jamais être assurés si notre entendement est bien approprié à l'acquisition de la vérité, et si une autre intelUgence ne nous donnerait pas d'autres notions, et l'on a ajouté, que tout esprit, même celui de Dieu, devait se poser cette question et était dans l'impossibilité de la ré soudre. Nous pourrions nous consoler d'une disgrâce que nous partagerions avec Dieu. Mais il ne nous est pas pos'
LES FACULTÉS INTELLECTUELLES lOÎ
sible de rejeter notre esprit. L'homme s'appuie toujours sur lui-même; dans ses efforts pour s'abandonner, il ne se quitte jamais, et en chercliant à se nier il s'affirme. Si notre esprit se mettait en doute, il se fierait à luimême pour affirmer son doute; il doit donc s'y fier aussi pour affirmer ses perceptions, ses conceptions et ses croyances.