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sance augmente avec le nombre de ceux qui professent la même opinion; mais cette croyance du plus grand nombre, bien que nous aimions à y céder, n'est pas une certitude; elle peut se tromper et nous conduire à Terreur,
g 13. Résumé.
Récapitulons ce que nous avons dit sur le problème delà certitude, du doute et de l'erreur. Les philosophes grecs ont distingué la nature de la connaissance d'avec la nature de la croyance, mais ils n'ont pas bien assigné les objets de l'une et de l'autre. Platon appliquait la connaissance aux choses générales, et la croyance aux choses particulières; mais le particulier est aussi bien que le général un objet de la connaissance, et le général peut être comme le particulier un objet de la croyance. La langue oratoire et poétique, qui s'embellit de figures et de fictions, peut sans inconvénient employer le mot croire pour le mot savoir, et réciproquement; mais il . n'en est pas de même de la langue philosophique.
Nous avons vu que l'évidence, la clarté ou la distinction des idées ne suffit pas pour faire reconnaître celles qui s'appliquent à des objets extérieurs, comme les perceptions, celles qui ne sont rien hors de l'esprit, comme les conceptions, et celles qui peuvent répondre ou ne pas répondre à des réalités, comme les croyances. L'idée du triangle parfait est aussi claire que l'idée de l'infini, et cependant, de l'aveu de Descartes, l'une peut n'être rien en dehors de l'esprit, tandis que l'autre répond à un objet indépendant de l'idée que nous en avons. Leibniz, en demandant qu'à la clarté de l'idée s'ajoutât la possibilité de son objet, en d'autres termes, que cette idée ne contînt pas de contradiction, n'a pas demandé encore assez, car Descartes avait l'idée claire des tourbillons, ' m. — 7
ces tourbillons étaient possibles, ils ne contenaient pas de contradiction, et cependant ils n'ont jamais existé que dans l'espTit de Descartes.
La croyance n'est pas le doute ; celui-ci se compose de deux croyances qui marchent en sens contraire.' Là où il n'y a qu'une seule croyance, le doute n'existe pas. ; Deux croyances se combattent lorsqu'elles s'appuient sur deux phénomènes ou sur deux signes différents : tel est le doute raisonnable, le doute propre à l'humanité; quant à celui qu'on a nommé le doute philosophique ou le doute méthodique, s'il veut s'étendre aux connaissances ou même aux croyances qui ne sont combattues par aucune autre, il est impossible et chimérique. Les pyrrhoniens l'ont tenté et ils se sont frappés de contradiction.
Les facultés de connaissance n'admettent ni le doute ni l'erreur, les facultés de croyance peuvent seules douter et se tromper. Les perceptions sont infaillibles, même celles des sens extérieurs; les conceptions n'ayant pas d'objet externe ne peuvent mal le représenter; 'l'objet de la croyance peut seul être ou n'être pas. La croyance que confirme la réalité est vraie; celle qui ne rencontre pas la réalité est fausse : telle est l'eri'eur.
La plupart des philosophes anciens ont rejeté la certitude des sens extérieurs; les uns, parce que l'étendue que nous font percevoir le toucher et la vue était considérée par eux comme divisible à l'inflni, et qu'il résultait de cette divisibilité des propositions contradictoires; les autres, parce que l'étendue ne s'accorde pas avec les atomes discontinus et mobiles dont se composent les corps; d'autres enfin, parce que les organes extérieurs modifient les objets qu'ils nous donnent à connaître, et que les sens leur paraissaient en contradiction les uns avec les autres. Nous avons fait voir que la divisibilité à l'infini donne des divisions non étendues, qu'elle détruit
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l'étendue au lieu de la diviser, et que, par conséquent, la véritable étendue n'est pas divisible à Finflni; que l'étendue est un fait, et qu'il faudrait l'admettre quand même on ne pourrait pas le concilier avec les atomes discontinus et juobiles qui sont seulement une hypothèse; que les sens nous font connaître le rapport des objets extérieurs et des organes, et qu'ils ne sont pas en désaccord, parce qu'ils ne montrent pas le même objet. Les sophistes et les pyrrhoniens ont prétendu aussi que l'homme ne connaît rien d'absolu, de nécessaire, d'infini. Nous avons montré que parmi les difficultés signalées parces philosophes, quelques-unes étaient vaines et supposées, quelques autres réelles et sérieuses ; que le pyrrhonisme serait une doctrine raisonnable, s'il se contentait de renverser certains systèmes philosophiques et de montrer les limites de l'esprit humain, mais qu'il ne faut pas condamner toute connaissance, parce qu'il y a
ertaines choses que nous ignorons. Un espace, un temps,— 7 J / une substance active qui n'ont jamais commencé effrayent notre imagination, et cependant nous sommes contraints de les admettre, à moins de supposer que tout ce qui est soit sorti du néant. Gomment cette substance active a-t-elle
réé les corps et même les esprits? Gomment les sub- î/i stances agissent-elles les unes sur les autres? A quel moment précis le jour se change-t-il en nuit et la nuit en jour? Où est la limite entre les espèces, entre un bois et une forêt? C'est ici que nous pouvons dire avec Pascal : « Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. Connaissons donc notre portée : nous sommes quelque chose et nous ne sommes pas tout ^ » [ De même que nos sens ne saisissent qu'un certain milieu et laissent échapper l'extrême petitesse et Textrême