La Logique ou VArt dépenser, 5^ édit., p
Lerme ; ceux qui désirent. L'attribul a éle exprimé dans l'autre proposition et y a été aussi rapproché du terme : ceux qui désirent; il en est résulté que le sujet et l'attribut de la conclusion, convenant l'un et l'autre à un troisième terme, ont dû se convenir entre eux. Le raisonnement se compose donc d'un sujet et d'un attribut qui, ne pouvant être commodément comparés l'un à l'autre, sont comparés à une mesure commune ou à un troisième terme, qu'on appelle terme moyen, parce qu'il sert d'intermédiaire entre les deux termes à comparer, à peu près comme lorsqu'un architecte, voulant comparer deux fenêtres d'un bâtiment, et ne pouvant pas les mettre Tune sur l'autre, applique successivement la toise sur chacune d'elles et conclut que, si elles sont égales à la toise, elles sont égales entre elles. Mais il faut sortir des figures, et voir comment deux termes d'un jugement, c'est-à-dire deux idées, qui ne se mesurent pas en longueur et en largeur, peuvent se convenir entre elles ou convenir à une troisième idée.
A quelle condition le terme Vavare convient-il au terme ceux qui désirent ? à celte condition que l'avare est un individu de la classe de ceux qui désirent ; et comment ce dernier terme convient-il lui-même au terme : sont malheureux ^ ? Parce que ceux qui désirent sont une espèce du genre des malheureux. Le rapport qui unit les trois termes est donc ici le rapport de l'individu à l'espèce et de l'espèce au genre. Or, le genre n'étant formé que des qualités communes aux espèces, et l'espèce que des qualités communes aux individus, ce qu'on dit du genre se dit des espèces, ce qu'on dit de l'espèce se dit des individus.
Le sujet de la conclusion, comme celui de toute proposition est ordinairement moins étendu que l'attribut,
1. La Logique ou l'Art de penser, liv. III, chap. 1", 5^ édit , p. 233.
OPÉRATIONS COMPLEXES DE l'iNTELLIGENCE 405
lequel peut convenir à plusieurs autres sujets. Le sujet de la conclusion s'appelle donc le petit terme, le moindre terme, le terme mineur, c'est-à-dire le terme le moins étendu, terminus minor, et l'attribut s'appelle le grand terme, le terme majeur ou le plus étendu, terminus major. Le terme de comparaison, dans lequel rentre le sujet de la conclusion, rentre lui-même dans l'attribut, il tient le milieu entre le petit terme et le grand terme sous le rapport de l'extension, et c'est une nouvelle raison pour qu'on l'appelle le terme moyen. La proposition, dans laquelle le moindre terme est rapproché du terme de comparaison, s'appelle mineure. Celle où le plus grand terme est rapproché du moyen, s'appelle majeure . L'ordre des propositions ne change pas le caractère de chacune d'elles, ni la nature du raisonnement. La majeure peut être placée la seconde, ou même la troisième. La conclusion peut être exprimée la première, ou placée entre les deux autres propositions.
Dans quelque ordre que les trois propositions soient exprimées, la conclusion est toujours mentalement précédée des deux autres propositions, qui en sont le fondement, puisqu'elles servent à confronter les deux termes de la conclusion au terme de comparaison. Pour cette raison, elles sont appelées propositions préconçues, précédentes, prémisses, j)rœnnss(B , quoiqu'elles puissent s'exprimer les dernières dans le discours. La conjonction donc annonce que les prémisses ont été exprimées avant la conclusion ; la conjonction car annonce que l'une des deux prémisses ou toutes les deux vont être exprimées après la conclusion.
§ 2. Les différentes formes du raisonnement.
Lorsque les trois propositions d'un raisonnement sont exprimées, elles forment ce qu'on appelle un syllogisme
Dans le langage familier et dans la langue oratoire et poétique, on n'exprime pas toujours les trois propositions du syllogisme; on peut sous-entendre celle qu'on veut; l'esprit supplée à ce silence, et il achève mentalement le raisonnement qui s'appelle alors enlhymème '. On peut vérifier cette observation en sous-entendant l'une ou l'autre des trois propositions dans l'exemple que nous avons cité.
Quelquefois le sujet de la conclusion est comparé à un moyen terme dont la convenance avec l'attribut ne s'aperçoit pas du premier abord ; on a besoin de comparer celui-ci à un second moyen, puis le second à un troisième, jusqu'à ce qu'on en trouve un qui convienne clairement à l'attribut. Ces comparaisons successives se font par des propositions qui s'ajoutent aux trois propositions fondamentales du raisonnement et composent une cxcumulation ou monceau qu'on appelle sorite ^. On peut résoudre le sorite en autant de syllogismes particuliers qu'il y a de moyens intermédiaires entre le sujet et l'attribut de la conclusion.
Lorsque la majeure et la mineure sont accompagnées de développements qui les éclaircissent, cette forme du raisonnement, qui est usitée dans l'art oratoire et qui est à proprement parler une réunion de plusieurs enthymèmes, forme, suivant Port-Royal ^, un autre genre de sorite qu'on appelle épichérème ^, d'un mot grec qui signifie attaque ou argument.
Si le sujet est rapproché de l'attribut par un double moyen qui comprenne toutes les suppositions possibles, cet argument, qui conclut des deux côtés, est un troi-