‹ Traité des fibromes de la paroi abdominale [electronic resource]Chapitre 32 sur 46 · PREUVES DES ACCIDENTS DUS A LA RÉTENTION · texte numérisé non relu

PREUVES DES ACCIDENTS DUS A LA RÉTENTION

Observation LXX. — Tumeur prépéritonéale, par Buntzen (1).

Anne-Marie J..., servante, âgée de 23 ans, entre pour la deuxième fois dans l'hôpital le 1" février 1865. Il y a trois ans la malade, en

(I) Hospital Tidende, W année, u<" 40-41.

COMPLICATIONS IMMÉDIATES DK l'oPÉRATION. 305

voulant lever un cuvier, tomba et vint à heurter la partie inférieure de l'abdomen contre l'anse de ce cuvier. H se forma une tumeur de la grosseur d'une noix, tout près de la branche horizontale du pubis. Il V a un an, un accouchement normal eut lieu après une gestation régulière. Pendant la grossesse, la tumeur avait commencé à s'accroitre peu à peu ; depuis lors elle s'est aggravée progressivement. En grandissant, elle était un peu douloureuse ; elle gênait aussi pendant la marche. Une première fois la malade s'était fait recevoir dans le Kommune hospital, il y a sept mois. Elle y fut traitée avec des cataplasmes jusqu'à sa sortie qui eut lieu, il y a quinze jours, sans qu'elle eût obtenu ce qu'elle désirait : l'opération.

Étal actuel. — Dans la station assise et pendant la marche, la tumeur gêne beaucoup la malade qui persiste dans son désir d'opération. Cette femme a un air de santé et de prospérité ; toutes ses fonctions sont en bon ordre. Elle a eu ses règles pendant son premier séjour au Kommune hospital et elles sont passées cette fois depuis quelques jours. La défécation, la miction n'ont jamais présenté de troubles. On sent sur la branche horizontale du pubis, entre l'épine ihaque et la ligne blanche, une tumeur très dure, inégale à sa surface et de la grandeur de la paume de la main ; elle est assez mobile ; les téguments se déplacent avec facilité. Celte tumeur est nettement limitée dans toute la circonférence, mais les doigts ne peuvent la suivre dans la profondeur. Par l'exploration vaginale on trouve l'utérus à l'état normal. Après avoir vidé la vessie on sent par le vagin, à droite du corps de la matrice, la face inférieure de la tumeur. Elle semble un peu plus unie. Elle pénètre profondément et se laisse toucher à travers la paroi vaginale parle doigt explorateur. Elle est solide et dure sur cette face postérieure comme sur l'antérieure et présente, de même, quelques points douloureux. Pas de douleurs dans la cuisse, pas d'embarras dans les mouvements, surtout dans la position horizontale. Quand la malade est levée, sa jambe devient œdémateuse et elle ressent des douleurs dans la région coxo-ihaque et dans la partie supérieure de la cuisse.

Le 17 féviier. — Sur ses demandes réitérées, opération. Incision oblique en bas et en dedans, vers l'anneau inguinal, longue de 4", coupant la peau, l'obhque externe et ses aponévroses. On rencontre la tumeur un peu inégale, bien encapsulée et d'une dureté fibreuse. Son enveloppe fibreuse disparaissait dans les fibres musculaires et tendineuses. Son siège était dans la paroi même de l'abdomen, sous le bord du droit, en descendant vers la surface péritonéale du pubis et s'étendant vers le ligament de Fallope. En rasant avec précaution, on trouva au centre de la plaie le péritoine pariétal dénudé dans l'étendue d'un écu et avec sa coloration gris perle.

Labdé. — Fibromes. 20

La plaie est réunie par trois sutures métalliques profondes. L'abdomen est enveloppé de bandes de laine.

La tumeur extirpée avait environ le volume des deux poings fermés. Elle était composée de cinq ou six parties globulaires qui se mêlaient insensiblement. A la coupe elle était solide, criait un peu sous le scalpel, avait une couleur blanchâtre généralement, et présentait des places fortement fibreuses, tantôt disposées concentriquement dans chaque lobe de la tumeur, tantôt courant de l'une à l'autre. Au microscope on la trouva principalement composée de tissu fibreux avec un peu de tissu conjonctif çà et là. Il y avait quelques fibres musculaires lisses mêlées à l'ensemble {fibrome).

Le 18. — Hier soir un peu de douleur, légers frissons. Les douleurs de l'abdomen se sont aggravées un peu; pas beaucoup de tension, vive douleur dans l'étendue de la paume de la main, mais en dehors de la blessure, soif vive. Pouls 104°.

Le 19. — Un peu de pus par pression de la plaie.

Le 21. — La dilatation du ventre s'est augmentée hier. Elle s'étend jusqu'au cardia.

Il survient de l'oppression, de la dyspnée et des vomissements. Le pouls monte à 130°, la langue se sèche.

Deux jours après, le 23, la malade meurt avec des signes de péritonite et de pneumonie. La plaie est devenue emphysémateuse.

Autopsie. — Dans l'abdomen, péritonite marquée avec injection des intestins fortement gonflés d'air, soudés çà et là par un exsudât peu abondant. Il y avait aussi un peu d'exsudat liquide. La péritonite est assez étendue dans tout l'abdomen, même à la partie supérieure du foie et à la partie inférieure du diaphragme, mais pas à l'estomac. Dans la cavité thoracique, on trouva de la pleurésie des deux côtés, dans la moitié inférieure, avec un exsudât gélatineux adhérent même à la base des poumons. Dans le poumon gauche, congestion sanguine. Dans le bord inférieur du poumon droit, hépatisation rouge. Le tissu non aéré, résistant, s'enfonce dans l'eau. Dans la paroi abdominale, autour de la plaie, du haut en bas, une infiltration purulente du tissu conjonctif inter-musculaire existe. Elle renferme surtout en haut et en dehors des bulles d'air qu'on peut faire cheminer. En bas l'infiltration s'étend jusqu'à la symphyse du pubis et derrière celle-ci dans le bassin autour de la vessie et du vagin. Le pus ne s'était pas beaucoup collecté.

Page 1