INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS
sation, aux pertes cle sang abondantes, au choc opératoire, k une terminaison précipitée de l'opération. Il suffit de relever les observations pour voir quels dangers offre cette hâte de terminer l'extirpation (péritoine ouvert, péritoine réséqué trop largement, etc). C'est pour cette raison que nous conseillons d'opérer sans délai.
Mais l'accord n'est pas parfait en France. Deux jeunes docteurs. Guerrier en 1885 et Damalix en 1886, ont repris les idées de Nélaton et déclaré que l'opération des petites tumeurs était dangereuse et qu'il fallait attendre, pour intervenir, qu'on y soit forcé.
Ils s'appuient sur des observations recueillies dans le service de leurs maîtres. Le premier a vu un cas de mort chez Verneuil et un autre chez Trélat. Le second a recueilli deux cas de mort chez Trélat.
Nous citons les principaux arguments donnés par Damalix dans sa thèse.
« Des faits, dit-il, sont venus s'ajouter qui sont de nature non pas à modifier d'une façon absolue les opinions qui ont cours habituellement sur ce point de thérapeutique chirurgicale, mais tout au moins à apporter certaines restrictions aux conclusions très optimistes et peut-être trop hardies qui ont été formulées au sujet des tumeurs fibreuses de la paroi abdominale. Quelle que soit, en effet, la tolérance du péritoine, on ne saurait méconnaître qu'il existe des cas où, malgré l'habileté des opérateurs, malgré les soins qu'ils apportent dans l'exécution des précautions antiseptiques, toutes les prévisions ont été déçues par des accidents que rien ne pouvait faire prévoir et qui surprendront d'autant plus que, depuis un certain temps déjà, on est habitué à considérer le péritoine comme un facteur d'une importance restreinte dans les
opérations pratiiiuées, journelleineiiL, sur les organes de- la cavité pelvienne. »
Aux pages 24 et 25 (article Traitement), il revient sur cette idée et dit : « Dans les tumeurs fibreuses petites, douloureuses il y aurait témérité à prati(juer l'extirpation radicale, mieux vaut attendre que s'exposer à des reproches non mérités. »
Enfin dans ses conclusions, il insiste de nouveau :
« Si le fibrome est de petit volume, non douloureux, sans phénomènes fonctionnels, il est prudent de s'abstenir de toute intervention.
« Dans les cas contraires on aura recours à l'abiation complète et radicale de la tumeur. »
En résumé il conseille de n'intervenir qu'à toute extrémité et lorsque la tumeur traduit sa présence par des phénomènes douloureux plus ou moins graves, quand par son volume elle gène les fonctions intestinales et quand elle peut, par ses poussées successives et son développement rapide, éveiller l'idée d'une transformation sarcomateuse.
Il est en elfet des cas où le fibrome reste stationnaire et ne traduit sa présence par aucun symptôme, où, sauf quelques douleurs au moment des règles, il n'y a aucune gène dans les autres fonctions. Nous pourrions citer un certain nombre d'exemples où les malades, non opérées du reste, étaient en possession de leurs tumeurs depuis dix et même quatorze années, et l'on trouvera dans nos observations quel(iues-uns de ces exemples. On peut se demander alors si, dans ces cas, il n'est pas préférable de rester dans l'attente, de surveiller la marche de l'évolution de ces tumeurs si peu incommodes plutôt que d'exposer les malades aux dangers des accidents terribles de la péritonite.
Avant de nous prononcer, analysons les cas qui servent
INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS. .y6\
do base au l'aisoimeincnt de (iiierrier et de Danialix.
Est-ce l'opération elle-même qui a été dangereuse? non, le péritoine n'a jamais été découvert ; l'opération a été facile, courte ; il n'y a pas eu de perte de sang, pas de choc opératoire; le pansement a été fait suivant les règles antiseptiques. Aucun de ces malades n'est mort d'une péritonite traumatique succédant immédiatement à l'opération. 11 s'est toujours écoulé deux ou trois jours avant que les accidents n'éclatent. Dans le cas de Verneuil on observe une rétention de sang qu'il faut faire écouler par la pression, et le troisième jour survient une péritonite suraiguë. Chez les malades de Trélat : dans un cas, le troisième jour, des accidents abdominaux se montrent, et le malade meurt de péritonite le septième après l'opération. Dans un autre cas les accidents de rétention se montrent au deuxième jour : langue saburrale, soif vive, élévation du pouls. Cet état persiste deux jours et, le cinquième après l'opération, la péritonite survient. Comparez cette marche des symptômes à ce que nous avons décrit sous le nom de rétention, et vous trouverez une ressemblance exacte.
De semblables cas de mort ne prouvent pas qu'il ne faut pas opérer, mais qu'il faut prendre des précautions pour s'opposer à la rétention.
Existe-t-il des contre-indications tirées de l'état général des malades? nous ne le pensons pas. L'apparence d'un état cachetique n'a pas arrêté les opérateurs, et l'urgence a souvent déterminé à passer outre, malgré des conditions qui semblaient contre-indiquer toute intervention; ainsi Péan a opéré malgré une grossesse : la malade a guéri et est accouchée sans accidents,