L. CoLLN^ Fièvre
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Outre les marais d'Ostie et de Porto dont nous avons prouvé rinsufBsance comme cause générale de rinsalubrité de la Campagne romaine, il n'existe guère dans celle-ci, comme surface marécageuse, que les lacs des lies flottantes^ situés à cinq lieues de Home, vers Tivoli, et ne présentant pas une étendue de plus de 100 hectares ; personne n'admettra qu'ils puissent vicier Tatmosphère d'une surface de 200,000 hectares,d'autant plus que là encore la malaria n'est pas plus forte à leur pourtour que dans des localités éloignées.
On a, dans ces dernières années, desséché le lac de Gables, dans la pensée de supprimer ainsi une source d'insalubrité ; si nous rappelons que l'antique ville de Gabies florissait jadis au bord de ce lac, et renfermait une population assez vigoureuse pour tenir tête à Rome déjà puissante, on admettra difficilement que ce lac ait été par lui-môme bien dangereux ; que sera-ce si nous ajoutons que, depuis son dessèchement, il semble au contraire que la malaria n'ait fait qu'augmenter dans les régions avoisinantes 7
Toujours dans le même ordre d'idées, on a incriminé les cours d'eau qui traversent la Campagne romaine, et particulièrement l'influence des alluvions et des débordements du Tibre et de l'Anio.
De tout temps, les Romains ont attribué une influence considérable, sur l'état sanitaire, aux inondations du Tibre qui semblent assujetties à des retours périodiques. Un médecin romain du, seizième siècle, Cagnati, a même fait un livre destiné surtout à rassurer l'opinion publique sur le
trouTé le sol parfaitement sec, et nous acceptons cnllèrement le Jugement porté aa commencement de ce siècle par un des écri? ains qui ont le miens étudié ce pays t
« La campagne môme de Rome est si peu marôcageuse, que Je ne connais pas de pays sans police où il y ait si peu d'eau stagnante que dans la grande lilaine de Rome. (Bonstetten, Voyage sur la scène des sise derniers livres «te P Enéide. Génère, un XUI, p« 231.)
danger de ces débordements auxquels il prouve qu'il ne faut pas accorder en général plus d'importance qu'aux autres événements extraordinaires invoqués habituellement comme présages des épidémies (t) ; il prouve de plus que dans les maladies entraînées à Rome par ces inondations, les riverains du Tibre n'ont pas été plus gravement frappés que les habitants des quartiers éloignés ; il rapporte même l'histoire d'un pape, Pie V, mortellement atteint, bien qu'il résidât sur le Quîrinal, séparé du cours du Tibre par toute la largeur de la ville.
Mais en outre, en lisant la description des symptômes de ces épidémies qui reparaissaient en général tous les quatre ou cinq ans, comme les inondations du fleuve, on voit qu'il est question de taches pétéchiales, de bubons; on a par conséquent affaire, non pas à des fièvres palustres, mais à la peste ou au typhus, dont on comprend les explosions dans une ville inondée, où les riverains, chassés de leurs demeures par les débordements du fleuve, vont subitement enconâbrer les autres quartiers (2).
On le voit donc, les débordements du Tibre ne produisent pas les fièvres intermittentes ; et, pour mon compte, il m'est arrivé d'assister à une de ces inondations, pendant laquelle le fleuve s'est étendu jusqu'au centre de la ville, au Corso, sans qu'il en soit résulté de modifications notables de l'état sanitaire.
Ce qui, du reste, rend ces inondations moins dangereuses, c'est qu'en général elles ne s'opèrent que dans la ville même de Rome, où le lit du fleuve est plus étroit, en-
(1) Cagnati, de Tiberis inundatione .
(2) On sait que Fracastor, qui le premier a décrit le typhus, attribua cette affection aux inondations du Pô ; en effet, ces inondations clinssaient les habitants de la campagne vers les villes où Tencombrement développait la fièvre pétéchiale qui alors, comme à Rome aux temps dont nous parlons, résultait indirectement du débordement d'un fleuve, mais sans faire en rien partie, malgré cette origine, du groupe des affections palustres.
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combré de débris de ponts, de ruines de toutes sortes, tandis qu'elles sont très-rares dans la campagne, où le Tibre est plus encaissé, et en même temps plus large, mais où ses débordements seraient beaucoup plus redoutables en raison de la richesse du sol dont il est bordé, sol bien autrement pénétrable en outre que les rues pavées d'une grande ville.
Les autres rivières qui traversent VAgro romano sont également très-encaissées, ainsi T Anio, la Cremera, dont les parois perpendiculaires s'élèvent à 5 ou 6 mètres au-dessus du lit des eaux ; nous n'avons guère rencontré dans la Campagne romaine qu'un cours d'eau, ou plutôt un ruisseau, coulant toujours à pleins bords; il est connu sous le nom de fosso deWacqua maranna^ se dirige des monts Albains à la porte Saint-Jean de Latran ; mais ses proportions sont si restreintes, que, par ses débordements, il ne donnerait lieu qu'à des conditions toutes locales d'insalubrité, et par le fait, c'est à une inondation, produite par ce ruisseau, qu'a été due Texplosion d'une des épidémies relatées par Lancisi, et dont souffrirent exclusivement les habitants du quartier' Saint- Jean de Latran.
Si, de la configuration et de la superficie du sol, qui ne nous témoignent de l'existence d'aucun foyer palustre suffisant, nous passons à sa structure géologique, nous trouvons que cette structure présente au contraire la meilleure condition pour maintenir à une certaine profondeur une humidité considérable et même des nappes d'eau souterraines.
D'après les renseignements qu'a bien voulu me communiquer un géologue très-distingué, M. Bleicher(l), la couche superficielle du sol est constituée, dans toute cette cam-
(0 Pendant qu'il était avec nous attaché aux hôpitaux de Rome, M. Bleicher a fait une série de travaux remarquables et très- appréciés sur la géologie de la Campagne romaine, en particulier du mont Sacré et du mont Mario. Dans ses Essais sur la géologie des environs de Rome {Rrvie britannique^ 18C7), il a parfaitement résumé les diverses phases subies par ce bassin.
pagne, par un dépôt de tuf volcanique résultant d'éruptions sous-marines (1).
Ce dépôt, extrêmement poreux, repose lui-même sur une couche de marne sub-apennine imperméable qui s'étend d'une extrémité à l'autre de la Campagne romaine (2), en sorte que nous rencontrons ici les conditions physiques du sol les plus favorables à l'accumulation d'une quantité d'eau plus ou moins considérable à une certaine profondeur.
Nous avons dit plus haut pourquoi nous contestions d'une manière absolue le nom de marais à ces nappes d'eau souterraines (voir page 4) ; mais, si nous nous refusons à y voir des foyers palustres, nous les regardons comme un des éléments les plus essentiels delà fertilité d'un sol sec en apparence, et dont l'histoire va nous prouver toute la fécondité.
Non-seulement les anciens Romains cultivaient la terre, mais, comme on le sait, ce métier d'agriculteur était chez eux la plus honorable des professions.
Ce pays si pauvre aujourd'hui, le Latium, si pauvre que le pain qu'on y mange vient de Rome, était richement cultivé, et nourrissait une foule de villes presque contiguës les unes aux autres là où nous ne voyons qu'un vaste désert. Quant à Rome même qui, sous le roi Servîus Tullius, en l'année 177 de sa fondation, comptait 320,000 habitants, trois fois plus que la Rome actuelle (3), elle nourrissait
(1) Ces éruptions provenaient de cratères encore aujourd'hui parfaitement déternainés et convertis en lacs ; ce sont les cratères étrusques de Vico et de Bolsena qui ont contribué à constituer, parleurs éruptions, la plaine du bassin de Rome, bien plus que les cratères latins des monts Âlbains.
(2) Ainsi d'une part cette couche affleure le sol près de Tivoli où elle s'appuie sur le calcaire jurassique des contre-forts des Apennins; à ce niveau elle plonge sous le tuf volcanique par une stratification très-doucement inclinée (1° à 1°,30 sur l'horizon, ; puis elle vient émerger d'autre part à Ponte- Galera (embouchure primitive du Tibre), formant par son ensemble un vaste bassin rempli du tuf poreux qui constitue la Campagne romaine. (Communication de M. Bleicher. )
(3) Dureau de la Malle, Mémoires de r Académie des inscriptions et belleslettres^ 1804-1807.
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cette population par la culture d'un territoire qui peut^Atre n'avait que 10 à 12 lieues carrées (1).
Il fallait d'une part que oe sol, si restreint, fût soigneusement cultivé, d'autre part qu'il ne fût pas toxique, conditions intimement unies comme nous le verrons h chaque pas dans la suite de ce travail, comme nous pouvons le prouver de suite en comparant à ces faits historiques ce qui se passe aujourd'hui : dans cette plaine, où Ton ne vmt plus que quelques champs cultivés, il y a un tel danger à en affi*onter les exhalaisons, qu'il faut récolter rapidement, précipitamment, afin de séjourner aussi peu que possible dans la campagne ; il semble que chaque moisson soit un laN cin fait à ce sol meurtrier, qu'il faut fuir au plus tôt après lui avoir dérobé le peu qu'il donne encore. « Pendant les moissons, des troupes d'ouvriers sont frappés simultanément, et on rencontre souvent dans les campagnes des mourants qu'on transporte à l'hôpital, ou des cadavres de malheureux que la mort atteignit dans un sillon, loin de tout œil humain, et qui ne doivent la sépulture qu'à de pieuses confréries, dévouées à cette recherche charitable (2). »
Jadis, au contraire, l'air de la Campagne romaine était si salubre que l'on préférait pour leur vigueur les soldats fournis par les tribus rustiques à ceux des tribus urbaines.
Dans les siècles suivants, sous la république, l'agriculture fit encore des progrès, et Pline, en vantant ses prodiges, en donne pour raison Fillustration de ceux qui la prati-
1) Alors en efifet le territoire romain était borné au nord par le Tibre dont la rive droite appartenait aux Étrusques ; le Latium n'était conquit qQ*eo très-petite partie ; en sorte que Rome ne possédait guère que la plaine eonprise entre elle, Albano et Gabies.
(î) De Tournon, loc, cit , liv. I, chap. ix. — Aujourd'hui encore existent à Rome, à Clvità-Vecchia, des congrégations de la mort (délia morte) reeueiHaat les cadavres des individus morts dans la campagne, victimes du sol ou du brigandage ; ceux qui ont visité Rome à Tépoque de la fôte dee morts ont pa voir conservés, sous forme de trophées, dans des chapelles aonrerralnes, les squelettes des corps ainsi recueillis par ces confréries.
quaient, et qui alors étaient les généraux et les triomphateurs : Ipsorum tune manibus imperaiorum colebantur agriy gaudente terra vomere laureatOj et triumphali aratore. Le triomphateur qui aujourd'hui voudrait, comme Gincinnatus, laisser Tépéé pour la charrue, courrait autant de risques à ce métier qu'à celui des armes.
Il est vrai que, sous la république, le territoire était partagé en petits héritages, et que les citoyens seuls avaient le droit de cultiver, <c les esclaves étant relégués dans la ville, et n'y exerçant que les professions interdites aux hommes libres » (1).
Une période bien différente s'ouvre à l'époque où, après avoir soumis ou détruit les peuples voisins, les Romains furent entraînés au loin par des guerres incessantes ; c'est alors que l'éloignement des hommes libres livra le sol à la culture des esclaves, que le soldat cessa d'habiter les champs qui étaient distribués après la victoire, qu'il les vendit à vil prix, que tous ces lots, réunis par des mains avides, constituèrent enfin d'immenses propriétés, trop grandes pour être cultivées, et qu'on laissa dégénérer en pâturages, état qu'elles offrent encore aujourd'hui. « Les descendants de ces illustres laboureurs, dit Varion, transformèrent les champs en prairies, par avarice, et par mépris des lois (2). »
Non-seulement l'agriculture tomba quand elle fut abandonnée à des mains flétries par les fers (3) ; mais sa ruine fut
(1) Dureau de la Malle {loc. cit.). On sait au reste que les noms les plus illustres de cette époque, Fabius, Lentinus, Pison, Cicéron même, ont pour racines des mots indiquant bien en quel honneur était Tagriculture, dont ces noms indiquent les produits les plus vulgaires.
(2) Ibi contra progenies illorum (agricolarum) propter avaritiam contra lege» ex segetlbus fecit prata (de Re rusticà). Cette transformation des champs en pâturage, transformation qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, maintient la vérité du mot de Pline : « Latifundia perdidere Italiam. »
(3) 11 est des pays où, par un singulier contraste, la suppression de ce fléau, Tcsclavage, a produit au contraire la ruine de Tagriculture et augmenté
.Tinsalubrité du sol : « L'émancipation des noirs à la Guyane a jeté dans la
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consommée par la coiiqu(>te de ia Sicile, ce grenier d'abondance qui dispensait Rome des soucis de ia culture de son territoire : « Dans le Latium, dit Golumelle, cette terre jadis si fertile, nous donnons des primes maintenant pour qu*on nous apporte du t)lé des provinces d*outre-mer. »
On ne vit plus autour de Rome que p&turages, parcs et villas ; la concentration de la propriété devint telle qu'au temps de Gicéron il n'y avait pas 2,000 citoyens qui possédassent une fortune foncière indépendante.
Plus tard, les largesses des empereurs, qui faisaient vivre le peuple de Rome dans l'oisiveté et les jeux du cirque, tenaient le prix du blé si bas que Ton cessa peu à peu d'en cultiver soit dans le Latium, soit dans le reste de la Campagne romaine ; il en résulta ce fait, étrange et terrible à la fois, de séditions causées par la famine, malgré la fertilité du sol, et au moment de la plus grande puissance de cet empire, chaque fois que les approvisionnements de blés faits à l'extérieur venaient à manquer par n'importe quelle circonstance.
Les hordes barbares qui, dès la chute de l'empire, envahirent successivement les provinces qui constituent aujourd'hui le territoire pontifical, ne devaient qu'augmenter une semblable désolation, bien que parfois on la leur reproche d'une manière trop absolue (1).
misère une classe d'habitants qui fuient le travail, et voient dans la cnlture \in souvenir de l'esclavage ; IMIe de Gayenne aurait bientôt disparu sons la végétation parasite, si de nouvelles dispositions ne rendaient aux cliamps les bras qu'ils oni perdus. (Laure, Considérations pratiques sur les maladies de la Guyane, p. 4.)
(1) « J'avoue que je me sens parfois irrité, et, comme Ton dit, mi sento montar la sennpn al naso, quand j'entends des personnages venus des régions glaciales, faire des jérémiades sur l'état déplorable de notre pays, et j'ai envie de leur dire : De quoi vous plaignez-vous ? Ne sont-ce pas vos aïeux qui ont fait cette belle besogne, et qui en quelques années ont anéanti le travail de tant de siècles, et réduit ce jardin du monde à l'état de lande déserte ! (Secchi, sulle Conàizioni igieniche del clima di RomOy p. 12.)
Ce furent surtout les déprédations commises sur le littoral par les Sarrasins qui empêchèrent pendant des siècles l'agriculture de se relever ; les habitants de la campagne disparaissaient les uns tués, les autres emmenés en captivité, les autres allant chercher sur les montagnes voisines un gîte plus sûr, où ils établissaient leur famille (I).
Cet état de choses, déjà si déplorable, ne fit qu'empirer durant le séjour des papes à Avignon ; la culture était devenue moins nécessaire que jamais, la population de Rome étant réduite à 17,000 habitants.
De l'époque du retour des papes sembla dater cependant une ère nouvelle pour l'agriculture ; celle-ci fut tellement favorisée par plusieurs pontifes, Grégoire XII, Sixte IV, Jules II, Clément VII, que le territoire pontifical arriva à rendre plus qu'il n'était nécessaire pour les besoins de sa population, et que le dernier de ces papes pouvait autoriser en 1530 l'exportation des grains toutes les fois que leur prix ne dépasserait pas certaines limites (2). Sous Paul IV, en 1556, Rome put exporter 200000 hectolitres de grains, après avoir nourri sa population qui s'élevait alors à 60,000 âmes.
Malheureusement le peuple murmurait, craignant que cette exportation fît enchérir le pain ; et cet essor de l'agriculture fut arrêté par la fondation d'un tribunal particulier. Vannona frumentaria^ tribunal investi du pouvoir de limiter à son gré et même d'interdire toute exportation de céréales. Malheureusement aussi, une fois fondée, cette institution fut énergiquement soutenue par une longue série de papes,
(1) Romani agricultores, partira in captivîtatem abdncti, partira occisi, partira assiduarum populatjonmn nietu, relictis patriis terris, in tutiora ac maxime raontana ioca rccess« runt, ibique haesiTunt. (Doni, De restituendâ saluhritate agri Romani. Florence, 10G7, p. 70.)
(2) Ainsi ce priocipe de l'exportation, dont on fait ordinairement honneur aux Anglais, fut posé par un pape du seizième siècle. (De Tournon, loc* cit. , liv. II, chap. II.)
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même des plus illustres, Paul V, Sixte-Quint (i) ; les propriétaires laissèrent revenir leurs champs à l'état de pâturage, et, comme Ta dit énergiqnement un médecin romain très-distingué, de Matthœis, ce vaste territoire semble bien plus destiné à la nourriture des bestiaux qu'à celle des hommes (2).
Mais ce ne sont pas seulement les champs cultivés qui ont disparu de la Campagne romaine. C'est encore la haute végétation, ce sont les forêts dont jadis elle était parsemée.
Le littoral en particulierélaitcouvert demyrtes, de lauriers, assez nombreux et assez développés pour suffireàla construction des navires étrusques (3). C'est là que se trouvait, entourée de tant d*aulres centres populeux, la ville de Lauretum oîi Pline allait sans danger passer tous ses étés, tandis qu'aujourd'hui Tinsalubrité y est à son maximum ; c'est un foyer non pas seulement de malaria, mais d'aria pessima (4). Comme trace de ces forêts, si bien rappelées par le nom même de Lauretum, on n'a plus sur le littoral que des buissons, des broussailles, et des maquis, ne ressemblant à aucun bois (5).
(1) La premièic source de cette radieuse aventure (rinsalobrité de la Campagne romaine) vient, à ce qu'on prétend, d'une fausse politique de Sixte- Quint ; quand il fut élevé à la papauté, le désordre et rimpunité régnaient dans l'État, où les principaux nobles s'étaient tous érigés en autant de petits tyrans. Il n'y avait guère moins do danger que de difficultés à renaédier aa mal bien ouvertement. Sixte-Quint voulut leur ôter leurs richesses, sources de leur insolence, en diminuant le produit immense qu'ils retiraient de leurs terres. Il fit défense absolue de sortir des blés de l'État ecclésiastique. (Ch. de Brosses, Lettres familières écrites d'Italie^ lettre 28.)
(2) Destinata più ali' alimento délie bestie, che à quello degli uomini, essendo sementata nella minor parte, e tennta à pascolo nella maggiore. (De Matthœis, Ratio clinici Instituti Romani. Romœ, 1816.)
(3) « Ut pro carinà navibus etruscis possint sufficere. (Théophraste . )
(4) On sait que par les termes ottima, fina^ sospetta^ mala ou cattiva^ et enfin pessima, les Romains expriment les différents degrés de salubrité ou d'insalubrité de l'atmosphère.
(5) Ce sont des arbres, des arbrisseaux, des buissons coupés, taillés, brisés
Mais, en outre, tout le reste du territoire était couvert d'arbres fruitiers et de forêts ; c'était au point que, sous Au* guste, Varron pouvait comparer la plaine romaine à un immense verger (1).
Aujourd'hui, au contraire, vous ferez des lieues sans rencontrer un arbre, dans cette vaste plaine, tkpigris ubi nulla campis arbor œstivâ recreatur aura ».
Il ne reste plus aucune trace de l'antique vénération du peuple romain pour les forêts qu'une superstition prévoyante avait consacrée aux dieux (2), et dont un grand nombre furent abattues pour la suppression du brigandage.
On sait cependant avec quelle énergie Lancisi a cherché à combattre au siècle dernier cette véritable manie de destruction, en opposant son autorité scientifique à la demande d'une des familles les plus puissantes de l'époque, qui voulait faire argent de la coupe d'une forêt située au voisinage des marais Pontins (3), et encore n'obtint-il qu'un demi-succès.
L'utilité de ces forêts était cependant, alors comme
à toutes les hauteurs, et la hache du charbonnier y est toujours en combat avecla nature la plus féconde (Bonstetten, loc. cit,^ p. 65}. En quelques heures aujourd'hui on y contracterait une flôvre pernicieuse ; jadis on y cherchait la santé ou rimmunité contre les affections les plus diverses : « Medici consuluerunt Gommodo principi ut, ssviente pestHentiâ, Lauretum peteret, ubi pinritna laurué consita erat. (Castaldus, De peste ^ cap. cclviii, n^ 17.)
(1) Non arboribus adeô consita est, at tota pomarium fideaturP (Vàrron, De re rusticd,)
(2) Les bois entourés d'un respect si profond, sous les rois de Rome, sous la république où des consuls veillaient à leur entretien, inspiraient encore une profonde terreur aux soldats de Gésaf) qui, malgré les ordres de leur chef, n*0Mnt finpper de leurs haches les arbres d'une forêt voisine de Marseille t
« Uotique verendA
Majestate loci, si robora sacra ferirent
la sua credebaut redituras membra secures.
(Lucain, Pharsale^ Ut. III, t. 429.)
(8) tiancisi, De it/lvà Ctstema et Sermonetœ consiliam in opéra omnia .
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aujourd'hui, consacrée par le soin que prenaient certaines congrégations religieuses, en particulier celle des Capucins, de choisir, pour rétablissement de leurs monastères, des sites entourés de bois (1).
Mais ce n'était pas seulement dans la plaine, c'était dans la ville elle-même que ces forêts étaient nombreuses et respectées.
Il y avait des forêts sur le Capitole, comme l'indiquent ces vers de Virgile sur la voie Sacrée :
Hinc ad Capitolia ducit Aurea niinc^ olim sylvestribus horrida dumis.
Il y en avait sur l'Aventin, si Ton en croit Ovide :
Constat ÀTeatinas tremuisse cacumina sylTse.
Sur le Palatin :
CoDstitit in summo nemorosi colle Palati.
Enfin sur le Quirinal :
Lucum pete colle Quirino
Qui viret et templum ronjani régis obumbrat.
De cette digression sur l'antique végétation du Latium, nous pouvons conclure au moins que ce sol non-seulement a été productif, mais qu'il offre cette richesse végétale propre aux régions sur lesquelles se sont entassées des masses de produits organiques en décomposition ; il en est
(1) Et bàc de causa Seraphici Eremitss vulgô Padri Capuccini nallioa onquàm monasterii adeunt posscssionem, quin prius sylvam conseverint contra insalubres ventes et exhalationes, quibus alioquin forent obnoxii. (Lancisi, De sy/vd, etc., p. 95.)
Cette remarque de Lancisi est encore d'une actualité frappante ; et ce n'est guère qu'auprès des couvents que Ton rencontre, dans VAfjro romano, los restes des anciennes forêts de ce pays, comme on peut s'en assurer en visitaut les sites magnifiques qu'ils occupent autour d'Âibano, Fraacati, Tivoli, etc.
de la Campagne romaine, comme des prairies de l'Amérique du Nord, où la puissance de production est supérieure à ce qu'on laisse donner au sol, et devrait être épuisée par une culture plus complète et plus profonde ; la fertilité de ce genre de terres est merveilleuse, et quand, au bout de cinq ou six ans de repos, les grands propriétaires ensemencent une parcelle de leurs vastes domaines, on voit se développer la végétation la plus luxuriante.
Mais nous devons insister en outre sur une autre conséquence de cette nudité actuelle du sol ; il en résulte un nivellement beaucoup plus complet de sa surface, une véritable exagération de sa configuration déjà si plane, malgré les faibles ondulations dont nous avons parlé. On comprend dès lors avec quelle puissance, dans la journée, le soleil doit échauffer cette terre dont aucune parcelle n'est à l'abri de ses rayons,, et avec quelle facilité doivent se produire les exhalaisons telluriques ; et, d'autre part, avec quelle intensité sur cette immense surface presque unie s'opéreront le rayonnement nocturne, le refroidissement qui en résulte, et, en fin de compte, la condensation de la vapeur miasmatique dans les couches inférieures de l'atmosphère ; cette influence de la configuration du sol romain a été parfaitement exposée par Puccinotti (1), et chaque jour nous avions une preuve saisisante de son action.
Tous les matins, en effet, des hauteurs du Quirinal, où se
(I) Puccinotti, Storia délie febbri perniciose di Roma negli anni 18 i 9, 1820, 1821.
Cette configuration plane du sol, nous la retrouvons et dans les prairies de rAmérique, et dans toute la zone du nord de rAUemagne, ce vaste berceau de fièvres de malaria. Nos colJègues d'Algérie mentionnent cette abondante pré* cipitation sur la plaine du brouillard fébrigène : « Aussi voit-on, le matin et le soir, les vapeurs dont l'air est saturé, se condenser en rosée, en brouillards qui étendent leur nappe sur toute la plaine... C'est entre deux et quare heures du matin que les vapeurs ont acquis leur maximum de condensation ; à ce moment, si on regarde la plaine d'un lieu élevé, on voit à sa sniTace une couche
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trouvaient nos hôpitaux, nous apercevions à nos pieds une vaste nappe blanche qui, des portes de la ville, se dérouliit jusqu'à la base des montagnes qui limitent le bassin de Rome ; constitué par la précipitation nocturne des vapeurs atmosphériques, ce brouillard couvrait uniformément toute la Campagne romaine, se répartissant ainsi d'une manière identique sur tous les points de cette vaste zone. Nous ne voyions complètement émerger que la ville môme, près de nous, et au loin les nombreuses cités appendues aux flancs des monts Albains, Albano, Gastel Gandolfo, Marine, Rooca di Papa, etc., à chacune desquelles nous eussions pu, de notre observatoire, assigner approximativement son degré de salubrité d'après son degré d'altitude au-dessus de ce brouillard. Ainsi Albano à «381 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer, comme Frascati h 336, confinent dans leurs quartiers inférieurs à cette couche de brouillards fébri* fères, à la malaria, tandis que leurs rues les plus élevées appartiennent à la zone d'aria buona ou fina (1) } au* dessus de ces deux villes, l'air est complètement salubre dans les petits villages de Roccapriora(717 mètres), de Rooca di Papa (807 mètres) et surtout au couvent des moines passionistes, qui occupe au sommet du monte Cave (964 mè* très) l'emplacement du temple de Jupiter Latial.
On sait aujourd'hui que l'altitude d'une localité au-deisus
blanche, t^paissc, qui la cache complètement; les v(^gétanx sont couverts d'une rosée abondante, et, dans rintérieur des tentes et môme des baraques, toat est imprégné d'htimidité. » (Quesnoy, Topographie médicale de la Miiidja^ in Recueil de mémoires de médecine militaire ^ 1865, t. XIV.)
(1) Nous atons pu nous assurer nous-mème, en 1865, du degré de salubrité de ces deui stations si connues, Albano et Frascati ; sur deux compagnies françaises caseroées cette année à Albano, il n*y eut de fiévreux que les s(ddstB obligés de descendre chaque jour^ pour le service^ à la station do la Geoïioa (246 m. d'attitude); la môme année à Frascati, malgré Tétat sanitaire satisfaisant de la population, il y eut beaucoup de fibres, et même des accès pernicieux chez les zouaves pontificaux casernes dans la partie la plus ba^se de la ville.
d'un marais ne lui confère d'avantages réel§ qu'en tant qu'altitude relative, c'est-à-dire par son degré d'élévation au-dessus de la zone fébrifère; comme l'ont prouvé Tschudi au Pérou, Hamilton aux Indes, Balfour en particulier dans les montagnes du Dekan, comme Frank au reste l'avait vu au Saint-Gothard, et comme nos collègues l'ont observé au Mexique, la malaria peut se développer à 2, 3 et même 4,000 mètres d'élévation (1) au-dessus du niveau de la mer, pourvu qu'à cette hauteur se trouve le foyer nécessaire à sa production.
Mais un fait moins connu, c'est que l'élévation d'une localité, si elle n'est pas assez considérable pour mettre cette localité au-dessus du niveau atteint par le miasme, ne la rendra nullement plus salubre que celles qui sont au-dessous d'elle, la rendra même parfois plus dangereuse pour ses habitants (2).
Dans la Campagne romaine, les habitations situées dans les bas-fonds ne sont pas plus redoutables que celles qui occupent le sommet des ondulations du sol; il n'y a guère moins de danger à demeurer sur l'ancien plateau de Véies (aujourd'hui Isola Farnèse), à 200 mètres d'altitude, que dans les autres habitations rurales dont l'élévation au-dessus du
(1) Voir HIrsch, loc. cit., Malaria fieber,
(2) Des observations analogues ont été faites en certaines stations du littoral de la Méditerranée (Malaga^ Gibraltar, Minorque, Sicile), où des localités situées à des altitudes insuffisantes sont plus atteintes que des localités moins élevées (Aitken, The science and practice of medicine, art. malaria, pages 501 et suivantes). Le même fait a été observé au Mexique par M. Libermann^ qui a constaté que, dans la vallée de Mexico^ les plus grands centres de fièvres ne se trouvent pas au bord des lacs et des marais, mais bien dans les villages situés sur les flancs des montagnes qui bornent le bassin de Mexico. {Recueil de mémoires de médecine militaire, t. XI, 18G4.)
Cette observation est confirmée par M. Coindet. {Le Mexique au point de vue médico-chirurgical y t. III, p. 64.)
« On regarde généralement en, Bresso, les hauteurs comme des lient dont riosalubrité est plus grande que les habitations situées dans les bassins oc cupés par les étangs. > (Monfalcon, loc» cit., p. 95.)