‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 19 sur 87 · L. CoLLiN, Fièvres · texte numérisé non relu

L. CoLLiN, Fièvres

oO KTIOLOGIE.

niveau de la mer varie de 25 à 50 mètres. Aux portes de Rome, la villa Pamphili, qui a 82 mètres d'altitude, et qui est éloignée du Tibre, est tout aussi insalubre que la villa Borghèse, qui est au niveau et sur les bords de ce fleuve (15 à 20 mètres d'altitude).

Mais c'est dans la ville même, comme nous le rappellerons ailleurs, que ces altitudes insuflisantes semblent plus dangereuses qu'utiles; la partie la plus salubre de la Rome moderne est cette plaine basse dont les anciens Romains avaient fait leur chanip de Mars, et dont le niveau est si peu élevé que le Tibre en couvre la moitié à chacune de ses inondations ; il y a au contraire danger à habiter les antiques collines(l), qui doivent sans doute àleur élévation le fâcheux privilège de recevoir par les moindres courants atmosphériques toutes les émanations de la plaine, tandis que, par cette même élévation, elles semblent protéger contre ces influences les autres quartiers de la ville.

De cette étude sur les conditions telluriques de VAffro romano nous conclurons donc : que l'insalubrité en est due non pas à tel ou tel foyer limité d'émanations palustres, mais à la richesse même d'un sol extrêmement fertile, non cultivé et offrant, par sa configuration, les conditions les plus favorables aux exhalaisons telluriques et à leur condensation nocturne.

Si Ton m'objecte qu'en général dans ces circonstances, analogues à celles où se trouvent les terres vierges, la fièvre ne se développe qu'autant que ces terres sont travaillées, remuées, mises, en un mot, au contact de l'atmosphère, je répondrai que tous les ans, à partir du mois de juin, la sécheresse du sol de cette campagne est telle, qu'il se fendille en tous sens, augmentant dans une proportion incalculable

(1) Sauf le Quirinal et le Capitole dont la salubrité est assurée, comme nous le dirons plus loin, par certaines conditions que nous avons résumées sous le nom de conditions sociales, .

sa surface d'exhalaisons, comme pour suppléer au défaut de la pioche du pionnier, ou du soc du laboureur (1).

§ 2. — Conditions météorolo|piqaes*

F.es agents météorologiques, en particulier la chaleur, le froid et rhumidité^ ont une action incontestable sur le développement des fièvres ; ils n'en sont jamais la cause absolue; leur influence sur les récidives. Saison endémoépidémique.

Sans le voisinage de la chaîne des Apennins, dont les contre-forts dominent la plaine de Rome, ce bassin offrirait des conditions de température identiques à celles de tout le littoral méditerranéen. Mais la proximité, sans aucun obstacle intermédiaire, de ces hautes montagnes, explique pourquoi, pendantleslongs mois d'été, ratmosphèrebrûlantedela plaine peut être tout à coup brusquement rafraîchie par les courants atmosphériques descendant de leurs sommetsglacés (2).

Voici le résumé des observations météorologiques recueillies pendant un grand nombre d'années par les soins de l'éminent astronome du Collège romain, le R. P. Secchi (Tableau I, pages 52 et S3).

(1) Le rocher de Gibraltar, les lies Ioniennes, en apparence si peu marécageuses et si arides, présentent en été de profondes fissures d'où émane le miasmeTébrifère (voir Aitken, loc, cit,). Ces fissures, produites par la chaleur, jouent le même rôle en Algérie (voir Durand de Lunel, loc. cit., p. 242).

(2) En efiet, Rome, placée par 41'',54 latitude nord, et lO^'fS de longitude à l'est de Paris, figure sur Tatlas du Cosmos de Humboldt à peu près au centre de l'intervalle des isothères -+- 20" et -+- 25°, ainsi que des isothermes 4- 16" et + 20*. Mais il n'en est pas ainsi pour les isocliimèues ; tandis que le degré isochimène -H 10* passe à Gapri, Sorrente, c'est-à-dire à 50 lieues au sud de Rome, on voit Tisochimène -h 5* qui descend, comme on sait, de l'Irlande sur l'Europe, et traverse la France du département de la Manche à celui du Var, continuer cette marche diagonale vers le sud-est, en suivant à peu près la ligne des Apennins, et venir passer à quelques lieues de Rome entre les deux lacs de Bolsène et de Trasimène. On comprend donc que Rome puisse atteindre les moyennes thermoniétriques de la plage méditerranéenne, tout en subissant parfois l'influence du voisinage du degré isochimène qui est celui de Tlrlande.

o4 ETIOLOGIE.

On ne saurait donner trop d'importance à ces observations, et je puis affirmer qu'il n'est pas un médecin, ayant pratiqué dans les pays chauds, aux yeux duquel l'influence des conditions atmosphériques sur les maladies n'ait pris une valeur bien autre que dans nos climats tempérés.

Que Ton jette un coup d'œil sur le tableau II (page S5), indiquant le mouvement des malades de notre armée pendant toute la durée de l'occupation de Rome, et Ton verra combien en ce pays les chiffres des entrées sont en rapport intime avec la marche des saisons.

D'une manière générale, on peut dire que, chaque année, les six premiers mois sont marqués, pour les Français résidents à Rome, par une amélioration graduelle de l'état sanitaire : les anciens fébricitants, soustraits à l'action des miasmes depuis l'abaissement de la température et les pluies torrentielles des mois de novembre et de décembre, éprouvent un grand bien-être au retour des premières chaleurs, car la perte de leur puissance de calorification les avait rendus extrêmement sensibles aux intempéries de l'hiver; la même influence atmosphérique atténue le nombre des affections pulmonaires, et, dans la dernière quinzaine de juin, le chiffre des malades, dans nos hôpitaux militaires, est réduit à son minimum, comme en fait foi ce tableau. Il semble à cette époque qu'il y ait surabondance du personnel médical qui cependant va devenir à peine suffisant.

En effet, ces heureuses conditions, si nettement et si graduellement croissantes jusque-là, sont troublées brusquement, comme sans transition, dès le début du mois de juillet, où de 4à 5 par jour, nous voyons le chiffre des entrées dans nos hôpitaux militaires s'élever à 30 ou 40. Comme l'a indiqué, après une longue période d'observations, l'ancien médecin en chef de notre armée, M. Mayer,

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