‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 22 sur 87 · L. Colin, Fièvres. fi · texte numérisé non relu

L. Colin, Fièvres. fi

Si ETIOUMJIK.

rnmnio nnprisoniu^s, ils Irouxent encore leur inlérôt ù perpétuer leur séjour dans ces vieilles maisons du Ghetto, dont ils ont obtenu pour des siècles la concession h \il prix (I), et où [Kir conséipiont le nombre des habitants se maintient fort élevé : notons (pi'en outre le (iliotto est placé sur le Tibre, (|ui n*a | as de (piai, dans le lit vaseux duquel plongent directement les mai-ons, soumises, àchaque baisse des eaux, aux émanations de cette vase. Malgré de semblables conditions, la malaria ne [énélre pas dans le Ghetto, fait d'autant plus remarquable qu'en lace, sur la rive droite du Tibre, elle sévit sur la belle et large rue de la Longara, bordée de rares maisons eïitourées de jardins, et que ne préserve donc pas PaLiglomération des habitants. — N'estce pas là ime preuve évidente du rapport entre la salubrité et le chiffre de la population sur une surface donnée (2)?

(l)Ce n'ost pas soulemont -^ Home que cette malheureuse population juive a été souvcni préservée do la malaria par suite de la réclusion d:ms un quartier 8pé':iul et au milieu des conditions los moins hygiéniques. En faisant le récit de hi constitution urbaine de IGUl, où les fièvres furent si nombreaaei ii Bolojrne que unllus annus medicis (/uŒstuo.sior, 'et gloriosior, Ramaziini rnconte que les Juifs durent d'être ép;irgnés à la densité de leur population.

(2) Contrairement à Tévidence des Taits, et malgré les preuves donnéfspar Doni, Lanrisi n\idniet pas que le manque d'habitants soit une cause d'insalubrité à Rome plus qu'ailleurs {De ndvenfitiis, etc., cap. v) ; il va même jusqu'à prc'tendre qu'ici, comme dans tout autre pays^ on pourra préjuger la salubrité d'un quartier par son altitudi', et son aération suffisantes, les quartiers bas et resserrés étant au contraire les moins salubres(A)e ariventitiis, etc., cap. 5, n° 19). Ces propositions tombent d'elles-mêmes devant l'insalubrité des collines élevées et si bien vei.tilécs de la Rome antique, devant la salubrité ti-ës-doutense des points les plus élevés et les mieux aérés de la Rome moderne, comme la villa Médicis où est notre académie, tandis que le Ghetto, le lieu le plus bas, le moins aéré et le plus infect de la ville, jouit contre les fièvres d'une immunité incontestable. Kr, chose étrange, Lancisi reconnaît luimême cette immunité des Juifs, à une époque où, comme l'indique cette phraie, ils étaient réellement parqués dans ce quartier : « Quid, quod in ipso He* bneorum ergastulo, infelici niioquin propè Tiberim loco posito, mif^ros illos cernimus fœdâ etiam vivacitate consenescere ! » (De n«/îm,etc.,cap. x viii, n* 9.) Pourquoi Lancisi veut-il donc faire de Rome une ville en tont comparable aux autrcft, accessible, dans ses conditions de salubrité, aux lois banales de

N'est-ce pas là tout à fait l'inverse de ce qui a lieu pour les autres affections, dont la gravité croît eu raison de la densité et de l'agglomération des individus?

Le môme fait, je l'ai constaté pendant mon séjour h Cîvitù-Vecchia ; cette dernière \ille se présente, on peut le (lire, dans des conditions d'encombrement pernaanent ; la population tient à peine dans l'enceinle étroite des fortiflcations ; les rues principales, à commencer par le Gori^o de la localité, sont d'une infection et d'une malpropreté qui, à chaque pas, révoltent la vue et l'odorat; une épidémie de typhus y serait terrible. Eh bien, dans la ville il y a peu de fièvres ; et pourtant le danger est tel à la périphérie qu'en )866 une même famille présenta plusieurs cas de flèvres pernicieuses pour avoir, au mois de septembre, passé deux ou Irois nuits dans une maison de campagne située à cent mètres à peine des remparts.

Pour en revenir à Itorae, l'influence de la densité de la population entraîne, comme première conséquence, la diminution générale de la salubrité du centre àla périphérie, ce qui ressortira clairement de notre exposition du plan médical

I liyKÎÈne ? Ce n'eit pas simplement excùa i!e patriotisme, et di^air d'Mtâiiuer, p:ir son autorité, la n-piilation d'inSDlubrilii (ta sa ville natnl?. Nous crojoiiB [|UB ctiPzLanciai il y aiait conriction profDiidc, conTicllon ba$ée sur les faits suivanU où l'auieur avait |oiiâ un rôle si actif et si mile : do son temps, en effet, s'Étaient dâreloppiSa dam Rome cerlains foyers palustre», l'un diina les tbflaés oifmes du fort Saint-Ange, t'ituim, prte de Saiiit'Jean de Lalran, causé par uQ débordement de l'Aqu a- Maronna ; peu auparavant, enfin, l'améuiigement défectnent de la romaine de Trevi avait eniraUié la formation de marf» A Boa voisinage. Il en était résulté des épidémloi do fitvrea inlermiitenles, tfpiJiSmies locales et limitées aux quartiers voisins de ces foyers. Lancisi fit djaparnUre, grâce ï son ioterveutiou énergique, ces dlOurentes causes d'iiic&lobrilé, et, frnppé de l'amélioraiion obtenue dans l'état aanfiaire, il sa laissa aller fr Mlle illusion que Borne n'était insalubre qu'accidentellement [en qu'ihdl'iuB le mot de advenlitiis), là où des marais se développaient, tandis que ptiT ees condiiions promibres, natives, si l'on veut. In ville était usscnlielleinent et parfaili'ment salubre, plus peut-êirc qu'auciiue \ille du monde comme U semble réstilter de tout la livre qu'il a întîlulé pour ce moiîf i De natti-is tait romani qualitadtiui.

^\ Kïit»I.O<iIE.

de la \ille ; ol, (Munme doiixirmc conséquence, il en résulte rcxlïviiio pnjxiiuilr di» qiirhinos points ufTrant dos conditions do >alul)ritt' roinpU'trinoiit opposées, ce qui a fait dire à li:iL'Ii\i : (( Muilius ctiani '\i\ loris, qnod sanè mirum, bre- ^i^^i^li int(*r\alli discriniinc, liic saluhris aer existimatur, illir l'untrà noxitis ai* dannialnlis(l). »

{.Vv<\ ain<i que nons a\ionsà Uome nn Iiôpîtnl admirableincMit placé, installé dans le couvent Saint-André (2)surle Onirinal ; et cependant à quelques mètres du jardin attenant à cet ho|)ital, dans le petit vallon qui le sépare du ViniinaK l'insalubrité était à son maximum (aria pessima).

C'est ainsi qu'une de nos casernes située sur le Capîtole, dans le couvent des Capucins annexé à Téglise d'Ara-Cœli, ne nous donnait presque jamais de midades, tandis que d'autres casernes très- voisines, occupant le Forum et le Velahre, étaient aussi cruellement frappées que si elles eussent a\oisiné de véritables marais ; c'est que, d'une part, il y avait une population nombreuse; que, de l'autre, on était aux confins de la ville actuelle, dans une solitude relative.

Les rues partant de la place ciel Popolo^ en particulier le Corso, et la Via Babuina, présentent cette particularité de devenir plus habitables à mesure qu'on s'éloigne de cette [ilace, de le devenir non pas insensiblement, mais brusquement, la salubrité commençant à tel ou tel numéro, f.'énéralement à celui d'une maison dont la population est notablement plus considérable que celle des précédentes.

^o lOrOURAI'IIlE &IÉD1CALE DB DOME.

Notre plan de topographie médicale (pages 88 et 89) est fondé plus particulièrement sur le nombre des malades que nous envoyait chaque caserne ; je n'ai pas reçu en 1864 et

(i) Baglivi, Opf.ra onmia, lib. I, cap. xv.

{•2) Au noviciat des JCsuitcs (voir n<> 25 de notre plan mt^dical de Borne, p. 88 et 89.)

! en 1865 un seul entrant dont je n'aie noté la provenance, et

f j'attache une grande importance à ce mode d'observation. Il

I s'applique en effet à des hommes du même âge, de la même

; nation, soumis aux mêmes exercices, aux mêmes fatigues,

î au même régime, ayant subi en général les mêmes épreuves

morbides, ne différant en un mot que par l'habitation,

t qui dès lors doit être considérée comme la seule cause, ou

au moins la cause principale de la différence des conditions

sanitaires de tel ou tel quartier.

De plus ces casernes, nous les avions dans toutes les régions de la ville, ancienne et moderne, des raisons d'un ordre spécial ayant motivé la répartition de notre garnison sur tous ces différents points.

Les parties ombrées de la carte indiquent les régions actuellement habitées ; à la teinte bleue correspond, d'une manière générale, la zone salubre ; on voit ainsi tout d'abord qu'entre ces deux faits, population et salubrité, il y a rapport intime ; on voit qu'à part le Quirinal et le Capitole, toutes les anciennes collines sont dans la zone à la fois insalubre et inhabitée, à part le sommet de l'Aventin où, bien que trop disséminées pour être complètement saines, les habitations, constituées presque toutes par de grands couvents, offrent cependant une barrière à la malaria, en raison des personnels nombreux qui les occupent. J'ai noté par des chiffres la plupart de nos casernes, en indiquant, par le n° 1, la plus insalubre de toutes, celle de Salara, et en donnant aux autres des numéros de plus en plus élevés à mesure que leur salubrité augmente ; on voit que les numéros les plus élevés, indiquant les meilleures conditions sanitaires , correspondent aux grandes casernes centrales qui bordent le Corso (1), ou qui

(I) Casernes du Gesù, daus le couvent de ce nom (n** 17).

— de Sai ut-Marcel, idem. (n» 18).

— de Saint-Sylvebtre t/j Capiie (n» l'j .

Mi i:T10l.(MilK.

sniit omlîIciImVs ilans les (|uarliiTs populeux du champ de Mars, (Mjliv le (Inrso et W Tilirc (1).

KiïlrocosïliMix trrnios oxlrc^mc:?, nous pouvons compren- (liv tous li's anlivs cpiarliers occupés par nos soldats, en les divisant (mï trois groupes principaux :

I" un .£:r()uj)0 do qnarliors insalubres, voisins de celui de Salara, ot ccunnio lui places au sud de la \ille moderne, autoiu* du Vrlahro et du Foriun ; ce sont : les casernes de Saint- Jran Décapité (n" 2), do la Hocca délia Verilà(n** 3), de Saint- Tliéddore au pied du Palatin (n** 4); enfln, sur le Forum, la caserne do Saint-(1nnie et Saint-Damien (u* o), située en l'aco du palais des ('ésars.

A li'ur position excentrique, ces casernes joignaient le désavantage de la proximité du Tibre, et surtout deTabsence presque complète de pavage dans les rues et les places adjacentes (2).

2" En second lieu vient le groupe plus nombreux de casernes moins insalubres, réparties dans des régions moins notoirement malsaines,maispéchnnt encore et parleur situation périj)liériqucetpar le peu de densité de la population avoisînante.

Telles sont, d'abord sur la rive droite : lacaserne installée an palais Torlonia, dans le Borgo(n° 6); la caserne du Saint- Office (n° 7), entre l'éclise Saint-Pierre et le mont Vatican ; la caserne de Saint-Calixte (n° 8), dont la façade donne à la vérité sur un des quartiers les plus peuplés du Transtevere, mais qui, d'autre part, est limitée par des jardins; et la caserne appartenant au couvent de Saint-François in Ripa (n** 9), voisine de la porte Portese.

Puis, sur la rive gauche : les grandes casernes installées

(1) Tout co groupe (îtait tellement insalubre, que, pendant la saison épldémiquc, le chiffre rdatif des malades y était plus élevé que celui de la gar* nison de Terracine, contiguë cependant aux marais Poutins.

(2) Casernes de la Cbiesa nuova (n» 20), de la Minerve (n» 21), de Saiat- André deUa Valle (q» 22), de la place Navone (no 23).

dans les couvents qui entourent l'église Sainte-Marie Majeure (n*'10),au sommet de TEsquilin ; et la caserne Saint-Bernard (n° H), dans le couvent de ce nom, voisin des thermes de Dioclétien.

3° En troisième lieu, nous réunissons des casernes qui, malgré leur situation, présentent des conditions de salubrité presque aussi complètes que les casernes centrales. Telles sont : la caserne Barberini (n° 12), dans le palais de ce nom, et celle de laTrinità del Monte (n° 13); ces deux casernes semblent sur la limite de la zone habitable ; salubres elles-mêmes, parce qu'elles touchent d'un côté à des rues très-populeuses, elles avoisinent d'autre part des quartiers déserts et insalubres ; ainsi, à quelques mètres du palais Barberini, on pénètre dans des zones fort malsaines, qu'on se dirige vers Sainte-Marie Majeure, ou vers la porte Pia.

De même la caserne de la Trinità del Monte n'est qu'à une centaine de mètres de la villa Médicis (n° 30), occupée par notre Académie, dont la salubrité est contestable, et dont heureusement les habitants, nos jeunes artistes français, ont le droit et l'obligation de voyager une partie de l'année, ce qui leur permet d'en éviter la résidence pendant les saisons dangereuses. La caserne du Capitolc (n° 14), que nous plaçons dans ce même groupe, est, comme nous l'avons dit déjà, très-proche aussi des quartiers malsains du Forum ; mais elle est plus proche encore d'autres régions insalubres situées sur le Capitole lui-même ; elle y occupe en effet le couvent de Capucins situé sur la pointe nord de cette colline, sur l'emplacement du temple de Jupiter Capitolin, et surplombe ainsi (ce qui lui vaut peutêtre sa salubrité) les quartiers populeux resserrés entre le pied du Capitole et la place de Venise (1). Or sur le pla-

(I) Pctronîo mentionne dt^jà la salubrité de cette partie du Capitole,et de la région de la ville située à la base de ceue colline, dans la direction du nord {De viclu Romanorum et de salubnlate tuenda, 1681).

IipirlMionte*iiii^amltmiM>au^dghVta&cUV\VW,\k«/dBta lila

91) EÏIOLOGIE.

teaii nii^mo, si (Hroit iionrtant, du Capilole, il existe à son exlrémilé sud une autre 6niiiience, celle qui jadis renfermait la ritadelle [Arx Capitoluifi^^ où Ton montre anjourd'liui aux touristes les prétendus vesti^TS de la Roche TariMîïenne; l)ien que séparée de la précédente par l'étroit vallon connu sous le nom iïlntermontiwn^ et qui est occupé actuellement par le palais des Conservateurs, ce deuxième contre-fort du Gapitole est insalubre.

La quatrième caserne que nous plaçons dans ce même groupe est celle qu'on avait installée dans le couvent de Saint-l*ierre in Montorio^ sur le Janicule (n° 15) ; cette caserne, assez isolée, est la seule peut-être dont l'altitude m'ait semblé suffisante pour compenser les désavantages d'une position périphérique; je n'affirme rien à cet égard cependant, car cette altitude n'est que de 73 mètres environ, et, d'autre part, à une très-faible distance se trouve la villa Pamphili, très-insalubre, quoique située à 82 mètres ; il est vrai que cette villa est en dehors de l'inceinte des fortifications (1); en somme, comme les précédentes, cette caserne, salubre en elle-même, confine à des régions qui, malgré cette proxiniité, ne le sont pas.

Enfin nous plaçons également dans le troisième groupe le fort Saint-Ange (n° IG) ; bien que situé aux limites de la campagne, et sur les bords du Tibre, ce fort semble protégé, comme l'a indiqué Doni, par la densité de la population qui l'avoisine au sud et à l'ouest ; et en outre il l'était, du temps de notre occupation, par le chiffre relativement élevé des troupes qui l'occupaient. Cette résidence présente cependant, pour ceux qui l'habitent, une condition défavorable : c'est la nécessité, pendant la mauvaise comme pendant la bonne saison, de subir l'action d'un soleil ardent,

(1) Pour Doni, le Janicule est une des régions salubres de Rome; depuis Tcpoque où il a écrit, ces conditions ont dû changer ; aujourd'hui Tair est suspect (sospetta) sur la plus grande partie de cette colline.

lorsqu'ils ont à sorlir pendant la journée, qu'ils se dirigent vers la ville par le pont Saint-Ange, ou qu'ils se dirigent vers le Vatican par le Borgo (1).

Une caserne qui n'appartenait pas à la garnison française, mais que nous avons notée cependant (n° 24), est celle qui a été installée par M. de Mérode en dehors de la ville habitée, sur l'emplacement de l'ancien camp des Prétoriens ; placée dans un lieu incontestablement insalubre par son excentricité, cette caserne a donné cependant moins de malades qu'on eût pu s'y attendre, sans doute à cause du nombre élevé d'hommes qu'elle renferme (environ 2,000), et de la précaution prise par son fondateur de supprimer, par le mode de construction, une des causes occasionnelles les plus fréquentes de la fièvre, l'insolation (2).

Si, d'après l'état sanitaire de nos casernes, nous pouvons apprécier déjà d'une manière générale la loi de répartition

(i) Au xvi« siècle, Fetponio mentionnait Tinflaence pernicieuse de cette rue large (large pour Rome), qui du pont Saint-Ange va au Vatican, en passant sous les murs du fort, et qui est brûlée du soleil de onze heures du matin à quatre heures du soir {De victu Romatiorum, etc.).

Massarelli raconte aussi que Paul IV (au \\i* siècle), et les papes ses prédécesseurs, quittaient en été le Vatican, non-seulement à cause de son insalubrité, mais encore dans l'intérêt de toute leur cour, qui ne pouvait, sans danger, franchir chaque jour le pont Saint-Ange, et la rue brûlante qui lui fait suite jusqu'au Vatican (Cancellieri, Lettera soprà Paria di Roma).

ICncore aujourd'hui c'est un quartier bien pénible à traverser pendant les heures chaudes de lu journée, et nous attribuons à cette circonstance une large part dans Téiévation du chiffre des malades des casernes placées au delà du pont Saint-Ânge. Pour éviter cette traversée pénible et dangereuse, BaiUy s'était logé au delà du pont, près de Thôpital du Saint-Esprit : « Pour faire mes recherches sur les fièvres intermittentes, je fus obligé de prendre un logement près de Thôpital du Saint-Esprit, non loin du Vatican, afin d'ôtre à portée d'aller à l'hôpital aussi souvent que j'aurais désiré , chose qui eût été impraticable, si, étant resté à Rome même, j'avais dû, chaque matin et plusieurs fuis pur jour, passer le pont Saint- Ange, sur lequel la température est tellement élevée, pendant l'été, que les chiens eux- mômes évitent de le traverser, a (Bailly, loc, cit., p. 128.)

(2; Cette caserne se compose de deux longs bâtiments parallèles réunis l'un à l'autre par une voûte gigantesque dont l'intérieur rappelle, au premier

\n ETIOLOr.lE.

de rinsalubrité, nos liopitaiiv militaires viennent également confirmer cette loi dans la partie de la ville qu^ils occupaient, le Onirinal.

Nous en avions deu\ principaux, installés dans les couvents de Saint-André (n° 2'i) et de Suint-Dominique (n** 26}, et tous deux dans les conditions sanitaires les plus parfaites; mais parfois il nous fallait, en raison du nombre des entrants, placer des malades dans un autre hôpital pourtant fort voisin de Saijit-André, et installé dans le couvent de Sainte- Thérèse (n" 27), sur la voie Pia; or les rechutes y étaient fréquentes, nous y voyions môme apparaître des lièvres de première invasion, indices d'ime atmosphère au moins suspecte.

Cet hôpital Sainte-ïhùrèse était cependant sur le Quirinal aussi bien que les deux autres, mais avec cette différence, énorme dans une ^ille comme Rome, que ces deux autres étaient placés à l'extrémité nord de cette colUne, au peint où elle s'incline vers la ville en y pénétrant au centre de quartiers très-peuplés ; tandis que Sainte-Thérèse se trouvait au point où le Quirinal se continue avec la solitude de la campagne environnante.

Nous voyons donc ici, comme au Capitole, une même colline parfaitement salubre dans les points où elle confine à des rues populeuses, insalubre dans les parties opposées, situées du côté de la campagne.

Nos soldats avaient en outre le triste privilège de nous donner la mesure des dangers que l'on peut courir dans certaines régions complètement abandonnées par la population. Les gardes qu'ils étaient obligés de monter aux portes de la ville, surtout aux portes du sud et de l'est (1), portes

abord, celui de nos grandes gares do Paris \ comme je le rappolleraî au chapitre de la prophylaxie , c*est beaucoup d'avoir su mettre ainsi les hommes à Tabri du soleil, en suppléant par cette voûte à la. nudité complète du sol.

(1) En particulier les porter Saint'PaulyS^jint-Jeau^ Saint-Sébastien^ Saint» Laurent (voir le plan de Rome, p. 88 et 89).

CONDlTIÔiNS SOCIALES. 93

si éloignées non-seulement de toute rue, mais presque de toute habitation (1), leur valaient fréquemment des accès pernicieux, et des sentinelles étaient brusquement frappées pendant leur faction. Heureusement ce séjour aux portes de la ville ne durait que quelques heures, sans quoi il nous fût arrivé de constater, non plus des accidents isolés, mais une effrayante mortalité sur les corps condamnés à un pareil séjour : « En 18H, dit le comte de Tournon, un détachement de 80 hommes du régiment de la Tour-d'Auvergne, placé par nécessité dans une caserne hors de la porte du Peuple, eut en trois semaines 51 malades dont 27 moururent (2). »

Nos recherches confirment donc de nouveau les conclusions de Doni sur la répartition de la salubrité dans les divers quartiers de Rome (3) , conclusions auxquelles

0) On sait qu'entre la ville moderne, où est entassée la population, et l'enceinte des fortifications, il y a, surtout vers le sud est, de vastes espaces couverts des ruines de Tancienne Rome, mais complètement déserts ; c'est à ces régions que ces réflexions suivantes s'appliquent parfaitement : » En parlant d'une ville, on se représente des rues, des maisons, des familles ; mais, à Rome, il faut se dépouiller de toutes ces idées vulgaires. Je me rappelle de m'être promené une heure dans son enceinte sans y avoir vu une seule maison habitée, ni d'autres hommes qu'un moine blanc; il y a dans la ville merveilleuse une rue sans maisons^ uniquement composée d'églises et de couvents, dont la plupart sont abandonnés. » (Bonstetten, /oc. ciY., p. 27.)

(2) De Tournon, loc, cit., t. \, p. 233.

(3) Doni avait divisé les quartiers de Rome au point de vue de la salubrité, en prenant pour base de celle-ci : 1° l'exposition au nord et à l'est; 20 l'éloignement du Tibre; S^ l'altitude; 4° mais surtout la densité de la population. Pour lui, comme pour nous, les régions les plus insalubres sont les parties basses de l'ancienne Rome, le Forum et le Vélabre, où se trouvaient nos casernes les plus malsaines. La pensée que l'altitude jouait un certain rôle dans la salubrité entraine cependant peut-être Doni à placer à tort le sommet du Janicule, et celui de TEsquilin, où se trouve Saint-Pierre in Vincoli^ dans une zone plus sulubre que la plaine du champ de Mars, plaine basse, il est vrai, mais extrêmement peuplée, et, suivant nous, bien mieux protégée contre la malaria que toutes les collines environnantes, sauf le Capitole et le Quirinal {De resiituenda salubriiate agri Romani), '

94 ÉTIOLOGIE.

Félix Jacquot avait apporté aussi Tappui des observations les plus concluantes ; en 1830, déjà, il avait pu, armé de chiffres précis, établir 3 zones de salubrité : Tune intérieure, jouissant de la plus grande immunité ; la deuxièmeintermédiaire ; la troisième périphérique, la plus maltraitée(l).

Comme nous, il avait vu des masses de faits prouvant d'une manière absolue, évidente, l'insalubrité des quartiers excentriques (2). On comprend dès lors, d'après l'ensemble de ces faits, pourquoi le séjour de Rome a toujours été plus dangereux, soit pour les habitants, soit pour les étrangers, aux époques où la ville a été le moins peuplée, le nombre des quartiers habitables devenant alors très-restreint; pourquoi au contraire la zone centrale de salubrité, et par conséquent de prospérité, s'est toujours agrandie dans les conditions inverses, et proportionnellement au chiffre des habitants.

Il ne faut pas qu'on se méprenne sur la portée de nos conclusions, quand nous faisons ressortir ainsi le bénéfice de la densité de la population ; nous ne prétendons pas qu'à Rome cette dernière condition écarte toute espèce de maux (3); nous démontrons uniquement qu'elle semble atténuer les conditions habituellement les plus favorables au développement des maladies, celles même qu'on invoque parfois dans la production des fièvres, ou dans leur aggravation,

(1) F. Jacquot, Lettres médicales sur V Italie,

(2) Veut-on une preuve du degré de différence auquel peut arriver la salubrité de la zone centrale et de la zone périphérique? Voici un fait : en 1864, un même régiment comptait, le 20 août, H 3 hommes malades aux hôpitaux de Rome, dont 137 fournis par un seul bataillon logé à la périphérie, et G seulement par un autre bataillon, numériquement égal, mais caserne dans le <iuartier central du couvent du Gesù.

(3) Le baron Michel place le Ghetto dans les quartiers insalubres de la ville, mais voici à quel titre : « Les habitants sont atteints, dit-il, de maladies des testicules, de hernies, de leucorrhées, de dartres, de teignes, de scrofules, de rachitismc,de scorbut, d'ulcères aux jambes. » [Loc, cit.^p. Ut ) Toute cette énumération pathologique indique n::isère, malpropreté et leurs conséquences, mais nMudique en rien l'action de la malaria.

C'est ainsi que, dans les régions populeuses dont nous attestons et nous prouvons la salubrité, il existe, outre l'agglomération des habitants, certaines conditions anti-hygiéniques qui sembleraient devoir être préjudiciables à Tétat sanitaire; c'est en particulier la malpropreté des maisons et des rues {^).

Bailly, frappé du peu de nocuité de ces causes d'infection, avait cherché à l'expliquer par la rapidité de la dessiccation, sous le ciel de Rome, des matières organiques en décomposition (2) ; quoi qu'il en soit, nous pouvons conclure pour notre compte que les émanations, fournies par ces causes toutes locales d'infection, n'augmentent nullement la malaria, ce qui vient à l'appui de la thèse que nous avons soutenue plus haut, à savoir, que celle-ci est autre chose que le résultat de la putréfaction végétale (3).

Ce qui prouve combien à Rome la condition de situation l'emporte sur toute autre condition hygiénique, c'est que nos casernes les plus salubrcs étaient loin d'être celles dont

(1) Dans les quartiers populeux de Rome, il est peu de maisons dont le seuil ne soit souillé par les déjections des habitants ou des passants, déjections de toute nature, alvines et urinaires ; on satisfait à ces besoins en s*abritant derrière la porte principale de la maison, dont rentrée devient ainsi un cloaque, qui, de ses émanations, infecte l'escalier et tous les étages.

L'absence de latrines nous donne Texplication et de ce fait et de Thabitiide de lancer en pleine rue, surtout la nuit, mais parfois aussi en plein jour, des produits du môme genre.

Dans ces mômes quartiers, les matières végétales, détritus des cuisines et des marchés, sont entassées dans des recoins spéciaux {immondezzaii), où elles s'accumulent parfois pendant plusieurs jours, jusqu'au moment où la quantité en est suffisante pour en motiver l'enlèvement par une charrette.

(2) Bailly, Traité anatomico-patho logique des fièvres intermittentes, etc , p. 123.

(3) Et pour la môme raison, si des causes locales de putréfaction organique entraînaient la fièvre, celle-ci serait moindre dans les quartiers peu habités où l'on rencontre moins de détritus de matières végétales en décomposition. « Le quartier du Vatican, dit bailly, étant le moins habité, devrait être le plus sain, si la réunion des matières animales ou végétales en dissolution entrait pour quelque chose dans la production des fièvres intermittentes; or, il est tellement malsain l'été, que les papes n'ont jamais pu rendre le palais du Vatican habitable, etc. (Bailly, loc. ci/., p. 127.)

96 ETIOLOGIE.

ramén»ipcmenl înlérienr fût le plus irréprochable ; parmi elles figure par exemple la caserne Saint-Marcel, installée dans un couvent du Corso, mais dans laquelle nos soldats étaient mal logés, dans des locaux étroits, insufGsamment aérés; grûce à sa situation centrale, cette caserne n*en était pas moins excellente, tandis que rinsalubrité dominait dans un grand nombre de nos quartiers périphériques, bien qu'on eût choisi, pour leur installation, des couvents magnifiques où les larges proportions des salles et des corridors dépassaient et de beaucoup les limites imposées en France aux dimensions de nos bâtiments militaires.

Ce fait de la prédominance de la malaria au pourtour de la \ille, n'importe dans quelle direction, est une preuve nouvelle de l'insuffisance des foyers palustres h en fournir la raison, ces foyers n'existant qu'au sud et à l'est de la ville ; donc encore une fois la malaria, dans la Campagne romaine, vient de partout, et naît de l'ensemble du sol; elle est d'origine telluriquô, et non palustre.

Nous comprenons mieux ainsi pourquoi, dans les quartiers centraux de Rome, quartiers toujours très-peuplés dans une grande ville, la salubrité demeurera à peu près fixe et permanente, tandis qu'à la périphérie, où les chiffres de la population sont sujets à des oscillations beaucoup plus grandes, sous l'influence d'une foule de causes, on verra des modifications fréquentes des conditions sanitaires.

Aussi voit-on fréquemment des changements se produire dans la salubrité de telle ou telle région périphérique, où la malaria se déplace d'année en année. « On sait que l'état sanitaire de chaque lieu est soumis à des variations : ainsi à Rome les quartiers dei Monti^ del Borgo^ et ai Transtevere (1), passaient autrefois pour très-sains, et maintenant la fièvre y pénètre et en chasse les habitants.

(I) Ces trois rOgioos sont à la iCriphérie, et reofenuent les casernes que

La via Pia, bordée de palais et de couvents, n'est plus habitée qu'avec inquiétude dans sa partie supérieure (1), tandis qu'à son entrée du côté de la ville est bâti le palais du Quirinal^ demeure d'été des papes (2) ; » et des faits analogues ont été notés par beaucoup d'autres auteurs, qui ont même vu ces changements s'accomplir en quelques années (3).

Nous-même avons vu, pendant notre séjour à Rome, diminuer l'insalubrité d'une* région dangereuse, de celle qui entoure les thermes de Dioclétien, et qui avoîsine précisément la partie insalubre de la Via Pia ; en installant dans ce quartier la gare du chemin de fer (4), on a provoqué une augmentation de population locale, et l'on en a restreint d'autant l'insalubrité. La région même du Borgo (S), classée par de Tournon parmi les plus malsaines au commencement de ce siècle, proclamée encore plus tard insalubre par Bailly (6j, a cessé en partie de Têtre depuis que les papes, ne croyant plus à la nécessité d'abandonner le Vatican pendant l'été, se sont décidés, d'après l'exemple de Léon XII, à l'habiter presque toute Tannée, et à donner par ce seul fait aux quartiers environnants leur meilleure sauvegarde, une population suffisante (7).

nous avons placées dans notre 2">* groupe (Torlonia^ Saiut-Galixte, et Sainte- Marie Majeure).

(1) C'est dans cette partie que se trouvait notre hôpital Sainte-Thérèse, peu salubre, en effet, comme nous l'avons démontré. Et en face de ce palais se trouve le couvent de Saiot-Ândré, où était installé, en effet, le plus salubre de nos hôpitaux.

(2) De Tournon, loc. cit., t. I, p. 232.

(3) « Depuis 27 ans que je n*avais vu la ville de Rome, dit Bonstettén, la carte de TÂria Cattiva était tout à fait changée; en 1776, les hauteurs de la Trinità del Monte étaient réputées à l'abri du mauvais air, et, en 1802, elles ne Tétaient plus. (Bonstettén, loc. cit, p. 231.)

(4) Voir notre plan médical de Rome, p. 88 et 89.

(5) Région comprise entre le pont Saint-Ange et le Vatican.

(6) Bailly, loc. dt.y p. 127.

(7) De même « la petite ville de Vlllars était florissante au temps où les seigneurs de la Bi'e&se et les princes de Dombes y faisaient leur séjour ; au*

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