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maine, est arrêtée à la périphérie de la ville, au niveau du sol, par les murs et les maisons ; mais à une certaine hauteur l'obstacle manque, et le mauvais air pénètre à la superficie des habitations.
Pour notre compte, n'admettant à aucun prix que le nombre seul des individus réunis soit dans une rue, soit dans une maison, soit dans une plaine insalubre, puisse conférer par lui-même une immunité pathologique, et amener à la singulière conclusion d'un véritable antagonisme entre l'encombrement et la malaria^ nous nous deman* dons si, comme l'indiquent Doni, Lancisi (1), Tair ambiant n'est pas modifié principalement alors par l'influence des foyers de chaleur qui, d'autant plus nombreux en général dans chaque maison que cette maison est plus habitée, donneraient une raison de ce rapport de la salubrité au chiffre de la population.
Mais ce qu'il faut avant tout se rappeler, c'est que les agglomérations humaines sont elles-mêmes bien moins souvent la cause que le résultat de la salubrité d'un quartier. Un assainissement quelconque, souvent mal apprécié, se sera produit d'abord et aura provoqué vers ce quartier le déplacement des populations voisines ; il en résultera un plus grand nombre de maisons, des rues plus étroites, mieux pavées, véritables obstacles contre la malaria, et qui seront d'autant plus complets que le nombre des individus à protéger aura été plus considérable.
Chaque fois que le vide s'est produit dans Rome pour n'importe quel motif, la mortalité est devenue effrayante, et h ville éternelle a été menacée d'une destruction absolue par la malaria; elle en fut bien près surtout au quatorzième siècle, à l'époque où, Clément V allant s'installer à Avignon, il résulta, du déplacement de la cour pontificale, un abaissement subit de population qui devait en provoquer dè§ lors
(1) Voir pages 69 et 78.
un bien plus considérable par l'augmentation delà mortalité parmi ceux qui restaient ; Rome était réduite à 17,000 habitants, au moment où Grégoire XI vint y replacer le siège du gouvernement (1377), et sauver la ville d'une ruine imminente ; l'absence des papes avait, en 70 ans, fait plus de mal que toutes les invasions des barbares (1).
Pourquoi, dans la ville actuelle, le maximum de salubrité existe-t-il dans cette plaine basse, sujette aux inondations du Tibre, comprise entre ce fleuve et le Corso, et qui était le champ de Mars des anciens Romains ? Parce que la population y est extrêmement dense, et par ce seul fait, en dépit des lois de l'hygiène, cette région est habitable; tandis que les collines environnantes, couvertes d'habitations clair-semées, entourées de jardins, demeures parfois magnifiques et prîncîères, qui, partout ailleurs, réaliseraient le type des conditions -requises pour assurer une salubrité parfaite, sont ici au contraire extrêmement dangereuses.
L'air est suspect, sinon redoutable, sur les grandes places monumentales, non plus seulement de la Rome ancienne, mais de la Rome moderne ; telles sont les fameuses places du Peuple et de Saint-Pierre ; tandis qu'à côté, certaines rues étroites, infectes, du champ de Mars, rues encombrées d'une population nombreuse, jouissent d'une immunité singulière.
Tel est en, particulier le Ghetto, dojit tous ceux qui ont vu Rome n'ont pu contempler qu'avec dégoût l'infection et la malpropreté, et oîi cependant la malaria pénètre moins qu'ailleurs (2) ; la population s'y trouve à son maximum de densité ; car, bien qu'aujourd'hui il soit permis aux Juifs de franchir Tenceinte du quartier où jadis ils vivaient
(1) « Etenfm septuaginta annorum spatio, pins forte vastitatis ex summi Pontiflcis absentià, quàm ex Barbarorum prœsentiâ, atque immissionibus pertulit. » (Lancisi, De nntivis et odventitiis, p. 120.)
(2) L'amoncellement des habitations, la saleté des mes, le défaut de circulation de Tair ne sont pas des causes morbides, et le quartier infect des Juifs est en pleine sûreté. (De Tournon, loc. cit., liv. I, chap. ix.)