Rcmné clîniqae
On voit, d'après ces exemples, que les caractères cliniques de cette fiè\re sont constitués : 1' par son allure inflammatoire; jouissant jusqu'alors de la plénitude de leurs forces et frappés pour la première fois, les malades n'offrent pas, sauf dans les formes bilieuses, ce teint spécial propre aux individus atteints des degrés plus avancés de Tin toxication palustre ; 2' par l'intensité des douleurs lombaires, épigastriques et céphaliques, douleurs qui, jointes aux vomissements, à Tanxiété de la respiration, à la vultuosité de la face et à l'injection des conjonctives, constituent un ensemble de symptômes analogues à ceux de la première période de h fièvre jaune et de l'invasion des varioles graves ; S*" par l'alisence fréquente de frisson initial, d*où le nom de fièvre chaude, vulgairement donné à cette affection; 4" enfin, dans la plupart des cas, les paroxysmes ne sont pas non plus précédés d'un stade de froid, et leur intensité ne dépasse pas les limites des exacerbations vespériales des autres maladies fébriles.
On voit combien cette fièvre diffère cliniqiiement des fièvres d'accès ; dans le plus grand nombre des cas, elle n'offre rien qui rappelle la périodicité, et si, pour notre compte, nous l'avons plus souvent appelée rémittente que continue, c'était pour nous conformer à l'usage des termes généralement adoptés ; usage fâcheux peut-être, car le mot rémittent est, suivant nous, un vestige de la tradition quia voulu imposer à ces formes une allure périodique, bien que leur caractère essentiel fût la continuité ; nous croyons qu'en disant fièvre ardente, fièvre chaude, fièvre estivale, on qualifierait mieux cette affection que par l'emploi d'un mot qui consacre une croyance erronée à leur périodicité. (Voir nos réflexions sur la valeur du type, pages 129 et suivantes.)
c. La fièvre rémittente n^est pas une affection climatique, mais tellurique.
,j Les allures spéciales de cette fièvre, sa continuité, en par- ( tîculier, et la violence des troubles gastriques, ont inspiré la pensée que peut-être elle ne faisait point partie du groupe des affections palustres, qu'elle se rattachait simplement aux influences météorologiques des saisons ou des climats chauds ; la valeur de cette opinion s'augmentait de la considération que cette maladie frappe surtout les nouveaux venus, semblant constituer pour eux une affection d'acclimatement, d'autant mieux qu'après une première atteinte, elle ne se renouvelle plus, en général.
Telle avait été aussi notre première impression en arrivant à Rome ; voyant la fièvre rémittente faire explosion avec les chaleurs, augmenter de nombre et de gravité avec celles-ci, diminuer avec elles, la voyant succéder parfois à l'insolation (1), et frapper surtout les étrangers, nous nous étions demandé si elle ne tenait pas beaucoup plus à l'action • d'un climat chaud qu'à une influence purement tellurique. Cette question fut donc une de celles qui à Rome nous préoccupèrent le plus (2), comme elle nous avait préoccupé antérieurement sur un champ d'observations analogues, en Algérie.
(1) Voir page 142.
(2) C'est en observant à Rome que Félix Jacquot avait conçu la pensée de scinder la masse des affections qui constituent rend(!mo-épidcmie annuelle; il espérait pouvoir isoler, sous le nom de fièvres climatiques, la plupart de nos fièvres rémittentes, et les séparer ainsi du groupe des fièvres périodiques, qui seraient demeurées presque à elles seules le résultat de Timpaludisme.
Nous croyons que l'idée première de cette scission reposait, chez notre savant et regretté confrère, sur 1 importance exagérée accordée jusqu'à ce jour itii type périodique. S'appuyer sur cette base pour séparer des affections pourtant congénères, c'est prononcer l'impossibilité de réunir en un seul faisceau 1 08 fièvres intermittentes du nord et les fièvres rémittentes ou continues des climats chauds; les influences climatiques sont assez puissantes pour consti-
iG8 SYMPTOMES.
On a pu voir (papes 5l et suivantes) toute Timportanceque j'accorde, dans lapenèso des affections qui nous occupent, aux causes niétéorolo^iïjues, par conséquent aux influences climatiques et saisonnières, qui sont les principales de ces causes ; j'ai étcjusqu'à reconnaître à la température élevée la puissance presque exclusive de déterminer les types rémittents et continus, et h proposer le nom de fièvre estivale pour ces affections de juillet et d*août ; mais, encore une foè, la température élevée ne fait que le type, et ne crée pas la fièvre elle-même qui , sans l'extrôme chaleur, existerait encore, périodique seulement au lieu d'être continue.
La preuve que cette fièvre rémittente est avant tout d'origine tellurique, nous la trouvons dans les considérations suivantes tirées, en particulier, de son étiologie et de son pronostic.
A. Preuves tirées de r étiologie. 1* Si à Rome elle étaitune affection climatique, elle frapperait le nouveau venu îmmédiatement,ou au moins pendant les chaleurs du premier été suivant. Nous avons vu au contraire que dans Timmense majorité des cas, ce n'est que durant la troisième année, alors que l'individu s'est accoutumé jusqu'à un certain point aui influences du climat, que se manifeste la fièvre rémittente; donc, bien qu'apparaissant au moment des plus fortes chaleurs, elle ne résulte pas de leur action, qui n'est pas nouvelle pour le sujet, mais du degré d'intoxication auquel celui-ci est
tuer la différence de ces lypes, mais, dans Tun comme dans Tautre cas, b cause essentielle de Taffection, c'est l'influence du sol.
Il est certain qu'à une époque qui n'est pas encore bien éloignée, on arait eu le tort dégrossir démesurément la famille des maladies palustres, es y réunissant toutes les affections graves des pays chauds ; la dyssenterie et l'hépatite constituaient, avec la flëvre intermittente, un trépied patliologiqae, basé sur la même étiologie, la malaria; on leur aurait annexé môme la flërre Jaune et le choléra. Cette tendance à une confusion si peu acienUfique^ a été admirablement indiquée et réfutée par F. Jacquot, dans un de ses demie» trafanx. {Annales d'hygiène publique^ 1855, 2^ série, t. III. )
INTOXICATION AIGUË. i69
parvenu, intoxication qui n'est pas assez rapide pour entraîner plus tôt le développement de la fièvre, au moins dans les conditions habituelles de résidence à Rome (voir page 120).
2** Si cette fièvre rémittente était d'origine météorologique, elle frapperait avec une égale fréquence les individus soumis à cet égard aux mêmes conditions: à Rome, par exemple, elle sévirait également sur les troupes réparties dans les divers quartiers ; tandis que, semblable aux fièvres d'accès, elle frappe plus spécialement lés casernes placées dans les régions insalubres et presque désertes de l'ancienne ville. Ainsi, en 1864, un même régiment comptait, le 20 août, 143 de ses hommes malades aux hôpitaux, dont 137 fournis par un seul bataillon logé dans ces dernières régions, et 6 seulement par un autre bataillon, numériquement égal, mais caserne dans le quartier central et parfaitement salubre du couvent du Gesii,
Il en est de même dans la campagne Romaine, oîi les localités réputées saines pendant l'automne, saison des fièvres d'accès, ont aussi fort peu de malades pendant les mois d'août et de juillet : ainsi Albano, Tivoli et autres lieux légèrement élevés au-dessus de la plaine ; tandis que les résidences notoirement vouées à la malaria^ Terracine, Orte, Civita-Castellana, fournissent énormément de fièvres rémittentes en été.
3* En 1865, la moyenne thermométrique mensuelle fut, pendant tout Tété, supérieure à la moyenne normale (1), et il y eut moitié moins de fièvres rémittentes qu'en 1864, année dont l'été et le printemps avaient été fort pluvieux, et l'été moins chaud qu'en 186S. Il en est donc de ces maladies comme des fièvres à malaria^ moins nombreuses pendant les années exceptionnellement chaudes et sèches.
4° Lorsque le début est brusquement déterminé par l'in-
(1) Voir Bulletino meteorologico delV osservatorio del CoUegio romanOy année 18G5.
no SYMPTOMES.
solalion, c*est on f;rn<>riil choz des individus antérieurement .^ouniis à une cause d'infection palustre. Les habitants delà canipaf;nell(iniainequi, après avoir travaillé tonte la journée exposés au s(»leil, peuvent le soir regagner leurs villages, frénéralenient placés sur dt's éminences élevées et relativement saluhres, subissent cet accident bien plus rarement que ceux qui, oblii^és de passer aussi leurs nuits dans la plaine, se sont exposés à Timprégnation miasmatique dans s(»n moment le plus dangereux. Lind avait fait remarquer drjà riiifluence des effluves palustres sur Texplosion instantanée des lièvres intermittentes et rémittentes ; ce passage mérite d'être relaté ici :
« Les soldats de marine, qu'on exerçait de bon matin, trois fois la semaine, sur la plage qui est du côté du midi, eurent singulièrement h souffrir relativement à l'eau stagnante d'un marais contigu ; il n'était pas rare d'en voir des demidouzaines à la fois se trouver mal dans les rangs, étant soua les armes. Chez quelques-uns la maladie s'annonçait par un tel vertige, qu'ils avaient peine à rester debout, tandis que d'autres perdaient la parole en tombant, et, revenus à euxmêmes, se plaignaient d'un mal de tête insupportable.
« Ces malades étant reçus dans l'hôpital, j'observai qu'un petit nombre avaient une fièvre intermittente régulière, mais que la majeure partie étaient atteints de fièvres rémittentes do7it la rémission était quelquefois imperceptibk pendant plusieurs jours (1). »
5° Dans les régions tropicales, où les influences climatiques sont à leur maximum comme température, pourquoi cette fièvre ne se manifeste-t-elle pas en pleine mer, sur les équipages? C'est que leur condition essentielle, c'est l'action du sol, de ce sol qui dans les pays chauds suffitàlui seul aux émanations toxiques sans besoin de marais constitués comme dans le nord.
(f) Lind, Essaie etc., -t. I, cliap. i, p. 27.
'é A Civita-Vecchia, en 1866, au moment où la garnison ii m'envoyait à l'hôpital un grand nombre de fièvres rémit- M tentes, cette affection respectait d'une manière absolue Téli quîpaged'un bâtiment de guerre français, le Catinat^ ancré in dans le port de cette ville, soumis par conséquent aux mômes h conditions météorologiques que la garnison, mais soustrait, I par le fait du séjour en mer, aux causes d'intoxication tel- É lurique.
I 6" Enfin, dans la Bresse, la Hollande, la Hongrie, nous i rencontrons ces mêmes fièvres rémittentes (1), sans que, I dans ces localités delà zone tempérée, on puisse invoquer d'action climatérique, car la température ne s'y élève pas à g un degré plus élevé que dans les pays voisins ; là donc, comme i dans les Indes, c'est encore le sol qu'il faut incriminer, i B. Preuves tirées du pronostic. Tout individu atteint de i fièvre rémittente est, par ce seul fait, placé sous l'imminence . des fièvres intermittentes dont l'explosion va se faire dans i les mois suivants ; cette imminence est tellement spéciale j que presque tous les malades, entrant aux hôpitaux mili- , taires de Rome en septembre et en octobre pour des fièvres j d'accès, étaient ou d'anciens fébricilants ou des convalesj cents de fièvres rémittentes contractées en juillet et en août. , Souvent nous voyions la transformation s*opérer sous nos , yeux : ainsi, dans notre hôpital militaire Saint-André, par- \ faitement salubreet à l'abri de la malaria, nous observions des convalescents de fièvre rémittente frappés d'accès périodiques quelquefois pernicieux, sans que ces malades eussent été soumis, eux qui n'avaient pas quitté l'hôpital, à une nouvelle intoxication miasmatique.
Du reste, si, dans ses allures cliniques, la fièvre rémittente diffère notablement de la fièvre périodique, elle s'en rapproche singulièrement par son action intime sur l'éco-
(I) Voir plus haut, pages 140 et 141.
ztimir- 7> jx-"g!iieTTPTi: -fer TTsHiTHy^ ^ïi *a o:îI été atteints :«ir ^u.;- LU îtrcut^. Hiiîiiitfniï h î>îtii£ -ira'eQftr&înent les accès
îiin*- ly- Il iii!!f- iL •ÎHiitP'=e -s j*s y,";calfca5 de ranémie, pi»î:»ni»ri' -T irnerrromif îe i tk* ; sskÛs ce pîus, et c'est 1* ifii - -^--nriK' ânrHic aiiic j* ûieiQdS ce «s fièvres réiLjr,eii-e-- ;:imTtf i^biiclt-: exr ^>:<LTK]cEswace, les malades ?:•!* •:«:.T iTLULUsjrî ûîî iiî'âiscts peroicieiix propres liin ieTtï -LV^^TT-TTisL-a*- < JiLis JÈs i^^es ccMiuDe dans les Lirr^- f^ aT-TiôPTîy f^vsLi iiwc ja iD£cne rapidité, ma^ !fii?i- i-^r IL mèniî f^zusrïat. « zv^teKït les mêmes Ibrmtr 1 . > Z*"-.t:if mnirî'ics iiiis jes uiteiiis anglais, sous jf ijici f miifij îtf -TfïfB'TSfflu:» «£ de CMt/nmrf pemideitse$, ^Mi^ jfrr ■sLrjta±:r Titr-.râÏBLS qui, dans nos climats tem- T»t:rrî- :':»isiiT.i»si: »£î? âîrrss ÎLtenaiUenles pernicieuses (2). NiiL-f irrcs tl!:2: : îss itroôeats peniiceiu sont plus î'iciziii^ i;i:iî ^ ^"rr? r^r^^rynte et cootinue que dans la ±»rTTe i^erjiorD*. Oî<zî ÇTûi ici tîé Cr^tpés de la bénignité feDerL> Ît li ±?rrr r£m::K: jf, et qui ont touIu en faire zz. Lrf:::r>rc: zazj nSe* sxs î-ûine palustre, ignorent com-
rôri - rïLLiT'e=ei: i:: Dc-abw des malades, est fidble la iiizr^ijîr.t f^ L5=»r:::.is » ceîîe doniène nature. Nous traiicTi^zr çena ç:>es5xi £v«r détails au chapitre du pronostic; z^yzs zyis 'Kn^zs à dxiaerîd la preuTe que la mortalité l*^ f ^iT^ rr:ziî::c!3:e èzxie ou dépasse la mortalité par fiè-
D'sprès !a ?:ifsd*jue officidle de Tarmée, les hôpitaui raîlitiîres d'Afriq^je ncçoiTeot :
■.t- n:., jL r?4.
{t- >:cs nr^suerco» pi a ^cria, à propos da fitrm pernicieuses, lesprindpaui ;4£.«j.f» os sanzx ca Aaaesîej, et sortoat Vorehead \Climcttl Re t^rc'i:. e::.. p. ^4 ei snÎTaates , d^crÎTeo: la penrîclosîté dans les rémittentes tc-zs '.*s IXIC3KS trais qae Toni a Ladiqnés poar les intermittentes.
INTOXICATION AIGUE. i73
J 8r3 / ^ ' » ^^* fitvres intermittentes ( i ), dont 8 1 décès ou 0,7 %des malades.
- ( 2,096 fièvres rémittentes, dont.. 10 — 0,5<>/o
igri {12, 525 fièvres intermittentes, dont 75 décèsou 0,6 o/q des malades, l 2,228 fièvres rémittentes, dont.. 36 — 1,6 o/o —
iQfit: fl^»327 fièvres intermittentes, dont 108 décès ou 0,7% des malades, i 3, 199 fièvres rémittentes, dont. . 35 — 1,1 «/^ —
I Cette gravité plus grande de la fièvre rémittente tient à r sa plus grande tendance à se transformer en fièvre perni- ' cieuse, comme le prouvent au reste les observations de M. Maillot (2).
Ainsi, par leur pronostic tout comme par leur nature, ces fièvres rémittentes appartiennent bien au groupe des affections telluriques, et il semble même que la puissance toxique du miasme qui les a produites ait plus de tendance que dans les autres formes à s'y révéler par des accidents mortels. EnGn, pour épuiser cette question , j 'ai recherché soit dans ma pratique à Rome, soit dans les écrits des auteurs qui ont fait Thistoire des inaladies des pays chauds, quelles étaient les fièvres auxquelles pouvait s'appliquer la dénomination de fièvres climatiques, et qui fussent indépendantes d'une influence du sol.
A Rome même , nous avons rencontré de véritables affections climatiques, résultant de l'action de la chaleur et du soleil; mais ces affections étaient loin de nous offrir les symptômes de la fièvre rémittente ; au lieu de présenter cet appareil de réaction violente et de troubles nerveux qui nous ont fait comparer cette dernière à la période initiale de la fièvre jaune ou de la variole, les malades nous offraient des symptômes d'embarras gastrique, ou
(f) Dans ces nombres sont réunies les formes simples et les pernicieuses^ ce qui explique leur différence avec les chiffres cités page 136, note 4.
(2) Sur 144 cas de fièvres pernicieuses, M. Maillot a vu ces accidents apparaître 79 fois dans le cours des fièvres pseudo-continues, 46 fois dans celui des fièvres quotidiennes^ 19 fois dans les fièvres tierces.
i:i SYMPTOMES.
encore de (îèvro gastrique, telle qu'on en observe à Paris Os accidents se manifestaient surtout au printemps, soit chez n(»s soldats fatigués par une revue ou une manœuvre, soit chez les touristes venant alors en grande foule visiterla ville éternelle, et bravant, pour salisfaîre leur curiosité, le* ardeurs diui soleil déjà brûlant ; mais c'était à une époque où la végétation est encore dans toute sa vigueur, oùilnV a à redouter aucune émanation tellurique ; ce que prouvait le petit nombre des malades aux hôpitaux (1 ) pendant ces mois de mai et de juin où, grâoe à la salul3rité de Talmosphère, les anciens fébricitants eux-mêmes voient s'interrompre la série de leurs rechutes.
11 n'est pas jusqu'à la population indigène qui, à Rome, ne présente des affections gastriques et bilieuses très-fréquenles au printemps et en aulonme (2), affections parfaitement distinctes des fièvres rémittentes d'origine miasmatique, qui régnent, elles, en juillet et en août. Il y a cette jènonne différence entre ces deux groupes d'affections, que, dansks premières, celles qui ne sont pas miasmatiques, Tembanas gastrique et les accidents bilieux sont presque tout tandis que dans la lièvre rémittente palustre ils ne eonstituCDl, malgré leur intensité, que des phénomènes accessolFes, bien dépassés, aux yeux du clinicien, par l'appareil des symptômes fébriles et nerveux.
Est-il un pays dont les conditions météGroIogiqu^, 8Uceptibles d'enfanter à elles seules les fièvres chaudes ditai climatiques, soient plus développées qu'aux Indes, oùlefiH leil et la chaleur jouent un si grand rôle dans la pathoginis des affections de Tarmée anglaise? Gr&ce à l'élection de b température, les fièvres rémittentes frappent le nooiw
(1) Voir noire tableau II, page 55.
(2) Dans ses statistiques, de Cinque-Quintili établit bien cotte prdflomlMOT des affections gastro-bilieuses non palustres, à Rome, pendant rAntoAMd lo printemps. {Resoconlo staiisiico, etc., p. CO.)
^^^^^1 INTOXICATION AiGL'E. ITS
p venu presqueàson débarquement, sanslui accorder, comme jl a Rome, et parfois en Algérie, un délai de quelques mois I,, ou de quelques années.
y Tiennent-elles pour cela exclusivement à l'action de la ,„ cliaieiir ? Non ; lisez les auteurs qui ont le plus longuement lj observé aux Indes, vous verrez que, dans ces climals brûi. lants, c'est encore du sol que procède le germe de ratfeci^j lion, germe, il est vrai, bâtivemeut fécondé par l'élévation de la température.
« La cause excitante, dit Annesley (1), est toujours le miasme ; mais le type et le caractère de la maladie sont déterrninés par les vicissitudes atmosphériques et par les conditions spéciales de l'individu. »
J, Clark avait dit déjà : « Co qui fait les fièvres intermittentes, rémittentes ou continues, est purement accidentel. AÏDsi nous observons communément qu'une fièvre qui éclate, l'atmosphère étant brûlante et sèche, prend une forme continue ; quand la température se modère, fa fièvre ne diffère en rien d'une fièvre intermittente régulière (2). » N'ost-ce pas en comparant les faits recueillis, dans les Indes, par les auteurs anglais, J. Clark en particulier (3) et Twining (4), à ceux qui furent observés sur le littoral Méditerranéen soit à l'époque Hippocralique, soit dans les temps modernes par M. Maillot, que Lillré a pu établir d'une manière si absolue l'identité d'origine de ces mani- Testations morbides qui, périodiques ou continues, relèvent avant tout de l'influence du sol (b) ?
Je reconnais cependant que ce serait ôlre trop absolu que i
(1) AnneBlej, BeseorcAes, etc., p. SÎO.
(2) Clark, OÈJeruûdon! on Ihe Uiseasea in long voyogn» lo hot counf London, i773,p. IIH.
J3) Clnrk, ihid.
M] Twining, ClinUal Utuilraliani 0/ Ihe "losl m, y.-: "!
{i. CnlcuUï, )a3&.
Ilippocraie, (Euvrta cowpfôfw, Irndiielioii |...i 1 ,
rs SYMPTOMES.
(le vouloir rapporter au miasme tellurique toutes les fièvres artuelles des [tays chauds, et en particulier des tropiques. Oiielles sont donc les pyrexies, comparables à nos fièvres rémittentes, dont Tétiolo^ne soit simplement météorologique, et semble indépendante de rinfluence du sol ?
Morehead décrit deux formes de fièvre continue, Tune bénigne, common continued fever^ comparable à notre fièvre éphémère des climats tempérés (1 ), l'autre bien plus effrayante en apparence, ardent conlinued fever^ qui présente une grande ressemblance symptomatique avec la fièvre rémittente miasmatique (2), et qui ne serait due qu'à l'influence du soleil et d'une température excessive (70*1 114" degrés Fahrenheit sous la tente).
Mais Tauteur établit lui-même que ces fièvres ardente» tenant à la chaleur seule sont exceptionnelles ; il ne les mentionne pas comme revenant chaque année avec la légularité si remarquable des fièvres rémittentes miasmatiques ; il n'en cite même qu'une épidémie empruntée à un autre observateur, comme si, dans sa longue pratique, il n'avait pas eu l'occasion d'en constater lui-même; cette épidémie est celle dont la relation a été faite par le docteur Arnott, et qui frappa au Pendjaub les fusiliers de Bombay; bien que le nombre des malades eût été fort élevé, puisqu'il y eut 884 admissions aux hôpitaux, la bénignité de l'affection fut telle qu'il n'y eut pas un décès. Devant un pronostic aussi favorable, on ne peut admettre qu'un rapport éloigné entre cette maladie et les fièvres rémittentes oo continues palustres de l'Inde dont la mortalité est si conâdérable (3).
Un autre auteur anglais, Raynald Martin, établit bieo
(1) Morehead, Clinical Researches^ p. 162.
(2) Morehead, ibid,^ p. 1C5.
(3) Au Bengale, la mortalité des Anglais par fièvre rénaitteote palustre est de 1 sur 14 malades. (James Raynald Martin, The Influences^ etc., p. iM
mieux encore combien Tinfluence tellurique absorbe toute la pyrétologie indienne ; après avoir énuméré l'histoire des affections dépendant de la malaria, il ne trouve à décrire, comme fièvres continues résultant simplement de Faction du climat, que les accidents d'insolation [sunstroke^ heat apoplexy\ qui sont, en effet, fréquemment suivis de symptômes de fièvre continue (1) ou rémittente (2).
Mêmes réflexions si nous consultons les travaux de Murcbison, oii la question des fièvres des pays chauds n'est traitée que d'une manière tout à fait accessoire, et oîi l'auteur a surtout en vue l'insolation quand il indique les caractères cliniques de la fièvre ardente commune, non miasmatique, de la zone intertropicale (3).
- On voit donc que, d'après ces différents auteurs, il n'y a qu'un bien petit nombre d'affections qui méritentle titre de fièvres climatiques. Quant à leurs fièvres continues graves,
(1) James Raynald Martin, The Influences of tropical climates, pages 104 et 105.
<2) A côié des cas d'insolation {heat apoplexy) dus à la simple élévation de la température, il en est certainement dont la cause a été double, et où à l'action d'une température élevée estvenuese joindre Tinfluence toxiquedusol, comme Ta établi M. Guyon {Comptesyendus de P Académie des sciences, I867). Ges accidents frappent très-fréquemment les soldats qui, arrivés à rétape, se couchent sur la terre, sans lit ni paille pour les isoler ; en raison de réchauffement du sol, ils respirent ainsi dans une couche d'air dont la température est supérieure à celle des couches plus élevées de l'atmosphère. Ne peut- on ae demander si, dans les Indes et en Algérie, le méphitisme du sol ne vient pas augmenter les propriétés malfaisantes de l'air échauffé à sa surface, et produire ainsi ces formes morbides complexes, où aux accidents subits d'insolation on voit succéder les symptômes de la fièvre rémittente. (Voir Laveran, de la Mortalité des armées en campagne, in Annales d*hygiène publique, 2e série, 1863, t. XIX.)
(3) Dans son ouvrage si complet sur les trois grandes pyrexies de l'Angleterre (typhus, typhus à rechutes et fièvre typhoïde), Murchison n'accorde que quelques mots à la fièvre ardente des pays chauds, qu'il regarde comme la forme grave de la fièvre continue simple ou fébricule d'Angleterre (a Treatise on the continued fevers ofGreat Britain, p. 696) ; mais qu'on lise la descrip- Uon qu'il donne de celte fièvre ardente (p. 601), on verra que c'est surtout de rinsolation que vent parler cet auteur.