L. CouNj Fièvres
pliquer surtout les fièvres intermittentes à périodicité marquée, il longues intermissions, les tierces et les quartes méinc dont elle est presque la seule transformation pernicieuse. Elle appartient donc, non plus à l'été, mais à Taotomne, saison des ûcvres froides et des cachexies.
Ici) le processus morbide s'accomplit conformément à li description donnée par les auteurs qui ont considéré II continuité comme due à la fusion des accès ; la chakar persiste pendant Tintermission^qui devient de plusenpbs courte et qui disparait plus ou moins, en même fempi qu*apparaissent certains symptômes généraux graves :<iistaxis, délire nocturne, soubresauts des tendons, pneuniD* nies hypostatiques, gangrène de décubitus, qaelqad» parotides.
Malgré cet appareil, l'affection diflère de la fièvre typiioik par le faciès jaunâtre des malades, par la tuméfaction i^ foie et de la rate, quelquefois par l'csdème généralisé i la cachexie palustre ; les paroxysmes persistent soofft avec beaucoup d'intensité, et sont précédés de frissons ;flri des moments où la température glaciale de la peau indii|M la perte do la caloricité ; cette affection a une durée fhi longue que la fièvre typhoïde, pouvant aller jusqu'àdoii six semaines^ pendant laquelle l'existence du malade semkk à la merci d'un accès plus violent que les précédents: il traîne ainsi une vie misérable pendant trente ou quaiank jours, quelquefois plusieurs mois, avant d'arriver à la goiri son ; c'est un long marasme entrecoupé de crises (l)-' L'autopsie révèle l'intégrité de l'intestin grêle.
C'est à cette forme que reviennent la plupart des flint* putrides automnales, observées par Sydenham à Louis alors entouré de marais, la plupart aussi de celles qiûs'^ tachaient aux armées guerroyant en Hongrie, en HoUaA
(1) Haspel, loc, ci7. , t. iï, p. 414.
INTOXICATION ÂIGUE. 291
au milieu de conditions telluriques heureusement modifiées aujourd'hui.
Sous les tropiques, aussi bien que dans le Nord, c'est la forme propre aux anciens fébricitants, aux cachectiques (1).
Obs. XXIV. — Fièvre subcontinue, automnale; pétéchies, parotides. Guérison, — Bresch, fusilier au 59« de ligne, en Italie depuis deux ans, est entré trois fois aux hôpitaux pour fièvre intermittente. Jaune, amaigri, atteint d' œdème des membres inférieurs, il est dirigé de Rome sur France le 25 août 1866 ; mais, en arrivant à Civila-Yecchia où il doit s'embarquer, il est pris d'un violent frisson avec vomissements et défaillance, et son état me parait si grave que je le fais transporter à Thôpilal militaire de cette ville, dont j'étais le médecin en chef.
Le lendemain, 26, à la visite da matin, peau chaude, pouls à 120^ ondulant, pommettes rouges, sans complication pulmonaire ; toute la nuit le malade a poussé des cris et cherché à se lever ; urines involontaires. — Prescription : 1 gramme de sulfate de quinine, café, bouillons.
Le 27, langue noire, fendillée, épistaxis, météorisme sans diarrhée ; soubresauts des tendons; pouls à 116.
Cet état se prolonge sans modification notable jusqu'au 2 septembre,* ce jour-là, au moment de notre contre-visite, le malade est en proie & un violent frisson, dont son air de soufi'rance, malgré sa stupeur profonde, indique qu'il a conscience. — Prescription : Lavement opiacé avec 2 grammes de sulfate de quinine ; potion avec musc (5 centigrammes).
Le 3 septembre, coma depuis la veille au soir, sensibilité conservée, trismus. — Prescription : 15 décigrammes de sulfate de quinine en lavement.
Le 4, amélioration notable, intelligence revenue, langue encore
(1) Ânnesley la dépeint à merveille^ quand il en oppose les traits aux allures vives et inflammatoires de la rémittente inflammatoire (notre subcontinue estivale) : « La forme adynamique apparaît surtout dans les marais voisins du littoral, le long des rivières, ou à l'intérieur dans les bas-fonds entourés de Jungles et de bois épais. Quand la fièvre prend cette forme, c'est à Vépoque où dominent les types quarte, quotidien et irréguliers; alors les intervalles des paroxysmes sont remarquables par les symptômes de profond épuisement, par la débilité, et Taffaiblissement du pouvoir vital. Tout révèle une atteinte profonde : Tanxiété du sujet, l'aspect terreux (squalid) delà peau, le tremblemeut de la langue, la tuméfaction des ypochondres. {Diseases of India, etc., p. 625.)
sèche et noirâtre ; pouls tombé à 90. Le symptôme domioaDt est radyDamie profonde avec tremblement musculaire général (potage, vin, café, décoction de quinquina).
Le 8 septembre, pendant la nuit, le malade a été repris de frasons et de vomissements ; la stupeur est revenue, miction iovolontaire, langue fuligineuse et fendillée, tuméfaction considérable des hypochondres, et développement de la matilé splénique. Peao chaude, pouls à iiO. — Prescription : i gramme de sulfate de quinine, potion éthérée, glace.
 partir de cette époque jusqu'au 25 septembre environ, les symptômes adynamiques vont en augmentant ; une éruption pétéchiale discrète, violacée, se développe sur les flancs et les cuisses; au sacrum apparaît une rougeur érysipélateuse ; subdélire continuel ; le pouls et la température offrent des oscillations irrégalières ; bronchite généralisée avec congestion de la base droite, n révélant par du souffle.
Le 25 septembre, la parotide droite^ qni la veille semblait od peu rénitente, a pris un énorme développement» augmenté par l'œdème du tissu cellulaire du cou.
Le 2*7, incision de l'abcès parotidien.
A partir du 30 octobre suivant, le malade, arrivé à un degfé d'affaiblissement extrême, semble renaître complètement; l'appétit, le sommeil, reparaissent ; la plaie parotidienne» réxcoriitioB du sacrum se réparent rapidement; mais ce n'est que le 25 octobre, deux mois après son entrée à l'hôpital de Civita, que le malade peut se lever. Il est alors encore très-jaune, infiltré, et atteint d'an tremblement général ; c'est dans cet état que nous rembarquons pour France le 12 novembre.
On voit de combien d'accidents graves a été menacé ce malade depuis les phénomènes pernicieux, coma en particulier, jusqu'aux plus graves complications des fièvres malignes, pétéchies, gangrène, parotides suppurées.
C'est à des formes de ce genre, mais arrivées & leur summum de gravité, que M. Haspel a donné le nom de fièvre putride scorbutique (1), appellation qui résume à merveille les tendances hémorrhagiques et gangreneuses dç. raffection. Tous les malades atteints étaient aussi d'anciens ftbricitants, souvent hospitalisés depuis longtemps ; chez tous,
(1) ttaspel, loe. éiY., t. n,p. 389.
l'afTection survenait à rarrière-saison, au moment où la cachexie est à son maximum; chez presque tous enfin^ au coma, à l'algidité, aux épistaxis, se joignirent des gangrènes de la joue, des gencives, de la langue, des organes génitaux, de la surface des vésicatoires.
Tous ces cas étaient, à notre avis, des formes très-graves de subcontinue automnale.
ARTICLE III. — INTOXICATION CHRONïQUb:.
10 Anéntle et eachexie palnitrei.
Malgré l'unité évidente de la cause gui semblerait, au premier abord, devoir produire des effets identiques sur tous les individus qu'elle influence, l'autonomie de l'organisme est démontrée, dans les pays à fièvres, par la différence des impressions qu'il reçoit de la malaria.
Tandis ^que l'étranger, et surtout le nouveau venu, semble particulièrement disposé aux manifestations aiguës, simples ou pernicieuses, l'indigène jouit à cet égard d'une immunité relative, mais à condition de compenser cette immunité par un autre mode d'impression morbide, impression très-profonde, puisqu'elle s'accuse par une véritable déchéance organique; sans être complètement réfractaire aux accidents aigus, dont il est trop sou vent victime, l'habitant de ces tristes contrées est voué surtout^ l'intoxication chronique, h la cachexie, dont les traits, exprimés par Hippocrate à propos des habitants des bords du Phase (1) , se retrouvent empreints sur les populations actuelles de tous les pays à fièvres. Bailly a parfaitement mis en relief cette tolérance remarquable de la malaria chez les individus arrivés à la
(1) Ils sont d'une haute taille et d'un embonpoint si excessif qu'on neleiur Toit ni articulation ni veine; leur coloration est aussi jaune que celle des ictériquos. (Hippocrate, Œuvres complètes, trad. E. Littré. Des Airs^ des Eaux et des Lieux, Paris, 18iO, t, II, p, 61.)
dernière limite de la cachexie : « J'ai souvent vu des ob- l< structionnaires arriver à Thôpital du Saint-Esprit, ayant le ventre dur comme une pierre^ la rate occupant toute la partie antérieure de cette cavité ; quelques accès de fièvre étant la seule maladie pour laquelle ils venaient, on les traitait comme tous les autres^ le quinquina en faisût justice, et ils repartaient au bout de deux ou trois septénaires, le ventre aussi dur qu'auparavant, et bien portants relativement à la fièvre qui les avait dérangés de leurs travaux. Ils peuvent être ensuite des années entières sans avoir la fièvre (1). »
Chez les étrangers, les signes de Tintoxication chroni^e ne se développent habituellement qu'à la suite d'une série plus ou moinslongue de manifestations fébriles, et à l'époque où le malade en est arrivé aux types périodiques, à longue intermission ; c'est dire que l'anémie palustre ^ fenooiïtre surtout d'une part chez les anciens fébricitants, et d'autre part en automne, époque où dominent les fièvres les plus renïarquables par la durée des intervalles apyrétiques.
Il est cependant des exceptions à cette règle générale; chez certains malades cette intoxication, dite chronique, se développe avec une singulière rapidité ; j'ai vu des fièvres de première invasion conduire en quelques heures a la cachexie des individus dont Toi^anisation, jusqu'à cette atteinte initiale, avait conservé tous ses attributs de force et dosante; tel est le malade suivant dont je résume l'observation en quelques mots :
Ob3. XXV. — Fièvre rémittente simple* Cachexie œnsécutwe. ^^ Guyonnet, fusilier au 29* de ligne, caserne ù Sainte-Marie Majeure, en Italie depuis un an seulement, entre à l'hôpital^ poar la première fois, le 23 août 1864 (dans mon service à Saint-André, n° 129). Ce malade esl atteint de fièvre rémittente simple dont le décours n'offre' aucune circonstance notable. Mais dès le 28 août,
(l)Bailly, /oc. ctY., p. 421.
g époque où Guyonnet se lève pour la premîôre fois, il présente de ^ l'œdème de la face et des extrémités^ de l'ascite, un gonflement teonne de la rate qui descend jusqu'à l'ombilic, et nous nousem* Bf pressons de le renvoyer en France en convalescence.
if
g Nous avons également mentionné la rapidité avec la-
j quelle se développèrent les symptômes de la cachexie chez , un de nos malades atteints de fièvre pernicieuse (1). Gomme ^ nous, P. Jacquot a observé « en Algérie, mais surtout à - Rome, des cachexies réellement galopantes, à la suite d'une ^première atteinte de fièvres (2)»; et des faits du même 'genre ont été relatés par Nepple (3), et Bretonneau.
Mais il y a plus; dans certains cas, l'intoxication chro- .nique se développe directement, sans aucune manifestation
fébrile antérieure, absolument comme on peut voir les ac-
^eidents ultimes de la cachexie saturnine apparaître sans
.aYoir été précédés des phénomènes initiaux de Tintoxica-
taon aiguë par le plomb, coliques, arthropathie, paralysie ^des extenseurs, etc. (4).
Tous ceux qui, comme nous, ont observé dans les pars à ^fièvres, regardent comme erronée l'opinion de Keppk^ ; quand il dit : «Les miasmes agissent de suite, en produisant
des effets plus ou moins apparents, ofi n'ont aucune jbk Imxp réconomie animale (5). »
*; n est certain, au contraire, que l'intoûcatioD dmnàqyt
% ut
^ (I) Voir plus haut Obs. XVni.
V (3) Jacquot, de FOrigine miasmatique det fièvrtg m '^ (S) «1 J*ai va un iodividu de 40 ans, établi depnii pan
Is jiajrs d'étangs, être guéri spontanément d*oiie tiene
accès, par la formation rapide d'une colleetîm ■qw— mm m. n^mm. 1^ (Reppic, /6«. Cl/., p. ?37.) Il y a de l'(^>timinBe à ap jifJUable lût; mais pour Sydenham lui*mCflie, dav J» à cliroiik|u«f l'apparition de Tcedème et de l'ajuar /MMi. KooTclk preuve de l'immunité des ciLclfKiiqaK * !' I lAtioas aîen^ de l'intoxication tellariqM.
(4) Boudin, Ue. cit., p. 191 .
(6) NeppBc^ /<K. oY., p. 140.
296 STHPTOHn.
se dévdoppe, chez quelques ioffivîdus, insidieusement r pour ainsi dire, et sans accès febriles antérieurs ; ce fait a |^ été mis surtout hors de doute par M. Gatteloup (1).
Parfois même i'hydropisie, regardéegénéralementcomme un symptôme consécutif à beaucoup d'autres troubles, apparaît d'emblée, véritable accident primitif de l'impresaon morbide (2).
Dans rimmense majorité des cas» c'est, comme nous Fa- Yons dit, chez les anciens fiévreux, et à la fin de la saison épidémique, en octobre et en novembre pour la zone méditerranéenne, que l'anémie palustre prend son plus grand développement ; c'est alors que les hôpitaux sont remplis de ces malades à teint jaunfttre, à figure bouffie, à démarche chancelante, chez lesquels toute puissance de réaction semble abolie, et dont l'organisme, aussi bien que llntelligence, n'exprime plus qu'une indolente passivité.
Les caractères de l'anémie palustre ont été bien décrits par nos collées de l'armée d'Afirique ; les trois symptômes dominants sont : 1* le tdnt des malades, rappelant celui des gens hfllés par le soleil, avec cette différence que la coloration jaune terreuse s'étend à toute la surfoce du corps sans être limitée aux parties habituellement découvertes (3) ; la peau reste habituellement mc»te, et n'oSn pas cette sécheresse spéciale à la cachexie dysentérique ; 2f les hydropisies (4), remarquables par leur généralisation, leur mobilité qui explique tant de morts rapides prises à tort pour des accès pernicieux, cedème de la glottei
(1) Catteloop, de la Cachexie paludéenne en Algérie^ in Recueil dt mémoires de méd. miL^ t* série, t. VHI, p. 1.
(2) Périer, Études complémentaires des observations de Pringle^ p. lOS.
(3) Catteloup, loc, cit,
(4) On a voula, bien à tort, rapporter ces hydropisies à ralbominurie qui est, en somme, un fait rare dans l'anémie palostre; les urines sont habituellement denses en raison de Tabondanœ des soears, et de Tétit seni-félinitf de ces malades; il n'est pas étonnant qoe l'acide asotiqae y produise ftooieit
INTOXIGirri^ CHRONIQUE. 297
(Bdème i^ulnionafre, épancfaement péricaFdtque, apoplexie séieose; 3^ le développementjplus où moins considérable du foie, delà rate, et la veinosité abdominale qui en est le résultat. Nous n'insisterons pas ëur les symptômes par lesquels se traduit en outre Tanémie palustre, et qui lui sont communs avec les autres anémies, essoufïlement, palpitations, lipothymies, bruits vasculaires et cardiaques, etc.
Les modifications subies par le sang ont été soigneusement étudiées par MM. Léonard et Foley (1); si, d'après ces observateurs, les variations du chiffre de la fibrine sont peu importantes (2), il n'en est pas de même de l'albumine et des globules rouges qui sont^ en règle générale, tombés bien au-dessous de leurs chiffres physiologiques (3).
Or on sait que, de toutes les anémies, rhypoalbuminose est celle qui prête le plus au. développement des hydropisies, dont elle est sans doute la cause dans la cachexie palustre. Quant à la diminution des globules rouges dans la circulation, on peut avec raison la rapporter en partie à la destruction subie par ces éléments soit dans la rate et dans le foie, où, sous forme de résidus pigmentaires, on en voit de nombreuses traces, comme nous le rappellerons à Fanaan précipité, qui n'est dû qu'à l'excès d'acide urique ; ceux qui ont regardé ce précipité comme une preuve d'albuminurie ont négligé le contrôle par la chaleur qui le redissout au lieu de le rendre plus marqué.
(t) Léonard et Foley, Recherches sur Cëtat du sang dans les maladies endémiques de l'Algérie. Paris, 1846.
(2) Léonard et Foley, loc. cit.y p. 38. «Le chiffre de Ja fibrine a presque toujours oscillé entre les minima et les maxima de ses proportions physiologiques. »
(3) Dans 62 analyses, les globules sont descendus S9 fois au-dessous du chiffre 110 pour 1000; leur moyenne a diminué d'autant plus que les récidives avaient été plus nombreuses (iV/., p. 41 et.suiv.)* Quant à l'albumine, généralement diminuée, elle est tombée une fois à 40, résultats, disent ces auteurs, en contradiction avec cette proposition de M. Andral: «La diminution de l'albumine dans le sang n'a été, jusqu'à présent, trouvée chez l'homme que dans les cas où le sang a perdu d'abord de son albumine par les reins. » i^Loc. cit., p. 58.)
298 SYMPTOMBS.
tomie pathologique; soit dans divers autres tissus, et en |'^ particulier dans la couche sous-épidennique où âe font des dépôts du même genre.
Pendant les années 1864 et 186S, j'ai examiné au nùcroscope le sang de presque tous les anémiques qui, en automne, étaient admis dans mon service ; je croyais trouver dans le sang une altération, correspondant à la pigmenta* tion splénique et cutanée, constater la mélanémie.
Sur 65 cas dont j'ai noté les résultats de cet examen, je n'ai rencontré que trois fois dans le sang des granulations pigmentaires ; et cependant chez tous ces malades le sang avait perdu sa coloration rouge vif; il était brun sale, couleur jus de pruneaux ; et Ton pouvait espérer trouver dans sa pigmentation les résultats d'une évidente destruction des globules rouges (1).
Mais ce que je puis établir en revanche, comime résultat de cette même enquête, c'est l'augmentation fréquente, et parfois très-notable, du chiffre des leucocytes. C'est par erreur d'observation sans doute qu'on a voulu établir une différence absolue entre la leucémie et la cachexie palustre, en affirmant que, dans cette dernière, les globules blancs ne subissent pas d'augmentation, que parfois même ils dimi nuent (2) ; dans les neuf dixièmes des cas (50 fois sur 65 malades), je les ai trouvés augmentés, dans une proportion moindre certainement que chez les leucémiques arrivés au plus haut degré de leur affection, mais assez forte cependant pour que j'aie pu souvent l'évaluer, sous le champ du microscope, au décuple de l'état normal.
(1) C'est là une preuve, comme nous le rappeUerons an chapitre de TAna* tomie pathologique, de la formation sur place do la pigmentation dans la cachexie palustre, et de Terreur de ceux qui admettent comme règle absolue le transport circulatoire, vers la peau ou d*autres organes, da pigment splénique.
(3) Griesinger, loc, cii*^ p. 35.
; D'après la saison où prédomine la cachexie palustre, on BMnprend pourquoi les individus gui en sont atteints offriront presque toujours, en cas de manifestations fébriles, les ^fpes périodiques à grandes intermissions, ceux qui sont IfHK plus communs à Tarrière-saison ; les types quartes, et jHQX où Tapyrétie est plus longue encore, les types septéipures, bisepténaires (1) y apparaîtront relativement fréfl^ents. Parmi les pernicieuses, ce seront l'algide, la syn- ^tapale, rictérique,la comateuse apoplectique, la subcontinue Mtamnale, qui menaceront surtout le cachectique ; leur état MÉible incompatible avec la comateuse inflammatoire, Ipisela subcontinue estivale, formes qui réclament un orgalifeme vigoureux, susceptible d'une violente réaction, f t;C!et état semble en revanche la condition la plus favoralièau développement des formes atténuées de la fièvre, listant en frissons incomplets, en sueurs peu abondantes prolongées, et de ces troubles variés classés sous le de fièvres larvées, parmi lesquelles les névralgies sus- ^Plbitaire et intercostale sont les plus fréquentes chez cette jpatégorie de malades.
ï< L'anémie palustre présente les degrés les plus variés corïigpondant à la dose du poison absorbé ; on a prétendu à tort l|Be les formes de l'intoxication chronique variaient de nature •oiVant les foyers d'infection; il n'en est rien (2) ; quand iMMis voyions à Rome nos régiments revenir des différentes iputaisons qu'ils occupaient sur le territoire pontifical, nous fîBOonnaissions presque à coup sûr, d'après la physionomie et les allures des soldats, la provenance de ces divers détachements ; mais il n'y avait là que des différences de degrés tenant à Tinsalubrité plus ou moins grande des localités ocrâpées par nos troupes. Considérez la cachexie palustre des Hollandais et des riverains de la Baltique, vous lui recon-
(1) Voir Archives de médecine navale^ fé?rier 1807.
du continent de la Guyane pendant ces dernières années, le nombre comparativement moindre des accidents graves qui arrivent aux Antilles^cù les malades peuvent reconstituer leur santé par le passage des localités insalubres dans des points élevés et salubres, en peuvent fournir la preuve (1).
Voilà la raison du degré de cachexie auquel parvienne^ les indigènes, sans qu'il y ait entre eux et les étrangoi d'autre différence que la durée d'action de la malaria.
Monfalcon a décrit mieux que personne les misénUs conditions auxquelles sont réduites les populations despqi à fièvres, (c L'habitant de ces tristes lieux souffre dès sa naisance et montre, pendant les premiers jours de sa vie^k profonde empreinte de l'insalubrité du climat. A pdneit-il quitté la mamelle qu'il languit et maigrit ; une conki jaune teint sa peau et ses yeux, ses viscères s'engorgent;! meurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année (I)i<
Dans certains de nos départements où il existe eDOon des marais, l'homme n'atteint pas la taille voulue poorli conscription (3), et la mortalité excède notablement la mortalité normale (4).
(1) Dutroulau, loc, ct7., p. 367.
(2) Monfalcon, Histoire médicale des marais^ p. 128.
(3) Ce fait est noté pour les conscrits de la Brenne (Indro), par M. dsf^ ron, Rapport sur les épidémies de 1865, in Mémoires de C Académie éiti' decine, Paris, 1868, t. XXVIll, p. 411.
(4) Dans la Dombe, la vie moyenne est inférieure de 1 1 ans à la lao^ des autres départements (Rollet, Étangs de la Dombe, leur influeitKttrh population^ Annales d* hygiène, 1862. 2« série, t. XVllI, p. 226};tiirl«M marécageux de la Sprée, la mortalité excède d'an douzième eelle desIoeiM voisines (Reinhard, Étude statistique de l'influence des contrées paludàt^ sur la durée moyenne de la vie. Annales d'hygiène^ 1862. 2* série, tXVA p. 217). Dans certaines localités palustres du département de l'Hinikli mortalité, pour la période de 0 à 10 ans, dépassé de 6/10 celle du -rata ^1* France (Foussagrives, Études hygiéniques sur les marais. Annales^ giène, 1869. 2« série, t. XXXIl.p. 74). Suivant Aitken [ioc. cit.),\AWÊtk lité des pays à fièvres dépasse de 1 à 38 sur lOOO habitants celle des arte pays. Voy. aussi Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de sMriH, U II, p. 643» Paris, 1862.
20 Dang^er des maladies intereurrentei. — Pneamonie palailre.
i, Si la cachexie palustre n'entratae pas en général la mort Urectement, si même elle semble mettre à Tabri des formes ]m plus redoutables de la perniciosité, elle prédispose lialheureusement à certaines affections iadépendantes en pUes-mémes de la malaria, et leur donne un terrible caract^ de gravité.
j, D'une part, c'est la dysenterie qui tue par centaines les Ifivreux de nos armées dans les climats chauds, et môme ians certaines régions de TAlgérie; aux Indes, la dysenterie, il- grave déjà par elle-même, Test bien plus encore chez IHB anciens fébricitants (1). Mais la dysenterie n'est redoutgiAe pour eux que dans les pays où elle trouve elle-même Mfi conditions de développement; comme nous l'avons rap« fgié^ elle n'est point une affection palustre, bien qu'ayant gprtains foyers conmiuns avec la malaria. Aussi à Rome, pilla dysenterie n'est pas plus fréquente qu'à Paris, faisaitidUe bien peu de victimes parmi nos fiévreux ; dans les régions même où elle atteint et décime ces malheureux ca- (Çbectiques, comme dans notre province d'Oran, elle n'est gas plus qu'ailleurs la conséquence des fièvres ; elle natt ^JKNis rinfluence de conditions toutes différentes ; mais, ren- Hflbnirant des organismes affaiblis par la malaria, elle les lurend de préférence comme, dans d'autres circonstances, ^tBe le fait des scorbutiques; et, sur un terrain pareil, seslé- 4)(on8 anatomiques et son pronostic acquièrent une gravité *^pMit*ètre sans égale.
7"'' L'autre affection, redoutable aux cachectiques, non plus ^jjieulement dans certains foyers, mais à peu près partout, et ^Spécialement dans les parties les plus septentrionales du do- 'i.ÀMâne des affections telluriqucs, c'est la pneumonie ; cette
1^ (1) Anaesley, loc, cid, DysBttTKtiiK.
304 SYMPTOMES^ . .j
maladie joue un rôle si considérable dans la mortalité de cette catégoriie de iifàladess, quelle «oiftlitue/eft maintes localités, le plus redoutable danger qùlîs aient à courir.
Nous avons signalé déjà une opinion 4[ui a cours dans la science, et d'après laquelle ces pneumonies de la «ackxle palustre sont regardées comme des accidents aigus inhérents à la malaria, et, comme tels, désignées sous le nom de fièvres pernicieuses pneumoniques ; on a vu^ dans notre nomenclature des fièvres pernicieuses, que nous n'admettions pas d'accès de ce genre, qui nous semblent devoir rentrer pour la plupart, comme les accès dits pleurétiques, dans la forme pernicieuse cardialgiqiie (1).
Grisolle (2) admet cependant une fièvre pernicieuse pneomonique, c'est-à*dire une pneumonie présentant cette allure singulière de se manifester d'une manière intermittente pendant plusieurs accès successifs, en disparaissant presque complètement pendant les intervalles apyrétiques; une pneumonie de ce genre différerait nonnseulement delà pneumonie habituelle, ce type de l'évolution phl^masique continue depuis le frisson initial jusqu'à la défervescence; mais elle différerait en outre de tous les autres accès pe^ nicieux qui, par leur retour, ramènent simplement un état grave comparable à celui de l'accès précédent ; tandis qu'en
(1) Pendant mes trois années â*obser?ation à Rome, Je n'ai tq qu'on seol cas auquel on eût pu tout d*abord appliquer rappellation de fiferre perni* cieuse péripneumonique; c'était ches un de mes collègues de l'hôpital de Rome, qui nous présenta un violent accès de fièvre avec S3*mptôiiies incon* tcsiables de pneumonie au premier degré, point de côté, crachats saoglanl», r&les crépitants et souffle bronchique ; la fièvre se reproduisit les jours suivants sous type tierce, sans répétition des accidents tfaoradqoes du premier accès. Sans ce seul fait qui s'impose à mon souvenir, je nierais pluscompléteneot encore Texistence des fièvres pernicieuses pneumoniques, bien que cbex ce malade on puisse admettre une simple coïncidence entre le premier accès etla plilcgmasie pulmonaire qui ne s'est pas renouvelée aux accès suivants, oomnc le veut la description donnée par ceux qui admettent cette forme de pendciosité.
(2) GrisoUe, Traité de la Pneumonie. 2« édiUon. Paris, 1864.
revenant à chaque paroxysme, la pneumonie pernicieuse, bien que supprimée durant l'apyrétie, reparaîtrait à un échelon plus élevé de son évolution, de façon à parcourir celle-ci dans une série d'accès, dont le premier correspondrait au simple engouement, le dernier à la résolution ou à Thépatisation grise.
Nous affirmons l'impossibilité d'une affection de ce genre ; Grisolle l'a admise sur la foi de deux observateurs éminents, à la vérité, mais qui, pour des raisons presque opposées, ne peuvent être considérés comme des autorités absolues en cette matière : d'une part Morton, qui a bien connu,les fièvres pernîlîieuses, mais qui vivait à une époque oîi les signes physiques de la pneumonie étaient encore ignorés ; d'autre part Laennec, qui a fondé la base de cette séméiologie, mais qui n'a pas observé dans les pays à fièvres.
Un de nos collègues les plus distingués de l'armée d'Afrique, M. le docteur Frison, a publié un mémoire fort intéressant sur la fièvre rémittente pneumonique (1), indiquant par ce titre, comme par l'esprit du travail, que dans cette affection la pneumonie est une affection secondaire, deutéropathique, causée par l'élément fièvre, qu'elle n'est en un mot qu'une forme morbide suscitée par la fièvre intermittente. Nous ne le pensons pas ; ces accidents frappent surtout les individus atteints de cachexie avancée comme le prouve l'auteur lui-même (2), c'est-à-dire ceux qui sont en général le moins aptes aux manifestations pernicieuses de l'intoxication aiguë.
Nous croyons donc, avec M. Catteloup, que le miasme
(I) Frison, Menu sur la fièvre rémittente pneumonique {Recueil des mévwires de médecine militaire, 186G, t. XVII).
(3) La Dëvre rémittente pneuofionique ne s'obserye que chez les personnes qui ont éproavé antérieurement les effets de Timpaludation, qui ont eu des atteintes plus ou moins répétées de fièvre intermittente, et surtout ches ceux qui portent déjà les stigmates de lacachexiepalustre. (Frison, /oc. ctï.,p. 100.}