CHAPITRE II
§ I. — CoBBld^ratloBS ipéBérales.
Ni le type périodique, ul le moaTement fébrile, ni l'examen de la rate ne peuvent assurer le diagnostic des fièvres pernicieuses. — Nécessité de tw or)mpto du lieu, do l'époque où elles se manifestent, et de la coeusteoee d'nutres aflections palustres.
Suivant Bailly, le faciès suffirait à lui seul pour permettre (li* reconnaître h distance une affection palustre (1).
Deux observateurs bien autorisés, Nepple (2) et Haspel(3), ont fait, l'un et l'autre, justice de cette allégation de Bailly, (|ui sans doute avait été abusé par les conditions spéciales des malades qu'il voyait à Rome.
Il observait en effet au San-Spîrito, qui reçoit presque exclusivement les indigènes, généralement atteints de fièvres récidivées et par conséquent d'un certain degré de cachede empreint sur leur physionomie. Sur ce théâtre même, ily aurait lieu de discuter la possibilité d'un diagnostic aussi expéditif; combien d'affections adynamiques, bilieuses, pourraient, par le simple examen à distance* être rangées à tort au nombre des affections palustres.
Que serait-ce si l'observateur était transporté dans une salle remplie de malades jeunes, comme ceux de notre armée, nouvellement venus, atteints non pas des formes avan-
(l)Bailly, /oc. cit., p. 491.
(2) Nepple, /oc. cit., p. 93.
(3) Haspel, loc. cit,^ t. II, p. 301.
GONSIOÉKATIONS GÉNÉRALES. 3ti
cées de rintoxicalîon,iûais surtout des accidents prîmîtîfe, et en particulier de ces formes estivales où la physionomie porte plutôt l'empreinte d'une réaction analogue à celle des maladies inflammatoires que de Tadynamie des fièvres de i'arrière-saîson ?
11 est évident que ces réserves que nous faisons sur la facilité du diagnostic ne s'appliquent pas à certaines formes élémentaires, pour ainsi dire, comme les fièvres simples périodiques si faciles à reconnaître, lors même que leurs stades ne sont plus représentés que par des manifestations incomplètes, frissons, sueurs, ou céphalalgie.
Il est plus essentiel de préjuger l'existence de ces fièvres avant leur explosion, de savoir que, chez nombre de malades, la fièvre intermittente simple est précédée de symptômes analogues à ceux de l'embarras gastrique, anorexie, langue saburrale et\illeuse, abattement et courbature ; ce sont diçs signes auxquels ne se trompent pas ceux qui ont subi des atteintes antérieures, et ces signes peuvent indiquer l'emploi d'une médication spéciale. Pour la fièvre rémittente sipiple, ses caractères principaux sont constitués par la rapidité de l'effervescence, l'intensité du mouvement fébrile, la congestion de la face et des conjonctives, la rachialgie, la doulçur épigastrique,raccélération delà respiration, les vomissements souvent incoercibles, qui la rapprochent de la fièvre d*invasion de la variole, et de la première période de la fièvre jaui^e ; l'absence de malades atteints de ces deux dernières affections, et le nombre toujours considérable d'autres cas de fièvre rémittente détermineront le diagnostic.
Les difficultés sont bien autres pour les fièvres pernicieuses, qui prennent le masque de tant d'affections différentes, et indépendantes de l'action des miasmes telluriques. Parmi ces accidents, il en est cependant quelques-uns que l'on pourra presque toujours et à coup sûr qualifier d'accès pernicieux ; telles sont les formes algide, cardialgîque, dont
l'appareil morbide est presque exclusif àla pathologie palustre ; telles sont encore les formes cholérique et ictérique (1), quand elles se développent dans un pays et une saison où il n'y a ni choléra ni fièvre jaune.
En revanche, les accidents comateux et délirants soat trop communs dans d'autres affections pour que, d'après ces accidents seuls, on puisse conclure à une intoxication miasmatique. Rien ne leur ressemble plus que le début de certaines fièvres éruptives, et j'ai vu pour mon compte se développer des scarlatines chez des enfants auxquels, dans la suspicion d'une tout autre affection, d'un accès comateux ou délirant, on avait donné de fortes doses de sulfate de quinine.
De même, lorsqu'on apporte à l'hôpital un homme plongé dans un coma profond, ou en proie à un délire brutal et violent, il est possible qu'il n'y ait là qu'un accident d'alcoolisme ; l'embarras est d'autant plus grand que parfois il existe des cas mixtes, et j'ai vu également deux exemples d'ivrognes restés couchés à la belle étoile, et qui, durant ce dangereux sommeil en plein air, furent atteints d'accès pernicieux.
L'insolation ne produit-elle pas des résultats identiques ? Pouvant à elle seule entraîner des accidents comateux et délirants, elle s'associe parfois à rintoxication palustre pour donner lieu à des cas complexes dont le diagnostic ne peut être établi que par la provenance du malade et les symptômes ultérieurs de l'affection (2).
Évidemment, pour établir le diagnostic fièvre pernicieuse, on doit tenir grand compte du caractère particulier d'évo-
f 1) Les vomisisements noirs plus marqués dans la fiè?re jaune, les hémataries plus constantes dans la bilieuse grave (pernicieuse ictérique) constituent, en cas d'épidémie simultanée dans les pays chauds, la base la plus certaine du diagnostic. (Barthélémy Benoît, Archives de méd, navale, t. IV, p. 386.)
(2) Voir plus haut notre VI* observation et la note 2 de la page 177.