L. Colin, FièTre
La cachexie palustre n'a malheureusement pas le privilège qu'on a voulu lui reconnaître d'opposer un antagonisme certain, à différentes maladies ; elle n'entrave ni l'explosion ni le développement de la phthisie pulmonaire (1), et nous avons perdu des cachectiques dont la rate était elle-même farcie de tubercules.
Elle n'empêche pas, comme nous l'avons démontré plus haut, le développement de la fièvre typhoïde.
Elle ne s'oppose pas aux atteintes du typhus qui s'y associe fréquemment, comme on l'a observé en Crimée, comme M. Léon Coindet l'a constaté au Mexique (2), comme nous en avons eu la triste preuve dans les ravages du typhus en Algérie.
Quant au choléra, Hœser a établi l'existence d'un certain rapport entre les apparitions pandémiques du fléau indien, et l'accroissement du nombre des fièvres intermittentes (3); la mortalité énorme du choléra en Algérie prouve combien l'anémie palustre en favorise les atteintes et en augmente la gravité.
(1) Parmi les preuves du non-antagonisme rassejnblées par Hirach(Han(/buch, etc., t. n, Organkrankheiten) mentionnons les observations des médecins hollandais établissant la fréquence simultanée des deux affections ; ainsi Becker, médecin en chef de l'armée hollandaise, constate (1842-44) 96mor(s par phthisie sur 242 décès, près du tiers par conséquent, dans une armée qui présent plus de fièvres qu'aucune autre armée d'Europe I Forget a?aitég8lement prouvé qu'à sa clinique de Strasbourg, où la malaria envoyait tant de malades, le tiers des décès étajt dû à la phthisie.
(2) Léon Coindet, Le Mexique^ t. II, p. 268.
(3) Hœser, Lehrbuch der Geschichte^ etc., voir notamment les paragraphes 167, 158, 189.
i<es caractères anatomiques spéciaux de la fièvre pernicieuse sont le ramollissement et la pigmentation de la rate; — Les autres viscères, à Texception du cœur, présentent des traces de congestion plus ou moins intense. — Dans l'intoxication chronique, la rate est encore le siège de la lésioii principale ; mais ici, cette lésion est caractérisée par Thypertrophie et l'induration.
La cause principale du désaccord des auteurs sur les lésions produites par la malaria tient à la confusion faite par la plupart d'entre eux entre Tanatomie de l'intoxication aiguë, des fièvres pernicieuses par conséquent, et celle de l'intoxication chronique ou cachexie ; il y a là deux séries de faits bien distincts, et nous les étudierons séparément.
1° Intoxication atguë»
L'anatomie pathologique des fièvres pernicieuses n'est pas encore, suivant nous, complètement constituée. Dans ce siècle même, elle a été bien diversement décrite. Nous voyons d'une part les observateurs qui ont le mieux étudié ces fièvres pendant ces dernières années, Nepple (1), Bailly (2), M. Maillot (3), insister énergiquement sur les altérations des centres nerveux et du tube digestif. Et quant à la rate, qui est en sommele.seul organe atteint d'une lésion spéciale, elle est représentée comme le siège des altérations les plus diverses, je dirais même les plus incompatibles, depuis le
(1) Nepple, loc. c/f., pp. 2G2 et suivantes.
(2) Bailly, loc, cit., passim. .
(3) Maillot, /oc. ciï., pp. -283 et suivantes.
simple ramollissement sans changement de volume jusqu'à rhypertrophie avec induration.
La première cause de ces hésitations et de ce désaccord, c'est que la fièvre pernicieuse est susceptible, ainsi que toutes les maladies spécifiques, de n'offrir comme caractère analomique essentiel qu'une lésion extrêmement légère en apparence si on la compare aux altérations secondaires qui, parleur étendue, leur siège dans des organes importants, absorberont surtout l'attention.
Avant que l'anatomie pathologique de la fièvre typhoïde fût constituée, n'accordait-on pas une importance capitale aux congestions pulmonaires, à la rougeur et au ramollissement de la muqueuse stomacale, altérations décrites si fréquemment sous le nom de gangrène (1) parles observateurs du siècle dernier ; pouvaient-ils supposer que ces lésions si évidentes, si considérables, si bien en rapport avec les symptômes, fussent primées par la simple tuméfaction des glandes intestinales? Il devait en être de même dans la fièvre pernicieuse, dont le caractère anatomique est débordé souvent par des altérations qui semblent bien autrement importantes. N'était-ce pas dans le cerveau, dans l'estomac qu'on devait chercher les lésions de ces fièvres ardentes dont les symptômes semblent révéler l'atteinte de ces deux organes, et si bien répondre au nom que leur avait donné Broussais, de gastro-céphalite ?
Quand on considère en outre que la plupart des victimes de ces formes ardentes, la comateuse et la délirante, sont des sujets jeunes, à organisation encore riche et presque intacte, que la maladie les tue en quelques heures comme un accident, et qu'enfin les autopsies sont pratiquées dans des pays chauds, où, sous l'influence de la température, la muqueuse digestive prend rapidemmént la coloration dont on a faille
(I) Priiigle, Maladies des armées, p. 121. — Huxham, Essaie etc., p. 91. — Lnncisi, Épidémies j passim^ etc.
caractère des inflammations suraiguës, on comprendra l'insistance des auteurs à signaler Taspect phlegmasique de cette membrane.
Ce qui prouve cependant que là n'est point le mal, c'est que les autopsies pratiquées à une époque moins chaude de l'année, et sur des sujets plus débilités, ne révèlent plus ces apparences inflammatoires de la muqueuse digestive; c'est alors que, « semblable à la foudre, l'agent toxique semble avoir détruit, annihilé le principe vital, avant d'altérer les organes (1). »
A. RAMOLLISSEMENT ET PIGMENTATION SPLÉNIQUES.
Dans tous ces cas cependant, il y a une lésion, minime si Ton veut, mais en somme aussi constante et aussi caractéristique, pour la fièvre pernicieuse, que l'altération des glandes intestinales dans le typhus abdominal ; celte lésion est constituée par le ramollissement et la pigmentation spléniques.
De ces deux faits, le premier, le ramollissement de la rate, a été constaté par Audouard tout au commencement de ce siècle (2) ; celte altération, il la rencontre sur plus de cent cadavres, à la suite de toutes sortes de pernicieuses^ et même chez des hommes enlevés par un premier accès (3).
Malheureusement, à côté des individus enlevés au début de leur intoxication, par un accès pernicieux, s'en trouvent d'autres succombant à des accidents identiques, mais après être arrivés à un degré plus ou moins élevé de la
(1) Haspel, ioc, cit., t. U^ p. 315.
(2) A Venise, en 1806, à Rome, en 1807 et 1808, Audonard constate, à la suite des fiè?res pernicieuses les plus diverses, un ramollissement de la rate tel, dit-il « qu'on pouvait y enfoncer les doigts aussi facilement que dana nn fromage à lacrôme. » {Mémoires contenant des recherches sur le siège des fièvres intermittentes^ in Journal général de médecine, 1828.)
(3) Mém, cité, p. 247.
cachexie ; or, dans ce deuxième groupe de malades, la rate est. plus ou moins hypertrophiée, quelquefois énorme avant Taccès pernicieux ; les tissus fibreux et musculaire, qui constituent la trame de Torgane, ont pris un développement et une consistance considérables ; Tinduration de ce parenchyme, habituellement si friable, est telle que certains observateurs Tont qualifié de squirrheux. Que produira la fièvre pernicieuse sur une rate aussi dure et aussi grosse? elle pourra en atténuer la cohésion, mais sans en réduire le volume, ni lui rendre même sa mollesse normale.
Et pour ce motif, à côté d'individus n'offrant que la lésion de la fièvre pernicieuse, parce que celle-ci aura été toute la maladie, il y en aura d'autres chez lesquels cette lésion sera masquée par l'hypertrophie et l'induration s()léniques préalablement entraînées par la cachexie.
Telle est là source des erreurs nombreuses où sont tombés tous ceux qui n'ont pas distingué avec soin le fait anatomique produit par l'accès pernicieux, des altérations bien différentes qui succèdent à l'intoxication chronique (1). Morgagni avait dit pourtant déjà que les grosses rates
(I) Audouard lui-même n'a pa8 établi assez nettement la différence à maintenir entre les rates simplement ramollies de ceux qui suGcombent à un premier accès, et l'hypertrophie spléniqu« de ceux dont la fièvre pernicieuse ne survient qu'à un degré avancé de la cachexie, li en est résulté que certains observateurs, voyant mentionner souvent l'augmentation de volunie de la rate à Tautopsie de ces derniers malades, en ont conclu que la lésion principale de la fièvre pernicieuse était l'hypertrophie; c'est ainsi que M. Piorrjr, qui a du reste rendu la rate si accessible à notre investigi^tion, a voulu fonder le diagnostic des fièvres pernicieuses sur la plessimétrie de cet organe, errear contre laquelle s'élèvent les résultats négatifs obtenus de l'examen physiqae de la rate, en pareilles circonstances, par MM. Laveran, Haspel, Durand de Lunel, et nous-mêrae. M. Dutroulau, sur 80 autopsies, n'a rencontré que 30 fois l'hypertrophie splénique ; et parmi ces 80 sujets, il y avait des cachectiques. Sur 32 morts rapides à Madagascar, Jules Hochard trouve la rate normale comme volume, ou diminuée {Union mëd. 1852).
On comprend que souvent les résultats seront complexes. Un auteur, qui a fait sur les maladies d'Afrique, une série de travaux intéressants, M. E.Coiiifl,
étaient le résultat des fièvres longtemps prolongées, « diuturnas febres concomitant. »
Dans la fièvre pernicieuse, sans cacUexie, cet organe n'atteint pas en général le volume auquel il arrive dans la fièvre typhoïde de nos climats; à Tautopsie de six individus, morts dans ces conditions (3 entraient à l'hôpital pour la première fois, 2 pour la deuxième, 1 pour la troisième), le poids moyen a été de 340 grammes, la plus grosse de ces rates pesant 520 granimes, la plus petite 180.
Le ramollissement est porté au plus haut degré chez les sujets indemnes de toute cachexie antérieure ; il semble que la trame fibro-musculaire et la capsule d'enveloppe aient été en partie résorbées ; placée sur une table, la rate s'y affaisse en nappe comme une vessie à moitié pleine d'eau, et sa membrane enveloppante semble tenue comme une pellicule d'oignon ; le moindre choc, appliqué à cette vésicule, fait vibrer à son intérieur la pulpe splénique comme si elle était complètement fluide. Cette lésion s'étend à tout le tissu splénique, et j'ai même eu à Rome l'occasion de constater le ramollissement subi par deux petites rates supplémentaires, grosses l'une comme une noix, l'autre comme une amande, et qui, par la fluidité de leur contenu, semblaient deux ampoules distendues par un liquide noirâtre. Le second caractère fourni par cet organe est la pigmentation de son contenu, pigmentation qui, à l'œil nu, se révèle déjà de façon à permettre de distinguer la rate de la
constate qae, sur 52 autopsies de fièvre pernicieuse, la rate est engorgée 40 fois, et ramollie 43 fois (4 cinquièmes des cas) ; que, d'autre part, dans ^ autopsies de cachexies palustres^ l'engorgement a été trouvé 52 fois, et le ramollissement seulement 27 fois (moins de moitié) ; donc l'hypertrophie est plus spéciale à la cachexie, le ramollissement à Taccès pernicieux ; mais combien de sujets, dans ces deux groupes, sont morts avec des altérations conr* plexes, ayant subi Tune et l'autre affection, et diminuant ainsi la netteté de ces résultats nécroscopiques. (Voir Recueil des mémoires de médecine mi' litaire^ t. IV, S* série.)
fièvre pernicieuse de 1^, rate ramollie et noirâtre de quelques autres affections, comme la fièvre typhoïde et la scarlatine. On constate en effet, à la coupe, une coloration générale variant du rouge vif au violet foncé, coloration qui par elle-même n'a rien de caractéristique, maïs sur laquelle se détachent de petites zones circulaires de S à 25 millimètres de diamètre, zones qui à leur pourtour se fondent dans la coloration générale de l'organe, mais qui deviennent graduellement plus foncées jusqu'à leur centre où elles sont noires comme du charbon.
Chacune de ces zones correspond à la coupe d'un noyau dont la grosseur varie de celle d'un pois à celle d*une petite noix, et dont le nombre est inverse de la dimension. Quand ces noyaux sont volumineux, ils sont très-diffluents, et, en soufflant légèrement on ride la surface de leur section (1).
L'examen microscopique permet de constater que ces noyaux sont constitués par divers éléments du sang et sur-
tout par une grande quantité de pigment, soit en fragments irréguliers à arêtes vives et cristallines, soit en granulations plus ou moins arrondies, soit renfermé dans des leucocytes.
Ces altérations de la rate ont dans la fièvre pernicieuse la constance des altérations des glandes intestinales dans la fièvre typhoïde ; ces deux affections ont ce caractère anatomique commun de la lésion des organes dont la
(1) D'après la différence de volume de ces infarctus, Je m'étais demandé à les gros ne succédaient pas aux petits, si ceux-ci ne dérlTaient pas d'une altération des glomérules de Malpighi, analogue à celle que Griesinger a signalée dans la typhoïde bilieuse du Caire {loc, cit., p. 357); mais d'abord les gros noyaux sont aussi primitifs que les petits, et apparaissent chez des sv^eU enlevés par un premier accès pernicieux. La lésion décrite par Griesinger présente en outre des caractères inverses de ceux que nous venons d'éuumérer; ainsi les glomérules sont durs, saillants, remplis d'un exsudât fibrineux qui ne se ramollit que par la purulence. Enfin la fièvre pernicieuse est avec la fièvre typhoïde une des ajQTectioas où les glomérules de ;Malpighi devieooent le moins appréciables.
science moderne a consacré Timportance, et prouvé Tanalogie de fonctions (1 ).
Nous désirions vivement reconnaître si, dans cette pigmentation splénique, nous ne trouverions pas le point de départ de la mélanémie , si fréquemment constatée par Frerichs, et de dépôts pigmentaires dans d'autres or*ganes.
Nous avons reconnu d'abord que la présence du pigment dans le sang de la veine porte n'était pas constante, même dans les cas oîi la rate en était le plus remplie ; la pigmentation du foie est infiniment plus commune, et nous l'avons constatée dans presque tous les cas; elle consiste dans l'accumulation de granulations noirâtres aux extrémités des veines hépatiques, granulations bien plus foncées que les cellules hépatiques qui sont souvent colorées en brun trèsobscur par la bile; à ce double fait se rattache la coloration bronze olive du foie signalée par Stev^ardson.
Nous avons rencontré fréquemment aussi le même dépôt dans les reins, dont la pigmentation se devine à l'œil nu par les stries noires convergentes de la substance tubuleuse.
Chez trois sujets enfin, deux enlevés par des accès comateux, le troisième par une fièvre algide, nous avons été frappés de la coloration grise noirâtre (graphite) de la substance corticale du cerveau ; cette coloration provenait de Ja présence de pigment dans la lumière et les parois des dernières ramifications capillaires de cette substance. Dans aucun autre cas, c'est-à-dire chez 14 sujets, nous n'avons
(1) Quand Audouard voulut rapporter à raltération splénique le point de départ des fièvres simples et pernicieuses, la rate jouait un bien modeste rOle tLQX yeux des physiologistes; on le critiqua en revendiquant le siège de la lésion principale pour des organes d'un ordre bien plus relevé : « Pourquoi roiiloir, sans preuves directes, dépouiller l'estomac de la prépondérance dont il jouit, pour en parer la rate, dont les fonctions nous sont encore inconnues? » (Nepple, loc, cit,, p. 219.) Aujourd'hui, au contraire, la physiologie confirme chaque Jour davantage la vérité de l'opinion d'Audouard.
bl
lût
lemont, avec Frerichs que la métamorphose de la matière colorante du sang en substances mélanotiques est \m plus rapide dans la rate que partout ailleurs.
Telle est la première raison pour laquelle on trouves constamment cette lésion splénique après les accès pernicieux; un autre motif de sa fréquence relative, c'est quels congestions des autres vicères, comparées à celles de la nk^ sont remarquables par leur inconstance; quelquefois a* trémcs, dépassant les limites de Thypérhémie, et s'accoipagnant d'exsudats inflammatoires, elles manquent, èa d'autres circonstances, d'une manière presque absdue.
B. C0NGB8TI0?IS ENCÉPHALIQUE^ PULMONAIBB ET ABDOMIHAU.
Ces congestions sont à leur maximum, et dans tons 11 fX^ vicëres, encéphaliques, pulmonaires, abdominaux, hofilÊ^^ y a eu un refoulement violent et prolongé de toute la iMif'ftr ^^ sanguine, comme dans les formes algides ; quelguefhbflhf ^ jy. affectent plus spécialement un des grands appareils Ali' f^^/} conomie, les centres nerveux, par exemple, comme iulif'^i jj ^ forme comateuse inflammatoire; ainsi, pour M. Mai)^H'!fperei] a décrit avec une si grande précision les altératîonsdefii|*«congei nerveux, ces congestions spéciales lui ont semblé te|ili 1 * fe i
K la p *^eux,qu
**4iQs be; nhfièvr
locale (Frerichs, p. 267). Mais, dans les maladies aigaës elIeHM' trouve des pigmentatioDS bien plus analogues à ceUes desUènvi^ tentes : on constate des granulations pigmentaires dans les paniid*^ laircs cérébraux chez les individus morts de la fièvre typhoïde (GiW ioc. cit., p. 275), cette affection si voisine des fièvres pemideotti;**' même constaté (Stein, de Dorpat) à la suite de lésions trauDili'JF'* crâne.
Heschl a prétendu que dans la substance corticale on tronnki^' individus morts de fièvres pernicieuses, de petits anérrysmes capOW^^I ^,t. xx^ duits par des embolies pigmentaires ; pour nous encore le pigmcfitCiil*'' 1 ^>iKtmce { rt non la cause, de la stase sanguine, absolument comme dans lepl^Mll^ I ^«mstat^ bral des formes rapides de la fièvre typhoïde. I ^n^ ç;r
(l) Loc. cit., p. 273. |'»Wfc,(\ua\\
t'IUure, C ^IHedagnc
constantes de toutes, et Font amené à considérer les fièvres intermittentes comme des irritations cérébro-spinales.
Chez les sujets jeunes surtout, rapidement enlevés par les formes propres à la période estivale de Tépidémie, la masse cérébrale est habituellement turgescente, et semble, après l'enlèvement de la calotte osseuse, prendre un développement plus considérable que celui de la cavité qui la renfermait. «L'incision des téguments crâniens etdu cerveau laisse couler une incroyable quantité de sang poisseux ; l'injection veineuse, indiquée par le piqueté de la pulpe nerveuse, est €n relief sur les circonvolutions, dans les cavités, les méninges, les plexus; elle augmente le volume du cerveau et 8a consistance (1). »
Dans trois cas nous avons constaté la distension des piailles de la pie-mère par de la sérosité opaline, et, chez deux de ces malades, il y avait adhérence de cette membrane à la substance grise dont nous enlevions des fragments en tirant avec un scalpel sur l'enveloppe méninfienne. Il est certain que dans ces deux cas, dont l'un était HQfi type remarquable de pigmentation cérébrale, les limites de la congestion étaient dépassées, et que nous avions sous les yeux une véritable périencéphalite diffuse à l'état aigu (2).
Dans la plupart des cas il n'y a cependant, vers les centres nerveux, qu'une congestion analogue à celle que l'on rencontie dans beaucoup de maladies aiguës, la variole par exemple, la fièvre typhoïde, quand la mort y survient rapide-
(l)Laure, Considérations , etc., p. 17.
(?) Piedagnel {Gazette médicale^ 1839) et Beau (Archives générales de mé- 4tcùie<, U XXVHl, 4« série) ont cité des exemples de ramoilissement aigu de llaabstance grise à la suite de fièvre typhoïde. Eu 1864, Gbédevergne, après itoir constaté' la congestion, Toedème des méninges, et leur adhérence à la Hibfttance grise chez des sujets morts de fièvre typhoïde à forme cérébrale Upide, qualifie également cette lésion de périencéphalite diffuse aiguô. (Thèse Uée, 1864.)
mont. Dans les fiutopsies de fièvres pernicieuses qu'il a faites en Al^'érie, M. Laveran n'a jamais constaté que Thypérhéniic des méninges sans trace de phlegmasie(l).
Au reste, les apparences inflammatoires de reucéphaleae sont pas spéciales aux formes cérébrales, et se rencontrent aussi i)ien dans les fièvres algides (2), quand elles ont enlevé des sujets à organisation encore riche, et à peineiitoxiqués ; lors, au contraire, que l'accès pernicieux tue an caclieoti(iue, il y a une pÂleur réelle de la substance céribrale, comme si l'apparence phlegmasique était en npport avec la(|uantité de sang de l'individu (3).
Dcceque cette congestion méningienne n'est pas constante, de ce qu'elle semble susceptible d'une résolution npit comme tout ce qui n'est pas inflammation, il n'enlautp? conclure à son absolue bénignité ; si cet état hypérémiqtt persiste quelque temps, il en résultera des exsudats qui, agissant par compression sur Tencéphale, détermineront lep sage d'un accès pernicieux à l'état chronique (4), Gomnie nous l'avons vu chez nos malades des observations YIIetTlII où, sous l'influence de processus de ce genre, le conaa dua deux et trois mois. Deux faits du même genre ont été (to-
(1) Lavcian, Recueil de mémoires de méd. milit.^ l^e série, t. LV, p. Mi (2i Maillot (/oc. cit,^ p. 38G et suivantes); Bailly {JLoc. cit., p. 3â& iMi dans le choléra même n'y a-t-il pas souvent dans les méninges des Ua* d'apparence inflammatoire? (Voir Perler, Rapport sur P épidémie deéàHi* de 18GS dans la province d'Alger^ in Bulletin de la Société de wiks^ d'Alger, 1865.)
(3) C'est pourquoi Nepple, dont les recherches cadavériqaes ont porté K les habitants de la Bresse, c'est-à-dire sur des sujets atteints préaliUetf^ d'intoxication chronique^ a noté la pâleur du cerveau, et l'état exsaugMis vaisseaux.
(4) On a voulu trop distinguer Thypérémiede l'inflammation; la moq«' bronchique, hypérémiée par un obstacle au cœur, donnera une exsnJiiii* qui, anatomiquement, différera peu du produit de la simple inflammitifli'l cette muqueuse ; Thypérémie méningienne déterminera de môme des fa9f dats soit aigus, comme ceux que nous venons déqualifier de périencépbili>i toit plnt souvent chroniques comme dans nos observations vu et vui.
vés par M. Cambay, dont les autopsies ont en outre ceci d'important pour nous, qu'elles confirment d'une manière incontestable le rapport qui existe entre la pigmentation cérébrale et l'intensité du mouvement congestif vers les centres nerveux : « chez ces deux hommes, j'ai trouvé un léger épaissi ssement des méninges, avec teinte opaline et des adhérences avec la dure-mère le long de latente du cerveau : tout l'encéphale était plus consistant, plus dur qu'à l'état normal, et il offrait à l'extérieur une coloration d'un gris wo/ace très-foncé, que l'on rencontre rarement (l). »
Les poumons offrent également des traces de congestion» caractérisées par 'l'augmentation de volume et l'engouement des lobes inférieurs ; les bronches sont obstruées par des mucosités, quelquefois sanguinolentes (2), abondantes surtout chez les sujets morts asphyxiés par un accès comateux. Une lésion plus rare de ces organes, et propre exclusivement aux fièvres algides, c'est la présence d'infarctus hémoptoïques, qui se présentent plutôt sous la forme de marbrures noirâtres que de noyaux, et rappellent une des lésions pulmonaires du choléra indien.
Nous avons pu vérifier, dans la majorité des autopsies, l'intensité de la congestion sanguine, qui envahit également tout le système vasculaire mésentérique, et sur laquelle ont spécialement insisté trois de nos premiers observateurs en Algérie (3) ; chez deux sujets enlevés par des accès algides» tous deux présentant des infarctus pulmonaires , la congestion péritonéale était si vive que les replis du mésentère offraient des plaques noires d'extravasation sanguine.
C'est à des cas de ce genre que correspond, surtout quand
(1) Cambay, Topographie médicale de Tlemcen, {Recueil des mémoires^ de médecine militaire , t. LVII) .
(2) Laveran, loc, cit.
(3) Antonini et Monard frères, Considérations sur les fièvres intermittent es
(Recueil des mémoires de méd, milit,y !'« série, t. XXX Vj.
352 ANATOMIE PATBOLOGIQUE.
Tautopsie a lieu en été, l'apparence inflammatoire de la muqueuse digestive; nuancée dans l'estomac, de plaques violacées, ecchymotiques, quelquefois noirâtres et saillantes au point d'évoquer le mot de gangrène, si fréquemment prononcé par Bailly, cette muqueuse présente un fond rouge uniforme, depuis le pylore jusqu'au gros intestin.
Quant aux altérations typhiques de l'intestin grêle, nous renvoyons à notre chapitre sur la subcontinue estivale^ nous bornant à rappeler ici le caractère gangreneux offert, dans certains cas, par les ulcérations des plaques de Peyer.
Dans les fièvres pernicieuses, quand il n'y a pas cachexie antérieure, l'état du foie révèle aussi une intense congestion. Nous en trouvons la preuve d'abord dans la nature de la bile épaisse, poisseuse, noirâtre, qui distend la vésicule, et accuse, par ces caractères, la prédominance de la sécrétion hépatique sur celle de la muqueuse des conduits biliaires. Nous la trouvons surtout dans raugmentation notable du volume du foie ; sur six cas où nous l'avons pesé, la moyenne a été 1950 grammes (maximum 2300 grammes, minimum 1890).
L'hypérémîe de cet organe peut avoir une conséquence plus grave que la pigmentation, qui en est un des résultats habituels, et contribue à donner à la coupe du foie une coloration spéciale, sans altération de consistance ; dans ces cas, les cellules hépatiques, quoique fortement colorées en brun, ont conservé leur forme normale. Mais, dans d'autres cas, l'organe est décoloré, jaunâtre, peu consistant (1); alors il y a commencement de stéatose, les cellules perdent leur contour polygonal, s'arrondissent et présentent l'aspect de celles du foie gras des phthisiques, sans se détruire comme dans l'atrophie aiguë.
(1) Haspel, loc. cit., t. II, p. 319. — Maillot, loc. cit., p. 285.
liNTOXICATION AIGUË. 353