À. SUCCEDANES DÉRIVANT DU QU^QUINA
Parmi les médicaments qui ont été proposés comme succédanés du sulfate de quinine, il est certaines substances dont la composition chimique, analogue à la sienne, a pu faire espérer l'efficacité, et dont l'expérimentation a été ten-, tée, dans notre armée spécialement, d'une manière d'autant plus régulière que ces essais étaient encouragés par le conseil de santé (1).
Tel est le sulfate de cinchonine, qui se trouve en abondance dans le commerce, dont le prix est bien inférieur à celui du sulfate de quinine, et qui, après avoir été employé avec succès par Choraelà THôtel-Dieu, fut soumis à des expériences officielles dans nos principaux hôpitaux militaires d'Algérie, ainsi que dans les hôpitaux de Rome et de la Rochelle, placés, par la nature des maladies, dans des conditions à peu près analogues.
Les résultats démontrent d'une manière incontestable la vertu fébrifuge du sulfate de cinchonine ; il y â eu 194 guérisons sur20S cas; mais, parmi ces cas, ne figurent point de fièvres signalées par des symptômes graves, précurseurs d'un état pernicieux, qui «c repoussent tout essai d'une thé- (( rapeutique incertaine et commandent remploi immédiat (( du médicament le plus efficace (2). »
Mais, en outre, des observations recueillies particulièrement par M. Laveran à Blidah, par M. Mayer à Rome, il résulte : que, même dans les fièvres simples, l'efficacité du médicament était infiniment moindre que celle du sulfetede quinine; que le nombre des accès qui se reproduisaient était
(1) Voir Résultats des expéHmentalions faites dans les hôpitaux milileif* sur les succédanés du sulfate de quinine^ etc. {Recueil des mémoires de nédecine militairei 1859, t. II).
(2) Ibid., p. 9.
bien plus considérable que par l'emploi de ce dernier sel ; qu'en résumé la puissance thérapeutique du sulfate de cinchonine était inférieure à celle du sulfate de quinine à peu près dans la proportion de 3 : 10. Or, la puissance toxique des deux sels étant à peu près égale (1), on comprend de quelle difficulté serait l'emploi du sulfate de cinchonine contre les fièvres pernicieuses, quand même on en aurait constaté l'action contre ces fièvres.
Les expériences faites dans d'autres localités palustres, au Pirée, à Varna', d'après les instructions de M. Michel Levy, ont pleinement confirmé ces résultats. «Une partie des succès attribués à la cinchonine n'ont pas plus de valeur que ceux d'une foule d'autres substances employées à titre de fébrifuges ; ils témoignent d'un fait clinique important, bien connu des anciens, à savoir : de l'épuisement spontané des accès fébriles (2). »
A Paris même, tout en établissant, par une série d'observations prises avec soin, les propriétés fébrifuges du sulfate de cinchonine, M. Moutard -Martin a reconnu l'infériorité
(1) L'action toxique du sulfate de cinchonine semble cependant plus variable que celle du sulfate de quinine (Moutard-Martin, Mémoire sur la valeur du sulfate de cinchonine dans le Irailemeul des fièvres infermittenfes^ 1860, in Mémoires de F Académie de médecine, Paris, 1860, t. XXIV, p. 447); elle n'est pas en rapport avec son action thérapeutique, qui parfois est énergique sans qae les malades aient senti l'action du médicament; tandis que d'autres fois l'action thérapeutique manque et les symptômes d'intoxication sont trfss-marqaés. M. Lemattre a constaté que le sulfate de cinchonine différait notableipent du sulfate de quinine par la nature des troubles produits du côté du système nerveux ; dans les expériences qu'il lit h Alfort, cet observateur vit lo premier de ces sels se rapprocher, comme action, des poisons qui lèsent surtout les fonctions de la moelle épinière, et il se manifesta des convulsions tétaniques d'une durée et d'une intensité bien plus considérables chez les animaux soumis à cet alcaloïde que chez ceux à qui l'on avait injecté du sulfate de quinine dans le tissu cellulaire. (Voir Griceinger, loc* cit., p. 82, note 1.) Kuchcnmcister aurait constaté de son côté que le sulfate de cinchonine, con trairement au sulfate de quinine, produisait la dilatation de la rate. {Id.)
(î) Michel Levy, Discussionsur le sulfate de cinchonine [Bull, de l'Académie de médecine^ séance du 24 avril 1860, t. XXV, p. 565).
de son action comparativement à celle du sulfate de quinine; celui-ci reste le médicament héroïque, que le sulfate de cinchonine ne peut pas remplacer, mais dont il devient, dans les fièvres plus graves, un adjuvant précieux et d'un prix relativement minime (1).
Expérimentés également en Algérie, à la Rochelle et à Rome, les tannâtes de cinchonine et de quinine n'ont donné lieu qu'à des résultats incertains ou insuffisants ; leur inefficacité tient-elle à ce que, dans ces sels, les alcaloïdes, cinchonine ou quinine, sont dans des proportions trois fois moindres que dans les sulfates (2)?Binz recommande précisément le chlorhydrate de quinine parce que ce sel renferme plus de quinine que le sulfate (3); et cependant, d'après Griesinger, le chlorhydrate a si peu d'action fébrifuge, qu'il ne mérite même pas d'être employé (4).
Ou bien l'inefficacité relative de ces divers composés ne tient-elle pas plutôt à leur moindre solubilité, question toute pratique (5), dont l'importance échappe souvent à ceux qui,
(1) Moutard-Martin, Mémoire sur la Valeur du sulfate de cinchonine^ etc.
(2) Voir Résultais des expérimentations faites dans les hôpitaux militaires sur les succédanés du sulfate de quinine {Becueii des mémoires de mi' decine militaire ^ 1859, t. Il, 3* série).
(3) Biiiz, loc, cit, {Virchow*s Archiv^ février 1869).
(4) Griesinger, loc, cit., p. 81.
(5) Récemment encore, M. Briquet rappelait qn*il avait dû renoncer à l'em* ploi du tannate de quinine, vu son peu de so\ubi\\ié [But le tin de la Société de médecine de Paris, \n Gazette des hôpitaux^ 6 novembre 18G9). Et cependant le tannate de quinine aurait donné à une commission, nommée parl'Acaàémie de médecine et pri^sidée par M. Bouvier [bull. de P Académie de médecine, 17 février 185?, t. XVII, p. 415/, des résultats thérapeutiques analogues à ceux du sulfate de quinine, dont il n'offre en outre ni Taniertuine, ni la diflicdlté de tolérance par l'estomac, ni le prix élevé.
II y aurait plus d'avantages encore dans Temploi de Turate de quinine expérimenté à Bordeaux contre des Hëvres simples et pernicieuses, par MM. Peraire et Armand de Flcury ; moins cher que le sulfate de quinine, cet autre sel aurait une puissance curative supérieure, et une puissance toxique bieo moindre ; l'amertume en serait également bien moins considérable {Bulletin général de thérapeutique).
d'après la formulé chimique d*un médicament, concluent trop précipitamment à sa puissance thérapeutique? - Rien n'est plus naturel et plus logique pourtant que la pensée d'utiliser, en dehors de la quinine, tous les alcaloïdes que peuvent fournir les diverses espèces de quinquina du commerce, comme la quinidine^ la quinicitiey la cinchonine^ et la cinchonidine^ presque tous isomères de la* quinine ; il semble qu'il y ait lieu surtout d'en espérer une action efficace par leur combinaison à des acides qui semblent eux-mêmes jouir déjà de certaines propriétés fébrifuges. Tel est, parmi ces derniers, l'acide picrique, auquel certains observateurs auraient reconnu une vertu de ce genre, et qui provient au reste de diverses substances qui ont été vantées pour la cure des fièvres intermittentes (salicine, populine, phénol). C'est précisément en combinant cet acide avec les alcaloïdes en question, que MM, Ossîan Henry, Alfroy-Duguet, et E. Perret ont récemment obtenu un composé jaune, cristallisé, parfaitement dosable, qu'ikont désigné sous le nom d'acide quino-picrique, et qui, d'un prix bien inférieur au sulfate de quinine, aurait une puissance thérapeutique comparable à celle de ce dernier sel (1). A l'avenir de consacrer par des succès nombreux et répétés les espérances à concevoir d'après l'administration de ce nouveau médicament à un nombre encore fort restreint de malades (2).
B. SUCCÉDAHés 5E DÉBIVAIIT PAS DO QIJIKQUIlfA.
Parmi les fébrifuges qui ne proviennent pas de Técorce du Pérou, il en est peu qui aient été aussi vantés depuis
(1) Voir O. Henry, Alfroy-Dagaet et E. Perret, Sur un nmtvel Of/ent mét/U cai toni fébrifuge succédané cow/énére de la rfuirtine iHulleUn de l* Académie Unpériafe de médecine^ Paris, 24 août W:9, t. XXXIV, p, (m),
(2) L'acide quino-picriqœ aarait r^otsi ciiez quatre sojet* atteints de fl^vre contractée aox environs de FontaiocMeaa {RulUiin^ loe. dt.).
quelques années que Tacide arsénieux, administré, suivant la formule de Boudin, en solution dans un liquide composé d'eau et de vin blanc à parties égales (1) ; la liqueur arsenicale de Boudin, ne renfermant qu'un centigramme d'acide arsënieux pour vingt grammes de véhicule, est infiniment plus maniable que les liqueurs de Fowler et de Pearson, dont l'administration exige toujours les plus grandes précautions, et dont le dosage ne doit être fait que goutte par goutte.
Boudin lui-même aurait obtenu les plus merveilleux résultats de l'emploi de son médicament : « J'ai souvent obtenu, avec une seule prise d'un centième de grain d'acide arsénieux, la disparition radicale de fièvres contractées soit en Algérie, soit au Sénégal, et qui avaient jusqu'alors résisté aux médications les plus variées, y compris le sulfate de quinine et le changement de climat (2). » Plusieurs autres observateurs, notamment MM. Maillot (3) et Fremj (4), ont aussi constaté la puissance fébrifuge de l'arsenic chez des malades traités dans les hôpitaux de France (5) ; et les expérimentations faites aux Indes par Morehead (6), en Perse et en Algérie par différents praticiens, ont également établi les succès incontestables de cette médication dans les pays les plus chauds et les plus dangereux. Un de nos collègues de l'armée, M. Sistach, a fait de cette ques-
(1) La liqueur arsenicale de Boudin s'obtient en mélangeant un gramme d'acide arsénieux à un litre d*eau ; après avoir fait bouillir pour dissoudre, et remplacé Teau qni s'est évaporée, on môle la solution avec partie ^o (un litre) de vin blanc.
(2) Boudin, Traité des fièvres intermittentes, p. 277.
(3) Maillot, Gazette médicale, 1850.
. (4) Fremy, Médication arsenicale dans les fièvres intermittentes, Paris, 185Î.
(5) Ces observations ont été confirmées par MM. Néret à Nancy, Tessicrà Lyon, Bernier à Sarreguemines, Vaulpré et Travail dans les marais de b Bresse, Goldschmidt à la colonie pénitentiaire d'Ostwald piès de Strasbonrg, et Fustcr à Montpellier.
(C) Morehead, Çiinical Rtêearches, etc. , p. 88.
lion le sujet d'un travail extrêmement intéressant (1), dans lequel il confirme par une nombreuse série d'observations les propriétés fébrifuges de la liqueur arsenicale de Boudin (2). Malgré les bons résultats obtenus par ces cliniciens, et par le plus grand nombre de ceux qui ont adopté leur méthode, nous avouons que nous n'avons osé pour notre compte la mettre en pratique pour combattre les fièvres de Rome et d'Algérie ; nous redoutions d'abord l'incertitude de cette médication, incertitude reconnue et proclamée par celui même qui en a été le plus ardent promoteur : « Un fait très-remarquable, c'est que le degré d'efficacité des préparations arsenicales, dans le traitement des fièvres intermittentes, soit subordonné d'une manière bien manifeste à la constitution médicale régnante, de telle sorte qu'on les voit parfois perdre à un haut degré de leur vertu fébrifuge, alors que, quelques jours auparavant, aucune fièvre intermittente ne résistait à leur action héroïque (3). »
Cette inefficacité, dont l'aveu, fait par Boudin, a déjà tant d'importance, a été reconnue par d'autres, qui parfois même en ont exagéré la fréquence, et contesté d'une façon trop absolue la valeur thérapeutique de l'acide arsénieux (4).
(1) Sistach, de V Emploi des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres infermiltentes {Recueil des mémoires de mddedne militaire, 1861, t. V, 3« série).
(2) Les fiévreux traités à l'hôpital de Viiicennes, en 18G0, par M. Slstach provenaient en grande partie de l'armée d'Italie; sttr 164 malades, 71 avaient sabi un traitement préalable, le plus souvent insuffisant, toujours infructueux (Mémoire cité).
(3) Boudin, Traité dif fièvres intermittentes ^ p. 278. L'auteur ajoute, il est vrai, que l'action du iulfate de quinine, aussi bien que celle de Tarsenic, est également influencée par le génie épidémique des maladies. Nous pensons au contraire qu'un dos caractères les moins contestables de la médication quiniqae est son identité d'action, en tous temps et en tous lieux, sur les malades atteints de formes similaires de l'intoxication.
(4) Ainsi nous trouvons trop sévères les conclusions de M. Laure sur l'inefficacité de la médication arsenicale. [Considérations pratiques sur les mala* dies de la Guyane^ p. 43.) Si, comme cet auteur, nous en proscriyons l'em-
Il en est de même de l'apîol, et de la colophane traitée par l'acide azotique, qui, soumis à des expérimentations cliniques dans les hôpitaux militaires de Rome, d*^Ajaccio et de Perpignan, ont motivé les conclusions suivantes du Conseil de santé : « I** les documents sont peu favorables à l'emploi des nouveaux fébrifuges ; — 2* pour le traitement des fièvres bénignes, ils n'ont pas révélé plus d'efficacité qu'une foule d'autres agents proposés comme succédanés de la quinine, et la simple expectation, aidée des moyens hygiéniques, a donné des résultats approximativement équivalents ; — 3° pour le traitement des fièvres rémittentes et pernicieuses, il y aurait danger à en autoriser l'emploi dans les hôpitaux de Corse, de Rome, d'Algérie et de toutes les localités à endémies marécageuses (1). »
A combien d'autres médicaments ne pourrait-on pas appliquer à bon droit des conclusions aussi réservées sur leur vertu fébrifuge?
De l'analogie qu'une substance peut présenter avec la quinine au point de vue de la saveur et des autres propriétés physiques, au point de vue de la composition chimique, et de l'action sur les substances organisées, au point de vue même de ses propriétés physiologiques, on ne peut conclure à priori à une analogie thérapeutique.
Ainsi Binz, dont les recherches ont été faites non pas au lit du malade, mais dans un laboratoire, compare à la quinine la bébeerine ou bébirine (2)^ alcaloïde provenant de
l'extrême rapidité d'absorption de ce sel qui, moins de dix minutes après son administration, est éliminé par l'urine et la salive. On comprend combien serait précieuse une instantanéité d'action nui^si complète, s'il existait un nombre de faits cliniques suffisant pour établir la valeur fébrifuge de ce composé chimique. {Voir Bulletin général de thérapeutique, 18G8, t LXXV, p. 477.)
(1) Résultats des expérimentations, etc. {loc, cit,^ p. 2.)
(2) Substance différant de la berbérlne, prétendu fébrifuge, qui se rencontre dans des plantes appartenant à diverses familles, aux Renonculacées, aux Ménispermées, et plus spécialement aux Berbéridées, surtout à l'espèce Berberis.
SUCCÉDAiNÉS DU SULFATE DE QUININE. 397
l'écorce du Nectandra Rodiei^ de la famille des Laurinées. Cette substance a la même action que la quinine sur les sucs animaux et végétaux dont elles détruisent rapidement, l'une et l'autre, les microphytes parasitaires (J) ; malgré les espérances qu*on pouvait en concevoir pour une ressemblance d'action thérapeutique, la bébeerine et son sulfate figurent aujourd'hui déjà au nombre des fébrifuges incertains (2).
Les substances amères et riches en principes astringents ont été de tout temps conseillées contre les fièvres intermittentes ; pour Nepple, après le quinquina, la petite centaurée était le remède le plus efficace à leur opposer (3) ; on a vanté plus encore le simarouba, la quassia amara, l'absinthe, la chicorée, le plantain, dont le suc aurait fourni à M. Ghevreuse les meilleurs résultats (4).
Les propriétés astringentes de Técorce de chêne, son action antiseptique, devaient évidemment faire concevoir la pensée que cette écorce recelait une vertu thérapeutique comparable à celle de l'écorce du Pérou ; Cullen lui-même avait vanté la puissance fébrifuge du tan (5); quant au fait rapporté par Barbier, d'Amiens (6), savoir : qu'il existe dans un faubourg d'Amiens un moulin à tan dont les ouvriers n'ont jamais eu la fièvre intermittente, tandis que ceux qui sont occupés dans le voisinage à d'autres ouvrages en sont atteints, nous partageons pleinement l'opinion de Trousseau et Pidoux : « Nous ne révoquons pas en doute ce fait, puisque Barbier l'affirme ; mais comme, dans d'autres pays, les ouvriers occupés à la mouture de l'écorce
(l}Binz, loc, cit, [Virchow's Archiva mars 1809}*
(2) Griesinger, foc* cit., p. 86.
(3) Neppîe, Archives générales de médecine, 1831, p. CCÎ*
(4) Clievreuse> Journal des connaissances médicoChirurtjicaUiy 1S5I. (6) Cullen, Matière médicale, t. H, p. 47.
(6) Barbier, Madère médicale, t. I, p. 32s'*
de chêne prennent la fièvre d'accès corame les autres, nous croyons que Tiraraunité dont parle Barbier tient à quelques circonstances qui, probablement, lui auront échappé (!).)>
A plus forte raison, le tannin devait-il être essayé comme fébrifuge; dès 1807, son efficacité avait été affirmée par Pezzoni (2); et en 1840 M. Chansarel, de Bordeaux, publiait une série d'observations d'après lesquelles le tannin était entièrement comparable au sulfate de quinine, comme puissance et sûreté d'action (3). Dans un Mémoire plus récent (4), M. Leriche établit également des conclusions trèsfavorables relativement à la puissance fébrifuge du tannin; et, bien qu'il ne mette pas tout à fait cette substance au niveau du sulfate de quinine, puisqu'il la proclame seulement le meilleur des fébrifuges indigènes, il fournit à l'appui de cette opinion des faits très-nombreux et bien observés (S). Nous ne savons pas si de nouveaux essais sont venus confirmer ou contredire ces résultats ; mais, pour
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale^ 8* édition, 1. 1, p. 144.
(2 ) Pezzoni, Histoire de la société de médecine pratique de Montpellier, 1807.
(3) Cliansarcl, Bulletin médical de Bordeaux, octobre 1840.
(4) Leriche, du Tannin, de son emploi en médecine comme succédané du quinquina, 1861.
(5) Les expériences, auxquelles il s'est livré, ont conduit l'auteur à conclure : 1** que l'acide tannique, pur ut convenablement administré, est no excellent antipériodique ; 2^ qu'il parait d'une efficacité réelle dans le traitement de toutes les fièvres intermittentes à type simple quotidien ; 3^ que la facilité de son extraction, la modicité de son prix, l'innocuité de ses effets le rendent préférable au sulfate de quinine» ou aux autres dérivés du quinquina ; 40 quMl réunit par conséquent toutes les qualités d'un bon succédané, et qu'il constitue jusqu'à présent le meilleur des fébrifuges indigènes. Quel que soit le type de la fièvre inteimittente, il faut débuter par 18%50 à 2 grammes, selon la violence de la fièvre, et donner le médicament deux ou trois heures avant raccès. Ordinairement deux ou trois doses suffisent pour amener la guérison ; quelquefois on est obligé d'élever la dose à 4 ou 5 grammes par jour. L'auteur dit n'avoir pas encore rencontré de fièvres qui aient résiste à ce moyen. ^Lerithc, loc. ci'.)
notre compte, nous avons eu plusieurs fois Toccasion, comme nous le dirons plus loin, d^employer le tannin à titre de médicament astringent chez des malades atteints de cachexie palustre; des accès de fièvre se manifestaient parfois dans le cours du traitement, et leur répétition nous a prouvé que la vertu antipériodique du tannin était fort contestable.
M. Gendron (1) aurait obtenu, dans le traitement de soldats fiévreux à l'hôpital de Vendôme, de bons résultats de remploi de la poudre d'Alkékenge, dont l'action physiologique se rapproche de celle de la quinine, mais dont les propriétés fébrifuges sont en somme bien inférieures à celles du spécifique; ce médicament ne possède, en effet, ni la promptitude ni la sûreté du sulfate de quinine; « mais comme il ne coûte rien dans certaines provinces de la France, les gens de la campagne s'astreignent aisément à en continuer l'usage après l'interruption de la fièvre, et ils sont moins exposés aux récidives. »
Personne aujourd'hui n'admet plus la vertu fébrifuge du chlorure de sodium, dont Thomas, de la Nouvelle-Orléans, avait prétendu faire un succédané du sulfate de quinine; les essais pratiqués dans nos hôpitaux militaires n'ont fourni que des résultats négatifs. Quant au pouvoir que lui a attribué M. Piorry, de faire diminuer instantanément le volume de la rate, Gouraud et Valleix (2) ont prouvé que ce prétendu changement de volume était une erreur d'observation ; et l'on sait l'argumentation remarquable dans laquelle Grisolle a si nettement résumé l'inefficacité de ce prétendu succédané des sels de quinine (3).
Un médecin de l'armée anglaise aux Indes, Pearson Nash,
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale ^ 8* édition, p. 542.
(2) Valleix, Guide du médecin praticien, 5* édiiion. Paris, I8C6, t. I, p. 24c.
(3) Voir Bulletin de V Académie de médecine^ séance du 10 lévrier 1852, t. XVn, p. 390.
aurait obtenu des succès remarquables de remploi de la strychnine, et son rapport établit quelle immense économie réaliserait le gouvernement anglais en substituant cette substance au sulfate de quinine (1).
Malheureusement ce n'est pas la première fois que de semblables essais sont tentés avec la noix vomique (2), ce qui nous empêche de croire entièrement à une telle valeur fébrifuge ; et, d'autre part, cette substance est, relativement au sulfate de quinine, d'un maniement si difficile que remploi ne saurait en être généralisé, avant qu'on ait établi, par des preuves irréfutables, la réalité de cette action thérapeutique.
Dans un travail récent, le docteur F. de Willebrand, professeur à l'université d'Helsingfors (Finlande), affirme avoir obtenu les meilleurs résultats de l'emploi interne de l'iode contre les fièvres intermittentes (3). Nous avons lu les observations citées à l'appui de cette médication ; plusieurs d'entre elles se rapportent certainement à des affections non palustres, et, quant aux autres, elles sont trop peu nombreuses pour suflire à établir la vertu de ce nouveau fébrifuge ; l'auteur ne s'est pas, à notre avis, entouré des précautions voulues pour qu'on ne puisse même expliquer ces quelques guérisons par la cessation spontanée des accès. De plus, ce n'estpas la première fois que cette médica-
(1) Voir Poarson Nash, ihe Lancet, 18G7.
(2) Voir Fonssagrives, Revue de thérapeutique , in Gazette hcbdomadairfi 1808, p. 200.
(3) F. de Willebrand, de Vlode contre les fièvres t'ntermi (lentes {Ardiùes générales de médecine, juillet 18G9). La formule employée par cet aotcur est la suivante :
Iode 1 gramme
lodure de potassium 2 '^
Eau distillée 10 —
On prend toutes les deux heures, dans un verre à liqueur d'eau ordiouret 5 gouttes de cette solution.
SUCCÉDANÉS DU SULFATE DE QUININE. 40i
tion est conseillée contre les fièvres intermittentes; il y a longtemps qu'elle a été sii^nalée par M. Boinet (J) ; elle aurait donné de bons résultats à M. Barilleau (de Poitiers) qui, sur40 cas traités par la teinture d'iode, aurait vu disparaître 37 fois la fièvre (2). M. Seguin (d'Albi) a employé également la teinture d'iode contre des fièvres soit récentes, soit, invétérées et accompagnées de cachexie. L'auteur insiste spécialement sur les succès obtenus de ce médicament chez les anciens fiévreux. « C'est principalement dans les fièvres intermittentes chroniques, rebelles surtout aux préparations de quinquina, que la teinture d'iode peut rendre de véritables services au praticien ; » et il ajoute : a dans les pyrexies périodiques récentes, ce médicament ne m'a pas paru avoir la même valeur (3). » Nous pensons donc que la médication iodée a plus d'opportunité contre l'intoxication chronique que contre les manifestations aiguës de l'impaludisme, qu'elle se rapproche plus, en un mot, comme action thérapeutique, de celle du quinquina que de celle du sulfate de quinine. Elle est beaucoup plus indiquée, suivant nous, contre les engorgements du foie et de la rate, engorgements dont les exsudats plastiques constituent la base anatomique, et où l'iode doit intervenir comme puissant résolutif, que contre les mouvements fébriles où ce médicament est loin de jouir de la même puissance.
Quand on se rappelle que, dès les premiers essais faits avec la cinchonine, on avait proclamé 715 guérisons sur
( I ) Boinet, Traité cTioiothérapie, 2" édition, p. 920 ; et Bulletin de la Société de médecine pratique de Paris ^Gazette des hôpitaux, novembre 18G9).
(*2) La formule de M. Barilleau est la même que celle de M. Boinet : 30 gouttes de teinture d'iode dans une infusion de camomille ; mais on peut élever successivement la dose, suivant iVff^t produit, jusqu'à *0, 50 ou même 60 gouttes, et en faire continuer l'usage plusieurs jours après la disparition des accès fébrile 1 (Bulletin de la Société de médecine pratiffue de Paris,, in Gazette des hôpitaux, novembre 1869).
(3) Seguin (d'Albi), Bulletin général de thérapeutique, t, XXXI, p. 179.