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L. Colin, Fièvres

725 malades (I), résultais si peu confirmés par ceux qu'on a depuis obtenus, on comprendra qu'on ne doive pas légèrement accorder le titre de spécifique contre les fièvres, à un médicament expérimenté chez quelques sujets seulement, dont la guérison eût peut-être eu lieu d'elle-même dans un bref délai.

Quant au traitement des fièvres intermittentes par les sulfites, si formellement indiqués après la théorie et les expériences de Polli sur leur puissance antiseptique (voir plus haut, page 376), ils n'ont donné lieu, comme agents thérapeutiques, qu*à des résultats qui nous semblent fort contestables. M. Constantin Paul a rendu compte des effets de cette médication (2) qui, suivant Polli, aurait ani'^né 35G guérisons sur 437 malades atteints de fièvres de ditTérents types ; ce qui donne 81 guérisons pour 100. Les éléments de cette statistique de Polli ne nous semblent pas très-convaincants en raison du peu de renseignements donnés sur les groupes de malades traités; parmi les observateurs qui ont contribué à fournir ces éléments, ce sont ceux qui fournissent les détails les plus explicites qui ont obtenu le moins de succès de l'emploi des sulfites; tel est Pomaqui,sur 15 malades traités par cette naéthode, n'aurait obtenu aucun résultat chez8 de ces malades dont l'emploi ultérieur du sulfate de quinine coupa immédiatement la fièvre.

Mentionnons enfln, comme fait étrange, le mode d'action de ce nouveau fébrifuge qui, donné avant l'accès, ne laisserait se développer que le stade de froid, période après laquelle le malade se trouverait immédiatement soulagé, échappant ainsi aux stades de chaleur et de sueur (3).

( I ) Boucîiardat, Rapport sur la valeur du sulfate de cinchonine dans le traitement des fièvres intermittentes {Bulletin de C Académie de médecine, séance du 27 mars 1860. tome XXV, p. 453).

(2) Goiistantia Paul, Bulletin général de thérapeutique , tome L\IX, I8C5.

(:0 G. Paul, ibid.

A ce titre, le sulfite se rapprocherait, dans son action thérapeutique, des agents dont il nous reste encore à parler. En effet, aux médicaments considérés comme fébrifuges proprement dits, c'est-à-dire susceptibles de guérir radicalement la fièvre, on a ajouté l'emploi d'une série de moyens, empruntés ou non à la matière médicale, ayant pour but d'agir instantanément sur les phénomènes actuels de l'accès, soit pour les atténuer ou les supprimer par une perturbation quelconque, soit au contraire pour en accélérer l'évolution par une influence synergique.

C'est ainsi que pendant le stade de froid on a cherché à combattre soit mécaniquement, soit médicalement, la violence du mouvement congestif qui s'accomplit vers les différents viscères.

Audouard (1) conseillait l'application de larges sinapismes sur les jambes immédiatement avant l'accès; un médecin militaire belge. Van den Broch, se loue de l'emploi préventif des pédiluves sinapisés; sur 89 fiévreux traités à l'hôpital militaire de Mons, cet observateur aurait obtenu 60 fois la suppression de l'accès au moyen de ces pédiluves prescrits une demi-heure avant le moment du retour probable de la fièvre (2). Bailly (3) recommande la ligature des membres, fréquemment employée encore au siècle dernier, et que nous considérons pour notre compte comme un moyen à abandonner complètement (4) ; le même auteur propose même d'employer concurremment une compression générale et méthodique de la cavité abdominale pour di-

(!) Audouard, Nouvelle thérapeutique des fièvres intermittentes. Paris,

(2) Van den Broch, Bulletin général de thérapeutique , 1855, t. XLVIII.

(3) Bailly, loc. cit. y p. 446 et suivantes.

(4) C'est une demi-heure au moins avant l'arrivée présumée de Taccèsque doivent être placées ces ligatures à la partie supérieure des bras et dis cuisses; Bailly conseille de les appliquer môme, à ce moment, aux quatie

minuer Tactivité de la circulation sanguine dans celle cavité I Quelque rapport que puissent avoir de semblables indications avec les phénomènes apparents du stade de froid, on comprend et la difficulté de leur application, et rinfluence qu*a pu avoir sur des conc0ptionB thérapeutiques de ce genre Thypothèse que <îhacuil &*e&t faite de la cause intime du mouvement fébrile (1).

D'autres moyens encore ont été pi'éconîsés pour maintenîî*, durant le stade de froid, ractivité de, la circulation périphérique. D'après JameiS Ràyrtald Martin, les médecins anglais emploieraient feqùemèaent alors 1- acide nitro-muriatique (eau régale) en applications externes, à titre de sinapisants (2). En France, Gondi^t aurait obtenu de nombreux succès par l'emploi de ventouses sèches appliquées en grand nombre, spécialement le long de la colonne vertébrale et à la nuque (3). ' '

On a conseillé dans le même bût les lîniments lérében-

xnenibres. La constriction doit être assez forte pour déterminer 1c gonflement avec rougeur de ces parties (Bailly, îoc, cit., p. 'Ah%)\ le malade ponrra-til supporter longtemps la gène et la douleur qui en résulteront 7 le momeotoù Ton supprimera les ligatures ne sera-t«il pas encore bien voisin de celui cù doit revenir la fièvre? et d&s lors n^y aùra-t-il pas à craindre TefTet opposé à celui que Ton recherche, ati moment où, affluant vers les parties centrales le sang de la périphérie ^e portera bru^quement aii£ viscères, comme il >')' porte précisément durant le stade de froid ?

(1) On sait que pour Bailly la périodicité de la fièvre est due aux alternatives de la position horizontale et de la poskiofi verticale, et desmonvemenis qui, suivant lui, en résultent dans la miasse sanguine; aussi était-il rationoel, avec cette doctrine, de ne pus conseiller seulement la ligature des membres et la compression de Tabdomen^ mais encore le maintien du malade au lit, c'est-à-dire dans la position horizontale. (Bailiy, Ioc. cit.^ p. 463.)

(2) J. R. Martin, ioc. cit., p, 290.

(3) Gondret, du Traitement des fièvres intermittentes par le vide et lesventyuses. Pivris^ 1850 ; et Bulletin de C Académie de médecine^ 1858, t. XV, p. 688.

L'emploi de ce moyen a depuis été vanté également par Haillierqui affirme en avoir obtenu des succès constants {Journal des connaissances méd cochirurgicales, novembre, 185i), et par Martin Solon qui sur 12 cas o'aeu, lui, que deux succès.

SUCCÉDANÉS DU SULFATE DE QUINIiNE. 405

thinés sur cette dernière région (1), et Max. Lallour (2), qui a pratiqué dans les pays chauds, préconise comme spécifique, même dans Tes formes graves, les frictions générales avec Talcool camphré, au moment du retour des accès.

L'action de ces divers moyens peut être secondée par l'administration de boissons chaudes, diaphorétiques et de certains stimulants diffusibles dont le principal est Talcool qui a été spécialement recommandé par J. Giiyot. Nous ne pensons pas que l'alcool, non plus que l'éther, administrés pendant le stade de froid, ou immédiatement avant lui, jouissent d'une action prophylactique contre le retour des accès suivants ; mais il est certain que non-seulement ces médicaments peuvent abréger le cours d'un accès, en supprimer même la manifestation (3), mais encore qu'ils peuvent, chez les anciens fiévreux, obvier au collapsus et à l'adynamie qui accompagnent si fréquemment le retour des paroxysmes ; c'est donc à tort qu'on en a révoqué en doute l'efficacité (4).

Employé dans ces mêmes conditions, c'est-à-dire au début d'un accès, l'acétate d'ammoniaque nous a rendu d'incontestables services. C'est surtout contre les fièvres quartes que nous l'avons alors prescrit (5) ; chez des malades qui n'avaient obtenu aucun bénéfice du sulfate de quinine, chez lesquels la fièvre revenait depuis des semaines et des mois avec cette ténacité propre au type quarte, nous

(1) Bulletin général de thérapeutique^ 1846. C2) Lallour, thèses de Paris, 185G.

(3) M. Hérard a rapporté deux observations de fébricitants dont les acc^s furent immédiatement coupés par Tadministration d*un verre de rhum au début du stade de froid. (Voir Gazette des hôftifaux, 18G1.)

(4) Leriche {Gazette médicale de Lyon, I8GI, uo 4). Robert Barnes au ■contraire proclame Talcool un fébrifuge d'une grande puissance, en s'af* payant, comme Binz^sur sa vertu antiseptique. (Lancet, 19 octobre 1867.)

(5) C'est aussi contre le-s fièvres à type rare, et à frisson généralement intense, les Ûèvres automnales des pays du Nord, que J. frank conseille

avons obtenu Tatténuation et même la disparition des paroxysmes, en faisant prendre des infusions chaudes de thé, de tilleul, de camomille, dont on commençait Tadministration deux heures avant le retour présumé de Taccès, et en prescrivant simultanément quinze à vingt grammes d'acétate d'ammoniaque dans une potion ; à ces moyens nous ajoutons parfois le bain d'air chaud que le malade prend dans son lit, et dont nous préférons l'emploi à celui des bains de vapeur, conseillés aussi en pareille circonstance ; on sait que Celse employait, durant le stade de froid, les applications émollientes et les bains tièdes pour hâter l'apparition de la sueur, en même temps qu'il faisait prendre à l'intérieur de l'eau tiède aussi comme vomitif, et du poivre ou de Tail comme diaphorétique (1). A cette même période, Trnka conseille au contraire le bain froid, et vante les bienfaits de la réaction rapide qui en est la conséquence (2). Les préparations opiacées, administrées au début de

remploi des composés ammoniacaux qu*il associe alors au quinquina (loc. ciL^ p. 1S6).

L'hydrochlorate d*ammoniaqae est un remède qui est encore assez usité dans les pays du Nord, et qui parait doué de quelques vertus, quand oo Tadministre à la dose de 4 grammes ot plus ; Boehmer, Kortum, Frank l'oat donné avec succès. (Compendium de médecine pratique, t. V, p. 317.)

Aran a rapporté un certain nombre de faits d'après lesquels l'hydrochloraie d'ammoniaque Jouirait d*une vertu fébrifuge beaucoup plus générale, et aurait donné les résultats les plus probants à cet égard chez des malades atteints à Paris des divers types de la fièvre intermittente. (Voir Bulletin général de thérapeutique, octobre 1851.) Sur la demande de cet observateur, Félix Jacquot essaya de son côté Thydrochlorate d'ammoniaque en Italie, le subslituaut çu sulfate de quinine, et ces nouvelles expérimentations iofirmèrent notablement les résultais obtenus parÂran. {Bulletin de tliér,, t. XLVil,

(1) « Itaque sub expectatione proximss accessionis, deducendus est sger io

balneum, dandaque opéra ut per tempus horroris in soiio ait. Si ne balneum quidem profuit, ante accessionem allium edat, aut bibat calidam aqaam cum pipere ; siquidem ea quoque assumpta calorem movent, qui borrorem non adaiittit. (Celsc, De médicinal lib. UI, cap. xii.)

(2) Trnka, Historia febrium intermittentium. Vienne, 1775, p. 427.

l'accès, auront pour effet non-seulement d'apaiser l'excitalion nerveuse, mais encore de diminuer la durée du paroxysme, en accélérant l'apparition des sueurs ; on sait toute la valeur que Lind attribuait, sous ce rapport, à l'emploi de l'opium (1) ; « il détermine d'avance, disent Antonini et Monard frères, un mouvement d'expansion contraire à celui de concentration, diminue de beaucoup la durée et l'intensité des frissons, et abrège de même la période de la chaleur, par le développement plus prompt d'une transpiration générale accompagnée d'une somnolence qui n'a rien d'inquiétant (2). » Mais encore doit-on considérer l'action de ce médicament comme limitée aux symptômes de l'accès actuel ; il agit surtout comme sédatif, et il serait dangereux de compter sur son action comme fébrifuge (3).

Au lieu de chercher à atténuer la congestion viscérale, pendant le stade de froid, en excitant l'activité des fonctions cutanées soit par des révulsifs, soit par des diaphorétiques, des praticiens ont voulu y remédief directement au moyen de dérivations sanguines exercées sur le siège principal de cette congestion, sur la cavité abdominale. C'est ainsi que Twining recommande à ce moment du paroxysme l'application de sangsues à la région épigastrique (4) ; nous avouons qu'un semblable conseil d'un praticien qui a observé dans les régions où les accidents pernicieux sont si communs, et oîi parmi ces accidents domine si fréquemment l'algidité, nous semble inspiré par ce préjugé qui a si longtemps empêché le triomphe définitif du sulfate de quinine, par la croyance à l'inflammation des membranes du tube

(1) LInd, ioc, cit., t. Il, p. 204.

(2) Antoiiiai et Monard frères, Recueil des mémoires de médecine mili^ iaire, V série, t. XXXV, p. 51.

(3) Breda^ De variis opium scopo febrifugo adhibendi methodis, Lugduni Batavorum, 1806.

(*)Twining, Clinical iiiustratior.Sy etc., t. II, Traitement.

digestif, h la gastrite en un mot ; aussi sommes-nous satisfait devoir un successeur deTwîning, Morehead (i), engager les praticiens à ne recourir à ces applications de sangsues qu'avec la plus grande réserve. A plus forte raison repousserons-nous les préceptes de Mackintosch (2), de Giacomini (3), conseillant les saignées générales durant le frisson des fièvres intermittentes (4).

Quant aux moyens à opposer àTexaltation du mouvement fébrile, soit pendant le cours des fièvres rémittentes et continues, soit pendant le stade de chaleur des fièvres nettement périodiques, il n'en est pas qui ait la vertu de supprimer la marche de révolution morbide, mais plusieurs peuvent en atténuer la gravité et surtout calmer la souffrance des malades ; on verra, dans l'exposition du traitement spécial, qu'ici nous sommes loin de repousser, dans quelques cas, l'emploi des antiphlogistiques, et que nous prescrivons alors des déplétions sanguines locales, spécialement aux apophyses mastoïdes. C'est à cette période de la fièvre intermittente, et pendant le cours de la rémittente, que l'on emploiera avec la plus grande utilité les lotions froides, les fréquentes ablutions générales avec une éponge mouillée, comme le conseillent les médecins anglais, surtout quand le pouls est large, fréquent, et que la peau encore sèche est pour le malade le siège d'une sensation extrêmement pénible de cuisson et de picotements (5); on obtient ainsi une sudation plus rapide, et une diminution de la température (6).

(1) Morehead, loc. cit,^ p. 40.

(2) Mackintosch, Edinburgh med, and surg, fownaly 1827.

(3) Giacomini, Traité de thérapeutique^ p. 364.

(4) « Doit-on saigner dans la période de froid ? Je n'ai Jamais osé le faire. J'ai lu qu'on l'avait tenté avec succès ; mais Je ne conseillerai Jamais de le faire pour les fièvres des marais. » (Maillot, loc. cit,, p. i48.)

(5) Morehead, /oc. Ci7.,pp. Il0etl37.

(6) M. Barudel, notre collègue aux hôpitaux de Rome, a obtenu également

C'est à cette période aussi que Giannini conseille Timmersion dans Teau froide (1), non plus seulement comme moyen sédatif, mais à titre de méthode fébrifuge et prophylactique des accès à venir; en agissant ainsi, Tauteur italien substituait la méthode de Timmersion à celle des aCfusions préconisées par Currie comme présentant ellemême déjà une véritable action fébrifuge. — «Quelquefois, dît Currie, les accès ont été prévenus par des affusions pratiquées environ une heure avant l'époque présumée de leur retour, et la maladie a été complètement guérie après quatre ou cinq affusions de ce genre (2). »

Non-seulement Giannini modifia la méthode de Currie en plongeant ses malades dans un bain d'eau froide, mais il pratiqua cette immersion pendant le stade de chaleur, et des faits observés il tira les conclusions les plus favorables à celte méthode, conclusions dont nous nous bornons à rappeler les deux premières, les plus importantes :

V L'immersion froide pratiquée pendant le stade de chaleur met immédiatement fin à l'accès.

2** La rémission a lieu non-seulement dans les accès de fièvre intermittente simple, mais encore dans ceux de fièvre pernicieuse, accompagnée d'accidents graves, tels que délire furieux, vomissements violents, convulsions, etc. (3).

dans ces cas des résultats avantageux de remploi des lavements d*eaii froide plusieurs fois répétés par jour. (Voir Recueil fhs mémoires de médei'ine mili^ taire, î>* série, t Xf, I8C4.) Pendant la chaleur de Téïat aigu, dit M. Laure, rien ne soulage autant que l'immersion dans l'eau tiède, et le froid sur le front. Le bain fait cesser lérétliisme nerveux, et soustrait le calorique en excès^ il prévient les engorgements locaux en facilitant la détente et Texpan- BÎon des humeurs. (Laure, Consi'fératio/ts pratiques sur les maladies de la Guyane, p. 18.)

(1) Giannini, de laNatnre des fièvres, 1. 1, p. 54.

(2) Currie, Médical reports on ihe effects of water cold and warm. 1805, t. I, p. 39 ; et L. Fleury, Traité pratique raisonné d'hydrothérapie, Paris, 1856, p. 48.

(3) Giannini, hc, cit,, et Fleury, loc. cit., p. 50.

410 TRAITEMEiNT.

L'expérience est loin d'avoir confirmé tout ce qu'on pouvait espérer des résultats annoncés d'une manière si absolue par Giannini.

Aujourd'hui le praticien qui s'est occupé avec le plus de succès de l'application de l'hydrothérapie aux fièvres intermittentes, M. Fleury, en prescrit l'emploi non pas durant le stade de chaleur, mais pendant l'apyrétie, et en particulier quelques instants avant le retour présumé de l'accès (I).

Par cette méthode, M. Fleury a obtenu des succès incontestables, mais nous nous demandons si, employée dans les pays à fièvres, elle aurait pu fournir des résultats assez constants, pour consacrer ceux que l'auteur a recueillis à l'établissement hydrothérapique de Bellevue, et qu'il a résumés dans la proposition suivante :

Dans le traitement de la fièvre intermittente, récente, simple, périodique, avec ou sans engorgement de la rate, les douches froides peuvent être substituées au sulfate de quinine (2),

Mentionnerons-nous ces cures populaires des accès, consistant dans des écarts de régime ? Les vieux soldats recourent fréquemment à l'emploi des spiritueux ; en Souabe, dit Griesinger (3), les fébricitants chassent pour ainsi dire leurs fièvres en prenant une grande quantité d'une bouillie très-lourde, ou de pommes de terre. « Lorsqu'on voit que les remèdes les plus différents ont été prescrits, l'émétique et le café, les ventouses et les liniments térébenthines, l'écorce de chêne et les toiles d'arai-

(1) Le traitement a consisté exclusivement en douches froides administrées une heure ou une demi-heure avant le retour présumé de Taccès, et quelquefois pendant les jours d*ap}Tétie.

Les malades ont reçu simultanément une douclie en pluie générale, et une forte douche locale, de trois centimètres de diamètre, dirigée sur la région splénique. (Fleury, ioc. cit.,pAïG.)

(2) Fleury, Ioc. «7., p. 431.

(3) Griesinger, /oc. ciL, p. 87.

FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES SIMPLES. 41 i

gnée, Teau froide et Feau chaude, une diète sévère et un régime tout opposé, lorsqu'on voit enfin comment de simples influences ont amené arbitrairement des modifications 1 dans le développement des accès, sans que leur action 1 s'exerçât pour cela sur le processus fondamental, on s*expli- I quera facilement comment tant de remèdes différents ont été recommandés, comment ils n'ont fait que passer (1). »

ART. II. — TRAITEMENT SPÉCIAL DES DIFFÉRENTES FORMES. 1® Fièfreti intermitlentefi et rémittentefi «implefi*

A. MÉDICATION ÉVÂCDANTB.

En général, dans les pays chauds surtout, au début de l*épidémie, et dans les formes à type fréquent et voisin de la continuité, il y a avantage à commencer le traitemeot par remploi des évacuants et en particulier de ripéca.

Des auteurs du plus grand renom, Galien et Boerhaave, entre autres, ont conseillé de préluder au traitement des fièvres simples par une période d*attente ou d'expectation ; dangereuse déjà dans les pays tempérés, comme Ta prouvé Voulonne, cette pratique doit être condamnée d'une manière absolue dans les climats chauds ; et Ton doit suivre sans hésitation l'exemple de Torti, de Senac, de Lind, pour qui l'inaction du médecin constituait un des plub grands ' dangers courus par le malade.

^ En général, et suivant l'exemple de nos prédécesseurs et . de nos collègues, nous commencions le traitement de ces ^ formes par l'emploi d'un éméto-cathartique ; cette médication semble s'imposer au praticien ; non-seulement elle "■j répond aux symptômes de gastricisme si fortement accen-

(l) Griesinger, ioc. cit,^ p. 8G.

4lî2i TRAITEMEiNT.

tués, dans la plupart des cas, mais en outre elle est plus souvent sollicitée par le malade lui-même qui indique énergiquement le besoin qu'il éprouve de vomir.

Quel que soit le fébrifuge auquel recourra ensuite le praticien, la méthode évacuante surgit presque constamment comme première indication. On y a eu recours des siècles avant la découverte du quinquina ; elle n'a été négligée que pendant le règne de la doctrine physiologique. Avant la première dose d'arsenic, Boudin la prescrivait aussi împérieus^ ment que ceux qui emploient lé sulfate de quinine.

L'opportunité et le mode de cette médication varient cependant suivant la forme de l'affection et suivant les conditions individuelles.

Plus le type sera continu, ou voisin de la continuité, comme dans la rémittente simple et la quotidienne, plus sera indiquée la médication évacuante ;. or, cçs formes étant propres et à la saison chaude, et aux individus récemment intoxiqués, c'est d'une part dans les cas de première invasion, d'autre part pendant les mois de juillet et d'août qu'il y aura le plus à insister sur l'emploi des vomitifs et des purgatifs ; on comprend, d'après les mêmes raisons, que ces médicaments soient en rapport tout spécial avec les fièvres des pays chauds, ce berceau du type fébrile continu, et des intermittentes à courte apyrétie (1).

(1) On a cru longtemps et on croit encore que cette augmentalipn da gastricisme dans' les types fébriles où les accès tendent au rapprochement et même à la fusion, tient à un trouble gastrique spécial surajouté à la maDJ* festatton fébrile; beaucoup d'auteurs admettent que la fièvre rémittente par exemple est une affection double composéade Télément fièvre périodique qui explifiue les paroxysmes, et de Péiément gastro-bLliéux qui entretient le mouvement fébrile dans Tintervalle do ces paroxysmes. Sans nier cette complexité des éléments morbides, nous croyons que le gastricisme n'est sonvent qu'une conséquence de la fièvre elle-même; dans chaque accès, le tube digestif, comme tous les viscères, est fortement éongestionné ; la muqueuse gastro-intestinale se trouve ainsi dans un état de turgescence qui entraîne forcément une abondante desquamation de son épithélium, et les

Aussi, contre nos fièvres rémittentes d*été, prescrivionsnous habituellement le premier jour une potion renfermant deux grammes de poudre d'ipéca sans émétique (1) ; le surlendemain on administrait une purgation saline, habituellement Teau de Sedlitz.

Aux fièvres quotidiennes, la potion vomitive seule suffisait. Plus nous avancions dans la saison, et plus augmentaient les types à longue intermission, moins l'indication des évacuants devenait absolue (2), bien qu'elle restât encore extrêmement fréquente, fréquente au point que les trois quarts au moins de nos malades à fièvres automnales, tierces ou quartes, ont pris, comme premier remède, un vomitif ou un purgatif ; il semble cependant qu'il y ait exagération à employer encore cette médication chez des malades si anémiques et si débilités ; l'indication ensemble certainement moins formelle au premier abord que dans les fièvres de la saison chaude ; mais nous avons pu nous convaincre que dans ces formes tenaces de l'arrière-saison, et surtout dans la fièvre quarte, l'administration préalable d'un évacuant est souvent la meilleure condition d'efficacité du sulfate de quinine.

sécrétions qui constituent le catarrhe, Tétat saburral, le gastricisme. Un individu, pris brusquement de fièvre, présente presque constamment, pendant les quelques jours qui suivent son accès, des symptômes d*embarras gastrique, ei surtout un aspect blanch&tre et villeux de la langue qui a pour nous une valeur telle que son absence est presque un indice de simulation chez tout malade qui nous dit avoir eu un accès de fièvre dans Tintervalle de nos visites.

Dès lors on comprend pourquoi, dans les fièvres à types fréquents, le gastricisme est plus marqué que dans les autres, et pourquoi il est à son maximum dans les formes rémittentes ou continues.

(1) Nous redoutions trop l'action hyposihénîsante de Témétique dans un pays à flèvres pernicieuses : « Jai vu, dit M. Laure, plus d*uu accès algide évidemment causé par l'émétique. » \Lnc. cit», p. 20.)

(2) « C'était surtout dans les rechutes que la fièvre se voyait seule et sans apparence d'inflammation ou sans gastrite. » (Raymond Faure, loc, cit, p. C9.)

41» TIIAITK.MENT.

Ln médication évacuante, ainsi employée au début du traitement, non-seulement soulage toujours, raais parfois elle semble sufBre h interrompre le cours de la fièvre. De même que la perturbation causée par un vomitif pendant le stade de froid peut diminuer la durée d'un accès (1), de même les évacuants peuvent retarder et parfois suspendre la reproduction de ces accès comme si réellement le miasme absorbé avait été en partie éliminé sous leur influence.

Mais il ne faut pas s'exagérer la fréquence d'une action aussi complète de la méthode évacuante ; si l'on voit souvent la fièvre ne plus reparaître ou cessera la suite de Tadministration des éméto-cathartiques, c'est que la cessation spontanée de la série des accès d'une fièvre quelconque est un fait général, normal pour ainsi dire. Ainsi l'on entend un grand nombre de malades qui, bien qu'entrant pour la première fois à l'hôpital, racontent qu'ils ont été atteints antérieurement de la même fièvre dont ils ne se sont pas plaints, contre laquelle ils n'ont pris aucun médicament, et dont les accès se sont d'eux-mêmes supprimés. Et du reste, avant l'emploi du quinquina, alors que les médications les plus diverses, parfois les plus bizarres et les plus inefficaces, étaient seules employées, le malade n'en voyait pas moins, dans l'immense majorité des cas, se suspendre la série des accès; aujourd'hui même, n'avons-nous pas comme exemples du même fait ces malheureuses populations, soit de l'Algérie, soit des États PontiGcaux, soit des Indes, auxquellesie sulfate de quinine parvient à peine, ou ne parvient qu'après avoir subi les plus odieuses sophistications? l'atteinte fébrile a cependant son terme, le malade guérit de la manifestation aiguë, en descendant d'un nouveau degré la pente de la cachexie palustre.

(I) Nous sommes loiu de conseiller l'emploi du vomitif pendant le stade de froid ; on a vu dans ces conditions l'accès se tranaformer en pernicieui algide.

L'application plus répandue aujourd'hui de la médication évacuante au début du traitement des fièvres simples, intermittentes et rémittentes, a considérablement diminué les indications des saignées dans les fièvres (1) ; et les succès obtenus en Algérie de l'emploi des vomitifs parM. Worms en a fait adopter l'usage presque absolu, comme traitement initial, par presque tous les médecins de notre colonie.

L'action bienfaisante de la médication évacuante semble ressortirde la plus simple observation des faits : « ces remèdes peuvent sans doute provoquer une certaine perturbation dans l'économie, surexciter de quelque manière les membranes du tube digestif, membranes qui sont souvent le siège de congestions sanguines pendant les fièvres intermittentes, mais remarquons que leur administration est suivie de vives et abondantes sécrétions gastro-intestinales, qui viennent efficacement provoquer le dégorgement sanguin et la détente nerveuse des points qu'ils ont pu surexciter, et par là corriger les effets mêmes de cette surexcitation. Cela est si vrai que des irritations gastriques ou gastro-intestinales, avec sentiment de plénitude et de douleur épigastriques ou abdominales, cette fois bien indépendantes de toute surexcitation provoquée parunévacuant, disparaissent comme par enchantement, ainsi que je l'ai très-fréquemment observé en Afrique, sous l'action même des évacuants. Qu'il soit donc bien avéré que l'emploi des évacuants n'est pas aussi incendiaire qu'on l'a prétendu (2). »

Mais des excellents résultats fournis par lagénéralisation de cette méthode au début du traitement des fièvres, il ne faut pas conclure à sa valeur spécifique, et la considérer comme suffisante à elle seule; les Anglais ont attribué pendant longtemps une véritable vertu fébrifuge à leur pur-

(l) Durand (de Lunel), ioc, cit.^ p. 341. (2| Id., ibid., p. 334.

416 TUAITEMENT.

patifde prédilection, Iccalomel; ils ?ont bien revenus aujourd'hui de celte opinion exagérée (1).

Comme les intermittentes, les formes continues et rémittentes peuvent cesser spontanément en quelques jours, et c'est pour cela que les observateurs qui leur ont opposé simplement la médication évacuante ont prétendu que cette médication suffisait à guérir les malades (â), et en ont même conclu que ces formes morbides ne relevaient pas des conditions palustres d'où naissent les fièvres périodiques.

Il nous suffit de rappeler cependant que de toutes les fièvres simples, ce sont les continues et les rémittentes qui prédisposent le plus à la perniciosité pour comprendre l'erreur et le danger d'une pareille doctrine ; nous ne contestons pas que la médication évacuante ne rende à ces malades les plus grands services, et ne leur procure surtout un soulagement très-marqué; maii ici, comme dans les fièvres périodiques, elle ne constitue qu'un moyen adjuvant de l'action du sel spécifique qui est indispensable et contre les phénomènes fébriles actuels et contre l'imminence d'une transformation pernicieuse.

Si donc nous n'avons pas commencé l'histoire du traitement des fièvres simples par leur médicament le plus essentiel, le sulfate de quinine, c'est uniquement parce que dans l'immense majorité des cas il est d'une administration plus commode et plus rationnelle après que les évacuants ont

(1) VoirMoreliead, Clinical Hesearches, etc., p. 125. Au reste, le calomel. en raison de la fi-équente incertitude, et de la lenteur de son action, noos semble bien inférieur, dans le traitement de ces aflfcçtioDs, aux porgttifs salins.

(2) Voir Philippe, Gazette des hôpitaux^ février 1857. Poîlî avait, de son côté, préconisé IVniploi du sulfate de magnésie, non pas à titre d'ért cuant, mais à titre d'antizymotique, de fébrifuge par conséquent suiTant lui. Nous pensons que ceux qui en ont fait usage en ce sens sont tous d'accord avec Griesinger pour en constater Tinsuccts. (Voir Grîesinger, loc. cit., p. 86.)

supprimé en partie l'état nauséeux, et préparé par conséquent la voie à son absorption.

C'est à ee titre surtout que doivent être employés les évacuants; nous ne prétendons pas qu'on ne doive en répéter l'emploi, dès que l'on a commencé l'administration du spécifique, mais on n'y reviendra qu'avec mesure, et en se rappelant qu'ici l'abus serait aussi dangereux que n'a été celui des émissions sanguines ; il en résulterait une prostration et une tendance au refroidissement qui pourraient prédisposer l'économie à de nouveaux accès, et à certains accidents pernicieux, algides et cholériformes en particulier (1).

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