PARIS
J. B. BAILLIÈRE et FILS
LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE 19, Rue Haulcfeuille, près le boulevard Saint-Germaiu
Tous droits réserves.
PREFACE
On sait combien est vaste le domaine géographique des fièvres intermittentes. Communes dans nos climats, elles tendent, à mesure qu’on se rapproche de l’Équateur, à absorber la plus large part du cadre pathologique.
Tout près de nous, sur le littoral méditerranéen, nous voyons ces affections modifier d’une manière sensible le mode d’évolution des maladies annuelles, aggraver les chiffres de mortalité et changer leurs rapports habituels avec les saisons.
Dans les zones tropicales, l’action du miasme se généralise plus encore ; et « à peine peut-on trouver dans ces pays quelque lieu élevé ou quelque formation géologique particulière qui en soit complètement à l’abri (1). »
Si les fièvres intermittentes n’ont la gravité ni du choléra, ni de la fièvre jaune, ni delà dyssenterie, cette autre endémie sans trêve et sans merci des pays chauds (2), en revanche
( 1 ) Griesinger, Traité des maladies infectieuses, tratl. par G. Lemaître. Paris, I8G8, p. 4.
(2) Delioux de Savignac, De la dijssenterie, préface, p. 5.
VI PRÉFACE
elles sont bien plus généralement répandues que ces redoutables affections.
Chaque année, elles reparaissent avec une fatale régularité dans les régions atteintes ; sans remonter aux guerres des temps passés, on les a vues faire de nombreuses victimes dans tous les pays où ont été appelés, depuis un demisiècle, nos soldats et nos marins : en Espagne, en Grèce, en Algérie, à Rome, en Crimée, en Lombardie, en Syrie, en Chine, en Cochincliine, au Mexique (1), et dans presque toutes nos colonies (2).
Pour l’armée anglaise, disséminée à la surface du globe, les rapports statistiques et sanitaires prouvent également la part considérable qui revient à la malaria dans la fréquence de ses maladies (3).
Pour qu’une affection, non transmissible de l’homme à l’homme, soit aussi commune, il faut que les foyers dont elle émane, et où chaque individu atteint en puise directement le germe, aient une étendue bien autrement considérable que celle des surfaces marécageuses, dont l’action est incontestable, mais qu’on a trop exclusivement incriminées.
Que de pays dans lesquels la fièvre est endémique, sous
(1) Cocud, Drs complications que la diathèse paludéenne peut apporter aux lésions traumatiques ( Recueil des mémoires de médecine militaire, t. XVII, 3e série.)
(2) Voyez principalement Dutroulau, Des maladies des Européens dans les pays chauds. 2e édition. Paris, 1808.
( 3) Ely , L’armée anglaise à l’intérieur et dans les possessions britanniques (Recueil des mémoires de médecine militaire, 3e série, t. XXII, p. 22G).
PRÉFACE
ses formes môme les plus graves, sans que l’on puisse y découvrir aucune condition locale méritant le nom de 'palustre.
C’est pourquoi le terme intoxication tellurique nous semble préférable au terme intoxication palustre, qui ne rappelle qu’une des conditions d’action toxique du sol.
11 est en rapport plus logique avec l’immense développement, à la surface du globe, de ces affections dont l’apparition n’est subordonnée :
1° Ni à l’existence de foyers marécageux, dans la zone tropicale surtout, oùle sol est assez riche et assez échauffé par le soleil, pour suffire à la production du miasme fébrigène le plus énergique ;
2° Ni aux conditions géologiques locales, puisque ces fièvres peuvent apparaître sur des terrains de formations
très-diverses ;
3° Ni enfin à la distribution géographique de certaines plantes, puisque les plus grandes différences peuvent exister entre les espèces végétales de régions également atteintes.
La valeur de cette appellation nous semble confirmée encore par la nature des mesures prophylactiques à opposer soit aux atteintes, soit au développement delà malaria.
Contre ses atteintes, l’éloignement du sol constitue la plus efficace comme la plus naturelle de ces mesures, et il