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TABLEAU II

Ce tableau représente pour le 1er et le 15 de chaque mois pendant 16 ans (1849-1865) le nombre des malades présents aux hôpitaux militaires français à Rome. Chaque colonne permet de constater l’ascension subie par le chiffre des malades à partir du mois de juillet, et la déclinaison du môme chiffre à partir du mois d’octobre.

oG

ÉTIOLOGIE.

c’est presque constamment à jour fixe, vers le fi ou G juillet, qu’a lieu cette transition, révélant par son instantanéité l’action brusque d'une cause puissante.

Puis, après avoirété en croissant (1), jusqu’à la fin d’août, le nombre des malades décline peu à peu, et subit en octobre une diminution telle qu’au premier novembre, il a repris son niveau habituel (2). On voit combien dans ces pays l’évolution pathologique annuelle est différente de celle des climats tempérés où, à part les cas d’épidémies accidentelles, le chiffre des malades offre des fluctuations relativement minimes suivant les saisons.

Nous croyons difficile de trouver, pour caractériser cette période morbide, un terme plus convenable et plus com-

(1) Nos tableaux ne représentent pas d’une manière complètement exacte le mouvement réel des hôpitaux militaires, à cause des fréquentes évacuations de malades sur France, évacuations qui, à partir de juin, se renouvelaient chaque mois, assez nombreuses pour qu’en certaines années nous ayons renvoyé en France près de 1,000 hommes, le huitième de l’effectif. San3 ce déplacement des malades, les chiffres des présents à nos hôpitaux eussent été bien plus considérables en août et en septembre; et de plus nous eussions eu, comme les hôpitaux civils, bien plus de malades à l’arrière-saison, en raison des rechutes et des cachexies.

(2) En Algérie on a également été frappé de cette scission de l’année en deux périodes parfaitement distinctes, l’une de calme pour ainsi dire, l'autre d’explosion épidémique.

« Nous entendons, disent les premiers médecins qui ont observé dans notre colonie, par année épidémique, celle pendant laquelle le nombre des malades se trouve rapidement augmenté, triplé ou quadruplé par l’effet des causes pathogéniques nouvellement développées ou devenues plus actives. Cette période comprend environ six mois; juin, juillet, août, septembre, octobre et novembre lui appartiennent ordinairement. Les autres derniers mois de Tannée ne sont guère que le temps des maladies sporadiques en rapport avec les prédispositions individuelles. » (Antonini et Monard frères, Considérations sur les fièvres intermittentes in Recueil des mém. de mc'decine nrhtaire , lro série, tome XXXV. )

11 est évident qu’observant dans un pays correspondant, comme sol et comme température, à celui où observait Hippocrate, on devait revenir à la division en deux saisons imposée à Tannée par le père de la médecine.

CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES. i)7

plet que celui de période endémo-épidémique consacré par nos collègues en Algérie, par eux encore et surtout par F. Jacquot, à Rome.

A part quelques différences que nous mentionnerons plus loin, en expliquant leur raison d’être, les hôpitaux civils fournissent également cette preuve de rapport intime entre la nosologie et la météorologie.

C’est là du reste une règle parfaitement reconnue par nos confrères de l’armée d’Afrique, et, sans quitter les environs de Rome, nous voyons, d’après Minzi, médecin en chef de l’hôpital central de Terracine, dont les marais Pontins fournissent à peu près toute la population, que le mois dejuin est également l’époque du maximum de salubrité (1).

C’est ce que prouve le chiffre des entrées à l’hôpital central des marais Pontins, pendant 11 ans :

Janvier

Juillet

Février

Août

Mars

Septembre

Avril

Octobre

Mai

Juin

Décembre

On comprend dès lors qu’à Rome on puisse, vu l’absence de marais autour de la ville, se laisser aller à croire que les fièvres tiennent avant tout à l’élévation de la température ;

(I) Voir Mmzi ( Soprà la Genesi dette febbri intermittenii, 1 8 i 4 ) . Le môme fait a ôté constaté au Sénégal, où en juin les hôpitaux sont à peu près vides (Thévenot, Maladies des Européens dans les pays chauds, p. 47) . Un de nos collègues de 1 armée, M. Balley, a publié ( Recueil de mémoires de médecine militaire, 1 803, t. IX) un intéressant travail sur le rapport des courbes nosologiques et météorologiques à Rome. Il suffit d'un coup d’œil sur l’atlas annexé à ce travail pour voir : 1° qu’aux mois extrêmes de l’année il y a peu de malades surtout dans les hôpitaux militaires (en voir la raison à la note précédente); 2° que, de mars à la lin dejuin, les malades sont au minimum | parmi les indigènes comme parmi les étrangers ; 3° que le maximum a lieu I au conlraire de juillet à novembre.

ETIOLOGIE.

faisant explosion avec les chaleurs, augmentant de nombre et de gravité avec celles-ci, diminuant avec elles, ces maladies semblent au premier coup d’œil dépendre beaucoup plus de l’action d’un climat chaud que d’un sol qui n’a rien de palustre.

C’est précisément pour avoir observé dans une plaine analogue à celle de Rome que Raymond Faure émit celte opinion de l’action unique de la température comme cause de la fièvre (1).

Malgré la marche de l’épidémie à Rome, et malgré l’autorité de ce dernier observateur, nous ne pouvons admettre que la chaleur seule suftîse à produire les fièvres :

1° Parce que le sol est toujours indispensable au développement des fièvres, qui n’éclatent en mer qu’autantqu’un bâtiment vient se placer au voisinage d’une côte insalubre (2).

2° Parce que, malgré l’identité des conditions de température, les fièvres ne paraissent plus dans certains pays où elles étaient jadis fréquentes, mais dont le sol a été modifié (3).

3° Parce que le nombre des malades n’est pas plus con-

(1) « A Modon (en Morée) on pouvait encore moins qu’à Navarin accuser l’influence des marais ; car, auprès de Modon, il n’y a pas de marais. One partie de la plaine est, à la vérité, couverte d’eau l’hiver ; mais cette eau s'écoule et s’évapore dès les premières chaleurs ; la contrée demeure bientôt aride ; il ne faut pas creuser à une grande profondeur pour trouver l’eau. » (Raymond Faure, Traité des fièvres intermittentes. Paris, 1833-38, pp. 59 et 60.)

(2) Nous avons eu un exemple frappant de ce fait dans le port de la petite ville de Cività-Vecchia; un bâtiment de guerre français, le Catinat , s’y trouvait ancré avec 150 hommes d’équipage pendant toute l’année 1866, et, bien que venant de Rochefort où plusieurs de ses matelots avaient été atteints de lièvre, il ne nous, envoya que deux à trois malades à notre hôpital militaire qui, en revanche, était encombré par les soldats de l’armée de terre.

(3) Au temps de Sydenham, Londres, quoique bien moiiis peuplé qu’aujourd’hui, perdait par an un à deux mille personnes de fièvres intermittentes; à peine y en a-t-il actuellement un cas mortel par an. De même, en Normandie, il y avait encore au siècle dernier de graves épidémies de lièvres intermittentes (Voir Lepecq de la Clôture) limitées aujourd’hui à quelques localités.

sidérable dans les années exceptionnellement chaudes, à condition que ces années n’aient pas été pluvieuses ; c’est ainsi qu’à Rome nous avons eu moins de malades en 1865 qu’en 1864, et que, dans cette même ville, Bailly avait noté déjà un chiffre de malades moindre dans l’année 1822, dont la chaleur est demeurée proverbiale, que dans l’année 1821.

Il est vrai que, si l’élévation thermométrique n’est pas à craindre dans un milieu comme Rome, où la fièvre provient simplement des exhalaisons telluriques, il n’en est pas de même dans les pays réellement marécageux, où la haute température met à nu une quantité plus considérable des surfaces immergées. C’est pour cela que l’année 1865, si bénigne à Rome, comme nous l’avons dit plus haut (page 31), fut si funeste aux habitants des villages voisins de la plaine Pontine(l); car l’extrême chaleur rend plus dangereux les marais en mettant à nu leur vase toujours humide, tandis qu’elle produit l’effet inverse sur les terres vierges, analogues à la Campagne romaine, en leur enlevant l’humidité nécessaire aux exhalaisons du sol (2).

4° La chaleur à elle seule ne produit pas la fièvre, puisqu’en marchant des pôles à l’équateur, on ne voit pas augmenter le nombre de ces affections d’une manière absolument concordante avec l’augmentation des moyennes thermométriques des divers climats parcourus ; mais au contraire, par la circonscription bien nette des zones atteintes, on constate qu’elles dépendent surtout de conditions de localités.

(I) ITæser ( Lehrbuch der Geschichte der Medizin und der epidemischm Krankheüen, n" 158) raconte qu’en 183-1 l’armée autrichienne a donné 50,000 fiévreux au lieu de 5,000, chiffre annuel moyen. Évidemment la chaleur exceptionnelle de 1834 y fut pour beaucoup, mais parce que cette armée occupe des cantonnements dans les pays les plus marécageux du monde, en llongrio par exemple, où, comme dans les marais Pontins, l’extrême chaleur mot à nu d’immenses surfaces habituellement immergées.

(V) Doni avait dit déjà, : « Æstas callida etsicca Romæ perpétué salutaris. (De restituendâ sülubrUate A(jri romani.)

00 ÉTIOLOGIE.

D’après ce que nous avons dit plus haut des rapports de l’endémo-épidémie avec les saisons, ne voyons-nous pas qu’il en est de même si l’on examine l’influence de la température seule sur le nombre des malades? « Ainsi juin, troisième mois de l’année quant à la température, est un des plus salubres; juillet, le plus chaud, est bien moins dangereux qu’août, septembre et octobre (1). »

5° Mais la preuve la plus évidente du rôle secondaire de la température est ce fait qui chaque jour se renouvelle : un individu traversera impunément de jour les pays à fièvres, même les plus dangereux, les marais Pontins en Europe, les jongles dans les Indes; mais qu’il y passe le soir, il s’exposera à des accidents redoutables et mortels.

Aussi les ouvriers qui, dans ces pays insalubres, travaillent en plein soleil, comme les maçons, contractent-ils la fièvre bien moins souvent que ceux dont les occupations principales ont lieu le soir et le matin, comme les maraîchers, les jardiniers employés dans les villas qui entourent Rome.

On a prétendu qu’à mesure qu’on approche des tropiques, la température s’élève suffisamment pour produire la fièvre par elle-même ; mais il ne faut pas oublier que plus on descend vers l’équateur, plus cette température a de puissance pour féconder l’action toxique du sol, et agir ainsi indirectement sur l’organisme (2). Où le sol n’existe pas, en mer par exemple, vous observerez peut-être des accidents dus à la chaleur elle seule, des insolations, des apoplexies

(1) F. Jacquot, de l'Origine miasmatique des fièvres endémo-èpid émiques dites intermittentes {Ann. d'hygiène , 1851, 2e série, t. II, p. G6).

(2) « La chaleur, si elle n’est pas absolument indispensable à la production du malaria, en accroît singulièrement la violence, et l’on ne peut révoquer en doute une sorte de proportionnalité entre son action délétère, sur la constitution humaine, et l’élévation de la température atmosphérique. » (Th. Hopkins, Observations sur la nature et les effets du malaria, trad. par A. Guérard, Ann. d’Hygiène , 1811, t. XXV, p. 33).

cérébrales et surtout pulmonaires (1), mais vous n’observerez pas la lièvre parce que la condition principale de sa production, la condition tellurique, fait défaut.

Je m’empresse d’ajouter que, si la chaleur ne peut enfanter les fièvres qui nous occupent, elle a cependant, d’une manière indirecte, une influence considérable et sur leur apparition et sur la forme qu’elles revêtiront ; sur leur apparition d’abord, puisque l’absence de chaleur seule suffit, dans les climats froids, à annihiler l’action, non-seulement du sol, mais des marais; sur leur forme ensuite, puisque nous prouverons que les affections palustres de l’été diffèrent essentiellement, par leur tendance à la continuité, de celles de l’automne et de l’hiver; puisque à cette condition de chaleur se rattache la différence énorme en apparence, presque nulle au fond, de ces maladies suivant qu’on les observe dans les climats tempérés ou sous la zone tropicale; puisqu’enfin nos pays marécageux du Nord, la Hollande, le delta de l’Elbe, malgré toutes les fièvres qu’ils engendrent, ne pourront donner les formes analogues à celles des pays méridionaux que dans des années exceptionnellement chaudes, comme on l’a vu en 1826 (2), et en 1868 (3), et comme au siècle dernier l’avaient, observé Lind et Pringle, particulièrement dans les années 1748 (4) et 1763 (3), qui furent d’une chaleur extraordinaire.

D autres, au lieu d invoquer purement et simplement la chaleur, ont incriminé les oscillations thermométriques habi-

(1) Les lésions et les symptômes aujourd’hui mieux connus de l’insolation dans les pays chauds, et surtout dans l’armée anglaise aux Indes (lient apoplexy) établissent sou analogie avec l’apoplexie pulmonaire de nos cli-

< mats.

(2) Hæser, toc. eit., parng. ILS et suivants, Küsten Epidémie.

(3) Ritter, Épidémie de 1 8 08 dans l E ib nia rschen in Virchow's Avchio , avril 1 809.

(4) Pringle, Observations sur les maladies des armées , t. I, ch. vin.

(5) Lind, Essai sur les maladies des Européens duns les pays chauds , ch. i, sect. lrc.

ÉTIOLOGIE.

tucllement si marquées dans les pays chauds, où à des journées brûlantes succèdent des nuits relativement très-froides.

A Rome ces transitions sont parfois extrêmement brusques ; comme l’indique notre tableau météorologique, il peut y avoir 12 à 15 degrés de différence entre la température du jour et celle de la nuit, surtout pendant les mois chauds ; et il est certain que ces oscillations ont une énorme influence sur la santé publique.

Etablissons d’abord qu’elles ne suffisent pas à produire la fièvre :

La meilleure preuve, c’est que des oscillations plus considérables ne produisent pas la fièvre dans les pays où le sol ne présente pas les qualités requises pour cette intoxication (1).

Nous pouvons également nous appuyer sur ces deux faits constatés de longue date, et parfaitement mis en lumière par F. Jacquot (2), à savoir :

1° Que sur le littoral, où, grâce au voisinage de la mer, la température offre des oscillations bien moindres, les fièvres

sont plus communes et plus graves qu'à Rome (3).

2° Qu’à Rome même, comme en Afrique, c’est au moment où règne le sirocco, dont le souffle est aussi chaud la nuit que le jour, et qui, par conséquent, égalise la température des diverses périodes du nyctémère, que c’est à ce moment que le nombre des accès, et des accès graves, prend les proportions les plus élevées.

Le même fait a été observé même en France (4).

(1) A quelques lieues de Rome, sur les montagnes confinant aux Abruzzes, se trouve le couvent de Trisulti, où Puccinotti a constaté jusqu’à 16 degrés de différence entre la température nocturne et diurne; c’est plus qu’à Romei et cependant les moines de Trisulti n’ont pas la fièvre ( loc . cit., p. 7 66) .

(2) Jacquot, de l’Origine miasmatique des fièvres endémo-epidémiques , dites fièvres intermittentes, etc. ( Annales d’hygiène, 1 854-, 2e série, tome II).

(3) Ainsi à Ostie, et dans les autres villes du littoral, Palo, San Severa.

(4) Jamais les lièvres n’ont été plus fréquentes que quand les nuits étaient chaudes, et que leur température diflérait peu de celle du jour (Berenguier, loc. cit., p. 25).

CONDITIONS MÉTÉOllOLOGlQ UES. ^3

Cette insuffisance des agents météorologiques a produire la fièvre a été admirablement traitée par un de nos prédécesseurs à Rome et au Val-de-Grâce, F. Jacquot, dans un de ses derniers travaux (1) qui restera comme un modèle d’analyse et de discussion scientifique.

Mais, cette insuffisance comme cause absolue étant établie, il nous reste à prouver le rôle énorme de ces oscillations dans la pathogénie des fièvres.

Par elles seules, etdans un pays salubre, elles constituent la cause la plus fréquente des récidives qui sont, comme on le sait, entraînées par les causes occasionnelles les plus banales (2).

C’est ce qui nous explique les accès, pernicieux quelquefois, que nous voyons éclater, après leur débarquement eu France, chez nos soldats atteints antérieurement en Algérie.

Que ce fait résulte d’une suppression de la transpiration et par conséquent d’un arrêt momentané dans l’élimination du miasme accumulé dans l’économie, ou qu’il tienne à une action directe sur le système nerveux, il est extrêmement fréquent.

Mais c’est surtout chez les individus qui, après une première atteinte, continuent leur résidence dans un pays fiévreux, que la moindre impression de froid est redoutable : œstate sudore madere , et auram frigidam accipere , pestis i est, a dit Baglivi, et il semble que cet adage, écrit à Rome,

(1) F. Jacquot, de l'Origine miasmatique des fièvres endémo-épidémiques, etc. ( Annales d'hygiène, Paris, 1854, 2e série, t. II, p. 33).

(2) Les rechutes, dit Mac-Grégor, reparaissent sous les causes les plus diverses : s’exposer à la pluie ou aux rayons directs du soleil, se mouiller le pieds, commettre un excès quelconque de fatigue ou d’alimentation (Aitkeu,

Iloc. cit., t. 1, p. 504 et suivantes).

Les variations de température et l’humidité déterminent avant tout les rechutes ; il suffit de se mouiller les pieds ou d’étro surpris par la pluie pour i voir reparaître une fièvre intermittente (Maillot, loc. cit., p. 3CG).

ÉTIOLOGIE.

soit devenu, en fait d’étiologie des fièvres, le dogme de la population romaine.

Insensible à peu près à l’influence météorologique dont nous parlions plus haut, la chaleur, qui affecte surtout l’étranger, et sachant, du reste, s’en préserver par ses mœurs et ses habitudes (1), cette population redoute avant tout l’impression du froid, et quiconque a habité Rome a vu avec quel soin les habitants se couvrent chaque soir, même en été, au moment où la température s’abaisse rapidement à l’heure réputée si redoutable de Y Ave Maria ; la transition est d'autant plus brusque que dans ces pays méridionaux il n’y a presque pas de crépuscule, et les vapeurs atmosphériques se prennent subitement en brouillard qui imprègne les vêtements d’humidité.

Mais ce ne sont pas seulement les anciens fiévreux qui sont influencés à ce moment du jour; c’est alors aussi que s’accomplit le plus fréquemment l’intoxication des individus

(1) Pendant l’été, les étrangers seuls, insouciants des usages locaux, se hasardent en plein jour dans les rues de Rome, tandis que les habitants ne sortent habituellement que le soir, une heure après le coucher du soleil, et passent une partie de la nuit à se promener dans le Corso, évitant avec soin de s’exposer soit aux ardeurs du soleil, soit aux brusques refroidissements qui, chaque soir et chaque matin, précipitent en brouillards la vapeur des plaines environnantes. — De même, à Florence, il n’y a danger à contracter la fièvre dans la promenade des Cascines que de 7 à 8 heures du soir, et de 4 à 5 heures du matin ; dans le reste de la nuit il n’y a aucun danger; il en est de même en Corse, où Ton se promènera impunément à minuit là où quelques heures plus tôt on eût contracté la fièvre.

Dans la maremme de Toscane, comme dans les localités insalubres des environs de Rome, les propriétaires aisés se préservent par un bon feu le soir, et par la précaution de regagner toujours leur domicile avant le crépuscule. (Voir Pielra Santa, Considérations sur quelques points de l'étiologie et de la thérapeutique des fièvres intermittentes (Revue médicale et la Corse et la station d'Ajaccio. Paris, 1804, p. 104).

Dans l’épidémie de fièvres intermittentes qui a éclaté à Bordeaux en I8G5, les servantes principalement furent atteintes, ce qu’on peut attribuer à l’usage où elles sont de rester le soir devant la porte des maisons pour y prendre le frais (Coutanccau, Notice sur les fièvres pernicieuses qui ont régné épidémiquement à Bordeaux en 1805, p. 8).

qui n’ont subi aucune atteinte antérieure ; et c’est précisément ce fait d’une fièvre de première invasion succédant à l’impression du froid humide qui a pu entraîner des auteurs distingués à nier le miasme pour affirmer que ces affections ne relevaient que de circonstances météorologiques banales (1).

(1) Celui dont l’opinion dans ce sens nous semble la plus extraordinaire, c’est Minzi, qui cependant a observé pendant de longues années dans le pays du monde où le miasme est le moins contestable, à Terracine, dont l’hôpitai est alimenté par l’influence presque unique des marais Pontins ; et cependant il résume sa profession de foi dans cette formule : « La postérité se moquera de notre croyance superstitieuse et de nos romans sur le miasme » ( Soprà la genesi delle febbri intermittenti) ; mais si on lit avec attention tout cet ouvrage, on voit combien l’auteur est obligé d’admettre à chaque pas une influence tout autre que le simple refroidissement.

Ainsi quand il dit, pour définir la fièvre : « Essere la febbre intermittente la più commune dichiarazione patologica dell’ improviso freddamento dell’ organismo raodificato dallo stato spéciale dell’ atmosfera palustre. »

Quand encore, parmi ses conclusions étiologiques, il énonce la proposition suivante (n° G) :

« Non è impossibile pero che un modificatore specifico, inconcepibile dalla mente, ignoto ai sensi, e non riconoscibile dagli stromenti fisici e cliimici, esistà neir atmosfera delle paludi, e sia l’elemento indispensabile per la formazione delle febbri intermittenti ; ma prova la quotidiana osservazione, che esso resta completamente inattivo ed innocuo per l’economia animale, a meno che delle particolari circostanze non concorrano a provarne l’efficacia morbosa. »

11 prouve évidemment par ces deux passages pris entre beaucoup d’analogues que pour lui le refroidissement seul n’est pas absolument tout.

11 est évident que cet observateur distingué a été frappé comme nous de l’influence énorme des refroidissements sur les récidives; et cette cause banale mais réelle de la rechute est devenue à ses yeux la cause originelle, 'autant plus aisément qu’il raconte, dans ce travail, avoir eu lui-mûme à su- Dir pendant là mois les atteintes d’une fièvre quarte, dont chaque rechute (et il en eut 14 ou 15) fut exclusivement entraînée par l’impression du froid.

C’est également avec le plus grand étonnement que nous avons lu, dans l’ouvrage du baron Michel, cette opinion que la fièvre n'avait il Rome d’autre cause que le brouillard et 1,0 froid du soir (1). Mais on comprend une pareille opinion devant le scepticisme formulé par l’auteur quelques pages plus loin.

« Le miasme n’est qu’une fiction et une hypothèse que le défaut de recherches a accréditées ; les fièvres intermittentes simples et pernicieuses peuvent

(1) Baron Michel, Topographie médicale de Home et de l’Agro romano. 1833, page Sa.

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