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L. Coun, Fièvres

ÉTIOLOGIE.

Folchi attribuait avec raison une grande valeur à l’ensemble des vicissitudes atmosphériques, et considérait comme un de leurs résultats les plus importants sur l’économie la soustraction brusque du fluide thermo-électrique (1), opinion qui depuis a été également avancée par M. Burdel (2). M. de Pietra-Santa admet avec Santarelli l’influence considérable des météores, et semble même révoquer en doute l’existence d’un principe méphitique que nulle tentative n’est arrivée à rendre coercible (3).

Mais l’auteur, qui a soutenu le plus brillamment l’influence fébrigène des conditions atmosphériques seules, est M. Armand, qui nie l’intoxication miasmatique, et rapporte les manifestations morbides à l’ensemble des conditions thermo-électro-hygrométriques (4).

Malgré toute l’autorité de ces observateurs, nous trouvons, comme la majorité de nos collègues, tant d’analogie entre les fièvres de la Campagne romaine et celles des régions palustres, que nous ne pouvons admettre que la cause essentielle n’en soit pas dans les émanations telluriques; comme l’a parfaitement établi Puccinotti, l’atmosphère a la plus grande influence sur le développement de la malaria, mais grâce à son action sur un sol dont les principes méphitiques ne diffèrent pas de ceux des marais (5).

se développer partout où il n’y a pas de marais, pourvu que le système nerveux acquière cette diathèse prédisposante qui leur convient et qui leur est propre (l ). »

(1) Armand, Y Algérie médicale, p. 84 et 86.

(2) Burdel, Recherches sur les fièvres paludéennes. Paris, 1858.

(3) Pietra-Santa, la Corse et la station d'Ajaccio , p. 101 .

(4) Armand, Y Algérie médicale. Paris, 1854.

(5) a Lo svolgimento del miasma cssendo sottoposto aile legi délia radiazone ne’climi meridionali, non è necessaria l’esistenza tlelle paludi per produrlo; e dovunque nella campagna di Roma sono febbri miasmatiche senza la presenza di acque stagnanti, esse sono sempre l’effetto del miasma svolto dalle

(I) Baron Michel, même livre, p. 56.

Par conséquent, comme l’a dit un médecin qui avait aussi observé ailleurs que dans les États pontificaux, l’insalubrité de cette dernière région est de nature identique à celle des pays les plus incontestablement marécageux (1). Dans n'importe quelle contrée, la fraîcheur du soir et le brouillard qui en résulte ne produiront de fièvres pernicieuses s’il n’y a pas de conditions telluriques spéciales; et le développement de ces fièvres dans une ville, où nous ne trouvons pas de marais pour les expliquer, est un des meilleurs arguments que nous puissions invoquer pour affirmer que le sol, dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, suffit à lui seul à produire les maladies dites palustres (2).

Il faut bien admettre que, dans les pays à fièvres intermittentes, le brouillard de chaque soir renferme autre chose que de la vapeur d’eau ; sans doute il contient, dissous et à leur maximum de concentration, les gaz exhalés du sol pendant le jour. L’intoxication se fait alors à haute dose, et tel individu, qui aura impunément affronté durant plusieurs journées l’atmosphère des marais, contractera le soir un accès pernicieux (3).

condizioni meteorologiche clie promovono nelle terre basse ed incolte la radiazone. » (Puccinotti, cité par Armand, loc., cit., p. 89.)

(1) Quoique le mot malaria ait été longtemps réservé pour caractériser l’insalubrité de l’atmosphère de la Campagne romaine, les fièvres qu’on y observe sont bien les mêmes que celles du Lincolnshire et d’Essex, de Hollande et d ailleurs, d’une gravité plus grande seulement en raisen de la température plus élevée, « only increased in severily, cœteris paribus , as the température oT the climate increases. » (Clark, The influence of dimate, p. 145.)

(2) L eau serait elle-même un poison, dit Macculoch, si les brouillards, qui ne sont que des nuages composés uniquement d’air atmosphérique et d’eau, suffisaient à la production de la fièvre.... Les nuages des pays de montagnes ne produisent pas de fièvre, et cependant ce sont aussi des brouillards. (Hopkins, loc. cit. , p. 33. )

(3) Dans les pays tropicaux le danger est plus grand encore. « La simple obligation où 1 on est, dans les Indes orientales et occidentales, d’aller chercher pendant la nuit la viande destinée aux équipages, a fait périr annuellement des milliers d hommes. » (Lind, Essai , clc., 2e partie, ch. i, section II.) Aussi,

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Telle est la raison de l’atteinte des nouveaux venus eux-

mêmes sous l’influence de ces brouillards ; les conditions météorologiques y sont pour beaucoup certainement, mais, comme l’ont indiqué Puccinotti et F. Jacquot, c’est grâce à leur action sur les foyers fcbrifères.

A Rome même, on n’a que trop souvent occasion d’apprécier les dangers de cette vapeur miasmatique ; les Romains modernes ont converti en amphithéâtre découvert l’intérieur du mausolée d’Auguste dont les vastes dimensions se prêtaient à cette transformation ; pendant la saison chaude, on y donne des représentations qui commencent vers six heures du soir pour finir quelques instants après le coucher du soleil, en sorte que les spectateurs subissent en plein air et immobiles cette brusque transition du jour à la nuit ; des accès pernicieux sont parfois contractés dans ces conditions (1).

C’est pour éviter ce danger que beaucoup d’habitants ont coutume à Rome de fermer leurs fenêtres chaque soir, au moment où à une journée brûlante succède cette fraîcheur de l’atmosphère si impatiemment attendue dans les pays salubres. C’est une mesure incontestablement utile et qui, en certaines années, a été appliquée, sur la demande des médecins, à quelques-unes de nos casernes les moins bien situées.

Bien que, pendant la nuit, l’atmosphère soit moins imprégnée de vapeur toxique qu’au moment même de cette transition, elle n’en est pas moins très-dangereuse pour ceux qui,

pour Lind, le premier signe d’un pays malsain est-il le changement subit et considérable dans la température après le coucher du soleil. [Essai, etc., 2e partie, ch. i, section II.)

(1) Le danger de ces représentations au mausolée d’Auguste a été signalé par Puccinotti (Storia, etc.); ce monument, situé l’extrémité nord de la ville, près du Tibre (voir, page 88, notre plan de Rome, n° 28), participe, comme nous le verrons, des conditions spécialement désavantageuses des quartiers périphériques de Rome, en particulier de ceux qui avoisinent la place du Peuple.

par une certaine activité, ne luttent pas contre son action ; il est à Rome des quartiers où il suffira de dormir la fenêtre ouverte pendant la nuit pour être atteint de fièvre pernicieuse.

L’iufluence dangereuse de ces brouillards ressort encore de l’immunité relative des individus qui, dans certaines conditions spéciales, en évitent ou en diminuent l’action; c’est ainsi que les feux, allumés au bivouac par nos soldats, comme les feux allumés parles bergers des marais Pontins, sont un excellent préservatif.

Lancisi a établi l’immunité des ouvriers employés, dans un quartier cependant peu salubre de Rome, à la fabrication des briques, et obligés, à cet effet, d’entretenir un feu ardent et continuel (1).

Ces feux agissent sans doute en dissipant le brouillard par la simple action de la chaleur, ou en favorisant le développement de courants atmosphériques, qui ont un effet analogue ; peut-être aussi agissent-ils sur l’organisme lui-même, en élevant la température périphérique de la peau et favorisant ainsi son action éliminatrice.

Un savant géologue romain, Brocchi, a cherché précisément à ramener au trouble de cette dernière fonction- l’étiologie des fièvres, et il regrette que la laine, base du vêtement des anciens Romains, ait fait place au lin et à la toile (2). Cette vertu prophylactique de certains vêtements semble justifiée par l’immunité prétendue de quelques ordres religieux et en particulier de celui des Capucins ayant, comme on sait, pour vêtement immédiat une tunique de laine.

(1) « In urbe siquidem Romà foruaces, jn quibus luteres coquuntur, cxtrà portam cognomento de Cavallegieri, loco alioquin cavo, udo, ne suâpte naturà insalubii positaj smu ; et tnmen propter ardentes perpotuô ignés salubritatem cœlo illi conciliant. » (Lancisi, De noxiis paludum effluviis , lib. I, cap. v.)

(2) N est-ce pas en manteau de laine, dit Brocchi, que nos anciens nous ont représenté une de leurs divinités médicales, le jeune Télesphorc, compagnon d Hygie ? (Voir Brocchi, Dello stato fisico del suolo romano , 1820.)

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Mais ce qui prouve que l’action de ce préservatif est loin d’être absolue, c’est que ces corporations ont soin d’entourer leurs demeures de forêts et de plantations, barrières les plus assurées contre la malaria, et qu’on les voit au besoin se soustraire àcettc influence par des émigrations pendant la mauvaise saison (1).

Nous avons pu d’autre part constater, aussi bien que Félix Jacquot l’avait fait avant nous, que la fièvre est loin de ménageries religieux obligés de rester à leurs postes, quand ceux-ci ont une insalubrité notoire, comme les Dominicains du couvent de Sainte-Sabine sur PAventin, comme les Chartreux logés dans le cloître de Michel-Ange sur l'emplacement des thermes de Dioclétien.

Parmi les influences météorologiques le plus souvent incriminées à Rome, figure celle des différents vents; on comprend cette accusation quand on a été témoin de la brusquerie de leurs changements; il est peu de pays où les courants atmosphériques modifient d’une manière aussi subite et l’état du ciel et celui de la santé publique.

Petronio, parmi les auteurs de la Renaissance, est celui qui a le plus énergiquement insisté sur l’action morbifique de ces vents (2). R est parfaitement juste de dire, avec cet auteur, que la configuration topographique de la ville donne un accès facile spécialement aux vents du nord et aux vents du sud ; de ces deux côtés de la ville, en effet, la

(1) C’est ninsi que plusieurs ordres religieux de Rome ont, pour l’été, des installations sur les coteaux qui environnent Frascati ; que les capucins de Cività-Vecchia quittent leur demeure habituelle, fort insalubre du leste, pour venir s’installer en juin dans un couvent situé dans la partie la plus salubre de la ville, et bâti comme en pleine mer sur une des anciennes jetées du port.

Nous trouvons dans Cancellieri une série de suppliques adressées, quelquefois sans succès, aux souverains pontifes, par différents ordres religieux, pour obtenir l’autorisation d’aller habiter en été des résidences moins dangereuses que leurs couvents de Rome (Cancellieri, Lettera soprà l'una di Koma, passim).

(2) Petronio, De viclu R'imanoruin et de salubrilafe tuendd. Borna, 1581.

Tl

vallée du Tibre leur creuse, pour ainsi dire, un large et facile accès, d’une part, au nord, entre le montVatican et le mont Pincio ; d’autre part, au sud, entre le Janicule et l’Aventin.

L’insalubrité prédominante dans le quartier du Transtevere (rive droite du fleuve) a été rapportée d’autre part à l’obstacle que les vents du sud, une fois entrés par la vallée du Tibre, rencontrent dans la masse des monts Vatican et Janicule qui les maintiennent pour ainsi dire sur cette partie de la ville, en ralentissant leur cours, et augmentant ainsi leur influence malfaisante. Quelle que soit la valeur de celte explication, il est certain que le Transtevere est plus accessible à ces vents que le reste de la ville abrité du côté sud par les célèbres collines de la Rome antique, et particulièrement par l’Aven tin , le Cœlius, l’Esquilin et le Quirinal.

Mais il ne faut pas exagérer l’influence de ces conditions topographiques et surtout attribuer les différences de salubrité de tel ou tel quartier à la répartition inégale sur ces points des vents réputés pernicieux ; quand le sirocco vient à souffler par exemple sur Rome, il donne et pénètre partout, et s’il frappe d’une manière plus directe et plus pénible l'habitant des quartiers exposés au sud, il n’en va pas moins féconder ailleurs les prédispositions morbides dont il n’est pas lui même l’origine (1).

Il ) Ce qui prouve l'exagération de la doctrine de I’étronio, c’est la modification, survenue depuis l’époque où il écrivait (1581), dans la salubrité relative des divers quartiers de Rome, bien que les vents y pénètrent comme de son temps. C’est par la facilité d’accès et la difficulté de sortie des vents du sud qui venaient, dit-il, s’y engouffrer, qu’il explique la fréquence des fièvres dans la partie de la ville appelée Vallée des Jardins; or, malgré ces mêmes vents, ce quartier est aujourd’hui un des plus sains de Rome, et nous pouvons en dire avec Lancisi : « Nullus Romæ situs magis clemens et snlubris est, quàm qui Pincio et Quirinali continetur. » (De adveniitiis, etc. ■ch. vin, n" i.) Ce ne sont pas les vents qui ont changé, c’est l’aménagement delà fontaine de Itevi, autrefois entourée d’eaux stagnantes, et qui, grâce aux travaux faits sous Grégoire XIII, pour bâtir le collège de la Propagande, (de Propagandà fide), fut mise en l’état actuel, au grand bénéfice de tout le voisinage (Voir Lancisi, De nulivis , etc., cap. iv, n° (i).

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Il est certain que ce vent arrive à Rome chargé d’exhalaisons de la plaine environnante, exhalaisons dont, en raison de sa chaleur et de sa capacité pour la vapeur d’eau, il se chargera bien plus que les vents provenant d’autres directions ; il recèle de plus en lui-même, par le fait encore de sa température, une des conditions qui favorisent le mieux l’action sur l’organisme de toutes les causes toxiques, toujours plus puissantes où il fuit plus chaud (1).

Quoique passant aussi sur la Campagne romaine avant de frapper la ville, les vents d’est, de nord et d’ouest (2), ne s’imprègnent pas suffisamment pour être aussi dangereux (3), et ils ont même l’avantage de s’opposer à une autre condition plus fâcheuse pour la santé publique, je veux dire la stagnation des couches atmosphériques (4).

(1) Que ce soient les poisons d’origine animale, comme les venins, ou les poisons d’origine minérale, le plomb par exemple, dont Tanquerel Desplanclies a prouvé la plus grande nocuité pendant la saison chaude.

(2) On sait qu'il n’est aucun vent qui ne puisse devenir le véhicule du miasme, et que c’est à tort que le seul vent du sud a été incriminé de ce rôle ; c’est ainsi que dans la Bresse le vent le plus dangereux est le vent du nord qui n’arrive à Montluel qu’après être passé sur les marais de ce pays (Nepple, Traité des fièvres intermittentes , p. 1 8] ; que les vents d’est auront ailleurs la même influence, comme en 182G quand ils ont transporté en Angleterre l’infection miasmatique du sol de la Hollande. Le vent du sud peut même, comme les autres vents, agir au contraire d’une manière favorable en repoussant des localités habitées les couches atmosphériques imprégnées de miasme. C’est ainsi que, lors de la première épidémie relatée par Lancisi, épidémie dont le point de départ avait été l’infection causée, par les fossés du fort Saint-Ange qui est au nord de la ville, le souffle de l’Auster fut trèsavantageux aux habitants du quartier voisin, et préserva le Transteverc.

(3) Suivant Lancisi, lèvent du sud ou sirocco est un vent inférieur, léchant le sol, pour s’élever ensuite « ventos austrinos surgere ab imo, indè semper surgi ad montana » (Lancisi, üe sylvâ Cisternœ consilium), tandis que l’aquilon est un vent partant des hautes régions. Il est certain qu’après avoir été échauffées par le sirocco, toutes les surfaces, pavés, trottoirs, murs, envoient des bouffées de chaleur qui permettent déjuger du degré d’exhalaison qui se produit à la surface de la campagne environnante.

(1) On sait combien, dans certaines zones palustres, les calmes sont dangereux ; ils sont redoutés à Cayenne; à Cività- Vecchia même, il a été constaté que le maximum des entrées à l’hôpital correspondait au maximum des calmes

Lo vent du nord, la Tramontana des Romains, est, pendant la saison chaude, le vent le plus désiré des étrangers; peu de sensations plus agréables que celle causée par ce vent qu’on respire avec bonheur, et qui fait disparaître comme par enchantement la brume dont les vents du sud ont voilé Rome et sa campagne (1).

Mais ce vent, si salubre en été et si agréable aux hommes du Nord, devient en hiver pour les indigènes la source des affections les plus graves. C’est lui qui en partie contribue à reporter aux mois de janvier et de février le maximum de la mortalité des Romains, soit qu’il entraîne l’apparition de constitutions catarrhales inflammatoires, comme celle dont Lancisi nous a légué la célèbre histoire (2), soit qu’il vienne simplement ajouter son action à celle de l’hiver si difficile à traverser aux anciens fiévreux en raison des accidents pulmonaires propres à la cachexie palustre.

On comprend que nos valétudinaires français, habitués

(Schœuffelé, Recueil de mémoires de médecine militaire, 1805). Pourquoi les affections telluriques sont-elles moins communes dans l'hémisphère austral que dans l’hémisphère boréal ? Ce fait tient sans doute à ce que le premier de ces hémisphères renferme relativement une bien plus grande surface de mers, et une surface continentale moindre, d'où atténuation des influences des continents, car on sait « que les vastes proportions des mers du Sud de la ligne équatoriale, aussi bien dans l’Atlantique que dans le Pacifique, sont les seules raisons connues de la grande énergie des vents généraux (vents d’ouest et alizés du sud-est) dans tout l’hémisphère austral (Vauly, Études de divers climats partiels , in Recueil de mémoires de médecine militaire , t. XXI).

(1) Lancisi raconte qu’une forêt fut coupée au nord de la ville, au neuvième mille, par Sixte-Ouint, pour détruire des repaires de brigands, et que depuis cette époque les bons effets de la tramontana furent beaucoup plus sensibles contre la malaria dans la Campagne romaine.

(2) « Quod sanè coufluentium malorum genus sub rigidissimâ liyeme vertentis anni 1700 amaiè deflevimus. » (De nativis, etc., cap. m, parag. 12 et plus loin in Historia epidemiæ rhumaticœ anni 1700.)

Pour Lancisi ce vent est un des deux fléaux principaux du climat de Rome, et le plus tenace des deux, puisque l’autre, le marais, peut être attaqué par l’hygiène et la civilisation (Lancisi, De adventi/üs, etc., cap. t). Ne faut-il pas que cet éminent observateur se soit laissé entraîner à un accès de patrio-

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par leur origine à des températures bien plus basses, souffrent moins que les Romains de l’action de ces vents du nord. Il n’est guère, parmi les étrangers, que les phthisiques auxquels cette influence soit redoutable, quand elle succède brusquement en plein hiver à une série plus ou moins longue de journées douces et tièdes, bien faites pour convaincre ces malheureux qu’ils trouveront dans l’atmosphère de Rome un soulagement certain à leur affection. Il n’en est rien, nous avons vu cette maladie accélérer sa marche sous l’influence de ces brusques oscillations, et en 1864, pendant l’hiver et le printemps, nous perdions, dans notre seule garnison, six militaires enlevés par la phthisie aiguë (I).

La conformation même du pays, son voisinage delà mer, contribuent sans doute pour beaucoup à élever le degré de l’humidité atmosphérique dans le bassin de Rome, fait dont on peut se rendre compte en consultant, dans notre tableau, la colonne des météores aqueux; cette extrême humidité est même une des conditions qui donnent tant d’éclat et de relief aux objets, tant de charme et de profondeur aux horizons de la campagne environnante.

Nous avons mentionné plus haut l’influence sur la santé publique des brouLlards du soir que nous explique cet état hygrométrique de l’air; parmi les autres phénomènes

tisme quand, dans son autre livre destiné à prouver les excellentes conditions de Rome, il vante au contraire l’heureuse influence et de ce vent et des brusques variations de température comme ayant contribué au développement intellectuel et physique des Romains : « Atquè hinc plané ortum arbitrer, ut extern® nationes ipsos olim Romanos corpore pariter, animoque validos, et proptereà omnia cùm ratione audentes, timori simùl atque admirationi habuerint. » (De ualivis , etc ., cap. v, parag. 5.)

(1) Contrairement à l’opinion de Carrière ( Climat île l’Italie , p. 379), A celle de Clark (The influence of climate, page 1-53), nous ne pouvons donc regarder Rome comme un séjour favorable aux phthisiques. La petite ville de Cività-Vecchia, si à d’autres points de vue elle était habitable, leur serait bien plus avantageuse, en raison de la plus grande égalité de la température sur le littoral.

CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 7j

hydrologiques, ce sont les pluies qui nous offrent la plus grande importance.

D’une manière générale, plus l’année a été pluvieuse avant l’explosion des lièvres, plus celles-ci seront graves et nombreuses; en revanche, minimum de malades pendant les années sèches, fussent-elles même très-chaudes, comme nous l’avons vu en 1865 ; on comprend que, dans un pays où la fièvre est produite par les exhalaisons du sol, la pluie est nécessaire au développement de ces exhalaisons, contrairement à ce qui a lieu pour les marais proprement dits, dont la sécheresse au contraire développe la pernicieuse influence en diminuant la couche d’eau qui les recouvre (1).

En général, comme l’indique notre tableau météorologique, il pleut très-rarement à Rome depuis la fin de mai jusqu’à la fin du mois d’août ; les étrangers supportent avec impatience ces longues journées de chaleur pendant lesquelles le ciel se couvre parfois d’épais nuages qui disparaissent sans donner une goutte d’eau.

Or, ces pluies d’été, si vivement désirées, sont de toutes les plus dangereuses ; il suffit que le sol ait reçu une ondée superficielle pour voir s’aggraver immédiatement l'état sanitaire, en raison d’une abondance plus grande des exhalaisons (2); chacune des premières pluies de la fin de l’été est suivie de recrudescence des maladies endémiques. Bien mieux vaut pour la santé publique que les pluies tardent un peu, mais qu’une fois commencées, elles tombent avec abondance et continuité; ainsi elles refroidiront la terre échauffée par la longue irradiation solaire des mois précé-

(I) La sécheresse des Barbades y rend les pluies dangereuses; l’humidité de l’île de la Trinité, remplie de marais, y rend au contraire les pluies bienfaisantes (Aitken, Inc. vit.].

(V) Comme nous l’avons dit plus haut (page 5), si la malaria provenait de marais souterrains, on comprendrait peu son augmentation la suite de pluies légères qui imbibent è peine la superficie de la 1er c.

ETIOLOGIE.

dents (1), et de plus elles favoriseront l’essor de la végétation automnale qui détournera à son profit la puissance toxique du sol.

En résumé, les agents météorologiques, et en particulier la chaleur, l’humidité, les vents, jouent le plus grand rôle dans le développement de la malaria; ils peuvent en centup'er ou en annuler l’action ; mais ils ne la produisent point, et le sol en reste la cause absolue.

§ 3. — Conditions sociales.

Contrairement à la plupart des affections épidémiques, In fièvre atteint surtout les individus isolés, et les habitants des campagnes. — Toute agrégation humaine, dans le milieu même le plus insalubre à cet égard, lui oppose une résistance notable. Salubrité relative des grandes villes, surtout à leur centre; preuve de ce fait par le tableau de la répartition de la malraia dans les divers quartiers de Rome, et par les progrès de cette cause morbide parallèlement au dépeuplement de la campagne environnante, et de la ville elle-même.

1° RÉSISTANCE DES AGGLOMÉRATIONS HUMAINES A l’aCTION DE LA MALARIA.

Il semble tout d’abord qu’il n’y ait qu’un rapport indirect ou éloigné entre les conditions sociales et des maladies relevant avant tout de l’influence du sol ; qu’on invoque l'action des agrégations humaines sur la pathogénie des typhus, sur la multiplication des maladies virulentes et zymotiques, rien de mieux ; mais quanta des affections produites par le miasme soit palustre, soit tellurique, on ne voit pas, au premier moment, si le danger de chacun sera plus ou moins grand suivant qu’on livrera à l’influence de ce miasme des individus isolés ou réunis en masse. 11 suffit cependant d’observer quelque temps dans un pays à fièvres, il suffit de jeter un coup d’œil sur une carte de répartition

(1) Les fièvres s’éteignent dans les torrents de pluie que verse le mois d’octobre; mais si ces pluies ne saturent pas la terre, la fièvre se prolonge jusqu’à ce que le sol soit refroidi (De Tournou, loc. cil., liv. 1, ch. ix .

CONDITIONS SOCIALES. 77

de la malaria soit dans Rome et sa campagne, soit dans toute autre localité frappée de la môme endémie, pour reconnaître un rapport intime entre ces deux termes : conditions sociales et affections telluriques, rapport d’autant plus remarquable qu’il semble au premier abord la négation des dogmes élémentaires de la pathogénie et des préceptes les mieux établis de l’hygiène.

Il est un fait généralement reconnu, sur lequel nous insisterons peu, c’est l’immunité des habitants des villes relativement aux dangers des populations qui occupent les campagnes insalubres voisines ou environnantes (1). On peut même regarder comme une loi, en pareilles circonstances, l’augmentation de la salubrité à mesure que de la périphérie on se rapproche du centre de ces villes ; c’est à ce point

(1) Partout les villes constituent de véritables refuges contre l'infection du sol : « Contrairement à ce qu’on observe généralement en Europe, la mortalité dans les villes est inférieure à celle des campagnes en Algérie, car les lieux élevés et le littoral, seuls points où l’on rencontre des villes, offrent une mortalité moindre que les plaines dans lesquelles il n’existe que des villages et des centres de populations agricoles. » (Martin et Foley, Histoire statistique de l'Algérie, 1851.;

Wood, en Pensylvanie, admet la neutralisation des miasmes par l’air des grandes villes des États-Unis, dont les faubourgs seuls sont atteints par la malaria. (Aitken, The science and practice of médiane, t. I, p. 504 et suivantes.)

Jourdanet note que dans l’Amérique centrale les fièvres pernicieuses qui, tous les automnes, régnent épidémiquement dans les faubourgs de Campôche, franchissent rarement les murailles pour venir au centre de la ville : « Nés dans la fange, ces miasmes aiment l’ombre et l’immobilité dans les grands arbres, ils meurent au contact de l’air libre et à l’éclat du grand jour. » (Jourdanet, le Mexique et. l’Amérique tropicale . Paris, 18G4.)

A la Rochelle, ce sont les casernes placées à une extrémité de la ville vers la campagne qui sont les premières atteintes; à elles parfois se limitent les coups de l’épidémie. (Crouigneau, Recherches sur les épidémies de la Rochelle, p. 62.)

A Ajaccio, dont la campagne est inhabitable en été, le quartier le plus insalubre est celui de l’école normale, bâtie aux portes de la ville. (Pietra- Santa, Considérations sur quelques points de l’étiologie et de la thérapeutique des fièvres intermittentes, in Revue médicale et la Corse et la station d’Ajaccio. Paris, 1864, p. ÜG.) — M. Duboué signale la bénignité des états morbides observés â Pau, eu égard à ceux de la campagne environnante. (De l’ Impaludisme. Paris, 1867, p 72.)

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qu’aboutit la résultante des obstacles opposés à la pénétration de la malaria par les murs, les édifices de tout genre, et à sa production locale par le pavage des rues et les autres moyens d’assainissement appliqués au sol. Les conditions sanitaires de ces centres de population seraient donc l’inverse de celles des villes des climats salubres.

Mais il y a plus; il semble qu’à Rome, en dehors de cette loi générale de répartition de l’insalubrité, il en existe une seconde, celle de la préservation relative des quartiers les plus peuplés.

Des auteurs éminents ont insisté sur ce fait étrange : parmi eux nous devons citer en première ligne un patricien florentin, Jean-Baptiste Doni, qui écrivait au dixseptième siècle un'ouvrage demeuré célèbre sur les moyens d’assainir Rome et sa campagne (1), et qui, en maint endroit de ce livre, fait ressortir l’immunité des quartiers de la ville où la population est la plus dense (2). Dans notre siècle, c’est le savant auteur que plusieurs fois déjà nous avons cité, le comte de Tournon, préfet du Tibre sous le premier Empire : « Je recommande, dit-il, à la méditation des lecteurs ce fait si remarquable, que le mauvais air cède à l’agglomération des habitations ; que plus elles sont entassées, mieux elles se défendent, et que c’est toujours au centre des villes qu’est le maximum de sécurité. Aussi, dès qu’un village commence à se dépeupler par une cause quelconque, le mauvais air l’attaque par la circonférence ; il avance à mesure que les maisons se vident ; il assiège les habitants, les poursuit vers le centre, où il les atteint lorsqu’ils

(1) Doni, De restiluendd salubritate Agri romani. Florentiæ, 1G67.

(2) Pourquoi, par exemple, le fort Saint-Ange, quoique exposé, au nord, au souffle bienfaisant de l’aquilon, est-il moins salubre de ce côté que du côté sud? C’est que, dans cette dernière direction, il est protégé d’une manière bien plus assurée et plus permanente par la densité de la population : « Contra purgatio quæ ab hominum frequentià, ac tectis focisque efficitur, perpétué durât. » (Doni, loc. cit.)

CONDITIONS SOCIALES

sont trop réduits pour combattre par leur réunion les germes de la mort (1). »

Dans sa topographie médicale de Rome, le baron Michel accorde, comme Doni, une importance considérable au chiffre des habitants des différents quartiers, et divise ces quartiers en salubfes et en insalubres, d’une part d’après leur position, d’autre part d’après la suffisance ou l’insuffisance delà population (2).

D’autres vont plus loin, et proclament, plus nettement encore, l’influence directe de la densité des habitants :

« L’observation semble prouver que la fièvre recule devant la population... Le comte de Rossi attribuait la salubrité du Ghetto et la disparition de la malaria à l’envahissement de la population (3). »

Nous lisons dans un travail de M. Castano : « Ce qui est contraire à ce qu’on observe dans d’autres pays, c'est que le voisinage des jardins, les chambres situées aux étages supérieurs, sont considérés avec raison comme malsains. L’on n’est certain de se prémunir contre la fièvre pendant l’été que dans des logements situés très-bas dans les maisons placées dans les rues les plus passantes. Il semble que l’air ambiant, battu et remué sans cesse par les usages de la vie dans une grande cité, ne présente plus de caractère délétère (4). »

Ce passage indique non-seulementla protection de l’homme par l’homme, mais encore l’insalubrité relative des couches atmosphériques supérieures, opinion'concordante avec nos considérations sur les altitudes insuffisantes (p. 50) ; la malaria, qui émane de tous les points de la Campagne rôti) De Tournon, Études statistiques, üv. I, chap. ix.

(2) Michel, loc. cit p. 117.

(3) De Pietra-Santa, la Corse et lu station d’ Ajaccio, p. 98, note 2.

(1) Castano, l'année médicale 1852, à Home, in Recueil des mémoires de médecine militaire, 3e série, t. XI, p. 288.

ETIOLOGIE.

mairie, est arrêtée à la périphérie de la ville, au niveau du sol, par les murs et les maisons ; mais à une certaine hauteur l’obstacle manque, et le mauvais air pénètre à la superficie des habitations.

Pour notre compte, n’admettant à aucun prix que le nombre seul des individus réunis soit dans une rue, soit dans une maison, soit dans une plaine insalubre, puisse conférer par lui-même une immunité pathologique, et amener à la singulière conclusion d’un véritable antagonisme entre l’encombrement et la malaria, nous nous demandons si, comme l’indiquent Doni, Lancisi (1), l’air ambiant n’est pas modifié principalement alors par l’influence des foyers de chaleur qui, d’autant plus nombreux en général dans chaque maison que cette maison est plus habitée, donneraient une raison de ce rapport de la salubrité au chiffre de la population.

Mais ce qu’il faut avant tout se rappeler, c’est que les agglomérations humaines sont elles-mêmes bien moins souvent la cause que le résultat de la salubrité d’un quartier. Un assainissement quelconque, souvent mal apprécié, se sera produit d’abord et aura provoqué vers ce quartier le déplacement des populations voisines ; il en résultera un plus grand nombre de maisons, des rues plus étroites, mieux pavées, véritables obstacles contre la malaria, et qui seront d’autant plus complets que le nombre des individus à protéger aura été plus considérable.

Chaque fois que le vide s’est produit dans Rome pour n’importe quel motif, la mortalité est devenue effrayante, et la ville éternelle a été menacée d’une destruction absolue par la malaria ; elle en fut bien près surtout au quatorzième siècle, à l’époque où, Clément V allant s’installer à Avignon, il résulta, du déplacement de la cour pontificale, un abaissement subit de population qui devait en provoquer dès lors (1) Voir pages G9 et 78.

CONDITIONS SOCIALES

un bien plus considérable par l’augmentation delà mortalité parmi ceux qui restaient ; Rome était réduite à 17,000 habitants, au moment où Grégoire XI vint y replacer le siège du gouvernement (1377), et sauver la ville d une ruine imminente ; l’absence des papes avait, en /O ans, lait plus de mal que toutes les invasions des barbares (1).

Pourquoi, dans la ville actuelle, le maximum de salubrité existe-t-il dans cette plaine basse, sujette aux inondations du Tibre, comprise entre ce fleuve et le Corso, et qui était le champ de Mars des anciens Romains ? Parce que la population y est extrêmement dense, et par ce seul fait, en dépit des lois de l’hygiène, cette région est habitable; tandis que les collines environnantes, couvertes d’habitations clair-semées, entourées de jardins, demeures parfois magnifiques et princières, qui, partout ailleurs, réaliseraient le type des conditions requises pour assurer une salubrité parfaite, sont ici au contraire extrêmement dangereuses.

L’air est suspect, sinon redoutable, sur les grandes places monumentales, non plus seulement de la Rome ancienne, mais de la Rome moderne; telles sont les fameuses places du Peuple et de Saint-Pierre ; tandis qu’à côté, certaines rues étroites, infectes, du champ de Mars, rues encombrées d'une population nombreuse, jouissent d’une immunité singulière.

Tel est en, particulier le Ghetto, dont tous ceux qui ont vu Rome n’ont pu contempler qu’avec dégoût l’infection et la malpropreté, et où cependant la malaria pénètre moins qu’ailleurs (2) ; la population s’y trouve à son maximum de densité; car, bien qu’aujourd’hui il soit permis aux Juifs de franchir l'enceinte du quartier où jadis ils vivaient

(1) « Etenim septuaginta annorum spatio, plus fort!; vastitatis ex summi Pontificis absentiâ, quàm ex Barbarorum præsentiâ, atque immissionibus pertulit. » (Lancisi, De natiuis et aduentitiis, p. 120.)

(2) L’amoncellement des habitations, la saleté des rues, le défaut de circulation de l’air ne sont pas des causes morbides, et le quartier infect des Juifs est en pleine sûreté. (De Tournon, toc. cit., liv. I, cliap. tx.)

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