L. Colin, Fièvres
ETIOLOGIE.
que celle de la Seine (1), est potable, et pendant quatre siècles, dit Frontin, avant la fondation des aqueducs, elle a été la seule boisson des Romains (2).
Parlerons- nous d’un autre avantage éminent des eaux de Rome, de leur abondance? les trois aqueducs qui restent seuls aujourd’hui amènent encore, par les fontaines Paolina, Felice et de Trevi, 180,000 mètres cubes d’eau en 24 heures, plus d’un mètre cube par habitant; ajoutez-y les fontaines, les puits si nombreux, et le Tibre enfin, vous verrez qu’il n’est pas de grande ville actuellement mieux fournie.
Devant une abondance pareille, on se rappelle les thermes de l’ancienne Rome, thermes dont les ruines prouvent la grandeur et la magnificence (3), et l’on se demande d’où vient, pour les bains, la crainte et l’aversion de la population actuelle.
Ce sont encore là les effets de cette opinion vulgaire, que , le refroidissement a la puissance de produire la fièvre; nous ! avouons qu’un bain froid peut, suivant nous, causer une rechute, et que dès lors les Romains, dont grand nombre ont été atteints de fièvre, ont le droit de s’en défier à juste titre ; j mais pour les étrangers, pour les individus que n’a pas éprouvés la fièvre, les bains n’ont rien de dangereux, et chaquesoir, en été, grand nombre de nos officiers français se rendaient aux établissements de bains installés sur le Tibre.
(1) Commaille et Lambert (mém. cit. p. 529) ont constaté que l’eau du Tibre .1 donnait à l’hydrotimètre 29°, c’est-à-dire 14° de plus que la Seine en amont de Paris.
(2) Lancisi rapporte que Paul III s’était tellement habitué à l’eau du Tibre,, que dans ses voyages il se faisait suivre d’une certaine provision de cette eau préalablement décantée (Lancisi, De tialivis, etc., Xi). C’est là une préférence bien difficile à comprendre, car la couleur jaune du Tibre (flavns Tiberis) est loin d’offrir la môme séduction que la limpidité des eaux de la fontaine de Trevi ou de la fontaine Paolina.
(3) Après le Colisée, y a-t-il à Rome rien de plus colossal que les restes des] thermes de Dioclétien et surtout de ceux de Caracalla?
RÉSUMÉ UE L’ÉTIOLOGIE. ilo
Ce n’est pas, en résumé, dans la classe vulgaire des ingesta, des applicata, des circumlusa, etc., qu il faut espérer trouver la cause des fièvres intermitten tes ; une opinion de ce genre ne peut reposer que sur une étude incomplète des laits, ou sur le désir de relever la réputation sanitaire de Rome, en niant l’existence d’une cause miasmatique (1), et en égarant ainsi, pour la rassurer, l’opinion publique.
Nous allons voir, en traitant de l’incubation, que certaines conditions hygiéniques ont une valeur incontestable sur l’époque et le mode d’explosion de l’intoxication tellurique.