L. Colin, Fièvres
SYMPTOMES
elles sont essentiellement nées sons l’influence de la malaria, et sont identiques à celles qu’observent nos confrères de la marine dans nos colonies insalubres des pays chauds. En lisant les descriptions des médecins anglais et américains, on y retrouve toutes les formes de l’endémie palustre, observées sous d’autres noms par les médecins français. Pour ces derniers, en effet, comme l’a parfaitement établi M. Dutroulau, le groupe des fièvres d’origine simplement météorologique se réduit, d’après l’étude des rapports médicaux, à quelques affections ou banales ou extrêmement bénignes (1). Quant à celles qui constituent l’endémie, « toutes ces fièvres, dit le même auteur (2j, sont sous la dépendance du sol palustre. »
Pourquoi, si elles ne tenaient pas au sol, ne les observerait-on pas aussi fréquemment dans les mers delà zone tropicale, parmi les équipages, si comparables comme conditions et prédispositions individuelles, aux troupes qu’ils vont débarquer dans ces colonies ?
Il ne faut pas oublier que, dans les pays intertropicaux, le sol est assez humide, assez riche pour fournir, sous l’action d’un ardent soleil, les émanations fébrifères. Si, au nord de la zone tempérée, la malaria ne peut surgir que de surfaces marécageuses limitées, et par conséquent ne donner lieu qu’à des endémies locales, sousjles tropiques, au contraire, où grâce à l’élévation de la température elle naîtra de
(1) Dans le chapitre fort intéressant qu’il a consacré à cette question, M. Dutroulau mentionne, comme fièvres indépendantes du sol dans les climats chauds : 1° des épidémies de fièvre typhoïde observées à Taïti, à Cayenne, aux Antilles ; 2° une épidémie de fièvre rouge ( relapsing fever ) observée à la Réunion ; 3° des épidémies de fièvre éruptive rhumatismale (sans doute la dengue) revenant, à intervalles irréguliers, au Sénégal, à Saint-Louis, à Gorée. (Dutroulau, Maladies des Européens dans les pays chauds , 2e édit., p. 127 et suivantes.)
Rien en somme qui puisse être confondu avec les fièvres rémittentes ou continues d’origine tellurique.
(2) Dutroulau, t'6.,p. 141.
la surface du sol , sans nécessité de foyer palustre, elle prendra un immense développement, et absorbera presque entièrement la pathologie de ces contrées (1).
C’est pourtant l’absence de marais qui, dans nombre de localités où apparaît la fièvre rémittente, a fait admettre son origine météorologique. Pringle a distingué la fièvre rémittente des pays secs , de celle des pays marécageux ; mais la description qu’il donne de ces deux formes morbides, en prouve l’intime parenté (2). Cette profonde analogie, ou plutôt cette identité entre les résultats pathologiques des émanations du sol et ceux des effluves palustres, a été bien constatée par M. Duboué (de Pau) qui, placé à même de voir des malades habitant des pays simplement stériles, et d’autres malades dont l’affection avait été puisée au voisinage des marais, a pu dire : « Il n’y a que des différences de degré et non de nature dans l'expression symptomatique de ces états paludiques. Les terres incultes peuvent développer les mêmes états morbides que les marais (3).