INFLUENCE DE LA FORME DES FIÈVRES
grie et la Hollande ont vu s’anéantir en quelques semaines des armées qui arrivaient pendant la saison dangereuse. C’est la prédisposition des organismes sains aux fièvres pernicieuses qui nous explique la rapide disparition des colonies allemandes et lorraines en Corse (1), des Portugais en Guinée, des Espagnols à Porto Bello (2).
Parfois l’étranger succombe si rapidement à cette influence subite de la malaria qu’on a cru qu’il mourait empoisonné par les indigènes (3).
Ne peut-on attribuer à cette action brusque de la malaria la mortalité énorme des fièvres à Bordeaux en 1805? Au milieu d’une population saine, surgit tout à coup une source puissante d’intoxication par le dessèchement, en plein été, d'un marais contigu à la ville, le marais de la Chartreuse ; il y a 12,000 malades, et le nombre des cas pernicieux est te! que 3,000 succombent, 1 sur 4 (4).
En résumé, si le séjour prolongé dans un pays à fièvres est une condition fâcheuse par la cachexie qui en résulte, il semble qu’un certain degré d’accoutumance et même d’intoxication constitue une véritable sauvegarde contre les accidents aigus, et en particulier contre les fièvres pernicieuses.
E. Influence sur le pronostic île la forme fies fièvres pernicieuses.
Si nous étudions maintenant le pronostic de ces dernières fièvres seulement, nous voyons qu’en général la
(1) Tliion delà Chaume (Préface de la traduction de Lind, Essai, etc.).
(2) Tliion de la Chaume, /oc. ci/., p. 12.
(3) « Le vulgaire s’imagine que ceux qui couchent à terre dans des endroits pareils sont empoisonnés par les r.ôgres. » (Lind, /oc. cit., t. I, p. 300.)
(4) Coutanceau, ioc. cil. — De môme à Grûningue, en 1826, l’épidémie de fièvres intermittentes ( Küslen Epidémie ) frappe 8,000 habitants sur 30,000 et en tue 3,000.
PRONOSTIC ET MORTALITÉ
mortalité a varié, suivant les auteurs, de 1 sur 2 malades à 1 sur S, dans les formes comitées. Il est intéressant d’observer que la proportion la plus élevée de mortalité a frappé les malades qui avaient subi de longue date l’intoxication, les habitants de la Bresse par exemple (1), ou les habitants de Rome (2) ; tandis que chez les sujets frappés d’accès pernicieux au début même de cette intoxication, le chiffre des guérisons est en général plus considérable ; ainsi, parmi nos soldats en Algérie, M. Maillot a perdu 38 malades sur 186 atteints de fièvre pernicieuse, le cinquième environ ; c’est la proportion que nous avons eue à Rome où, pour notre compte particulier, nous avons en 1864 perdu 6 malades sur 27 (3).
Nous pouvons établir que cette mortalité plus grande des cachectiques est surtout la conséquence de la gravité plus considérable des formes comitées auxquelles ils sont spécialement prédisposés (4).
Tandis, en effet, que les formes algide, cardialgique, diaphorétique, syncopale, dont la gravité est extrême, sont les plus fréquentes chez les anciens fiévreux, nous rencontrons surtout chez les nouveaux les fièvres comateuse, délirante, cholérique, qui ont un pronostic moins redoutable.
Qu’on remarque bien la différence que nous établissons ici entre l’algide et la cholérique, malgré la tendance de bien des écrivains à rapprocher et même à confondre
(1) Chez les malades de Nepple, la mortalité a été de 1 sur 2 fièvres pernicieuses.
(2) Bailly constata à Rome, à l’hôpital civil du San Spirito, 341 décès sur 880 fièvres pernicieuses, environ 2 sur 5.
(3) J'ai expliqué plus haut dans une note (p. 209) pourquoi la statistique officielle avait attribué aux hôpitaux de Rome un chiffre trop élevé pour la mortalité des fièvres, pernicieuses.
(4) Les accès pernicieux, survenant chez les cachectiques, sont généralement sidérants. (Thaly, Archives de médecine nava/e. 1807, p. 350.)