AGGRAVATION PAR L’ACTION BRUSQUE DU MIASME
durant la cinquième année, cette mortalité avait été de COsur IOOO.
— la sixième — ?*» —
— la septième — —
— la huitième — 102 —
— la neuvième — 125 —
Cette influence fâcheuse d’une action prolongée de la malaria devient, en effet, très-marquée quand, en raison de l’éloignement, les rapatriements sont difficiles ou impossibles ; il n"y a plus à compter alors seulement avec les manifestations fébriles de cette intoxication, mais avec tous les accidents de la cachexie palustre.
Ainsi Raynald Martin (1) rapporte qu’aux Indes la mortalité moyenne de l’hôpital du fort William, où sont admis presque exclusivement les soldats nouvellement arrivés, n’est que de 1 décès sur 30 admissions; tandis qu’à l’hôpital général de la présidence de Bombay, où sont évacués un grand de cachectiques, le chiffre de cette mortalité relative a été, pendant douze ans, de 1 sur 10 malades.
De 100 Européens transportés sur la côte de Mozambique, on peut admettre qu’il n’en restera que sept après les cinq ans qu’ils doivent y séjourner (2).
Telle est la raison qui nous explique la mortalité plus considérable dans les hôpitaux consacrés aux indigènes, qui sont généralement cachectiques, cette mortalité par exemple que Bailly constatait à Rome au San-Spirito; les populations des pays à fièvres n’ont pas, comme l’étranger, la ressource du retour vers une région salubre ; et c’est pour cela que, dans la Bresse même, il meurt 1 malade sur 12 fiévreux (3).
(1) Raynald Martin, The influences, etc., p. 65.
(2) Thévenot, Truilé des maladies, etc., p. 7 et 8.
(3) Nepple, toc. cit., p. 297.
PRONOSTIC ET MORTALITÉ
D. Aggravation «lu pronostic par l’action brusque du miasme.
Il y a cependant une troisième condition qui semble au premier abord paradoxale et contraire à la précédente, et qui n’en devient pas moins parfois une cause bien réelle d’aggravation des maladies palustres ; cette condition est l’état d’immunité antérieure de l’organisme, et l’exposition brusque, à l’influence d’un sol toxique, d’individus indemnes jusque-là de toute impression de ce genre.
Nous l’avons dit plus haut, les accès pernicieux frappent surtout les nouveaux venus ; que, par suite de circonstances spéciales, une masse d’hommes, provenant d’un pays salubre, subisse tout à coup l’action de la malaria au moment habituel d’explosion de ces accès, nous ne constaterons plus une simple aggravation du pronostic, comme dans les circonstances précédentes qui mènent surtout à l’intoxication chronique ; mais nous assisterons à ces explosions de fièvres pernicieuses, terribles par leur nombre, parla rapidité de leurs coups, et qui, au lieu de peser lentement sur la mortalité annuelle, produiront en quelques jours tous les désastres des épidémies les plus meurtrières.
C’est ainsi que s’explique l’effrayante mortalité de l’armée anglaise, arrivant dansl’ile de Walcheren au moment où le dessèchement des canaux venait de mettre à nu une vaste surface d’émanations miasmatiques ; c’est ainsi qu’arrivant en septembre à Rome, un détachement de 80 hommes, caserné hors la porte du Peuple, eut en trois semaines 51 malades, dont 27 moururent (1); c’est ainsi que, malgré l’immunité relative de leurs habitants, la Hon-
1) De Tonrnon, loc. cit., t. II, p. 239.