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A. HYPERTROPHIE ET INDURATION DE LA RATE

Dans la cachexie palustre la rate prend un caractère anatomique presque inverse de celui qu’elle offre dans la fièvre pernicieuse: au lieu de l’hypéremie avec ramollissement, il y a hypertrophie de l’organe, hypertrophie reposant essentiellement sur le développement de sa trame fibromusculaire ; d’où résulte, en même temps que l’augmentation de volume, une induration plus ou moins considérable avec sécheresse du parenchyme; la circulation splénique est parfois tellement entravée par cette hypertrophie de la trame fibreuse, que l’organe présente un aspect exsangue et lardacé.

Mais ce travail d’hypergénèse organique ne se fait pas isolément ; il est accompagné et entretenu par le processus habituel et primitif de toute hypertrophie, par des exsudations plastiques qui envahissent le parenchyme et se remarquent à la coupe sous forme de zones, de plaques, ou de noyaux alternant par leur blancheur avec des marbrures ardoisées, pigmentaires, indices des fréquentes congestions

(1) Un des meilleurs travaux sur cette question est celui de M. Catteloup, Recueil des mémoires de méd. milit ., t. Mil, 2* série.

(2) Durand, de Lunel, toc. cil., p. 42.

de 1 organe. Ce n’est pas tout, la capsule d’enveloppe prend sa part à ce travail hypertrophique, et s’épaissit notablement ; elle se recouvre en outre de fausses membranes parfois isolées en plaques disséminées (1), parfois continues et formant une coque complète composée de plusieurs couches, et dont l’épaisseur peut aller jusqu’à deux ou trois centimètres.

C’est grâce à cet épaississement, et à cette induration de tissu (2), que la vie est compatible, sans accidents mortels, avec des rates aussi grosses que celles dont sont porteurs les habitants des pays à fièvres. Si, arrivée à ce volume, la rate conservait la mollesse et la friabilité qui sont le prop ce de l’intoxication aiguë, elle se romprait au moindre choc, et par son simple tiraillement sur l’épiploon auquel elle est suspendue.

Comme pour justifier cette proposition, nous mentionnerons un des dangers qui peut résulter pour le cachectique du retour de la fièvre ; par le ramollissement qu’elle entraîne momentanément dans le tissu splénique, cette fièvre diminuera, surtout si elle est violente, la consistance de ce parenchyme, et prédisposera ainsi à des ruptures de cet organe (3). Cet accident peut aussi être entraîné par un autre mécanisme ; les exsudations qui se font à la surface de l’organe peuvent produire des adhérences qui fixent la

(1) On remarque fréquemment chez les cachectiques des plaques blanchâtres sur cette capsule, analogues comme aspect aux taches laiteuses du péricarde.

(2) Les habitants du Phase, qui boivent des eaux marécageuses, ont, dit Hippocrate, la rate épaissie et indurée.

(3) Ces accidents sont relativement fort rares; ils ont été l’objet d’un article très intéressant de M. E. Collin qui, à lui seul, en a recueilli un chiffre considérable d’observations, puisqu’il en a vu huit cas; l’auteur insiste avec raison sur l’importance toute secondaire de l’hypertrophie splénique comme cause de ces ruptures, qui succèdent surtout au ramollissement entraîné par le retour des accès fébriles. (Voir Recueil des mémoires de médecine militaire

série, t. XV.)

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

rate à la voûte diaphragmatique ; elle perd ainsi sa mobilité et ne cède plus aussi facilement devant un choc ; de plus, en raison de son augmentation de poids, elle exerce ellemême des tractions continuelles sur ces adhérences morbides qui la tiennent suspendue, et l’empêchent de venir s’appuyer sur le paquet intestinal ou même sur le bassin ; de ces tiraillements résultera parfois la rupture de l’organe, surtout si un mouvement fébrile vient en outre le ramollir^).

La prévision de semblables accidents doit engager les cachectiques à se munir de ceintures spéciales, comme le leur conseille M. E. Collin, et engager aussi les médecins, suivant le même observateur, à ne pratiquer qu’avec mesure la percussion abdominale chez ces malades.

La rate -semble prendre en général un plus grand développement à la suite des cachexies contractées dans les climats tempérés; les observateurs anglais en signalent cependant l’hypertrophie, aux Indes orientales, dans l’anémie palustre (2). Mais nos collègues de la marine insistent avec le plus grand soin sur l’absence fréquente de cette hypertrophie dans certains foyers palustres des pays chauds ; « peut-être, dans ces foyers, l’activité fonctionnelle du foie s’oppose-t-elle au développementconsidérabledelarate(3)?)>

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