CHAPITRE VI
TRAITEMENT
ARTICLE Ier. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES ET SUR LA MÉDICATION SPÉCIFIQUE.
1° Considérations générales.
Si l’analyse des faits répondait aux espérances que l’on a pu concevoir, dans ces dernières années surtout, de déterminer d’une manière précise la cause essentielle des fièvres telluriques, s’il était prouvé: 1° d’une part, que la malaria fût la conséquence d’un principe visible et palpable, animé ou non,' mais saisissable dans le sol lui-même; 2° d’autre part, que les divers accidents de l’intoxication, produite par ce sol, fussent le résultatdu passage dans le sang de ce même principe encore accessibleà nos moyens d’investigation, alors on arriverait à réaliser une des plus belles conceptions thérapeutiques en combattant par une méthode unique le germe fébrifère à son origine dans le sol, et à son passage à travers l’organisme; on confondrait en un mot, dans une seule et même médication, les indications du traitement et de la prophylaxie (1).
(I) Rien de plus logique en apparence que les déductions thérapeutiques à tirer de la doctrine des partisans de germe3 animés, appartenant an lègne animal ou végétal. Je suppose, avec l’un des médecins qui ont le plus nettement exposé une doctrine de ce genre (LeDiberder, Union miidicale, novembre I8ü!)),
TRAITEMENT
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Malheureusement la science n’en est point encore là; rien n’établit encore d’une manière évidente la cause essentielle, gaz, ferment ou germe, de la lièvre; et môme les recherches les plus récentes sont pour nous une preuve nouvelle, par les résultats multiples et divers qu’elles ont donnés,' qu’on s’est mépris sur la valeur étiologique des sporules découverts par Salisbury (1).
que le principe essentiel de la fièvre consiste en animalcules ou en ovules, analogues, dit cet auteur, à ceux de la famille des éphémères; que ces animalcules pénètrent dans la masse sanguine, soit par les voies digestives, soit par les voies respiratoires; que le frisson des accès correspond à chaque ponte nouvelle de ces animalcules dans l'organisme, que l’apyrétie correspond au temps d’incubation qui sépare chacune de ces pontes, que l’anémie enfin est le résultat bien prouvé de l’absorption de l’hématosine par ces animalcules; évidemment avec celte théoiie, analogue à celles que nous avons rappelées plus haut (p. 11 et suiv., et p.. 185, note 2), on doit espérer tout, traitement et prophylaxie, d’un même et unique agent fébricide.
(l) Nous avons dit plus haut (p. Il et suiv.) que les sporules de palmelles n’étaient nullement à nos yeux la cause de la fièvre, qu’ils constituaient simplement une des manifestations végétales de certains pays sans recéler en eux-mêmes le miasme. Dans des considérations toutes récentes (Revue des cours scientifiques, numéro du 6 novembre I8ét>, p. 7 CO), Salisbury revient sur cette intéressante question et affirme tout d’abord la puissance fébrifère des palmelles, en leur donnant le nom de Gemiasma (yr,, terre, pîaapa, miasme). Ce qui enlève ci nos yeux une grande valeur à cette nouvelle série d’observations, c’est la variété même de ces sporules suivant les districts examinés par l’auteur, variétés telles qu’il reconnaît plusieurs types à des distances peu considérables les unes des autres; ainsi il admet : 1° le Gemiasma rubra , dont les sporules rouges sont parfois si abondants qu’ils recouvrent le sol d’une couche mince rougeâtre comme de la brique pilée; 2° le G. verdans, le G. paludis , le G. alba, le G. prohiberons, etc. Nous voyons donc se multiplier le nombre de ces germes spécifiques, ce qui diminue ou plutôt abolir leur spécificité comme il estadvenudu grand nombre des germes proposés pour l’étiologie du choléra.
De plus, Salisbury semble reconnaître à chacun de ces types la faculté de produire une manifestation fébrile différente, le Gemiasma rubra, par exemple, donnant lieu à des accès intermittents à forme congestixe, etc. Or nous avons prouvé plus haut (p. 153 et suiv.) l’identité d’influence des foyers fébrifères, dont l’action ne varie guère que suivant les conditions météorologiques ou individuelles: « Si les parties basses ou marécageuses de la France étaient soumises aux conditions climatériques des pays chauds, elles deviendraient
Tout semble prouver en outre, d’après ces dernières recherches, que les effets produits sur l’organisme par ces sporules sont complètement différents des manifestations pathologiques qui constituent l’intoxication tellurique; ils ne produisent que des symptômes locaux (1), et dès lors on ne
sans nul doute le théâtre des endémies propres aux pays torrides. » (Fonssagrives, Hygiène navale , 1856, p. 401.)
Nous admettons que dans certaines localités le miasme puisse avoir une action élective sur un organe impressionné par des conditions météorologiques spéciales, sur le foie par exemple ou sur les reins dans la zone torride; maisnousn’admettons pas de différence entre les miasmes de foyers aussi rapprochés que ceux qu’a examinés Salisbury. Il faudrait, contrairement à la doctrine de cet auteur, que les régions fiévreuses du bassin méditerranéen renfermassent chacune tous les types do Gemiasma, pour pouvoir causer indifféremment à ceux qui les traversent tantôt une fièvre simple de n’importe quel type, tantôt une pernicieuse de n’importe quelle forme, tantôt les symptômes d’une cachexie lente et progressive.
(1) Nous avons dit plus haut déjà ip. 13) qu’un motif d’hésitation poumons à admettre la puissance fébrifère des palmelles était la sensation d’irritation produite sur les muqueuses par l’inspiration de ces sporules. L’auteur y insiste de nouveau. «Lors de la déglutition, les parois pharyngiennes adhéraient entre elles, n’étant plus lubréfiées par leur sécrétion normale presque entièrement tarie. 11 existait en outre un besoin constant d’avaler, de tousser et de cracher, sans pouvoir toutefois modifier ni en bien ni en mal cette sensation de sécheresse, de constriction fiévreuse du pharynx. Cette sensibilité s’étendit bientôt jusqu’aux bronches et aux poumons, dont la muqueuse devint sèche, brûlante, et semblait le siège d’une constriction anormale avec sensation de congestion et d’une douleur énervante. Quand j’eus quitté le marais, ces symptômes tout particuliers durèrent encore deux heures avant de disparaître complètement. » (Salisbury, Cours à l’École de médecine de Cleveland ^Oltio, États-Unis), in Revue des cours scientifiques, G novembre 1809, p. 771.)
Et, chose plus remarquable, l’auteur qui croit, contrairement à nous, que de pareilles sensations indiquent la pénétration du miasme, a éprouvé cette fièvre locale chaque fois qu’il a visité les districts à malaria, et il ne dit pas avoir eu ensuite un véritable accès de fièvre.
Chez Salisbury. il y a une tendance si marquée à confondre l’intoxication tellurique avec l’inhalation de particules végétales, qu’il compare ces sensations à un ordre de faits entièrement différents de ceux qui créent la fièvre ; il les trouve analogues aux symptômes d'irritation des muqueuses, d assoupissement, aux vomissements qui se manifestent chez ceux qui traversent des plantations de houblon, de tabac, de stramoine, de pavots, de cigué, etc., etc.