‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 73 sur 97 · T 11 AI T KM K NT · texte numérisé non relu

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peut baser sur leur existence et sur leur action l’espoir d’une méthode unique de prophylaxie et de traitement.

Mais il y a plus ; le traitement lui-même est complexe, et une série d’indications différentes peuvent se présenter qui prouvent que, malgré leur origine sous la même influence, ces affections sont loin d’être identiques à elles-mêmes. Cette diversité a peut-être été méconnue grâce aux doctrines absolues de ceux qui, méditant longuement sur un sujet que nous n’osons qu’effleurer, la nature intime de la fièvre, ont cherché à résumer cette nature dans un dogme unique, les uns la regardant comme une inflammation, les autres comme une névrosthénie (Giannini), une névrose (Brachet et Rayer , une irritation cérébro-spinale (Maillot), une affection du système ganglionnaire (Worms) (1), ou encore comme une altération du sang soit par le miasme (Audouard, Durand', soit par des corpuscules inanimés (mélanémie, Frerichs), ou animés (Salisbury).

Ce sont là des hypothèses qui, au point de vue doctrinaire et nosologique, méritent la plus sérieuse attention, mais qui arrivent, une fois sur le terrain de la pratique et surtout du traitement, à déguiser, sous l’apparence d’un fantôme unique, les faits que le praticien doit avant tout analyser, décomposer pour en déduire les conclusions thérapeutiques.

Or, quenous apprennent les deux bases certaines des indications à suivre, la clinique d’une part, de l’autre, l’anatomie pathologique?c’est que la malaria révèle son action chez les un.par des manifestations aiguës, transitoires, laissant à peine quelquefois une trace anatomique, phénomènes parfois si

Malgré la découverte qui aurait été faite aussi des sporules de palmelles dans les marais Ponlins ( Union médicale , novembre 1869), nous croyons doue, de moins en moins il leur valeur étiologique; la cause morbide est dans le sol à côté de ces germes qui tiennent, comme la fièvre, au défaut d’uue culture appropriée.

(1) Grisolle, Traité de pathologie interne , 9' édil , t. I, p. ICC.

brusques et si passagers que la médication elle-même en devra être rapide, aussi instantanée que possible ; que chez d’autres le poison tellurique entraîne au contraire des altérations profondes, persistantes, exigeant une série de moyens à action lente et prolongée comme la maladie elle-même.

Il est vrai qu’un agent merveilleux s’est rencontré, l’écorce du Pérou qui, par son influence sur ces états si différents, semble prouver que toutes ces maladies relèvent d’une même médication, comme l’indique leur dénomination habituelle : fièvres à quinquina.

Mais encore cet agent se décomposera-t-il dans son application thérapeutique et lui empruntera-t-on plus spécialement tel ou tel de ses produits, de ses dérivés, suivant le genre de manifestation à combattre. Et, dans chacun de ces cas aussi, varieront les moyens auxiliaires qui devront seconder l’action du médicament principal.

Après avoir étudié dans ce premier article la valeur de la médication spécifique et des substances proposées comme succédanées du quinquina, nous décrirons les modes à suivre dans le traitement des fièvres simples, des fièvres pernicieuses, et enfin dans celui de l’intoxication chronique.

2° Importance «le la médication spécifique.

Le quinquina et ses dérivés possèdent contre les affections telluriques une efficacité spéciale qui ne ressemble en rien à leur action sur les autres maladies. — Cette puissance du spécifique ne doit pas faire rejeter certaines indications accessoires.

« L’histoire des maladies paludéennes était plus avancée « sous Morton, Torti, qu’il y a trente-cinqans; Pinel et Brous- « sais avaient arraché cette grande page de la nosologie. « Depuis quelques années, elle y a été replacée, et nous

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« le devons surtout à notre conquête de l’Algérie (1). »

Il fallait, pour revenir au progrès et continuer l’œuvre de Torti, faire tomber le préjugé du type périodique imposé par les classificateurs du commencement de ce siècle, et c’est par les succès d’un traitement identique que l’on devait nonseulement reconstituer la famille des affections palustres, mais y faire rentrer presque toute la pathologie des climats tropicaux.

Bien que disciple de Broussais, M. Maillot a eu l’immense mérite, au moment où dominait la doctrine physiologique, et où lui-même regardait les fièvres comme des irritations cérébro-spinales, d’inaugurer en Algérie le traitement spécifique de la pseudo-continue, de cette affection dont les allures diffèrent pourtant si profondément de celles des fièvres périodiques, et dont le nom de gastro-eéphalite, qui en indique admirablement l’appareil symptomatique, établissait en outre à cette époque la nature inflammatoire et la localisation.

Le quinquina, malgré ses merveilleuses propriétés, s’est toujours imposé avec difficulté à la pratique qui en a redouté souvent la prétendue action irritante. Bagliû a lutté contre son introduction dans la thérapeutique des fièvres de Rome (2). Ramazzini, cet émule si digne pourtant deTorti, soulevait l’opinion médicale contre l’application du quinquina au traitement des pernicieuses solitaires (nos snbcontinues). Sydenham lui-même, qui a fondé l’une des méthodes d’administration de ce médicament, le plaçait bien après la saignée comme remède à opposer à la plupart des fièvres (3).

(1) Trousseau et Pidoux, Traité île thérapeutique et de matière médicale, t. Il, p 445.

(2) Et le fameux mot de. Bnglivi » Romæ scribo et in nerc romano », est une des bases de l’argumentation du célèbie médecin romain contre le quinquina.

(3) Au siècle dernier, Lind, que sa carrière avait bien mieux initié que

Au moment même où M. Maillot fondait 1 histoire de la pyrétologie algérienne, en basant l’homogénéité de toutes ses formes sur l'identité d’action du sulfate de quinine, Bailly publiait son livre où, de tous les moyens employés contre la fièvre, le meilleur, le plus sûr était la saignée, au point que, si entre elle et le quinquina il eût dû choisir une méthode exclusive, c’est aux antiphlogistiques qu’il eût donné la préférence (1).

Et cependant, c’est grâce à l’emploi généralisé du quinquina contre toutes les formes de la fièvre tellurique que M. Maillot est arrivé, en notre siècle, au même résultat que Torti au siècle dernier ; c’est grâce au quinquina que la « moyenne qui avait été, à l'hôpital militaire de Bone, en 1832, de 1 mort sur 7 sortants, et, en 1833, de 1 sur 3 et demi, fut portée à 1 sur 20 en 1834 et 1835; c’est par cette médication que, pendant le même laps de temps, avec 8ofi malades déplus que pendant les deux années précédentes, on a eu 1437 morts en moins (2). »

L’impulsion, donnée par M. Maillot, à la médication spécifique, a été basée sur des faits si nombreux et si évidents, elle a depuis été tellement confirmée par la pratique de tous ses successeurs que cette fois le triomphe de la bonne cause semble consacré sans retour, et peut être rangé au nombre des grands bienfaits rendus à l’humanité.

Sydenliam à la connaissance des affections telluriques, indiquait à merveille déjà la rareté relative de ces affections dans les grandes villes, et le motif de ! la résistance opposée au quinquina par les praticiens dont l'observation s'exerce dans les limites d’un centre habité et par conséquent réfractaire à la malaria: «Le docteur Sydenliam, excellent praticien pourl’endroit qu’il habitait, non-seulement ne sortit point de l’Angleterre, mais môme se borna à un canton particidier et trôs-sain do cette lie, la ville de Londres. Vraisemblablement, s’il eût exercé la médecine seulement à quelques milles de la métropole, il n’aurait pas trouvé que la saignée fût un remède aussi universel pour la plupart des lièvres. » (Lind, Essai , etc., t. J, p. DG.)

(1) Bailly, /oc. cil., p. 3G5 etsuiv.

(2) Maillot, loc. cil., p. 303.

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Mais encore faut-il, dans l’intérêt même de ce médicament, se mettre Lien en garde contre deux écueils opposés; il faut, d’une part, ne pas en exagérer les indications, et d’autre part, quand on a recours à son action, ne pas repousser systématiquement les moyens accessoires qui en ont maintes fois assuré le succès.

On peut en effet, et sans exagération aucune, proclamer l'action héroïque de l’écorce du Pérou, qu’on l’emploie directement ou qu’on lui emprunte son principal dérivé, le sulfate de quinine ; elle constitue un remède incomparable contre une classe immense d’affections; elle en est, comme on l’a dit (1), le pivot médicateur autour duquel les autres agents thérapeutiques n’occupent en général qu’un rang secondaire. Mais en même temps il faut se rappeler que, comme tous les spécifiques, celui-ci n’a d’action certaine que contre une classe déterminée de maladies ; le plus grand tort qu’on ait fait peut-être à sa réputation si justement acquise, c’est d’avoir voulu en généraliser l’action contre des affections d’une nature complètement différente, n’ayant de commun que le mouvement fébrile avec les fièvres à quinquina.

Certes, si quelqu’un était en droit de se laisser entraîner à l’abus de ce médicament, c’était l’homme auquel il se révélait avec sa merveilleuse puissance, et qui osait le premier en opposer l’emploi aux formes continues de la fièvre palustre; eh bien, Torti a le génie au contraire de nous mettre en garde contre cet entraînement qui arriverait à compromettre la réputation du quinquina en voulant l'élever au rang de fébrifuge universel (2). « Ne croyez à l’action du

(1) Durand de Lune!, loc. cit., p. 331.

(2) « Ad febrifugi imiversalis fnstigium elevare. » (Torli, loc. cil., lib. V. cap. h, p. 2(i8.) Et il ajoutait : « Milii namque solemne est, saltem per tolum ver, et per primam æstatera quasi perpetuo feriari ab cxhibit ione ejusdem corticis, quaiu in usus longe digniorcs ampla manu profusurus reservo. » (/</., ibid., lib. I, cap. ix).

quinquina, dit-il, que là où il vous prouvera son efficacité, non pas d’une manière lente et indécise, mais nettement et rapidement (1); y eût-il amélioration, si cette amélioration ne s’accomplit pas avec promptitude, ce n’est pas au quinquina que vous en êtes redevable (2). »

Cette opinion de Torti ressort avec une admirable vérité, quand nous comparons la rapidité d’action de ce médicament là où il est nettement indiqué, dans les affections palustres, aux incertitudes où nous sommes encore aujourd'hui sur son action dans tant d’autres maladies fébriles, typhiques, éruptives, contre lesquelles on l’a prodigué; combien sont problématiques, dans la plupart de ces derniers cas, les modifications dues à l’action du spécifique malgré les doses quotidiennes énormes qu’on a employées, et qui sont un témoignage de son impuissance relative sur ce terrain (3) 1 II ne faut doue pas transformer le remède spécifique

(1) « At china china, ut pluries si;m fassns, liabet hoc præjudicium in exislimatioue mea, ut cum soleat, ubi conver.it, non modo semper prodesse, sed ci to et mauiieste, eo ipso quod cito et manifeste non profait, minime credatur a me ullo pacto profuisse. » (Torti, toc. cit., lib. V, cap. tv, p. 318.)

(2) « Sanitas autem, quaudo a cortice vere procedit, facile dignoscibilis est ex insolita qua acquiretur celeritate; non sic in aliis casibus. » (Torti, toc. cit., lib. V, cap. tv.)

(3; Dans l’excellent travail même de M. Briquet, nous voyons prolonger à doses énormes l’administration du sulfate de quinine sans résultats nulle part comparables à ceux qu’on obtient à doses bien moindres dans les affections palustres; nous y lisons entre autres ( histoire d’une jeune fille prenant en Il jours 43 grammes de ce sel, et n’en succombant pas moins à sa fièvre typhoïde (Briquet, Traité t/iéra/jeutique du quinquina, p. 2(10). Les médecins qui ont pratiqué dans les pays à lièvres ne persisterout jamais aussi longtemps dans l’emploi d’une médication qui est inopportune ou insuffisante dès qu’elle ne produit pas d’clïet immédiat. J’emprunte à l’un de mes collègues l’expression de l’opinion générale des médecins de notre armée sur cette énorme différence d’action du sulfate de quinine, suivant qu’on l’emploie contre les affections vulgaires ou contre les maladies dont la thérapeutique relève essentiellement de cette médication : «Lorsque le sulfate de quinine fait cesser brusquement et d’une manière évidente une maladie périodique, nous croyons qu’on peut en conclure que cette maladie était de nature mias-

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des fièvres palustres en médicament antifébrile en général, également propre à toutes les pyrexies; cette manière de voir aurait comme conséquence fâcheuse d’atténuer la confiance absolue que le praticien doit placer dans le quinquina contre la fièvre tellurique, où son efficacité ne peut avoir pour critérium son action encore mal déterminée dans les autres maladies fébriles (1).

Il est, avons-nous dit, un abus d’un genre complètement opposé, et contre lequel nous devons tout aussi énergiquement protester; c’est l’élimination, de la thérapeutique des fièvres palustres, de toute médication autre que le quinquina, comme si à lui seul il devait, dans ces affections, suffire partout et toujours. On a trop déprécié, à notre sens, l’emploi des moyens dits accessoires, et dont quelques-uns, en certaines circonstances données, doivent être mis au premier rang, parce que dans un organisme malade, quelle que soit la spécificité de la cause, les indications les plus différentes peuvent surgir des conditions morbides créées par cette cause, et par le mode de réceptivité individuelle, qui varie tant, nous l’avons vu, suivant l’âge, la provenance, l’immunité ouïes atteintes antérieures du sujet.

Bailly a eu certainement tort de placer la saignée avant le quinquina contre les affections de ce genre; il a eu tort surtout de préconiser les antiphlogistiques même à l’égard

matique; et réciproquement, lorsqu’une maladie a résisté pendant plusieurs jours au sulfate de quinine, convenablement administré, sans en avoir été influencée le moins du monde, nous croyons qu’elle reconnaît une tout autre origine. (Cocud, des Complications qüe la diathèse paludéenne peut apporter aux lésions traumatiques, in Recueil des mémoires de médecine militaire, 3e série, t. XVII, 1 SG6, p. G.)

(1) C’est ainsi que dans le livre de Morcliead nous trouvons ce singulier argument contre l’emploi du sulfate de quinine dans les rémittentes palustres de l’Inde : « Le sulfate de quinine ne pouvant réduire directement la fièvre dans les fièvres continues, symptomatiques, et éruptives, pourquoi réduirait-il les exacerbations de la fièvre rémittente? » (Morelicad, Clinical Researches , etc., P- H7-)

des pâles habitants des contrées marécageuses (1) ; combien ont été plus sages Pringie (2) et Nepple (3), en distinguant avec soin les individus chez lesquels peuvent réussir les déplétions sanguines, de ceux dont la débilitation antérieure interdit la saignée d’une manière absolue.

Nous croyons que la vérité est dans cette distinction ; aujourd’hui, pas plus que du temps de Pringie en Hollande, de M. Maillot en Algérie, on ne doit regarder les émissions sanguines comme applicables à tous, mais l’on ne doit pas non plus enproscrire l’usage danstous les cas. Nous pensons qu’un des plus éminents observateurs des maladies de l’Algérie, M. Worms, est allé au delà du but en disant : « En aucune circonstance je ne crois utile, et toujours je considère comme nuisible le recours aux évacuations sanguines, générales ou locales, que sembleraient devoir indiquer les phénomènes apparents de congestion (4). »

Dans nombre de cas les saignées sont dangereuses, et l’on peut admettre, avec M. Worms, que fréquemment, après avoir dissipé un phénomène grave, pernicieux, elles ont rapidement conduit aux plus redoutables accidents de la cachexie: «Quand ces malades ne mouraient pas subitement dans le coma, le délire ou l’algidité, c’était pour succomber, après quelques mois de rechutes, à l’infiltration et à la diarrhée (S). »

(1) Bailly, Inc. cil., p. 3G5 et suiv.

(2) 11 faut observer, dit Pringie dans son admirable livre, que la règle, que nous avons établie au sujet de la saignée, ne regarde que l’armée anglaise et non point les habitants des Pays-Bas, dont le tempérament est fort aidèrent de celui de nos soldats, qui non-seulement étaient, à la fleur de l’âge, mais encore plus robustes et plus sanguins. (Pringie, toc. cit., p. 88.)

(3) Dans une fièvre de longue durée, chez le Bressan, une saignée serait suivie de l’enflure. (Nepple, toc. cit ., p. 1 09.)

(4) Worms, Exposé des conditions/l' Hygiène et de Traitement propresà prévenir tes maladies, et à diminuer ta mortalité dans l'armée en Afrique. Paris, 1K38.

(5) Worms, Ibid.

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