‹ Traité des fièvres, ou, Irritations cérébrospinales intermittentes d'après des observations recueillies France, en corse et en AfriqueChapitre 11 sur 94 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Fièvre quotidienne, pernicieuse, comateuse.

Maurer, soldat à la légion étrangère , âgé de vingt-six ans, a été deux fois à l'hôpital d'Alger, dans le courant de l'année, pour une fièvre intermittente. Sorti depuis un mois , il y rentra le 9 novembre 1882, le cinquième jour d'un fièvre quotidienne, dont les accès revenaient dans la matinée. Il était dans la période de chaleur lorsque je le vis vers deux heures après midi: l'accès était des plus simples j il n'y avait rien du côté de la poitrine, rien du côté de l'abdomen ; rien autre chose qu'une légère céphalalgie qui disparaissait pendant l'apyrexie. ( Diète, limonade ).

10 matin , tendance au coma 5 les traits sont comme voilés , les yeux fixes et grandement ouverts : le malade comprend avec peine -, le pouls est lent et large ; la peau non fébrile; la langue plate, nette, rosée, humide. (Diète, limonade, saignée du bras, de dix onces, trente sangsues aux tempes; potion fébrifuge du codex, à défaut de sulfate de quinine) .

A la visite du soir, le coma était dissipé ; l'accès qui devait avoir lieu dans la matinée , n'était pas venu , mais il n'était que retardé ; car le 1 1 matin , le coma était des plus profonds 5 trismus , écume à la bouche , comme dans l'épilepsie. (Diète, limonade, saignée du bras, de vingt onces y trente sangsues sur le trajet des jugulaires ; deux vésicatoires aux cuisses,deux sinapismes aux jambes) . Vers trois heures après midi , le malade paraît comprendre ce qui se passe autour de lui ; mais il ne peut articuler aucune parole ; il nous est impossible de lu

faire avaler quelques cuillerées de boisson , il crache tous les liquides qu'on lui introduit dans la bouche. (Un quart de lavement amylacé avec vingt grains de sulfate de quinine que Ton était parvenu à se procurer). Progrès du coma pendant la nuit \ mort le 12, à huit heures du matin.

OUVERTURE DU CADAVRE

Tête. Forte congestion des vaisseaux qui rampent à la surface des circonvolutions cérébrales. Arachnoïde généralement opaque, lactescente; granulations de Pacchioni, volumineuses, très multipliées. Cerveau ferme, dense : coloration foncée , tirant sur le noir, de la substance grise ; injection sablée , très fine , très rapprochée de la substance blanche. Cervelet, rien à noter.

Poitrine. Les poumons et le cœur sont dans l'état naturel.

Abdomen. Ramollissement , avec teinte d'un grisfoncé , de la membrane muqueuse de l'estomac ; quelques traces de rougeur pointillée très-superficielle. Intestins sains. Le foie, rouge, se déchirant facilement , ressemble au tissu normal de la rate. La rate, volumineuse, très fortement congestionnée, est ferme et solide.

Voilà un exemple de la rapidité avec laquelle les fièvres intermittentes deviennent mortelles par l'exagération de leurs phénomènes ordinaires à l'état le plus simple , par l'augmentation de l'irritation encéphalique qui, dans les fièvres simples , ne va que jusqu'à donner de la céphalalgie ; car ici la scène morbide s'est déroulée

encore exclusivement dans le système nerveux, et particulièrement dans le cerveau. Cet homme entre à l'hôpital pendant la durée d'un accès qui semble devoir se terminer aussi franchement que ceux qui l'ont précédé 5 mais il n'en est rien ; une congestion violente , au contraire, s'établit sur l'encéphale. Dissipée d'abord par un traitement approprié , cette congestion reparaît de nouveau,, et emporte le malade en quelques heures. 11 est très-probable qu'une saignée pratiquée à l'arrivée, aurait prévenu la congestion cérébrale du io \ et cette fièvre n'eût pas été pernicieuse. Mais alors , je n'étais pas encore habitué à saigner largement pendant l'accès : ce fut la répétition d'accidens malheureux , comme celui-ci, qui m'y amena plus tard, de même que, plus tard aussi , des accès pernicieux succédant brusquement à des accès simples , immédiatement après les déplétions sanguines les mieux indiquées , me conduisirent , ainsi qu'on le verra , à donner le sulfate de quinine à haute dose, sans chercher ni apyrexie , ni rémittence, ni subîntrance.

Sous le rapport des altérations cadavériques, je ferai remarquer l'injection générale du cerveau et de ses membranes , ce qui explique très-bien le coma. Je ferai observer aussi le ramollissement gris de la membrane muqueuse de l'estomac , et , sur ce fond chroniquement malade , cette rougeur pointillée, indice d'une irritalion récente , liée aux accès , mais qui n'avait eu ni assez de durée , ni assez d'intensité , pour se révéler , pendant la vie, par des signes spéciaux , pas même par l'ace ration de la langue.

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