OBSERVATION LVIII
Fièvre pseudo-continue avec gastro-céphalite.
Guichard , soldat au 10e régiment d'artillerie, âgé de 23 ans, n'ayant pas encore été malade, très-fortement constitué , entra à l'hôpital de Bone le 11 juillet i834 » le troisième jour d'un gastro-céphalite excessivement intense. Il entra fort tard dans la soirée , je ne le vis que le 12, à la visite du matin. Il offrait les symptômes suivans : céphalalgie atroce , pouls dur , plein , très-fréquent , peau brûlante , langue sèche , acérée , et d'un rouge de sang , envies de vomir continuelles, soif inextinguible ; les carotides battaient avec une violence inaccoutumée. (Diète, limonade, saignée du bras, de vingt onces , quarante sangsues à tépigasire.) Les sangsues coulent abondamment toute la journée. A dix heures du soir, amendement marqué : céphalalgie heaucoup moins violente, plus de nausées, langue moins aride et moins effilée.
1 3 matin , il n'y a presque plus rien vers la tête 5 mais les symptômes de gastro-entérite qui , la veille au soir , avaient diminué d'intensité , ont repris toute leur vio-
lence 5 la soif et l'aridité de la langue sont extrêmes. (Diète . limonade , quarante sangsues à Yépigastre , % seize grains de sulfate de quinine à prendre de suite,) A la visite du soir , le malade est calme -y la langue épanouie et humide ; il n'y a plus de céphalalgie ; le pouls a encore un peu de vitesse, mais sans dureté \ le peau est moite,
i4 matin , apyrexie parfaite 5 le malade a dormi une partie de la nuit. (Diète, limonade , huit grains de sulfate de quinine.)
Le i5, bouillon; le 19, le malade était à la demiportion ; il sortit, à la fin du mois, parfaitement rétabli.
Dans ce cas, ainsi que dans le précédent., les accidens inflammatoires les plus violens sont promptement enrayés par une médication énergique. Voilà deux faits bien concluans , ce me semble , en faveur de notre opinion sur la nature de ces affections pseudo-continues et sur l'efficacité du traitement que nous leur opposons. Ici le diagnostic a été beaucoup plus facile; l'exaspération subite et sans cause connue , observée , le 1 3 matin , après l'amélioration obtenue la veille , indiquait que , pendant la nuit, il y avait eu un paroxysme. Dans les pays chauds et marécageux , ce balancement dans les symptômes suffit pour faire reconnaître de suite les caractères de la rémittence. Si, au lieu d'administrer le quinquina en même temps que nous prescrivions une seconde application de sangsues à 1 épigastre , nous nous fussions
contenté de recourir à la saignée , nous eussions obtenu sans doute encore une rémission analogue à celle qu'elle avait déjà procurée îa veille -, mais cette rémission eût* été suivie également d'une nouvelle exaspération , c'està-dire d'un autre paroxysme ; et ce paroxysme pouvait être ou pernicieux , ou le début d'un état typhoïde , en faisant passer à l'inflammation l'irritation gastro-intestinale, qui était déjà assez intense pour entretenir depuis plusieurs jours , sans rémission appréciable, la réaction circulatoire.