OBSERVATION LX
Fièure pseudo-continue avec gaslro-céphaîiie*
Bëauvais , soldat au 59% âgé de 28 ans , fort , bien constitué, sorti de mon service depuis un mois, y rentra le 19 janvier i835, le troisième jour d'une gastrocéphalite intense. Il y avait une soif vive , une langue effilée , rouge sur les bords et à la pointe , de la douleur à l'épigastre ; une forte céphalalgie , un pouls dur et ac^ céléré , une chaleur sèche à la peau , une prostration
extrême f un abaltement porté à un point qu'on observe bien rarement au début des affections aiguës continues. (Saignée du bras, de douze onces , trente sangsues à Vépigastre , vingt-quatre grains de suljate de quinine à prendre avant la saignée, diète, limonade.)
20 matin, apyrexie. Cessation des signes de gastroentérite; plus de céphalalgie, à peine de la soif. (Diète, limonade, vingt-quatre grains de suif ate de quinine.) La journée se passe sans fièvre, sans malaise.
Dès ce moment , convalescence. Le malade mange deux pommes cuites le 22 ; à la fin du mois, il était aux trois quarts de la portion.
La prostration considérable dont se plaignait cet homme , m'engagea à prescrire le sulfate de quinine même avant toute déplétion sanguine. Lesaccidens marchent si vite, dans ces affections, qu'il n'y a pas un instant à perdre. On voit, au surplus , que malgré les signes d'une violente gastro-entérite , et bien que déposé sur une membrane muqueuse incontestablement surirritée, ce médicament a eu les plus heureux résultats. C'est sans doute une chose bien singulière que la rapidité avec laquelle tombent ces gastro-entérites intenses ; mais je ne sais qui doit le plus étonner de la singularité de cette marche ou de la promptitude avec laquelle on peut élever le régime alimentaire. Je ne me lasserai pas d'insister sur ces faits , parce qu'ils sont de la plus haute importance. Je sais qu'ils contrastent avec les opinions reçues ; mais en les rejetant, en les dénaturant, en éludant ou en faus-
sant les conséquences qu'il fournissent, on adoptera une médication fondée sur d'autres principes, et alors la plupart de ces gastro-céphalites deviendront typhoïdes , ou bien seront accompagnées de paroxysmes pernicieux.
Lorsqu'on n'a pas réussi à arrêter la marche de ces affections , et à prévenir leur passage à l'état typhoïde , doit-on insister encore sur l'usage du sulfate de quinine ? Je le pense, et, obéissant aux leçons de l'expérience, je le faisais dans les derniers temps de mon séjour en Afrique. Voici un fait qui n'est pas, je crois , sans intérêt, et qui ne laissera pas que de jeter quelque jour sur la question qui nous occupe.