‹ Traité des fièvres palustresChapitre 104 sur 166 · SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

SYSTÈME NERVEUX

4 dé la cinquième paire, sept fois des douleurs névralgiques

| | disséminées dans la tête, une fois la névralgie pharyngée,

une fois la névralgie intercostale (op. cit., p. 74),

à La névralgie sussorbitaire s'accompagne d'une injection plus < out moins forte de la conjonctive, de photophobie, de larmoie-

ment, et c’est probablement à la névralgie sus-orbitaire qu'il ÿ Dee 4 faut rapporter l'ophthalmie intermittente décrite par quelques T4 $ nié L'

M. le professeur Verneuil, qui a faik une étude très complète

De névralgies palusires (Revue de Chirurgie, 1881, p. 906,

et 4882, p. 16), se demande avec raison quel est, dans la patho-

génie de la névralgie des paludiques, le rôle du paludisme lui-

| même et quel le rôle des prédispositions individuelles? |

. D'a après ce qu’il m'a été donné d'observer en Algérie, je suis

très porté à croire que le paludisme ne joue ici que le rôle % d'une cause prédisposante en déterminant une anémie rapide et souvent très profonde. Dans les cas très rares d’ailleurs où j'ai observé des névralgies chez des paludiques, il s'agissait de

à malades qui avaient souffert de névralgies avant de venir en

Algérie et chez lesquels la fièvre paraissait seulement avoir rappelé les douleurs névraigiques en leur imprimant un caractére intermittent plus ou moins net.

| Le paludisme peut-il se manifester uniquement, indépen- pi

. damment de toute fièvre, par une névralgie intermittente? Le |

| doute me semble encore permis à cet égard malgré les faits qui :

ont été publiés par différents observateurs; il ne suffit pas

qu'une névralgie ait le caractère intermittent, ni même qu’elle

. disparaisse après l'administration plus ou moins prolongée du

+. sulfate de quinine, pour qu ‘on soit autorisé à dire qu’il s'agil

. d’une manifestation du paludisme. On sait que les névralgies at

XP

et même les névrites traumatiques présentent souvent, en dehors de toute influence palustre, le caractère intermittent et peuvent être améliorées ou guéries par le sulfate de quinine, sans compter qu’on n’est jamais certain si la disparition des douleurs survenue à la suite de l’administration de ce médicament n’est pas la conséquence de la marche naturelle de la maladie.

Pour résoudre définitivement la question, il faudrait constater la présence des microbes du paludisme dans le sang d’un malade atteint de névralgie intermittente sans fièvre ; je n'ai pas eu jusqu'ici l’occasion de faire l'examen du sang dans ces conditions.

Les paralysies qui se produisent dans le cours du paludisme peuvent être divisées en paralysies transitoires,qui surviennent d'ordinaire pendant un accès de fièvre et qui disparaissent

l'accès terminé ou peu après, et en zaralysies persistantes, qui

ne disparaissent pas avec la fièvre et qui ne sont pas justiciables du sulfate de quinine. La même division est applicable à l'aphasie qui à été observée plusieurs fois chez des paludiques.

Un malade est atteint de fièvre intermittente tierce: on constate à plusieurs reprises que pendant les accès il se produit une paralysie partielle ou -de l’aphasie, qui se dissipe après l'accès, on constate en outre que sous l'influence du sulfate de quinine les troubles nerveux disparaissent rapidement en même temps que la fièvre; la relation étiologique entre le paludisme et les accidents nerveux ne paraît pas discutable dans ce cas.

M. le Dr E. Boisseau a publié une observation très intéressante ettrès probante d’aphasie transitoire liée à des accès de

SYSTÈME NERVEUX 357 ï à

fièvre intermittente. (Gazette hebdom. de méd. et dechir. A8.)

La thèse de M. Vincent (Des paralysies RE la fièvre nl a À.

mittente et de leur pathogénie, Thèse, Montpellier, 1878) renerme également plusieurs exemples très curieux de paralysies transitoires palustres : aphasie et paralysie des fléchisseurs de la main droite, aphasie, troubles de la vision et de l'ouie, paraplégie et anesthésie partielle, etc.

Les paralysies persistantes sont plus communes que les paralysies temporaires, mais leur relation étiologique avec le paludisme est aussi moins nette, plus difficile à établir dans beaucoup de cas. Les formes de ces paralysies sont très variées, l'hémiplégie est la plus commune; Griesinger en cite un

exemple: « L'homme qui fait le sujet de cette observation avait

ne traité peu de temps auparavant pour une fièvre tierce, il

S ‘était rétabli à la suite de quelques doses de sulfate de quinine

et avail quitté l'hôpital; les jours suivants il éprouva du frisson, des tremblements et des maux de tête ; Le huitième jour il chancela au milieu d'une promenade; quelques heures après il était paralysé de tout le côté droit. » (Op.cit , p. 69.) On peut objecter qu'il y aeu dans ce cas simple coïncidence entre l'atteinte de paludisme et les accidents cérébraux, qui s'expliquent très bien par une hémorrhagie cérébrale sans relation directe avec le paludisme (1).

Deux fois seulement j'ai rencontré des paralysies chez des paludiques, encore ne me paraît-il pas certain que le paludisme

(4) On consultera avec intérêt au sujet des paralysies d'origine palustre les ouvrages suivants: Ouradou, Des paralysies dans la fièvre intermittente, Thèse, Paris, 1851. — Grasset, Étude clinique sur les diverses manifestations hemiplégiques de l'inloxication paludéenne. Montpellier médical, 1816. — Landouzy, Des paralysies dans les maladies aiguës.

Thèse d’agrégalion, Paris, 1880, p. 159.

“ed

PT si fr ; # FI RER 7 vi Mn k

ait joué dans ces deux cas un rôle exclusir ni même prépon-

dérant.

Dans le premier cas il s’agit d'un militaire qui entrait à l'hôpital de Constantine au mois de février 1881 pour une paralysie incomplète de la jambe droite avec anesthésie; le malade avait eu plusieurs atteintes de fièvre intermittente bien caractérisée, mais la paralysie n’était pas survenue pendant le cours d’une de ces atteintes : elle s'était produite à la suite des fatigues d’une route faite par étapes. Il y avail probablement chez ce malade une myélite partielle ; à sa sortie de l'hôpital, Ie malade était en bonne voie de guérison.

La deuxième observation est relative à un militaire qui en-

trait à l'hôpital de Constantine le 29 novembre 1882 pour ‘paraplégie. Les deux membres inférieurs étaient très faibles, Je maïade pouvait à peine se tenir debout, il y avait en outre

Cu

des vertiges et des troubles cérébraux; la parésie des membres inférieurs ne s'accompagnait d'aucune altération de la sensibilité ni de la nutrition, d'aucun trouble de la miction ni de la défécation. Le malade avait eu plusieurs atteintes de

fièvre palustre, il eut même à l'hôpital de Constantine une re-

chute, et je pus constater la présence des microbes du paludisme dans le sang. Malheureusement ce malade avait eu la syphilis, et il était difficile de faire la part du paludisme et

celle de la syphilis dans la pathogénie des troubles nerveux.

Le mercure et l'iodure de potassium furent prescrits sans résultats appréciables; quant au sulfate de quinine, il fit disparaître la fièvre intermittente sans modifier la paraplégie.

D'après Griesinger, des maladies mentales se développent quelquefois à la suite de la fièvre intermittente et en sont, dit-il,

| % us 5? 4 SYSTÈME NERVEUX AE la conséquence (op. eit., p.69, et Traité des ta on. tales, traduction française du D' Doumic, Paris, 1865). 77 Ç T4

Sydenham et Frerichs avaient mentionné déjà des troubles cérébraux consécutifs à la fièvre intermittente.

La Maladie de Raynaud (asphyxie locale et gangrène ur | trique des extrémités) a été observée un assez grand nombre de fois chez des paludiques. Maurice Raynaud ne semble pas : avoir attaché une grande importance à cette coïncidence patho- + ES logique, dont il cite cependant plusieursexemples.(De l'asphyxie | KT locale et de la gangrène symétrique des extrémités, Thèse, k Paris, 1862. — Du même : Nouvelles recherches sur la nature | 2 et le traitement de l'a asphyxie locale des extrémités. Arch. | gén. de méd., 1874, 1. 1, p. 5 et189)

Ces exemples se sont multipliés depuis lors ; MN. How Mar- ee roin, Calmette, Moursou ont publié des faits qui tendent à dé- 2 à montrer l'existence d’une relation étiologique entre la maladie de Raynaud et le paludisme. (Rey, Archives de méd. navale, 4869, t. XII, p. 211. — Marroin, même recueil, 1870,t. XUL, p. 344. — Calmette, Des rapports de l'asphyxie locale de | extrémités avec la fièvre inteninitiditée paludéenne. Rec. de mém. de méd. militaire, 1817, p. 24. — Moursou, Étude cli- sh nique sur l'asphyxie locale des extrémités. Arch. de méde-

cine navale, 1880.)

Tantôt l'asphyxie locale se montre seulement au moment dé: accès de fièvre et disparaît avec eux, tantôt elle persiste après à la guérison des accès et elle prend une forme plus grave, qui peut aboutir à la gangrène symétrique. de D D

Je n'ai pas à décrire ici la maladie de Raynaud, qui se présente chez les paludiques avec ses caractères ordinaires; la seule question qui doive nous arrêter est celle de la nature des rela-

se PANIREE ee

tions qui existent entre cette maladie et le paludisme. La maladie de Raynaud peut-elle se développer sous l’action directe des microbes du paludisme et faut-il la considérer dans certains cas du moins, comme une fièvre intermittente larvée ? ou bien faut-il admettre que le paludisme ne joue ici, comme dans beaucoup d’autres cas, que le rôle d’une cause prédisposante ?

MM. Verneuil et Petit, qui ont fait une étude très complète et très remarquable de l’asphyxie locale et de la gangrène pa- Justre (Revue de chirurgie, 1883, p. 1), font remarquer avec raison que l’asphyxie locale est très rare relativemént à l'extrême fréquence des fièvres palustres; c’est, comme ils le disent fort bien, une des manifestations les plus contingentes du paludisme.

Je n'ai, pour ma part, observé aucun exemple de cette complication des fièvres pendant mon séjour en Algérie.

Il faut noter d'autre part que des maladies qui,commela diar-

rhée de Cochinchine, n’ont aucun rapport avec le paludisme,

mais qui sont, au même litre que lui, des causes d’épuisement el d'anémie, prédisposent également les malades qui en sont atteints à l’asphyxie locale desextrémités.(Moursou, op. eit.) Le froid paraît jouer le principal rôle dans l’étiologie de l’asphyxie locale des extrémités avec l'irritabilité plus ou moins grande de

Ja moelle épinière ; le paludisme ne favorise probablement ja

production de la maladie de Raynaud qu’en augmentant la sensibilité au froid et en exagérant l’action réflexe de la moelle sur les vaso-moteurs.

Il existe dans la science un certain nombre d'exemples de gangrènes survenues chez des malades atteints de fievre

-palustre ou de cachexie palustre. MM. Verneuil et Petit, dans le

SYSTÈME NERVEUX 361 mémoire cité plus haut, ont réuni tous les cas connus de gangrène palustre, et ils ont proposé de les diviser en deux groupes: gangrènes associées ou secondaires el gangrènes palustres proprement dites; cette division me paraît excellente.

Les gangrènes associées ou secondaires sont de beaucoup les plus nombreuses. Les malades affaiblis par les fièvres sont naturellement prédisposés aux inflammations gangréneuses, et il n'yapas lieu de s'étonner si chez des cachectiques palustres on observe des angines ou des stomatites gangréneuses, des eschares de décubitus, des gangrènes du poumon, ou si chez ces malades les traumatismes accidentels et les opérations chirurgicales se compliquent souvent de gangrène. C'est évidemment l'état général qui joue dans ces cas le principal rôle, et on peut dire que le paludisme n'intervient que très indirectement dans la pathogénie de ces accidents.

Les gangrènes palustres proprement dites sont très rares, mais très intéressantes : des faits très probants ont été publiés à ce sujet par MM. Ebrard, Larché, Duteuil, Verneuil, Moty. (Verneuil et Petit, op. cit. Revue de chirurgie, 1883, p.438.)

Les deux faits de gangrène cutanée par plaques disséminées dont M.le Dr Moty a publié les observations, sont très curieux et méritent tout particulièrement d'attirer l'attention. Dans le premier cas, il s’agit d'un zouave atteint de fièvre intermittente de récidive chez lequel on vit se développer d'abord une plaque gangréneuse au-dessous de l'ombilic, puis d’autres plaques gangréneuses dans l'aîne et dans l'aisselle du côté gauche. Le malade n'était pas diabétique, et l’autopsie ne révéla aucune altération du cœur capable d'avoir donné naissance à des

embolies.

Dans le deuxième cas, il s'agit d’un cachectique palustre âgé

Le

Page 1