‹ Traité des fièvres palustresChapitre 11 sur 166 · DE LA PLUPART DES ESPÈCES ANIMALES ET VÉGÉTALES INFÉRIEURES · texte numérisé non relu

DE LA PLUPART DES ESPÈCES ANIMALES ET VÉGÉTALES INFÉRIEURES

; PRÉDISPOSITIONS INDIVIDUELLES. — DU PALUDISME CONGÉNITAL. — | LE PALUDISME EXISTE-T-IL CHEZ LES ANIMAUX? — HISTORIQUE DES

RECHERCHES FAITES DANS LE BUT DE DÉCOUVRIR LE PARASITE DU b

Le paludisme est une des maladies qui méritent le mieux de à

; figurer dans le cadre des endémies; sous l'influence de circon- ;:

, stances exceplionnelles, à la suite d'inondations par exemple |

les fièvres palustres peuvent prendre, il est vrai, une extension | "à

inusitée dans certaines localités qui d'ordinaire en sont à peu

. près indemnes, mais la règle générale est que le paludisme ne

règne que dans des foyers faciles à limiter, si bien qu'on peu : ô tracer pour chaque pays une carte très exacte des localités

palustres. «SE

à Un exposé complet de la géographie médicale du paludisme

.. m'entrainerait trop loin, cette étude a été faite du reste avec

LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES 1

LE

2. ÉTIOLOGIE à beaucoup de soin par différentsauteurs, notamment par Hirsch (1); je me contenterai de résumer les enseignements que nous donne la géographie médicale au point de vue de la recherche des causes du paludisme.

Supposons que, sur une mappemonde, on marque à l'encre

de Chine les localités dans lesquelles règne la malaria, en ayant soin d'employer une teinte d'autant plus foncée que les fièvres observées sont plus fréquentes el plus graves, travail qui à été fait du reste pour plusieurs pays, notamment pour la France et pour l'Italie, il suffira de jeter un coup d'œil sur cette carte pour constater ce qui suit :

Le paludisme augmente de fréquence et de gravité à mé sure qu'on descend des pôles vers l'équateur; 2% les principaux foyers du paludisme sont situés sur les côtes ou le long des grands fleuves.

Prenons pour exemple l'Europe. C’est sur les côtes méridionaies de l’Europe que l’endémie palustre règne avec le plus de force; les côtes de la Corse, de l'Italie, de la Sicile, de la Grèce, les rives de la mer Noire, les bords du Pô, de l’Adige, du Tibre et du Danube sont les principaux foyers du paludisme en Europe; les marais Pontins et les Palus Méotides sont justement célèbres.

Les bords de la Loire et du Rhin, les côtes de France, d’Espagne, d'Angleterre, de Bretagne, de Hollande, de Danemark, de Suède, sont déjà des foyers beaucoup moins dangereux que les précédents et mériteraient d'être marqués sur la carte dont

(1) A. Hirsch, Handbuch der historisch-geograph. Pathol:, Erlangen, 1860, 1862, 1864. 2 vol. — Nouvelle édit. Stultgard, 1881-1882. Voyez aussi : Mahé article Géocrapmir ménicace du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

La

GÉOGRAPHIE MÉDICALE nous parlons avec une teinte beaucoup moins noire; à partir de Suint-Pétersbourg (59 de latitude), le paludisme disparaît presque complétement.

L'étude de la géographie médicale du paludisme montre en outre : 1° que les fièvres palustres ne s’observent pas sur les montagnes, sur les hauts plateaux; que l'altitude, en un mot, est avec le froid une des conditions les plus défavorables à leur développement; 2% qu'un grand nombre de localités autrefois désolées par la malaria sont devenues très salubres et, inversement, que certaines populations qui pendant de longs siècles avaient été épargnées par les fièvres ont vu tout à coup l’en mie palustre se développer parmi elles avec une grande force.

Au temps de Pringle les fièvres palustres étaient très communes et très graves en Hollande, l'endémie n’était pas limitée aux côtes, elle s’étendait très loin dans l'intérieur des terres; les

grands travaux accomplis pour protéger les côtes de la Hollande

contre l'envahissement de la mer ont réduit de beaucoup le champ de l’endémie palustre. Les fièvres ne se rencontrent plus aujourd’hui que sur les côtes, à La Have, à Amsterdam, à Rotterdam, dans les polders qui avoisinent les bouches de l'Escaut, dans l'Over-Yssel et dans l’île de Walcheren, encore l'endémie palustre est-elle, sur ces points mêmes, beaucoup moins redoutable qu'autrefois.

Les fièvres palustres étaient communes autrefois à Londres, ainsi qu'en témoignent les écrits de Morton, de Willis et de Sydenham: un marais voisin de Londres fut desséché et la disparition de ce marais amena celle des fièvres.

Graves appelle l'attention de ses élèves sur les heureux effets du drainage des terres en Irlande, et il montre qu’en beaucoup

se à

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PA ÉTIOLOGIE

d’endroits le drainage a mis fin à l’endémie palustre. (Clnique, t. I, p. 5.) |

A Strasbourg les fièvres palustres ont régné pendant longtemps; il y avait à la Krutenau un marais entretenu par les débordements de l'Ill, et plus loin d’autres marais longeant le Rhin. En 1832 l'endémie palustre était encore très grave et les medecins de Strasbourg avaient souvent l’occasion de traiter non seulement des fièvres intermittentes, mais des fièvres compiiquées d'accidents pernicieux; depuis ce temps, les marais ont été desséchés, l'IIL et le Rhin ont été endigués, et par suite les fièvres sont devenues très rares.

Dans la Bresse, la Sologne, les Landes, le Morbihan, l’endémie palustre à perdu aussi beaucoup de son importance.

En Italie, dans la campagne Romaine, les travaux d'art exécutés pour dessécher les marais et les transformer en terrains de culture, restreignent de plus en plus le domaine de la malaria.

En Algérie l’endèmie palustre a disparu presque complètement de localités sur lesquelles elle sévissait avec une grande orce au début de la conquête, et ilserait facile de citer tel village aujourd’hui florissant, dont les premiers habitants ont tous été victimes de la malaria.

L'histoire de l’'endémie palustre aux îles Maurice et de la Réunion esttrès intéressante . Les fièvres palustres, autrefois inconnues à [a Réunion, ont fait brusquement leur apparition | dans cette île au mois de mars 1869, sans qu'aucune circonstance météorologique ou autre vint expliquer ce brusque changement; de même à l’île Maurice, où l’endémie palustre a pris tout à coup, à partir de 1867, une grande importance. (Articles : Réunion et île Maurice du Diction. encyclop.

MILIEUX PALUSTRES ù des Se. médicales. — Delteil. Considér. sur le elimat et la salubrité de la Réunion. Arch. de méd. nav, 1881.)

Les naturalistes indiquent exactement sous quel climat, dans quelle localité, dans quelle saison on trouve telle ou telle espèce végétale ou animale qu'ils décrivent ; on peut déterminer de mème avec précision les conditions de température, d'altitude, d'humidité du sol qui sont favorables au développement du paludisme. En Algérie, par exemple, lorsquele voyageur arrive sur les bords d'un marais couvert de roseaux, ou sur les rives d'une de cesrivières que l'hiver transforme en torrents et l'été en ruisseaux dont les bords fangeux sont garnis de lauriers roses, il peut se dire que l'agent du paludisme est caché sous ces fleurs.

Bien que le marais soit le milieu de prédilection de l'agent qui produit les fièvres intermittentes et que les expressions de Jfièvres palustres, fièores des marais, paludisme où impaludisme méritent d'être conservées, il est certain que l'existence d'un marais proprement dit n'est pas indispensable à son développement. Des plaines basses, mal drainées ou maintenues dans un élat d'humidité constante par une nappe d’eau souterraine abondante et superficielle, des terres inondées ou mal irriguées, des rivières, des Canaux ou des fossés mal entretenus et mis à sec pendant l'été, suffisent souvent à provoquer ou à entretenir l’endémie palustre.

Les marais mixtes, c'est-à-dire dans lesquels il y a un mélange des eaux douces et des eaux salées, sont particulièrement favorables au développement du paludisme,

De même que les conditions de milieu les plus propres à favoriser l’éclosion et la multiplication d'une plante sont impuissantes à faire naître cette plante si la graine fait défaut, de

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