‹ Traité des fièvres palustresChapitre 123 sur 166 · ABCÈS DU FOIE, ETC · texte numérisé non relu

ABCÈS DU FOIE, ETC

quent complètement lorsque les abcès se sont développés dans.

la partie centrale du foie ou à la face convexe.

Il existe ou il a existé presque toujours de la dysenterie et un état cachectique assez prononcé; enfin on peut avoir recours à l'examen du sang.

Les personnes qui habitent les pays chauds s'anémient en général au bout de quelque temps ; cette anémie a une marche très lente et elle n'atteint jamais les mêmes proportions que dans le paludisme, L'hypersplénie, toujours très marquée dans l'anémie palustre alors même qu'il n’y a pas d'accès de fièvre, fait toujours défaut dans l’anémie simple.

Graves, dans ses leçons cliniques, appelle l'attention sur une fièvre nerveuse qui, dit-il, peut être confondue avec la fièvre intermittente. Cette fièvre nerveuse se produit toujours chez des femmes anémiques et nerveuses, et elle prend parfois un type intermittent assez régulier; elle cède aux antispasmodiques et nonau sulfate de quinine. (Graves, Leçons de clinique médicale, traduct. française, 1. I, p. 474.)

J'ai eu quelquefois l'occasion d'observer cette fièvre nerveuse dans les conditions signalées par Graves.

La leucémie splénique peut être confondue avec la cachexie palustre ; dans les deux maladies, l'hypersplénie atteint souvent d'énormes proportions. Il suffit d'être prévenu de la possibilité d'une pareille erreur pour être à même de l'éviter.

La provenance des malades, les antécédents morbides, l'existence antérieure d'une et le plus souvent de plusieurs atteintes de fièvre intermittente chez les cachectiques palustres, enfin et surtout l'examen histologique du sang permettront de trancher cette question.

S'il s'agit d'un leucémique, on constatera facilement que le

nombre des leucocytes du sang est fortement augmenté; nous savons que dans la cachexie palustre, bien que l'hypersplénie altteigne souvent lès mêmes proportions que dans la leucémie splénique, il est rare que le chiffre des leucocytes dépasse notablement le chiffre normal.

Si, en faisant cet examen du sang, on constate l'existence des éléments parasitaires caractéristiques du paludisme, le diagnostic de cachexie palustre s'impose ; mais il faut se rappeler que chez les cachectiques palustres qui n’ont pas eu d'accès depuis quelque temps, ces éléments font souvent défaut dans le sang; leur absence ne prouve donc rien si d’ailleurs le malade présente les signes caractéristiques de la cachexie palustre.

Le diagnostic de la fièvre intermittente est souvent assez difficile chez les jeunes enfants ; la maladie peut se développer chez des enfants âgés seulement de huit à neuf semaines (Griesinger).

Bien plus souvent que chez l'adulte, le type de la fièvre est irrégulier et les accès sont incomplets. « Un léger frisson constitue quelquefois la plus grande partie de l'accès; les enfants deviennent bleus, froids, très pâles, ils bâillent, sont effrayés et peuvent même avoir des convulsions. Dans d'autres cas, au contraire, le stade de froid fait défaut, il survient de l'agitation, la tête est brûlante, la face rouge, la soif intense, parfois on observe un peu de sopor, et plus tard une sueur plus ou moins abondante. Dans les intervalles des accès, l'appétit se trouble, les évacuations sont irrégulières; les enfants sont de mauvaise humeur et l’anémie se produit avec rapidité. La tumeur splénique se développe et elle est relativement considérable; [a cachexie palustre s'établit. » (Griesinger, op. ett.y D. 11.)

Il est difficile de dire quelle est la mortalité du paludisme et de formuler d'une manière exacte son pronostic.

La mortalité varie beaucoup avec les conditions du milieu où on observe ; d'autre part, le pronostic ne doit pas être basé seulement sur le chiffre des décès par accidents pernicieux; la longueur de la maladie, la fréquence des récidives, l’état d'anémie dans lequel le paludisme jette toujours les malades, la prédisposition qu'il crée pour certaines maladies doivent aussi entrer en ligne de compte.

Les causes qui influent le plus sur le chiffre de mortalité du paludisme sont : 1° les conditions de milieu et de climat; 2 Ja rapidité plus ou moins grande avec laquelle ie traitement rationnel du paludisme est mis en usage.

Nous avons vu {voir chapitre 1°", page 12) que le paludisme a fait à plusieurs reprises de grands ravages dans les armées en campagne, notamment dans l’armée anglaise, lors de l'expédition de Walcheren, et dans l'armée française au début de l’occupation de l'Algérie; aujourd'hui, si on consulte les statistiques médicalgs des armées européennes qui ont le plus à souffrir du paludisme, comme l'armée française en Algérie et l’armée italienne, on est surpris de voir combien est faible le chiffre de mortalité du paludisme.

Je prends, par exemple, la statistique de l’armée française: pour 1879; le chiffre des entrées à l'hôpital pour fièvre palustre est de huit mille quatre cent vingt-trois, dont cinq mille six cent sept pour le 19° corps, qui est en Algérie, et le chiffre des décès par fièvre palustre, accès pernicieux et cachexie palusire, est de cent treize, c'est-à-dire de 1,34 pour 100, ce qui repré-

ne ner 4 Î $

sente à peine le dixième de la mortalité de la fièvre typhoïde, et 3 pour 100 environ des décès généraux.

La statistique de l’armée italienne pour 1878 donne dix mille six cent soixante-neuf cas de fièvre palusitre et seulement quatre-vingt-douze décès par accidents pernicieux ou cachexie palustre, soit une mortalité de 0,85 sur 100.

Il existe à vrai dire dans toutes les statistiques relatives aux fièvres palustres et à la mortalité qu'elles occasionnent, deux causes d'erreur d'autant plus graves qu'elles tendent toutes deux à diminuer le tant pour cent des décès.

En premier lieu, le même malade atteint de paludisme entre, en général, à l'hôpital plusieurs fois, et, au lieu de figurer pour une unité dans le chiffre des malades, il y figure pour deux, trois et quelquefois davantage; de sorte que le chiffre des atteintes de fièvre palustre fourni par les statistiques est deux ou trois fois supérieur au chiffre vrai.

En second lieu, les paludiques qui succombent à des complications telles que : pneumonie, néphrite, cirrhose du foie, ne figurent pas en général dans la colonne des décès dus au paludisme, où on n'inscrit guère que les décès consécutifs aux accidents pernicieux et à {a cachexie palustre bien caractérisée.

Le faible chiffre de mortalité du paludisme dans les armées française et italienne s'explique encore par d'autres causes ; les militaires atteints de paludisme sont soumis à un traitement rationnel dès le début des accidents, et on a soin de les éloigner des foyers dans lesquels ils ont contracté Ja fièvre. C’est ainsi qu'en Algérie on accorde très largement des congés de convalescence aux malades atteints de fièvre intermittente.

Page 1