OBSERVATION XXXVII
FIÈVRE INTERMITTENTE QUOTIDIENNE. ACCÈS GRAVE AVEC ÉTAT TYPHOÏDE. MICROBES DU PALUDISME. GUÉRISON.
Ros …, âgé de vingt-quatre ans, soldatau 14° escadron du train, * #00 entre à l'hôpital militaire de Constantine le 16 août 1882. ee Un
Ros..., qui a trente-six mois de service, est en Algérie depuis treize mois ; en 1880 il a eu la fièvre typhoïde à Fougère.
Le malade a pris la fièvre palustre pour la première fois le 14 juillet dernier en revenant d'accompagner un convoi du côté d'El Meridj. Début par céphalalgie, malaise général, douleurs lombaires, anorexie, soif vive. Au dire du malade la fièvre aurait persisté sans | interruption notable du 15 au 18 juillet. Le 18 juillet Ros..… est entré é À une première fois à l'hôpital de Constantine dans le service d’un de | mes collègues ; il a eu à l'hôpital plusieurs accès de fièvre bien caractérisés, qui ont cédé au sulfate de quiniae, et il estsorti dans les derniers jours de juillet.
Rechute de fièvre six jours après la sortie de l'hôpital, accès de | fièvre revenant tous les deux jours vers huit ou neuf heures du ji matin. Ros.…., qui avait repris son service et qui avaitété renvoyé à El Merid;, est resté huit jours malade dans cette localité. Pendant ces huit jours il n’a pris que douze pilules de sulfate de quinine, Rentré à Constantine le 16 août, le malade a été envoyé d'urgence à l'hôpital.
16 août. Fièvre très vive, la peau est brûlante, la température axillaire estde 40° le matin, de 39°3 le soir. État typhoïde très mar- | qué, prostration, adynamie, stupeur profonde, le malade est apa- . og
thique, indifférent à ce qui l'entoure ; quand on lui demande où il souffre, il montre la tête et les reins. La langue est tremblante rouge et sèche à la pointe.
Ventre souple, indolore, un peu de constipation. La matité splénique mesure 14 centimètres de haut sur 15 de large. (Diète. Limonade. Sulfate de quinine 1:", 60 en deux fois.)
Examen du sang fait le 16 août, à 2 heures du soir : corps n°1 en grand nombre ; corps ovalaires intermédiaires aux corps n° 1 et n°2; corps n° 2 en grand nombre immobiles ou munis defilaments mobiles. Les mouvements des filaments mobiles s’observent dès les premières minutes de l'examen, ce quitient sans doute à ce que la température extérieure étant très élevée, le sang s’est à peine refroidi en passant des vaisseaux sur la lame de verre.
Le 16 à 3 heures du soir, nouvel examen du sang, quicette fois a
été recueilli dans une chambre humide de Ranvier. Corps n°1 corps n° 2 munis defilaments mobiles, la mobilité des filaments est encore plus remarquable dans ces conditions que dans les préparations ordinaires ; les filaments en se débattant entraînent les corps n° 2 dans tous les sens. L'observation est malheureusement rendue difficile par l'épaisseur trop grande de la couche de sang.
17 août. La fièvre est beaucoup moins vive qu’hier :38°,2 matin et soir. L'état général s'est notablement amélioré ; la stupeur a disparu en grande partie, ainsi que la céphalalgie et les douleurs lombaires. La langue est humide, saburrale. Anorexie. Faiblesse générale.
Le 17 août j'examine de nouveau le sang qui a été recueilli le 16 dans la chambre humide de Ranvier; je trouve des corps n°1, des corps ovalaires, des corps n° 2 immobiles avec l'aspect qu'ils ont dans le sang frais où déformés ; il n’y a plus de filaments mobiles. Quelques-uns des corps n° 1 renferment des grains pigmentés mobiles (examen faitle 17 août, à trois heures du soir); jusque-là je n'avais trouvé de grains pigmentés mobiles que dans les corps n° 2.
18 août. 37° le matin ; le soir l’apyrexie persiste.
État général très satisfaisant. Le malade ne se plaint plus que de faiblesse. Un peu d'appétit.
Une demi-portion. Vin de quinquina. Sulfate de quinine 05",80.
Examen du sang fait le 18 au matin : corps n° 1 encore en assez grand nombre ; corps ovalaires ; corps n°2 immobiles ou munis de filaments mobiles.
Le 18 août, à neuf heures du matin je recueille une goutte du sang de ce malade dans une chambre humide de Ranvier et j'ajoute une goutte d'eau. Au milieu des hématies, qui pâlissent rapidement, je distingue encore quelques corps n°2 munis de filaments mobiles, mais les corps n° 1 et n°2 se déforment bien plus vite que dans le sang pur.
Le 18 à deux heures trente j'examine de nouveau cette préparation. Les corps n° 1 et 2 sont déformés, immobiles, ils ont pris leurs formes cadavériques; je n’aperçois plus aucun filament mobile.
Nouvel examen fait le 18 août du sang pur recueilli le 16 au soir dans une chambre humide de Ranvier : la plupart des corps n° 1 et n° 2 ont pris leurs formes cadavériques, je trouve cependant plusieurs corps n° 1 ou n° 2 qui renferment des grains pigmentés mobiles. Il existe un double contour très net. Le 18 au soir, je mets au centre du champ du microscope un corps n° 2 renfermant des grains pigmentés très mobiles, et je fixe la préparation sur la platine du microscope. Le19 au matin l'élément pigmenté se retrouve à la même place, mais les grains pigmentés sont immobiles et réunis en un seul bloc. En parcourant la préparation je ne trouve plus que des corps n° 1 et n° 2 déformés.
19 août, L'apyrexie persiste. Anémie très prononcée, teinte terreuse de la face, muqueuses décolorées. Faiblesse générale très grande, vertiges dans la station debout, pouls régulier, normal. Langue un peu blanche. Peu d’appétit.
Une demi-portion. Vin de quinquina. Sulfate de quini ne 0,60.
20 août. Mieux sensible, L'appétit et les forces reviennent. (Une portion. Vin de quinquina. Café. Sulfate de quinine 0,60.)
. Le sulfate de quinine est continué à la dose de 0,60 jusqu’au 24 août. Pas de rechute de fièvre. |
Examen du sang fait le 24 août au matin : Corps n°1 etn°2 en
petit nombre ; quelques corps n° 2 renferment des grains pigmentés
mobiles et j'en trouve encore un (un seul sur deux préparations)
qui est muni de filaments mobiles. Corps n° ? déformés.
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Le malade, qui à obtenu un congé de convalescence, quitte l’hôpital le 29 août 1882.