RUPTURES DE LA RATE
nuelle et de douleurs, quand elle n'est pas le point de départ d'accidents plus graves.
La périsplénite est presque constante chez les paludiques : aussi ai-je eu soin de signaler les points spléniques parmi les symptômes des fièvres palustres; ces douleurs sont parfois si vives et si persistantes que la périsplénite qui les occasionne mérite de prendre rang parmi les complications du paludisme. L'inflammation de la capsule peut, du reste, se propager aux parties voisines et occasionner des péritonites partielles, voire même la péritonite aiguë.
La rupture de la rate est un accident très grave, mais heureusement très rare ; M. E. Collin qui, à lui seul, en a réuni huit observations, est certainement tombé sur une de ces séries exceptionnelles que tous les cliniciens connaissent bien et qui se rencontrent même pour les accidents chirurgicaux.
Les ruptures de la rate sont rares dans les formes aiguës du paludisme, malgré la distension très forte de la capsule et la
transformation de la pulpe splénique en une véritable bouillie ; elles se produisent d'ordinaire chez d'anciens fébricitants dont la rate est volumineuse, adhérente aux parties voisines, notamment au diaphragme, et recouverte sur certains points de plaques épaisses de périsplénite, tandis que sur d’autres, la capsule a conservé une épaisseur à peu près normale. Si une rate ainsi emprisonnée dans une enveloppe peu extensible et de résistance très inégale, vient à se tuméfier sous l'influence d'une rechute de fièvre, une rupture peut se produire. Dans tous les cas cités par E. Collin (op. cit.), il s'agissait d'anciens fébricitants porteurs de rates volumineuses. De même,
dans le fait publié par Quod (loc. ett.).
On trouve dans le Traité des fièvres intermittentes de Mail-
lot un cas de rupture de la rate dans le cours d'un accès pernicieux (observation XXII).
Presque toujours une cause déterminante est nécessaire pour que la rupture Se produise : violences extérieures, chutes, adhérences au diaphragme, donnant lieu à des tiraillements, etc.
Les ruptures siègent le plus souvent à l'extrémité supérieure de la rate ou sur sa face externe. Elles donnent lieu à des hé-
morrhagies intra-péritonéales plus ou moins abondantes; quand la mort n’est pas la conséquence de l’hémorrhagie in-
terne, elle survient d'ordinaire au milieu des accidents de là péritonite aiguë.
Vigla,qui a étudié les ruptures de la rate, qu’on observe parfois aussi dans la fièvre typhoïde, pense que le sang épanché dans le péritoine peut se résorber comme se résorbe le sang dans l’hématocèle péri-utérine (Arch. gén. de méd., 1853).
E. Collin estime, au contraire, et les faits semblent lui donner raison, que l'hémorrhagie intra-péritonéale consécutive aux ruptures de la rate entraîne presque toujours la péritonite. Il faut dire que dans les observations citées par lui il y avait presque toujours des déchirures profondes de la rate et que le sang épanché dans le péritoine était mélangé à de la boue splénique où même contenait des débris plus ou moins volumineux de la rate (voir l’observation III du Mémoire cité) qui ont pu jouer le rôle de corps étrangers.
Des épanchements sanguins enkystés par des adhérences de la rate avec le diaphragme et les organes voisins, peuvent suppurer et simuler des abcès de la rate (E. Collin).
Les abcès de la rate sont très rares chez les paludiques.