‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 10 sur 103 · TP · texte numérisé non relu

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barbares ;leslravaiis d'an sont diHniils, les aqueducs sonlcoupés, lescanaus s'envasent, les marais s'étendenl et se multiplient, les campagnes se dépeuplent, la culture du sol est abandonnée, les arbres sont détruits, el le paludisme trouve alors on milieu très favorable !i son développement.

MAme dans les contrées les plus désolées par la malaria, les lièvres palustres ne régnent pas pendant toute l'année. MM. Mayer et L. Colin ont fait remarquer qu'à Rome les fièvres palustres de première invasion apparaissaient tous les ans presque à jour llxeiVcrsIe 5 ou le G juillet (L. Colin Traité deifiéDrea intermittentes, p. 138.) ; j'ai fait la même observation en Algérie ; !t Constantine par exemple j'ai constaté pendant trois ans de suite que les premiers cas de lièvre palustre de première invasion se produisaient vers la fin du mois de juin, les derniers dans le courant du mois de novembre ; pendant les mois de décembre, janvier, février, mars, avril, mai, on n'observe que des fièvres intermittentes de récidive. Pendant les mois de juillet, août, septembre, oclobi'e, les cas de lièvre palustre se multiplient avec une rapidité qui explique l'expression à'endémo-épidémie, qui a été employée par quelques auteurs. Ainsi, pendaut l'hiver, le germe du paludisme sommeille comme les végétaux et les animaux inférieurs, il a comme eux sa période hibernale, et, comme eux, il se réveille au commencement de l'été avec une grande régularité.

Sur le littoral, fi Bône, à Pliilippeville, la période fébril^re est plus étendue qu'il Constantine ; mais là aussi il y a pour l'agent du paludisme une morte saison.

Au Sénégal, on n'observe guère pendant les deux premiers trimestres de l'année que des lièvres de récidive ; c'est pendant le troisième trimestre que les lièvres apparaissent en grand

nombre, et pendant le quatrième qu'elles prennent leurs formes les plus graves. (Dutroulau, Traité des maladies desEuropéenê dans tes pays chauds, 2« édit., Paris, 1868, p. 225.)

A la Guyane, où la différence entre les saisons est moins tranchée qu'au Sénégal, les fièvres se répartissent plus également entre les quatre trimestres ; mais elles sont beaucoup moins nombreuses et moins graves pendant les six mois ft*ais que pendant les six mois de chaleur accablante entremêlée d'orages qui terminent Tannée. C'est le troisième trimestre qui est le plus chargé ; de même aux Antilles. (Dutroulau, op cit., p. 226.)

Le paludisme est surtout une maladie des campagnes, de même que la fièvre typhoïde est une maladie des villes; l'encombrement qui s'observe au centre des cités populeuses et qui favorise à un si haut degré le développement des maladies typhoïdes, paraît au contraire créer une sorte d'immunité pour les fièvres palustres.

Les professions les plus malsaines dans les pays où règne le paludisme sont celles qui mettent l'homme le plus directement et le plus souvent en rapport avec te sol. Les ouvriers qui sont employés à dessécher les marais, à curer des ports ou des fossés, les terrassiers, les jardiniers, les agriculteurs, les individus qui travaillent aux moissons fournissent au paludisme le plus grand nombre de ses victimes.

Les soldats en campagne obligés de coucher en plein air, de remuer la terre, d'aller aux fourrages, réduits souvent à boire une eau de mauvaise qualité, soumis enfin à de grandes fatigues et à des privations qui les prédisposent à contracter toutes les maladies, se trouvent dans des conditions très défavorables pour lutter contre le paludisme. Aussi toutes les fois que des armées ont été obligées d'occuper pendant la saison

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des IK'Vi'es des localités insaiubri^s, on a vu se développer des épidémies graves qui parfois ont pris les proportions de vérilables désastres. (A. Laveran, Traité des maladies de» armées, Paris, 1873, p. J50.)

Pringle rapporle que, pendanl la campagne de 1T4T, dans les Pays-Bas,lcs troupes anglaises qui occupaient Zuil-Bevcland et l'ile de Walclieren furent le llemeni incommodées parles fièvres, qu'à un certain moment quelques bataillons avaient au plus cent liommes en état de faire leur service, ce qui représentait seulement la septième partie d'un bataillon complet : le Royal, il la fin de la carapaRne, n'avail que quatre hommes qui se fussent toujours bien portés. L'escadre qui était à l'ancre dans un canal entre Zuit-Bevelaud et iile de Walctieren fut compli'temenl préservée : preuve, dit Pringle, que l'air humide el putride des marais élait dissipé ou du moins corrigé avant que d'arriver aux navires. (Prin^'te, Obsercations sur les maladies des armées, Londres, 1753. Traduction m Eneyelopédie des sciences médicales, p. 33.)

Pendant la campagne suivante (I7iâ), les fièvres furent encore plus nombreuses. Les bataillons qui, en 1747, avaient été en Zélande, présentèrent les premiers des fièvres intermittentes irrégulières, qui étaient évidemment des l'echutes et qui se terminaient souvent, dit Pringle, en hydropisies. Les Hollandais avaient inondé le pays pour se défendre; une fois les préliminaires de la paix signés, on lit rentrer une partie des eaux dans leur lit et les terrains iucomplèlement desséchés devinrent des foyers actifs de paludisme. A Bréda, la maladie prit de telles proportions que les Ktal s -Généraux donnèrent l'ordre de remetire l'inondation dans son premier état. Les quartiers les plus voisins des inondations curent surtout à souflt'ir des flëvres

ardentes (pernicieuses délirantes et comateuses) ; le régiment de Gray, en quartier près de Bois-le-Duc, eut jusqu'à deux cens soixante malades, ce qui était plus de la moitié de Telfectif et à la fin de la campagne il n*y avait en tout que trente hommes qui se fussent toujours bien portés; le régiment de Johnson, à Nieuland, et les fusiliers écossais qui se trouvaient à Dinther, comptaient leurs malades par centaines. (Pringle, op, cit., p. 34.)

Jamais peut-être désastre militaire causé par le paludisme ne fut plus complet que celui qui suivit le débarquement des Anglais au mois d'août 1809 dans llle de Walcheren. Du 28 août au 23 décembre, sur un effectif de trente-neuf mille deux cent dix-neuf hommes, quatre mille cent soixante-quinze succombèrent aux fièvres ; du âl août au 18 novembre, le nombre des admissions aux hôpitaux, récidives comprises, s'élevait à vingt-six mille huit cent quarante-six ; vers la tin de décembre 1809, après la rentrée des troupes en Angleterre on comptait encore onze mille cinq cent trois hommes atteints de maladies de Walcheren. L*armée anglaise avait été vaincue avant de combattre, elle n'eut que deux cent dix-sept hommes tués à l'ennemi.

Les armées en campagne dans les plaines du bas Danube ont été bien souvent éprouvées par les fièvres palustres qui, en s'nnissant probablement au typhus ou à la fièvre typhoïde, ont produit ces graves épidémies qui sont connues sous le nom de fièvre hongroise. Pendant la guerre turco-russe de 1877 à 1878, il y a eu dans l'armée russe du Danube : cent quarante mille cas de fièvres palustres et mille quatre-vingt douze décès par celte cause.

En 1828, pendant la campagne de Morée, et en 1859, pendant la guerre d'Italie, les fièvres palustres ont régné avec une grande

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fréquence dans notre armée, L'armée française élait entrée en Lombardie k la fin d'avril et au commencement do mai 1145!) : dès les premiers jours de juillet el jusqu'à la fin de septembre, écrit M. Cazalas, loules les maladies se confondirent en un seul type, caractérisé surtout par la fièvre rémittente simple ou compliquée d'état typhoïde. [Gazalas, Maladies de l'armée d'Italie. Ree. mém.deméd. m,ilit.,\mi.)

Pendant les premières années de la conquiMe de l'Algérie, le paludisme a fait un très f;rand nombre de victimes parmi nos soldats. L'endémo-épi demie était parlicutiiTOnient grave dans la plaine de la Melidja et à Bine. En IS33, on perdait à Bône plus de onze cents bommes. Il faut dire qu'au début de la conquCte de l'Algérie, nos médecins, imbus des idées de Broussais, ne connaissaient guère du paludisme que la lièvre intermillenlo et savaient mal se servir du sulfate de quinine : Maillot sut heureusement réformer leur Ihérapeulique défectueuse: il montra que les continues palustres étaient justiciable!) du sulfate de quinine comme les fiùvres intermittentes, et les bons effets de celte réforme ne tardèrent pas à se faire sentir ; la mortalité, qui était de 1 sur 3 à l'iiûpital de Dône, descendit rapidement.'! i sur 20, (Maillot, Traite des fiènrea intermitlenles, Paris, IBS6. — Hiitin, VÉpidémie de Bone en 183S, Paris, 1882, e-Ntrait de la Gaielle médicale de l'AI'jèrie.)

Toutes les causes déprimantes, débilitantes ; fatigues, excès de toute sorte, anémie résultant de privations ou de maladies antérieures, etc., prédisposent au paludisme.

Non seulement les individus affaiblis, anémiés par quelque maladie anféricure prennent plus fuuileuienl la fièvre palustre bue les individus en parfaite santé, mais cliez eux on observe en sutre que les fièvres sont estrémemeni rebel les.

Cette action des causes débilitantes est bien en rapport avec ridée du parasitisme des fièvres palustres ; la plupart des parasites se développent de préférence sur les organismes affaiblis ; le muguet, le pityriasis versicolor ne se montrent guère que chez des individus dont la vitalité est déjà notablement affaiblie, de même que les mousses et les lichens croissent de préférence sur le tronc des arbres malades ; les helminthes se développent volontiers dans les intestins des enfants malingres, misérables; les poux pullulent avec une facilité singulière chez es vieillards cachectiques, si bien que pendant longtemps on a admis leur génération spontanée. 11 semble, comme Ta dit M. Pasteur, que la vie repousse la vie qui veut se greffer sur elle; quand un être s'affaiblit, il devient facilement la proie des parasites qui Tassiëgent.

Les hommes appartenant à toutes les races sont sujets au paludisme, il y a cependant des degrés ; il est certain, par exemple, que la race noire présente une résistance beaucoup plus grande au paludisme que la race blanche ou caucasique.

En 1841, trois navires anglais, V Albert, le Wilherforce et le 5'oarfan, remontèrent le Niger; les équipages se composaient de cent quarante-cinq blancs et de cent cinquante-huit nègres ; un mois après l'entrée dans le Niger, cent trente blancs sur cent quarante-cinq étaient atteints de fièvre ; quarante succombèrent ; des cent cinquante-huit noirs, onze seulement eurent de légères atteintes de fièvre palustre, aucun ne mourut.

Sur les cent cinquante-huit nègres, cent trente-trois appartenaient à la cdte d'Afrique : c'étaient surtout des Kroomen ; aucun de ces nègres africains ne fut malade. Les vingt-cinq autres noirs étaient originaires les uns des Indes occidentales, les autres des Ëtats-Unis, et ils avaient passé quelque temps en

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Angleterre, c est à ce groupe qu'appartenaient les onze hommes qui prirent la fièvre. (William, Médical Hiatory of the expédition io the Niger, London, 1843; cité par Graves: Clinique médicale. Traduction de Jaccoud, 3- édition, 1. 1, p. 483.)

En i8l5, la plupart des Européens qui étaient à bord du steamer V Éclair, en station sur les côtes d'Afrique, moururent de fièvre palustre, tandis que sur quarante Kroomen qui faisaient partie deTéquipage, aucun ne fut atteint; à Tamvée en Angleterre cinq seulement de ces nègres eurent une fièvre légère. (Graves, loc, cit.)

Le major Forbes a signalé aussi Timmunité très grande des nègres pour le paludisme à Geylan, c*est grâce aux travailleurs nègres que Ton put achever les routes qui traversent cette ile. (Graves, loc. cil.)

Boudin a exagéré sans doute en admettant qu'il y avait un antagonisme de la race noire pour les fièvres palustres (i) ; des faits nombreux prouvent que la cachexie palustre n^est pas rare chez les nègres, notamment au Gabon, à Geylan et aux Antilles ; la résistance très grande dont les nègres font preuve contre le paludisme n'en est pas moins bien établie, aussi les nègres sont-ils de très utiles auxiliaires dans les pays palustres.

Pendant la guerre du Mexique, les nègres venus du Soudan ont rendu de grands services dans les terres chaudes, grAce à l'immunité très remarquable qu'ils présentaient, non seulement pour les fièvres palustres, mais aussi pour la fièvre jaune.

(1) Voyez à ce sujet: Boudin, Acdimaiement des races humaines sur divers points du globe. Bec. de métn. de méd. m'>". 3« série, l. XII, XIIl et XV. — L. LaveraD. Article Antagonisme du Diction, encyclop. des se. médicales. — Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2* édition, Paris, 1868 p. 147. — L. Colin, Traité des fièvres intermittentes, p,519.

Au Soudan, au Cordofan, au Sénégal, les fièvres palustres n'épargnent pas complètement la population indigène, elles sont même assez communes pendant riiivernage, mais en général elles ne présentent pas de gravité.

Les nègres vivent et prospèrent dans des pays, comme Madagascar, où TEuropéen ne peut pas s'acclimater.

Les Indiens, les créoles ne sont pas épargnés par le paludisme. La fièvre bilieuse bématurique, qui parait être de nature palustre, a été appelée quelquefois, par les médecins des Antilles, fièvre jaune des acelimatéa et des créoles. Pendant la guerre du Mexique on avait levé aux Antilles, pour les terres chaudes, une compagniedevolontairescréoles; cette compagnie se fondit rapidement sous Tinfluence des fièvres palustres. Cent-quatorze créoles venant de la Martinique et de la Guadeloupe arrivaient à la Vera-Gruz en octobre 1862 ; au mois de février suivant, la compagnie ne comptait plus que soixantesept hommes; reportée à cent vingt-huit hommes au mois d*août 1863, elle était de nouveau réduite à quarante-sept hommes en décembre, à trente-cinq en mars 1S64, et à quatre en avril. jA. Corre, De l'Influence de la race dans les maladies infectieuses. Gaz. hebdom.^ 1869.)

Les chiffres suivants, fournis par Morehead, prouvent qu*à Bombay la fièvre palustre n'épargne pas les Indiens.

De 18i8 à 1853 il y a eu à ]*hôpital général européen de Bombay: six cent soixante-sept entrées pour fièvre intermittente et cent soixante- trois entrées pour fièvre rémittente. La mortalité a été de un sur cent malades admis pour fièvre intermittente, et de quinze sur cent malades admis pour fièvre rémittente.

Pendant la même période il y a eu à Thôpital des natifs

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(Bombay): mille sept cent neuf entrées pour lièvre inlermittcnte, et sept cent quatre-vingt-quatre pour fièvre rémillentfl; la mortalité a été de 1,43 sur 100 admis pour lièvre intermittente et de 37,2 sur 100 admis pour lièvre rÉniillentc.

En Algérie, j'ai souvent constaté le paludisme chez les Arabes; il n'est pas possible d'apprécier exaclementle degré de fréquence relative des fièvres palustres chez les Européens et chez les indigènes, ces derniers échappant pres(|ue toujours à l'observation ; mais on pevitdired'une façon générale que les Arabes, s'ils sont sujets comme nous au paludisme, ont néanmoins une force de résistance et une tolérance pour l'agent morbigène que ne possèdent pas les Européens; le paludisme prend presque toujours chez les indigènes des formes moins graves et moins aiguës que chez les Européens. La continue palustre cl les accidents pernicieux sont rares chez les Arabes, qui cependant se soignent très peu et très mal; par contre la cachexie palustre est très commune dans les tribus qui occupent des localités malsaines; il n'est pas rare de rencontrer des indigènes dont la rate est extrêmement voiumineuseel qui continuent à se livrer à des occupations souvent très fatigantes.

Le paludisme s'observe à tous les âges, il n'est pas rare chez les jeunes enfants, it parait même probable qu'il peut être transmis par la mère au fœtus; J. Frank, Stokes, Boudin ont admis ce fait comme démontré ; il existe dans la science des observations, assez rares il est vrai, de paludisme chez des nouveau-nés dont les mères étaient atteintes de fièvre intermillenle. Les faits de Sue et de Hawelka (cités par Bouchut, Traité des maladies des nouveau-nés), ceu\ de Playfair et de Duchek (cités par Griesinger), ceux de Bohn et de Bureau (cités par M. le D' Leroux, Reçue de Médecine, 1883, p, 569-575) parais-

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