CHAPITRE II
DBS LÉSIONS ANATOMIQUES QUI SB RENCONTRENT : 1* DANS LE PALU- DISME aigu; 2* dans LBPALUDISUE chronique.— il EXISTE DBS LÉSIONS CONSTANTES ET CARACTÉRISTIQUES DU PALUDISME. — DE LA MÉLANÉMIE. — HISTORIQUE. — OBSERVATIONS.
Les altérations macroscopiques que Ton rencontre à l'autopsie des sujets morts d'accès pernicieux ou de cachexie palustre ont été très bien étudiées par Bailly, Maillot, Dutrou* lau, Griesinger et par M. L. Colin ; mais après avoir lu les descriptions magistrales que nous devons à ces auteurs, on peut se demander encore s'il existe une lésion propre au paludisme et si toutes les altérations mentionnées par eux ne sont pas des lésions secondaires.
La plupart des auteurs admettent que chez les individus qui succombent rapidement à une fièvre pernicieuse on ne trouve souvent à Tautopsie aucune altération. Telle est l'opinion exprimée par Monneret et Fleury. {Comp. de méd,, t. V, p. 341 0
Chomel parlant des fièvres pernicieuses, dit : k L*anatomie pathologique n'a rien appris de satisfaisant sur ces maladies.
ANATOMIE PATHOLOOIQDE S7
Dans le cours de l'épidémie de fièvres intermitlentes qui a régné k Pantin, un grand nombre de malades ont été traités à l'hdpital de la Charité. Je tîensdeM. le prorcsseur Fouquier qu'on n'a rencontré aucune lésion appréciable dans le cadavre de deux individusquiontsuccombéàdes symptômes pernicieux développés soudainement. Je n'ai également rencontré aucune lésion chez une femme fort âgée morte d'une fièvre intermittenle qui tout à coup était devenue comateuse. » (Chomel, Deajtéûrea et des malad. pest., Paris, 1831. Cité par Duboué, De l impaludisme, Paris, 1867, p. 133.)
Û'aprts Grisolle, l'augmentation de volume de la rate est ki lésion la plus commune, la plus constante du paludisme, mais celle altération elle-même peut l'aire défaut, elil appuie son diit? du témoignage de MM. Itochard, Jacquot et Sonrier. •> Deux médecins militaires, écrit-il (^Traité de pathologie interne, 8- édilion, Paris, 1862, p. 153), MM: Jacquotet Sonrier, ont cité quelques cas de fièvres intermittentes pernicieuses mortelles au premier, au deuxième ou au troisième accès sans que l'aulopsie ait révélé aucune altération dans l'organe splénique. [Mémoire sur les flèores comateuses. Gatetle médicale, (819. : M. le docteur Rochard dit aussi que chez vingt-deux individus qui, à Madagascar, succombèrent à des fièvres peniicieuses avant d'avoir pris le sel de quinine, il a vu la rate tantôt normale, lanlât diminuée de volume; dans un cas elle élail m(!me tellement réduite qu'elle n'avait guère que la grosseur d'un marron. " [Union médicale, 10 février 185i.)
D'après M. Guinier, l'altération de la rate n'est pas constante chez les pa ludiques, cette altération pourrait môme faire défaut chez des sujets épuisés après de longs mois par la cachexie palustre. {Essaidepathol.etdeeUn. méd., Paris, 186ti.]
M, Duboué arrive lui aussi à conclure qu'il n*y a pas d'altération constante du paludisme. (Op. eit p. 133.)
« Les fièvres intermittentes récentes, écrit Jaccoud (TVai^ d0 pathologie interne, t. II, p. 594), ne présentent aucune lésion. »
On peut dire que les auteurs précédents n'avaient eu que peu d'occasions d'étudier les lésions anatomiques du paludisme ; la mémo explication n'est pas de mise pour Dutroulau, qui écrit cependant : v Les altérations varient autant que les formes de la fièvre dont elles ne sont que des effets..., elles expliquent quelquefois matériellement les accidents et la mort, jamais la nature de la fièvre. Les flèvrespernicieuses qui tuent le plus rapi* dément, au bout de quelques heures d'accès quelquefois, et qui par conséquent sont l'expression la plus intense et la plus tranchée de la maladie, ne laissent même souvent après elles aucune lésion apparente à l'œil nu dans les organes. >* {Traité des maladies deê Européene danê lee paye chaude^ 2* édition» Paris, 1868, p. 499.)
Ainsi, en 1868, un observateur aussi consciencieux que Du* troulau et aussi versé dans l'étude du paludisme, considérait encore les accidents palustres comme les manifestations d'une dyscrasie de cause inconnue pouvant entraîner la mort sans produire de lésion anatomique appréciable.
Une pareille opinion ne supporte plus aujoud'hui l'examen ; il existe une lésion constante du paludisme, lésion tout à fait caractéristique, puisqu'elle se rattache à la cause elle-même des accidents du paludisme, ainsi que j'espère le démontrer.
Je décrirai successivement, en me conformant à l'usage, les altérations anatomiques du paludisme aigu et celles du paludisme chronique. A vrai dire, il n'y a pas de ligne de démar-
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cation bien précise entra lo piiudisme tigu at la ptiiudlsme cbronique ; à quel moment on malade aiteint de fièvre intarmiitente doit-il passer de le catégorie dee palndiques aiguB, dEini oalle des paludiques cbroniaues t La clioie eat le plus unveut malaiaée à décider. La cacbexie palustre s'établit quelquefois d'emblée et très rapidement; d'autre part on peut voir survenir les accidents les plus graves, les plus aigus du paludisme cher des individus qui sont atteints depuis longtemps de cachexie palustre. Ut distinction du paludisme en paludisme aigu et paludisme chronique est donc quelque peu arbitraire, arlillcielle, et il câté des oas qui rentrent facilement dans l'une ou l'autre de ces catégories, il fbul s'attendre à en rencontrer un gi-and nombre d'autres qui sont difficiles à classer.
Si la distinction du paludisme en aigu et chronique est souvent difflcile à faire dans la pratique, il faut reconnaître qu'elle rend de très grands services au nosologisie telle mérite surtout d'£tre conservée en anatomie pathologique, car les paludlqu^E succombent on bien à des accidents pernicieux, ou bien dans la cachexie,etàcBs deux genres de mortcorrespondentdes lésionti anatomiques bien distinctes.